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EAN : 9782358878203
208 pages
La manufacture de livres (06/01/2022)
3.53/5   43 notes
Résumé :
Dans la nuit, elle regagne son hôtel après ce dîner avec un amour de jeunesse, retrouvé vingt ans plus tard. Elle se sent légère, grisée par la promesse de cette nouvelle aventure. Mais quatre jeunes hommes s’arrêtent soudain devant elle. Des mots échangés, une insulte, un regard qui refuse de se baisser. Ils repartent. On pourrait dire que rien ne s’est passé et pourtant demeure en elle une angoisse sourde. Son trouble grandit quand le corps d’une jeune fille est r... >Voir plus
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Échapper à un prédateur n'évite pas le traumatisme

Arnaud Friedmann se met dans la peau d'une femme agressée la nuit à Montpellier en rentrant à son hôtel. Un épisode traumatisant qui va faire basculer sa vie. La femme d'après ne sera plus jamais la même qu'avant.

En 1986, quelques jours avant la catastrophe de Tchernobyl, la narratrice a eu une brève liaison avec Jacques. Vingt ans après, cette mère célibataire revient à Montpellier pour le retrouver. Peu après minuit, alors qu'elle regagne son hôtel, elle est interpellée par quatre jeunes hommes qui lui expliquent qu'elle ne devrait pas sortir ainsi seule. Si les phares d'une voiture qui passe poussent les jeunes à fuir, le choc est violent, le traumatisme entier. D'autant qu'elle apprend un peu plus tard qu'une jeune fille de 20 à 23 ans a été agressée durant cette même nuit avant d'être assassinée non loin de là où elle marchait. Elle se torture l'esprit, cherche une explication, croit comprendre qu'elle était trop vieille aux yeux des quatre jeunes hommes. La demi-journée qu'elle va passer à la plage avec Jacques ne lui mettront pas de baume au coeur, bien au contraire. Ces retrouvailles ne sont pas celles espérées. Elle décide alors de regagner Besançon où l'attendent ses deux filles.
Mais au kiosque de la gare, c'est le choc. À la une du Midi-Libre cette Une «L'assassin a avoué» accompagnée d'une photo de son agresseur. Elle défaille.
Quand elle revient à elle, son TGV est déjà parti. Elle décide alors de regagner son hôtel et de prolonger son séjour d'une semaine supplémentaire. Mais elle ne retrouvera l'apaisement ni dans les bras de Jacques, ni en regagnant la Franche-Comté. Peut-être aussi parce que ni sa mère ni ses filles ne lui prêtent une oreille attentive.
Un an plus tard, après avoir reçu l'autorisation de rendre visite à l'assassin dans sa prison de Villeneuve-lès-Maguelone, elle revient séjourner à Montpellier. Elle pense alors qu'affronter cet homme pourra l'aider à comprendre.
Arnaud Friedmann réussit à parfaitement mettre en scène le traumatisme subi et sa transformation en un trouble obsessionnel qui va finir par emporter la raison de cette femme dans un épilogue glaçant. En la suivant au fil de ses séjours montpelliérains, on voit son esprit dériver vers un besoin incessant de rejouer la scène de l'agression, de l'analyser sans cesse, d'essayer de trouver des réponses à ses interrogations. Et comme elle ne peut les obtenir, elle va finir par sombrer. Une trajectoire que l'auteur restitue dans son implacable logique, dans sa troublante et terrifiante vérité.

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« La femme d'après » d'Arnaud Friedmann a l'originalité de présenter l'histoire d'une non-agression, a contrario de nombreux autres livres. Sur une période de deux ans, toujours à Montpellier, on évolue avec l'héroïne principale, jamais nommée, marquée par une convergence fortuite, qui se termina en drame pour une jeune fille.

L'auteur a choisi de se concentrer sur le choc, sur le traumatisme psychologique engendré par une rencontre imprévue qui se conclut pour l'une en une agression verbale et en un meurtre pour une autre.

Lorsqu'un auteur masculin se met à la place d'une héroïne pour en conter son histoire, c'est toujours un peu dangereux car les sentiments risquent d'être exacerbés ou à l'inverse minimisés au regard de la réalité, surtout si le lecteur se trouve être une femme.

Pourtant, Arnaud Friedmann s'interroge avec pudeur et empathie quant au destin de ce qui peut arriver à une femme et à la façon dont elle doit continuer à vivre. Ce qui ne dure qu'un faible éventail de minutes occasionne une obsession lancinante modifiant son destin et ce, malgré le fait qu'il n'y a aucune trace visible.

Roman noir sur le regard de soi mais aussi quant à la force et à l'impact de celui des autres sur un individu, Arnaud Friedmann traite – au travers d'un fait divers – la mécanique de l'agression avec une plume efficace, sans détails inutiles. C'est toute une réflexion qui est mise en place avec comme point d'orgue, la condition féminine d'une héroïne mature.

Les dernières pages du récit vous feront connaître une accélération soudaine, menant à un dénouement fou, vous permettant enfin de reprendre votre souffle.
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Comment la vie et la psychologie d'une femme peut soudainement basculer suite à un fait divers?
L'auteur Arnaud Friedmann se met dans la peau d'une femme d'une quarantaine d'années , divorcée avec deux enfants, qui, a décidé de renouer avec son amour de jeunesse vivant à Montpellier le temps de quelques jours d'été . Après le dîner elle décide de regagner sa chambre d'hôtel à pied mais se fait alors assaillir verbalement par un groupe de jeunes hommes en mal de conquêtes féminines faciles . Son étonnant sang froid et une voiture passant par là lui permet d'échapper à une agression sexuelle probable. le lendemain, elle apprend dans le journal qu'une jeune femme a été retrouvée morte à proximité du lieu où les jeunes l'ont prise à partie.
Cette nouvelle provoque un choc psychologique irrésistible en elle. Un choc émotionnel à rebours s'empare alors d'elle , inextinguible, qui va la mener à se questionner sur le “ pourquoi en a-t-elle réchappé et pas cette jeune fille ?” Une réflexion complexe sur sa condition de femme mature , sur sa place dans la société , sur ses relations à sa famille et notamment avec sa mère . Une angoisse sourde qui dicte ses futures actions , même les plus étonnantes et même les plus dramatiques. Cette femme tombée dans un questionnement existentiel profond , qui se considère comme une victime par procuration, une blessée collatérale d'un non-évènement et non comme une survivante. La loi de l'univers l'a choisi malgré elle .
Étonnant roman qui nous plonge dans cette âme en perdition avec finesse , dans cet ébranlement psychique détaillé avec beaucoup de sensibilité.
Comme un prétexte à réfléchir sur la force des sentiments malgré les années envolées. L'amour résiste-t-il au temps qui passe ? Aux regards qui changent ? Peut-on encore s'aimer si personne ne vous prête plus la moindre attention, le moindre désir ?
Vastes questions que l'auteur touche du doigt sans vouloir pour autant nous donner une réponse précise. Mais était-ce vraiment le propos de ce livre qui est là pour nous interroger sur nous-mêmes et ,peut-être, d'ouvrir tout simplement nos horizons.


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La narratrice du nouveau roman d'Arnaud Firedmann, la femme d'après, n'est jamais nommée.

On sait en revanche car le roman commence ainsi, qu'un soir d'août 2009, à Montpellier, où elle est venue retrouver son amour d'il y a vingt an, elle s'apprête à regagner sa voiture lorsque quatre jeunes types la croisent.

"C'est pas prudent de se balader toute seule, comme ça, la nuit, Madame", lui lance l'un d'eux, visiblement le leader du groupe . "Tu me réponds, connasse ?" insiste-t-il. Elle ne perd pas contenance, engage le dialogue, ils passent leur chemin.

Mais le lendemain, notre quadragénaire apprendra qu'une jeune fille a été poignardée à mort cette nuit-là dans le même quartier.

Et que l'assassin est bien "le meneur" qui l'avait interpellée avant.

Pourquoi en a-t-elle réchappé ? Est-ce à cause de son âge ? Ce drame qui aurait pu être le sien va l'obséder au-delà du raisonnable, charriant culpabilité et questionnements, ravivant aussi des blessures anciennes.

L'auteur démonte la mécanique de l'agression et ses répercussions sur la psyché de son personnage à l'aide d'une écriture dénuée de tout gras mais qui ne refuse pas l'empathie.

Un texte qui aborde des thématiques tabous avec beaucoup de finesse psychologique et une plume précise et percutante. suite de l'article sur le blog
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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L'histoire commence au milieu d'une nuit d'été, une nuit de celles pour lesquelles on pourra dire qu'il y a un avant et un après.
Celle-ci avait pourtant bien commencée, « elle » avait retrouvé un amour de jeunesse et c'est le coeur empli de promesses qu'elle rentrait à son hôtel. Mais voilà, le destin va placer sur son chemin un groupe de 4 jeunes hommes, passablement éméchés et dont les intentions ne font aucun doute… pourtant l'agression n'aura pas lieu. le lendemain elle apprend qu'une jeune femme a été retrouvée morte quelques rues plus loin. A partir de là, elle ne va cesser de s'interroger : Cette jeune fille n'est-elle pas morte à cause d'elle ? Pourquoi pas elle ? Pourquoi l'avoir traité de « connasse » et pas de « salope » ? Qu'y a-t-il chez elle qui dissuade ? N'est-elle pas assez désirable ? Pire, est-elle trop vieille ?
A partir de là, sa vie ne sera plus la même, car de cette nuit, elle va développer une véritable obsession...

Dans ce livre il va donc être question des répercussions de cette « non-agression », du fait d'accepter que son image puisse changer avec le temps et de cette dépendance que nous pouvons avoir vis à vis du regard des autres.

Je dois bien vous avouer que je ne m'attendais pas à cela, cette lecture est très perturbante, elle nous amène à réfléchir, mais je pense que c'est le but. C'est donc assez noir, peut-être un peu trop pour moi qui ne suis pas une férue de ce type de lecture. Cependant, il faut bien admettre que c'est un livre qui ne laisse pas indifférent, aussi je suis persuadée qu'il plaira énormément aux amoureux du genre.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
Montpellier
6 au 10 août 2009
Il y a l’air tiède du milieu de la nuit, quelques moteurs en écho, le bourdonnement des télévisions à l’intérieur des immeubles, puis soudain, des voix. Je ne m’y attendais pas. Je pensais avoir le trajet pour moi. J’avais fantasmé ce retour solitaire jusqu’à la voiture, dix minutes pour infuser la soirée, ses promesses. Il n’y a pas loin, de l’appartement au parking, le quartier est excentré ; cubes neufs, habitations cossues ; malgré l’été je n’avais pas prévu ça : croiser des gens.
Je ne ressens pas d’appréhension. Juste le dépit d’autres silhouettes que la mienne dans les rues, et l’ennui des politesses auxquelles il faudra se soumettre.
Ils s’approchent, ils parlent fort. Je les entends, même si je ne distingue pas les mots. Ils ont l’accent d’ici, du Sud, ou de plus au sud ; des voix d’hommes jeunes. Je souris. Je revois la silhouette de Jacques à côté de la mienne sur le balcon, nos corps animés par la même attraction que vingt ans plus tôt, les gestes vigilants qui étaient les nôtres pour trinquer et nous dévoiler sans l’urgence des premières fois.
Ils avancent vers moi sans le savoir, sans savoir qu’à la prochaine intersection ils me croiseront, moi que leur jeunesse attendrit. Leurs voix s’imposent à la nuit, des promesses les attendent, plus entières que les miennes, moins sereines. Je m’ouvre à eux avant de les avoir vus, malgré mon envie d’avoir la ville pour moi seule.
Depuis combien d’années ne me suis-je pas sentie légère à cause d’un homme ? Du commencement possible d’une histoire – de sa répétition dans le cas présent ?
Maintenant, je les vois. Ils m’ont vue, eux aussi. Ils cessent de parler, continuent d’avancer dans ma direction. Une angoisse, d’un coup. Elle chasse mes rêves de romance répétée avec Jacques, m’assène que je ne devrais pas être là, à marcher dans les rues de Montpellier le visage allumé d’un espoir anachronique, avec mes rêves de promenades dans la nuit pareilles à celles de mon adolescence.
Ils sont quatre, trois derrière, un qui se tient devant, qui met le cap sur moi comme si je n’existais pas. Ou que si, justement. Comme si j’existais trop.
– C’est pas prudent de se balader toute seule, comme ça, la nuit, madame.
Derrière, les comparses ne ricanent pas. Je me serais attendue à ce qu’ils ricanent, ça aurait correspondu à mes codes, j’aurais identifié l’agression, au moins reconnu ça, ça m’aurait tranquillisée.
Celui qui se tient devant est tout près de moi. Les autres à quelques pas, indistincts. Je sens l’odeur de son haleine, un relent de chewing-gum à la menthe, décalé. C’est ce qui m’affole le plus, de reconnaître dans sa bouche les effluves de mes premières amours, de Jacques à la sortie de notre premier cinéma ensemble, il y a un peu plus de vingt ans. Opening Night.
– T’as entendu ce que j’ai dit ? C’est pas prudent, ce que tu fais.
L’affiche du film rechigne à s’estomper, derrière la vitre sale de la rue Gambetta. L’obtuse pâleur de Gena Rowlands et la force qui se dégageait d’elle. Je t’imagine comme elle, plus tard, m’avait chuchoté Jacques pendant qu’on s’approchait de la caisse ; je l’avais mal pris.
Le silence me contraint à regarder celui qui vient de parler, le silence et l’immobilité soudaine de notre décor. Aucun de ses traits n’adhère à ma mémoire. Je me concentre sur sa voix, y déniche des intonations qui pourraient plaire aux filles s’il les modulait différemment, à la manière d’un acteur américain. Les autres continuent de se taire. Je n’avais pas l’impression, avant d’apparaître dans leur champ de vision, que leur conversation rendait un son grégaire. L’idée me traverse, je me hais pour cette idée, l’idée me traverse que je ne devrais pas être là, pas avoir traversé la France pour retrouver Jacques vingt ans après notre séparation, me mettre en travers du chemin de ces types, les contraindre à m’agresser. À laisser leur chef rouler ces mots menaçants, jouer la partition attendue.
Au moins j’aurais dû rester chez Jacques jusqu’à la fin de la nuit, accomplir ce que j’étais venue chercher, plutôt que m’offrir cette liberté dans les rues, le film de la soirée dansant dans la tête jusqu’au parking, jusqu’à l’hôtel. La possibilité de croire que j’avais encore le pouvoir d’en rester là, rentrer chez moi, juste l’avoir revu et désiré autant qu’il y a vingt ans.
– Tu me réponds, connasse ?
J’enregistre qu’il ne m’a pas traitée de salope. J’en tire un courage inouï, déplacé, une absence de peur absolue. Salope, oui, l’histoire aurait été différente. Les comparses aussi sont déçus. Il n’y pas de temps à perdre pour garder l’avantage.
– Je me promène.
– Toute seule ?
Il va ajouter quelque chose. La phrase est déjà prête, elle contient le mot qui déclenchera ce qui est écrit, qui scellera mon destin. Je le refuse. J’improvise une réponse pour que le mot ne soit pas dit, qu’il me reste une chance d’atteindre la voiture, de ne pas finir en fait divers.
– Vous êtes de Montpellier ?
Ça le déstabilise. Le mot n’est pas sorti. Je prends mon sac le paquet de cigarettes entamé avec Jacques, lui en tends une. Pas aux autres.
– Je fume pas.
Je range mon paquet, comme si ça ne se faisait pas, de s’en griller une devant un non-fumeur. Même si le non-fumeur est l’agresseur. Je l’ai énoncé, mentalement : l’agresseur. Ça devient réel, du coup, la situation. Plus de place pour Opening Night, les souvenirs d’il y a vingt ans, la douceur de la nuit, le bras de Jacques autour de mes épaules quand on avait quitté la salle de cinéma. Le passage qui nous ramenait à la rue Gambetta, la vitre battue de quelques gouttes devant laquelle nous étions restés enlacés, une dizaine de minutes, à fixer l’affiche comme pour prolonger les impressions du film. Le même regard tout à l’heure quand j’ai quitté son appartement.
Quatre types, dont un à moins d’un mètre de moi ; des paroles menaçantes. La suite, je la connais. C’est comme si on me l’avait racontée, la scène que je vais vivre, exactement, l’absence d’issue. Pourtant, il n’y a pas de peur, juste le sprint de mon cerveau pour dénicher des phrases qui pourraient me sauver.
– Je viens de Besançon. J’ai deux filles.
Je cherche dans mon sac, mes mains ne tremblent pas. J’aurais eu les mêmes gestes pour une amie perdue de vue croisée à la sortie d’un hypermarché. La grande est mon portrait craché, du moins c’est ce que tout le monde prétend. Moi je suis incapable de trouver des ressemblances aux visages. Du porte-monnaie j’extrais les photos de Zoé et de Clara. Clara, mon portrait craché, paraît-il. Je tends les clichés en direction du type, bras replié. Ne pas le toucher, surtout ne pas le toucher.
Il chasse l’air devant les images, ne me touche pas non plus. Il n’est pas passé loin de ma main. S’il l’avait frôlée, la suite se serait enclenchée, la suite à laquelle je ne vais pas parvenir à échapper, ou peut-être que si, sûrement que si, j’ai l’espoir imbécile d’y échapper, pas pour retrouver la douceur de ma rêverie sur Jacques, ni même le souvenir de mes filles. Non, juste mes pas comme avant ; juste mes pas sans la menace d’inconnus, dans le milieu de la nuit montpelliéraine, la possibilité de me remémorer une soirée d’il y a vingt ans, l’attente dans la file d’un cinéma de province avant la découverte de ce qui deviendrait mon film préféré, la bouche de Jacques. Le lendemain la télévision tournait en boucle sur trois syllabes, Tchernobyl, mon père monologuait pour rassurer la famille, une exagération de journalistes, ça n’aura pas de conséquences pour nous. Je pensais aux baisers de Jacques. Des mots nouveaux survolaient la table : radio¬activité, fission, réacteur, tandis que j’échouais à me rappeler la forme de son nez, les dimensions de son front, l’épaisseur de ses lèvres.
– Je m’en fous, de tes filles.
– Pas moi.
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– Tu devrais pas te balader toute seule, la nuit.
À nouveau, il me fixe dans les yeux. L’odeur de menthe passe, mêlée à celle des arbres sous lesquels on s’est arrêtés. Il y a les phares d’une voiture, à la perpendiculaire du boulevard, dans notre direction.
– On se casse.
– Mais…
– On se casse, j’ai dit.
Ils se cassent.
Je les laisse passer à côté de moi, les quatre, je ne me retourne pas, je ne frissonne pas quand ils me frôlent. Les phares de la voiture s’approchent, je compte qu’il leur faudra cinq secondes pour être à ma hauteur, j’enclenche le compte à rebours, un effort incroyable pour maîtriser chaque pore de mon visage.
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Les consignes de son employeur ne prévoyaient pas le cas d’une cliente qui aurait pu être sa mère et qui serait restée figée devant des survêtements pour attendre l’immobilité retrouvée d’un cintre. Il n’existait pas de recommandation comportementale pour cette situation, pas d’attitude gagnant-gagnant à laquelle se référer.
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Mon téléphone sonne, je ne réponds pas, le poids des gestes à accomplir pour décrocher, me lever, commander un autre café, s’avère insurmontable. Plus tard, je marche dans Montpellier. Les intersections des rues sont emplies d’autochtones, de touristes, d’individus dont la présence interdit aux meneurs de se mettre en travers du chemin des femmes, de les traiter de connasse et de disparaître. Je marche, mes pas ne me permettent pas de me réapproprier ma liberté, de me reconstituer une insouciance.
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