AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Michel Deutsch (Traducteur)Sean French (Préfacier, etc.)Nicci French (Préfacier, etc.)
EAN : 9782743618896
327 pages
Éditeur : Payot et Rivages (05/11/2008)
3.85/5   120 notes
Résumé :
Martin Beck, tome 03

Par une pluvieuse soirée de novembre, tous les passagers d'un autobus sont massacrés au fusil mitrailleur. Jamais la Suède n'avait connu pareille tuerie, et l'opinion publique s'affole. Parmi les neuf victimes, un flic que Beck connaissait. Que faisait-il dans ce bus, à cette heure ? D'après sa compagne, il était surchargé de travail, mais Beck sait bien, lui, qu'il était pratiquement en congé ...
L'identification des vict... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
3,85

sur 120 notes
5
9 avis
4
7 avis
3
3 avis
2
2 avis
1
0 avis

kielosa
  07 avril 2019
Cet ouvrage du couple fondateur des thrillers modernes scandinaves, je l'ai lu en 1973 en Néerlandais, comme les 9 autres de leurs livres à suspense autour de leur commissaire légendaire de Stockholm, Martin Beck. Après le décès de Per Wahlöö en 1975, Maj Sjöwall, née en 1935, a continué à écrire, mais hélas à un rythme plus lent et avec moins de succès.
En 2003, elle a publié avec l'auteur de livres à suspense néerlandais, Tomas Ross, un thriller qui m'a également bien plu "La femme qui ressemblait à Greta Garbo". C'était sûrement la raison de sa présence à la foire annuelle du livre à Anvers. le stand de son éditeur néerlandais se trouvait, malencontreusement, tout près de celui de notre gloire nationale, Pieter Aspe, aussi bien qu'à côté de la longue file qui attendait une dédicace de mon compatriote, elle avait l'air de se retrouver isolée sur une île abandonnée. J'étais scandalisé et gêné et je l'ai invité à aller boire un thé à la cafétéria. Elle est comme sur ses photos : une femme d'un certain âge à l'esprit vif et foncièrement aimable. Pas du tout la réserve et distance nordique. Grâce à Aspe, j'ai eu aussi ma dédicace : "For Jean-Pierre with kind regards, Maj Sjöwall - 1-11-2003" et un quart d'heure des plus mémorables souvenirs littéraires.
Personnellement, je suis absolument persuadé que ce soit grâce au duo Sjöwall et Wahlöö que la Scandinavie - Suède, Norvège, Danemark et Islande (car ce serait un péché d'oublier Arnaldur Indriđason) - est, à mon avis, au sommet de cette forme spécifique de littérature. Dans ma critique de "Deadline" de Liza Marklund, j'avais noté, pour rigoler, le 1er octobre 2017, que probablement dans ces pays au programme de l'enseignement secondaire figure, en exclusivité mondiale par ailleurs, des cours de "thrillerologie". Maintenant, je sais que ce monstrueux succès d'une rimbanbelle de jeunes talents est dû à l'académie Sjöwall-Wahlöö.
Tant qu'à faire, j'ai sélectionné le thriller de leur dizaine glorieuse qui m'a plu le plus et qui leur a valu également le prestigieux Prix Edgar-Allan-Poe américain en 1971. Pour l'équivalent russe, le Prix Lénine littéraire, il a fallu à notre Maj attendre un peu plus longtemps : 2013.
En 2011, une BD est sortie "Le policier qui rit" avec des dessins de Martin Viot chez l'éditeur Casterman. N'étant pas un inconditionnel de cette forme artistique, je dois dire que je ne l'ai pas (encore) lu.
Ce "Krimi" du couple est finalement le seul qui a été porté à l'écran. En l'occurrence par le réalisateur américain Stuart Rosenberg en 1973, avec un Walter Matthau qui est peu convaincant comme Martin Beck. le titre de la version cinématographique est : "Le flic ricanant".
Ce polar est le 4e de la série de Beck et son équipe à Stockholm et il n'a strictement rien perdu de l'actualité que nous connaissons. le duo, dans cette série, avait essayé de mettre en évidence tout ce qui n'allait pas dans leur pays, considéré partout cependant, notamment pour des motifs sociaux, comme un État exemplaire.
Cette collection a débuté avec "Roseanna" en 1965 et s'est terminée 10 ans après, avec " Les Terroristes ". En 1975, longtemps donc avant l'apparition de Daesh et d'autres groupes de fanatiques malades.
Dans ce récit, un bus à impériale est découvert en biais sur le trottoir d'une rue de la capitale suédoise avec à bord l'horreur : 9 morts, 7 hommes et 2 femmes flingués à la mitraillette, parmi lesquels le chauffeur de l'autobus, un citoyen algérien du nom de Mohammed Boussi et le jeune inspecteur de la brigade criminelle de Stockholm, Åke Stenström.
Neuf morts et comme indice exploitable : RIEN ! Strictement rien qui permette à Martin Beck et ses compagnons pourtant bien motivés, à cause de l'hécatombe épouvantable et la liquidation d'Åke, MM. Gunvald Larsson, Fredrik Melander, Einar Rönn et son fidèle coéquipier Lennart Kollberg, de commencer une enquête comme il faut. Chez les journalistes c'est pareil : rien, "ingenting, nothing, nada, niente, tipota, nichego, Nichts et niks", ce qui inquiète grandement le chef de police Hammar, qui craint la réaction d'une presse impatiente.
Notre Martin se demande ce que le timide inspecteur Stenström de même pas 30 ans d'âge faisait dans cette galère et si c'est lui qui a suscité les foudres du ciel ? La fiancée d'Åke, Åsa Torell, 24 ans et employée dans une agence de voyages, déclare que son amoureux était très occupé ce dernier temps... ce qui étonne nos inspecteurs puisqu'ils viennent de traverser une période exceptionnellement calme !
Bref, une histoire extraordinairement compliquée et au bout de 48 heures, le grand espoir disparaît lorsque la seule victime pas massacrée sur place, meurt à l'hôpital. le témoignage du survivant et unique témoin, Alfons Schwerin, est court et rajoute plutôt au mystère. En réponse aux questions de l'inspecteur Rönn avant de trépasser tout à coup la bouche pleine de sang, il a laissé sur le magnéto : "Qui a tiré ?" "Dnrk." "À quoi ressemblait-il ?" "Samalson." Des réponses qui n'offrent proprement aucun clou à Beck et compagnie.
Je n'en dirai pas plus. À vous de passer quelques excellentes heures avec ce thriller historique, que j'ai relu au bout de 46 ans avec le même enthousiasme. Eh non, l'oeuvre de Maj Sjöwall et Per Wahlöö n'a pas vieilli du tout et ce serait foncièrement injuste que leur nom vînt à disparaître.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          596
joedi
  08 mars 2017
Quatrième d'une série de dix thrillers policiers de M. Sjöwall & P. Wahlöö dont le commissaire Martin Beck est le personnage principal. Le policier qui rit bénéficie de deux préfaces, la première de Jonathan Franzen et la seconde du couple Sean et Nicci French. Je déconseille fortement de lire cette dernière avant le roman car elle dévoile trop de détails ; dès les premières phrases, j'ai décidé de lire cette préface quand j'aurais terminé le livre et je ne peux que m'en féliciter.
Par une soirée de novembre pluvieuse à Stockholm, Martin Beck peu soucieux de rentrer chez lui auprès d'une épouse avec laquelle les échanges sont devenus très froids, joue aux échecs chez son collègue et ami Kollberg. Cette même nuit, les passagers d'un autobus à impériale sont massacrés au fusil mitrailleur, parmi les victimes un jeune flic de la criminelle sous les ordres de Beck. Que faisait Åke Stenström dans ce
bus ? Qui était visé en particulier ? Aucun indice, l'enquête s'avère difficile mais rien d'impossible pour Martin Beck et ses équipiers.
Dans cette série qui couvre les années 1965 et 1975 M. Sjöwall & P. Wahlöö sont une source de renseignements sur la société suédoise de cette époque.
Challenge Atout prix 2016-2017 – Prix Edgar Allan Poe – Meilleur roman - 1971
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370
Mimeko
  06 novembre 2016
En cette fin d'année 67, Stockholm est secoué par des manifestations contre la guerre du Vietnam. C'est dans cette ambiance qu'un soir, un bus est pris d'assaut par un ou plusieurs tueurs qui éliminent les neuf passagers dont le chauffeur, au fusil mitrailleur. La consternation est grande, un massacre de masse d'une telle ampleur ne s'était jamais produit en Suède. L'enquête s'avère difficile, certains des passagers ne sont pas identifiables mais ce n'est pas le cas de Ake Senstrom, jeune flic, collègue de Martin Beck qui fait partie des victimes...Que faisait-il dans ce bus, au côté d'une jeune infirmière ?, était-elle sa maîtresse ?, enquêtait-il sur une affaire en sous marin ?
Une quatrième enquête difficile, en considération de l'horreur et de l'onde de choc que produit ce massacre dans la société suédoise et de l'absence d'indices. Peu de pistes, Martin Beck et son équipe s'orientent d'abord vers l'identification des victimes et fouillent dans le passé mais les progrès sont lents...
De nouveau une plongée dans la société suédoise, presque en temps réel où l'on progresse à petit pas et le passé de certains passagers - prétexte à présenter la diversité de cette société - va peut-être donner un coup de pouce à l'enquête, c'est de toute façon la seule alternative pour Beck.
Le policier qui rit est de nouveau un plaisir de lecture, une enquête où le paramètre temps est toujours important, de même que l'absence d'outils technologiques qui nous renvoient aux vieux téléphones à cadran, aux fiches papiers, au papier carbone et qui laisse une grande place à la réflexion dans une Suède apparemment tranquille mais qui est devenu le terreau d'un meurtre de masse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  12 novembre 2020
Je vais renchérir sur la critique de latina concernant la dernière masse critique Mauvais genres de Babelio : j'avais coché trois livres, et j'ai reçu celui que je voulais le moins, et même que je ne voulais plus du tout depuis que j'avais découvert qu'il 'était dans les collections de la bibliothèque municipale (ah ben oui, il aurait fallu que je vérifie ça avant de cocher bêtement tout et n'importe quoi, je suis bien d'accord avec vous). Donc, au départ, déception. Mais la suite de mon expérience s'est révélée plus enthousiasmante que celle de latina (ça lui apprendra à ne pas être assez sélective, et toc).

Parce que finalement, le Policier qui rit, c'était tout à fait ce qu'il me fallait au bon moment. Bien entendu, l'histoire n'est pas d'une gaieté folle, mais c'était pour moi une lecture reposante, avec laquelle j'ai pris mon temps, ce qui s'adaptait par conséquent parfaitement au rythme du roman. Il se trouve par ailleurs que c'est ma quatrième enquête de Martin Beck. J'avais un très bon souvenir de Roseanna, d'une veine assez glauque, mais L'Homme au balcon (avec une intrigue glauque également) et La Chambre close m'avaient moins convaincue.

Ici, l'enquête se concentre sur un crime de masse : neuf personnes tuées dans un bus de nuit, avec probablement une arme de type mitraillette. Et parmi ces neuf personnes, un collègue de Martin Beck et de son équipe de la police criminelle. Pas d'indices, pas de témoignages, pas de pistes. Une enquête qui démarre mal, qui n'avance pas, qui se traîne.... Et qui est plus représentative des enquêtes de la police suédoise des années soixante ou de la police française d'aujourd'hui que dans bien des romans policiers. Et c'est tout l'intérêt du roman que de mettre en scène des policiers ordinaires (quoique bon, on en a quand même un doté d'une mémoire eidétique, ce qui est bien pratique), plus ou moins sympathiques selon les cas, plus ou moins doués. Qui travaillent en équipe avec plus ou moins de bonne volonté. Une équipe où chacun finit par se focaliser sur tel ou tel détail jusqu'à l'obsession, chacun de son côté.

Voilà ce qui fait tout le sel du roman de Maj Sjöwall et Per Walhlöö : une enquête pas très ordinaire étant donné le crime commis, et pourtant ordinaire par la façon dont elle est menée. On est bizarrement assez loin de la façon dont a évolué le roman policier scandinave, qui a beaucoup influencé les séries télé policières scandinaves (que généralement j'aime bien, par ailleurs) - séries qui nous balancent parfois, voire souvent, un twist à la fin de chaque épisode de chaque saison... Ce qu'on retrouve des deux côtés, en revanche, c'est l'atmosphère grisâtre, tristounette, qui est la marque de toute oeuvre policière nordique qui se respecte, et que les habitués aiment à retrouver.

Ajoutons que, contrairement à d'autres romans des deux auteurs, celui-ci est marqué par pas mal d'humour, qui se fait moins présent au fur et à mesure que l'enquête se précise et prend un certain tournant. Un bon policier, donc, qui n'a pas vieilli, et qui se lit tout seul.

Juste un truc qui me titille carrément : pourquoi a-t-on traduit ce roman à partir de la version en anglais, et non de la version originale suédoise ???

Masse critique Mauvais genres
Lien : https://musardises-en-depit-..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          223
Rodin_Marcel
  21 octobre 2015
Sjöwall Maj et Wahlöö Per – "Le policier qui rit" – rééd. Rivages/noir, 2008 (ISBN 978-2-7436-1889-6) – original suédois publié en 1968
– Première édition française publiée en 1970 sous le titre « le massacre de l'autobus »
- le roman avait été traduit depuis la traduction anglaise ; pour la présente édition, la traduction depuis l'anglais a été revue à partir de l'original en suédois.
– Deux préfaces, l'une de Jonathan Franzen (cop. 2008), l'autre des époux Sean et Nicci French (cop. 2008).

Du point de vue de l'intrigue policière, ce roman imbrique deux récits, l'un contemporain de la date d'édition vise à élucider un massacre à la mitraillette commis en novembre dans un autobus, tandis que l'autre concerne le meurtre resté non élucidé d'une prostituée, Teresa, remontant à plusieurs décennies en arrière. Evidemment, les deux vont finir par se rejoindre (pp. 213-221) mais l'explication finale ne sera guère convaincante : il faut bien l'avouer, l'originalité de ce roman policier ne réside pas dans ses intrigues.

En effet, les deux auteurs accentuent ici délibérément leur projet, consistant à se servir du genre policier pour produire des romans sensés illustrer les réalités sociologiques et politiques de la Suède telle qu'ils la voyaient, depuis leur angle de vue marxiste-communiste.

Il n'est donc pas surprenant que le récit s'ouvre non pas sur une scène introduisant une énigme à élucider, mais sur une manifestation contre la guerre menée par les Etats-Unis au Viêt-Nam. Indéniablement, la narration illustre ici doublement son époque.
D'abord, parce que ces années-là sont caractérisées, dans les pays occidentaux, par ces incessantes manifestations contre les agissements des Etats-Unis en Indochine. Sans nuance et pour rester synthétique, j'y vois personnellement d'une part la manifestation de la profonde aversion que pouvait susciter dans nos générations la survenue d'une nouvelle guerre alors que nous sortions tout juste des horreurs de la Seconde Guerre Mondiale puis des guerres de décolonisation menées en Indochine et Algérie, d'autre part la malignité des partis communistes qui surent habilement manipuler les opinions publiques pour rejeter toute la responsabilité de ce conflit sur les seuls Etats-Unis, en dédouanant totalement l'empire soviétique qui entretenait de nombreuses guerres locales un peu partout sur la planète tout en se drapant dans une innocence virginale (à laquelle se laissèrent prendre non seulement les populations mais aussi les soi-disant avant-gardes intellectuelles «engagées» à la sartre-de-beauvoir).
Ensuite parce que la manière même de raconter cette manifestation est en soi un témoignage (involontaire) de ce que les intelligentsia dispensaient comme discours simpliste à l'époque : d'un côté les tout gentils manifestants et manifestantes, de l'autre les tout vilains policiers, horde sauvage d'imbéciles avides de brutalités (voir pages 18-20 numérisées).
«Devant l'ambassade américaine sur Strandrägen et dans les rues qui y conduisaient, quatre cent douze policiers affrontaient un nombre double de manifestants. Les premiers étaient équipés de grenades lacrymogènes, de pistolets, de fouets, de matraques, de voitures, de motos, d'émetteurs à ondes courtes, de mégaphones, de chiens policiers, de chevaux hystériques, et les seconds d'une lettre et de pancartes en train de se dissoudre sous la pluie battante.» [pp. 18-19]
Le tout illustré par l'anecdote fort peu crédible d'une gamine de treize ans brandissant un panneau au contenu ne correspondant pas de manière convaincante à cette tranche d'âge, et que personne n'aurait laissée descendre dans la rue à cette époque.
«Une petite jeune fille brandissait un écriteau portant cette mémorable objurgation : FAITES VOTRE DEVOIR ! BAISEZ ET FABRIQUEZ DE NOUVEAUX POLICIERS. Trois agents qui faisaient dans les quatre-vingt-cinq kilos se ruèrent sur elle, mirent sa pancarte en pièces et l'entraînèrent dans le panier à salade. Là, ils lui tordirent les bras et lui pelotèrent les seins. Elle avait eu treize ans le jour même et était encore plate comme une limande.»
Les lectrices et lecteurs ayant réellement vécu de tels évènements (en tout cas en France) ne peuvent que regretter l'affaiblissement de ce témoignage engendré par une narration aussi caricaturale, qui – en tant que telle justement – est toutefois caractéristique de la façon de s'exprimer à cette époque de la «guerre froide», du «rideau de fer» et du mur de Berlin. On ne faisait pas dans la dentelle !
L'ensemble du roman est ainsi persillé de remarques acerbes sur les forces de police caractérisées par leur idiotie (par exemple p. 38, de la part de Martin Beck lui-même). L'inspecteur Melander pense avoir trouvé la clé du mystère (pp. 166-167) :
« le noeud du problème réside dans le paradoxe que le métier de policier réclame de ceux qui le pratiquent les plus hautes capacités intellectuelles, des qualités physiques et morales exceptionnelles, mais qu'il n'a rien pour attirer les gens qui possèdent ces vertus. »

Autre caractéristique aisément repérable dans ce roman, l'avènement de ce qui deviendra un stéréotype hélas incontournable aujourd'hui, à savoir la peinture abondamment tartinée de la vie privée lamentable et des déboires conjugaux de l'enquêteur principal : le début du chapitre 5 (pp. 36-40) en fournit un exemple archétypal, et le chapitre 28 (sensé justifier le titre du roman) est carrément navrant.

Le début du chapitre 17 évoque un autre trait qui n'a cessé de s'aggraver depuis : l'intervention voyeuriste d'une certaine presse «avide de sensationnel» selon la formule consacrée. Aujourd'hui, Internet permet de surcroît à n'importe quel crétin de « dévoiler » tout et n'importe quoi pour bénéficier de son « quart d'heure de gloire », quitte à mettre en péril la vie d'autrui…

De même, le début du chapitre 19 (p. 165) traite d'un sujet qui était à l'époque une nouveauté et est devenu un trait de civilisation tellement commun que plus personne ou presque ne s'en émeut aujourd'hui, à savoir l'avènement de ce que l'on appelait alors «la société de consommation» (voir citation).

L'ambition sociologique des deux auteurs est bien illustrée à deux reprises – et avec un certain talent – par le procédé consistant à récapituler d'une part la vie des victimes du massacre dans le bus (pp. 176-183), d'autre part la liste des vingt-neuf personnes étant plus ou moins mêlées à l'ancienne affaire Teresa : à chaque fois, le lecteur voit littéralement défiler devant ses yeux un échantillon hétéroclite de la population suédoise.

Ce roman représente un tournant dans la série des enquêtes de Martin Beck, en ce sens que les auteurs donnent encore une certaine priorité à l'élaboration d'un récit à énigmes relativement complexe et bien agencé. On constate toutefois qu'ils insèrent de plus en plus de digressions socio-politiques plutôt caricaturales.

La préface de Franzen est relativement originale, elle éclaire ce roman policier sous un angle littéraire qui lui confère un intérêt pouvant encore persister aujourd'hui alors que celle des époux French s'avère platement politique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30


critiques presse (1)
BoDoi   21 décembre 2011
Un polar bien foutu et intéressant par ce qu’il révèle en creux, mais qui demeure trop bavard et un peu plat pour véritablement prendre son envol.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   13 novembre 2020
[D]'une façon ou d'une autre, il fallait endiguer cette verbosité. Finalement, Rönn trouva pour ce faire une solution théorique. Dans la pratique, les choses prirent la tournure suivante :
Ullholm avait commencé une longue déclaration par ces mots :
- Il va sans dire que, en tant que personne privée, que conservateur et que citoyen appartenant à un pays démocratique et libre, je ne fais pas la moindre différence parmi les gens en fonction de leur couleur, de leur race ou de leurs opinions. Mais essayez d'imaginer une police bourrée de juifs et de communistes. Tu vois ce que je veux dire, n'est-ce pas ?
À ces mots, Rönn s'était timidement éclairci la gorge derrière son masque avant de répondre :
- Oui. Mais il se trouve que je suis moi-même socialiste. Alors...
- Tu es communiste ?
- Oui. Je suis communiste.
Du coup, Ullholm s'était muré dans un silence de mort et était allé s'accouder à la fenêtre. Cela faisait maintenant deux heures qu'il était là, l'air sinistre, à contempler le monde perfide qui l'entourait.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
joedijoedi   05 mars 2017
Une petite jeune fille brandissait un écriteau portant cette mémorable objurgation : FAITES VOTRE DEVOIR : BAISEZ ET FABRIQUEZ DE NOUVEAUX POLICIERS. Trois agents qui faisaient dans les quatre-vingt-cinq kilos se ruèrent sur elle, mirent sa pancarte en pièces et l'entraînèrent dans le panier à salade. Là, ils lui tordirent les bras et lui pelotèrent les seins. Elle avait eu treize ans le jour même et était encore plate comme une limande.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
MimekoMimeko   12 octobre 2016
Kollberg se balança sur sa chaise et dit :
- Que ressort-il de tout cela ? Qu'un soir tout à fait ordinaire, dans un autobus tout à fait ordinaire, neuf personnes tout à fait ordinaires se sont fait descendre à la mitraillette sans raison apparente. En dehors du bonhomme qui n'a pas été identifié, je ne vois rien d'anormal chez aucune de ces personnes.
- Si, rétorqua Martin Beck. Il y a quelque chose d'anormal en ce qui concerne l'une d'entre elles. Stenström. Qu'est-ce qu'il faisait dans ce bus?
Personne ne répondit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   25 octobre 2020
Un gentil garçon. Ambitieux, persévérant, intelligent, avide d'apprendre mais qui, en revanche, était plutôt timide, encore un tantinet puéril. Qui n'avait aucun esprit et, somme toute, guère de sens de l'humour. Mais qui avait le sens de l'humour ?
Peut-être avait-il un complexe ?
À cause de Kollberg, dont la spécialité était les citations littéraires et les sophismes compliqués. À cause de Gunvald Larsson, qui, un jour, en quinze secondes, avait fait sauter d'un coup de pied une porte fermée à double tour et mis KO un forcené armé d'une hache tandis que Stenström, deux mètres plus loin, se demandait ce qu'il convenait de faire. À cause de Melander, dont le visage ne trahissait jamais les sentiments et qui n'oubliait jamais rien de ce qu'il avait vu, lu ou entendu.
Il y avait vraiment de quoi complexer n'importe qui.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
AproposdelivresAproposdelivres   03 octobre 2014
Martin Beck et Kollberg étaient policiers. Ils appartenaient à la brigade criminelle. Pour le moment, ils n'avaient rien de spécial à faire et pouvaient s'estimer libres de disposer de leur temps sans mauvaise conscience.
Il n'y avait pas un seul policier dans les rues. C'était en vain que, devant la gare centrale, une vieille dame attendait qu'un agent s'approche d'elle, la salue et, le sourire aux lèvres, la fasse traverser. L'individu qui venait de lancer une brique dans une vitrine n'avait pas à s'inquiéter : aucun hululement de sirène ne viendrait brusquement interrompre ses activités.
La police était occupée.
Une semaine auparavant, le chef de la police avait publiquement déclaré que cette dernière serait contrainte de négliger une grande partie de ses missions pour protéger l'ambassadeur des États-Unis des lettres et autres expressions du mécontentement des gens qui n'aimaient ni Lyndon Johnson ni la guerre du Vietnam.
L'inspecteur Lennart Kollberg n'aimait pas Lyndon Johnson, il n'aimait pas non plus la guerre du Vietnam mais il aimait marcher sous la pluie.
A 23 heures, il pleuvait toujours et on pouvait considérer que la manifestation était dispersée.
A la même heure, huit meurtres et une tentative d'assassinat eurent lieu à Stockholm.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Video de Maj Sjöwall (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maj Sjöwall
Avec son mari Per Wahllöö, Maj Sjöwall, qui vient de disparaître à l'âge de 84 ans, avait écrit une série policière aujourd'hui reconnue comme un classique du genre. Dix romans publiés entre 1965 et 1975, qui ont inspiré tous les grands auteurs scandinaves, Henning Mankell, Stieg Larsson, Jo Nesbø ou Arnaldur Indridasson. Ces romans, nous les avons relus. Et ça fonctionne toujours aussi bien !
Toute la série est disponible aux éditions Rivages/Noir. Disponible en version numérique.
UNE ÉMISSION ANIMÉE PAR Michel Abescat et Christine Ferniot RÉALISATION Pierrick Allain TÉLÉRAMA - MAI 2020
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature suédoiseVoir plus
>Littérature des langues germaniques. Allemand>Autres littératures germaniques>Littérature suédoise (182)
autres livres classés : suèdeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

R.I.P Maj Sjöwall (1935-2020)

Mon entourage me reprochait de ne pas être la femme qui ressemblait à ...?..., il y avait en effet loin de la coupe aux lèvres comme disent mes amis français

Audrey Hepburn
Marylin Monroe
Greta Garbo
Jeanne Moreau

10 questions
11 lecteurs ont répondu
Thème : Maj SjöwallCréer un quiz sur ce livre