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Jean-Luc Defromont (Traducteur)
EAN : 9782867464799
480 pages
Liana Lévi (02/05/2008)
4.43/5   44 notes
Résumé :
Un faux nom, un petit tube dans lequel sont roulés quelques dollars, de la colle pour masquer ses empreintes digitales, un gilet de sauvetage, trois boîtes de sardines, une grande bouteille d eau, cela suffit à Fabrizio Gatti pour se glisser dans la peau d un immigré clandestin, Bilal. Parti de Dakar pour rejoindre l'Europe, comme le font chaque jour des centaines de migrants, il traverse le Sahara sur des camions, rencontre des passeurs sans scrupules, des esclavag... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
4,43

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Franka13
  22 août 2021
Cet été je suis partie en vacances avec Fabrizio Gatti, alias Bilal, sur la route des clandestins.
C'étaient des vacances bizarres, je l'avoue….
J'ai voyagé à pied, à travers la savane et les dunes de sable, sans eau et sans nourriture, sans un franc en poche, je me suis perdue des jours entiers dans les ruelles d'Agadez à la recherche d'un endroit où dormir, j'ai rencontré des militaires, des politiciens corrompus et sanguinaires adulés par les médias pour leurs qualités humanitaires, des mafieux et des passeurs qui rançonnaient chacun son tour, des cheiks en 4x4 blindés et climatisés venus chasser le guépard et la gazelle, des pauvres types prêts à voler leur voisin de paillasse pouilleuse pour un dé à coudre d'eau, des filles de 13 ans dans des maisons de passe qui économisaient pour payer leur passage à bord de rafiots pourris, des mères maquerelles et des policiers complaisants et complices du Système.
Mais j'ai croisé aussi des super héros, étudiants, ouvriers, ingénieurs, à la recherche d'un Eldorado, assez courageux pour braver des dangers inimaginables afin de se construire un avenir et aider leur famille à sortir de la misère. L'espoir est un puissant moteur !
Qui a dit que le désert était désert ?
J'ai traversé l'Afrique sur des routes défoncées et le désert lybien sur des camions de fortune bons pour la casse, où cohabitait jour et nuit jusqu'à 150 personnes, femmes, enfants, vieillards qui s'étaient dépouillés, sans assurance tous risques, pour ce voyage sans étoiles.
J'ai connu les pannes en pleine nuit, le froid et la faim, l'abandon de ces compagnons d'infortune dont on retrouvait quelquefois le squelette au hasard des pérégrinations. Qui ne tente rien n'a rien.
Je n'ai pu malheureusement traverser la Méditerranée sur un canot pneumatique ce qui m'a épargné la noyade ; j'ai eu de la chance car aujourd'hui beaucoup de mes copains croisiéristes dorment au fond de l'eau.
Pour témoigner en connaissance de cause, j'ai finalement atterri de mon plein gré et sous une fausse identité dans la « cage », autrement dit le centre de rétention de Lampedusa pour y partager le quotidien des touristes de passage. Je ne vous cache pas que, question hygiène, les sanitaires laissent à désirer, les rats sont plutôt voraces, les carabinieri plutôt mal embouchés et les distractions plutôt rares pour ne pas dire inexistantes, entre la limite des grillages et les rigoles de merde qui délimitent les espaces de vie où nous restions accroupis (à croupir) des heures entières en attendant le comptage et la pitance, à moins qu'on ne nous renvoie au point de départ, par avion pour aller plus vite et aux frais des contribuables, ce dont je m'excuse humblement.
Rien à voir avec le Club Med' donc…
Je n'ai pas pris de photos car ce que mes yeux ont vu, c'est l'horreur de ce monde qui crève d'indifférence et d'inhumanité, qui se voile pieusement et consciencieusement la face devant la détresse de ces malheureux qui fuient la guerre, la faim, l'intégrisme religieux, la censure…
Non ce ne sont pas les vacances dont je rêvais en ces temps de pandémie.
Mais je me suis rendue compte que mes petits soucis étriqués d'occidentale bien nourrie ne pesaient rien à l'aune de ce malheur planétaire.
Il suffit d'un cri et du courage d'un homme pour remettre les pendules à l'heure des terribles réalités qu'on occulte au profit de nos petits débats stériles et nombrilistes.
Cet homme, ce journaliste téméraire et engagé, c'est Fabrizio Gatti, un homme, un vrai.
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Peteplume
  26 avril 2021
C'est avant tout un témoignage et, à ce titre, c'est un document précieux. L'auteur est particulièrement courageux de se mettre dans les conditions extrêmes auxquelles sont soumis les migrants pour faire son travail de journaliste d'enquête. On comprend que ce périple l'a amené à nouer des contacts plus ou moins étroits et on ressent bien son empathie pour tous les hommes, les femmes et même les enfants qui risquent leur santé et vie pour échapper à des situations invivables dans leur pays d'origine. On voit clairement l'intérêt financier des trafiquants qui conduisent les migrants dans la traversée du désert; mais on comprend aussi les ressorts de la politique et le cynisme des représentants des gouvernements (lybie, italien et européen) qui amènent à des situations humanitaires aussi extrêmes et absurdes que celles des guerres que ce migrants fuient. Les camps de réfugiés par leur conditions sanitaires et les exactions des militaires en charge de leur surveillance rappellent cruellement ceux du nazisme.
Donc, c'est un document irremplaçable mais j'avoue avoir perdu un peu le fil des périples et des destins particuliers que Gatti nous fait partager et j'ai été lassée, par moments, de l'accumulation de détails (le verbatim des courriels avec Joseph et James est-il pertinent?) et de l'épaisseur de ce pavé. Bref, je me demande si ce témoignage n'aurait pas été encore plus percutant si la forme avait été légèrement différente…
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mireille.lefustec
  15 août 2011
C'est le livre que le monde entier devrait lire sur l'inhumaine traversée de l'Afrique par des hommes qui espèrent une vie meilleure en Europe.
Ils sont maltraités,humiliés et rançonnés a chaque étape.
Ceux qui ont réussi à parvenir en Lybie sont emprisonnés,tabassés.
L'auteur,journaliste,a voulu vivre avec eux et a vu mourir des amis,invités officiellement pour une conférence.
Ceux qui parviennent'épuisés à Lampédusa,ne sont pas du tout au terme de leur souffrances.
J'ai été tellement révoltée par ce témoignage que j'ai du mal à bien l'exprimer.
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Elea57
  11 mars 2021
Fabrizio Gatti, journaliste italien à l'Espresso, a souhaité parcourir la route des esclaves à travers le désert depuis Dakar pour rejoindre l'Europe clandestinement. Comme la majorité des Africains, il s'est heurté à de nombreux obstacles. La manière dont les policiers et militaires profitent de leur pouvoir pour voler les émigrés et les faire souffrir est ahurissante. Etre blanc là-bas apparaît aussi comme très dangereux parce que l'on s'imagine que l'on est riche. Telle est la cruelle vérité des émigrés : tentant de survivre à tout prix, ils sont traités dans des conditions épouvantables et totalement déshumanisés ; beaucoup de barques bondées de monde coulent avant même d'avoir atteint Lampedusa.
Après son périple en Afrique, Fabrizio retourne en Italie où il correspond avec ses amis libyens qu'il avait rencontrés sur le Continent Noir. Ils tentent toujours d'entrer en Europe et s'aperçoivent qu'essayer de le faire légalement est encore plus périlleux mais ils persistent, déboursant toujours plus d'argent.
Dans la troisième partie, l'auteur change d'identité pour devenir Bilal, un immigré qui débarque à Lampedusa et se fait incarcérer dans le fameux centre de détention. Il arrive ensuite dans le sud de l'Italie où il travaille avec les autres immigrés dans des conditions guère plus gratifiantes.
Toutes les informations qu'il nous livre sont hallucinantes et ô combien précieuses pour cerner les turpitudes d'un continent à la dérive. Ses expériences, aussi dangereuses puissent-elles avoir été, n'auront pas été vaines ; à tout moment il aurait pu être prisonnier, torturé ou tué, et pourtant il a osé prendre ces risques pour pouvoir témoigner et faire avancer les choses. Enfin, l'auteur nous ouvre aussi les yeux sur les médias qui sont bien entendu orientés pour nous montrer ce qu'ils veulent bien nous montrer et dissimuler le reste. Je le conseille vivement pour ce témoignage riche en enseignements et les qualités humaines de ce journaliste engagé pour lequel j'ai beaucoup d'admiration.
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Puszi
  12 avril 2016
Je me replonge dans mes souvenirs de lecture de ce livre parce que je vais le présenter à la séance sur l'exil de mon groupe de lecture.
Même après 7 ans, je reste profondément marquée par ce livre qui m'a donné à voir la réalité de vie des candidats à l'exil. Tout d'abord j'ai beaucoup admiré le courage du journaliste qui fait le choix de se transformer en clandestin afin de raconter au mieux ce qui pousse des personnes à quitter leur pays, la manière dont ils voient l'Europe, leurs difficultés à traverser tous les pays qui les séparent de ce qu'ils imaginent être l'Eldorado, la terre promise. C'est tellement d'actualité en ce moment.
Même si le thème est éminemment dramatique, je n'ai pas trouvé ma lecture difficile. J'ai pourtant suivi le périple de Bilal comme si je m'étais glissée dans sa peau. J'ai eu l'impression que Fabrizio Gatti ressentait beaucoup d'amour, de compassion, d'empathie pour ses compagnons d'infortune. ça rend le récit touchant, vivant. Il me semble me souvenir que le journaliste passe beaucoup de temps à expliquer les conditions de vie des personnes dans leur pays d'origine. Cela m'a donné des clés de compréhension et peut-être par là-même des clés d'acceptation.
J'ai trouvé que c'était un livre profondément humain. J'espère donner envie de le lire à des membres de mon groupe de lecture et pourquoi pas à vous aussi lecteurs de Babelio.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
psycheinhellpsycheinhell   05 septembre 2010
"L'un après l'autre, ils racontent qu'ils sont bloqués à Agadez depuis deux semaines. Leur esprit regorge encore de projets, de rêves, d'envies de liberté. Sauf qu'ils ne parviennent pas à quitter la ville de boue rouge, parce que la vie quotidienne a emprisonné leur corps. Le manque d'argent. La faim. La poussière. Le coût du billet de plus en plus inabordable. Voilà d'où proviennent les esclaves du XXIe siècle. (...) L'esprit veut s'en aller. Le corps reste stranded. Et lentement, jour après jour, la poussière s'empare de la vie d'une personne, elle encroûte ses cils et sourcils, elle lui sèche la gorge, avec son goût amer. Voilà leurs visages vus de près. La tragédie, c'est que jamais personne ne leur dira qu'ils sont en train d'accomplir un acte héroïque. Jamais personne ne reconnaîtra que leur geste est un geste définitif qui n'a d'égal que l'effort pour naître. S'ils parviennent vivants en Europe, on les qualifiera carrément de désespérés. Alors qu'ils font partie des rares personnes au monde qui, chargées d'espoir, ont encore le courage de mettre leur vie en jeu."
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michelekastnermichelekastner   03 mars 2018
La longue histoire commence en 1998. Jusque-là, dans l'Europe libre, nul ne pouvait être emprisonné sans procès en présence d'un juge. Fût-il étranger. Et pour passer devant un juge, il fallait avoir commis un délit. Mais en 1998, la nouvelle Europe s'apprête à éliminer les frontières intérieures. C'est le premier pas concret vers la chute des barrières nationales. L'Union demande une garantie aux Etats-membres souhaitant faire partie du grand club : les immigrés clandestins doivent vraiment être expulsés. En Italie, et pas seulement, la police soutient que si l'on ne garde pas assez longtemps la personne à identifier, l'identification est incertaine. Et sans identité certaine, aucun pays n'accepterait le rapatriement. A Rome, la question est confiée à deux ministres du gouvernement progressiste en charge. Deux anciens communistes. Peut-être que c'est la raison pour laquelle les centres de détention qu'ils ont approuvés ressemblent beaucoup plus aux goulags de l'Union soviétique qu'aux bureaux administratifs d'un pays démocratique. Les trois premiers centres sont inaugurés en 1999. Le premier à Milan : une cage à ciel ouvert, cent dix pas de long sur quatre-vingt-dix de large, avec deux rangées de conteneurs pour dormir. Le second à Rome et le troisième à Trapani en Sicile. Ce dernier est si attentif aux principes de dignité entérinés par la Constitution, par la Convention européenne des droits de l'homme et par les normes de sécurité qu'il prend feu au bout de quelques mois. Le gouvernement, les ministres, les autorités ne cessent de répéter que les étrangers enfermés dans les centres demeurent des citoyens libres. Ce sont des hôtes et non des détenus. Parce que ce n'est pas un délit que ne pas posséder de papiers, ce n'est qu'une violation administrative.
Ce jour-là, les citoyens libres hôtes du centre de Trapani trouvent les grilles de leurs cages fermées à clef. L'incendie progresse. Les gardiens n'ouvrent pas. Six personnes meurent. Brûlées ou asphyxiées. On les qualifie de centres de séjour temporaire pour ne pas les confondre avec les prisons. Et à juste titre, car les détenus d'une prison ont plus de garanties de défense. Les immigrés morts à Trapani n'avaient pas d'avocats de confiance. Tel est le constat à la fin de l'enquête. Aucun coupable. L'affaire est portée à Bruxelles. Mais l'Union aussi s'en lave les mains. Les lois sur l'immigration relèvent des compétences nationales. Elles ne concernent pas l'Europe.
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michelekastnermichelekastner   01 mars 2018
D'après la carte, le premier village après le Falémé est Diboli. Mais sur cette rive, il n'y a pas d'argent pour imprimer les pancartes, ni pour construire les maisons ou asphalter les routes. Un essaim de baraques en bois et en boue entoure la place. Des commerçants dont les rayons sont vides tentent de vendre le peu qu'ils ont à des passants dont les poches sont vides. Les longs marchandages ne sont pas seulement le fruit d'une tradition des affaires., ils représentent aussi une façon inconsciente de préserver sa dignité. Le prix de départ, exorbitant, fait que les marchands se sentent plus riches et les clients moins pauvres. Du moins le temps de quelques échanges, car tant que dure la transaction, tous sont égaux. Riches ou pauvres. Peu importe que les pourparlers concernent un pied de salade ou un camion. La différence, c'est l'accord final qui le fait : l'achat ou bien le renoncement. Il faut s'armer d'une patience infinie pour acheter un paquet de biscuits ou une miche de pain, un melon ou deux poissons, ou toute autre chose, si grande ou petite fût-elle. Le temps ici n'est pas de l'argent. C'est une dimension qui appartient encore à l'humanité, et non aux montres. Ainsi, même pour sortir de Diboli, il faut attendre.
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Franka13Franka13   22 août 2021
Un bateau de pêche peut embarquer jusqu’à 350 personnes : 1500 euros par 350, ça fait 525 000 euros. En dollars, au change libyen, plus ou moins la même somme. Il faut déduire le prix de l’embarcation. Prévoir l’achat de quelques litres de fioul. Et bien sûr défalquer le pot-de-vin destiné aux fonctionnaires corrompus. En fin de compte la dépense ne devrait pas excéder 35 000 euros. Ce qui reste, c’est le bénéfice net : 490000 euros. Ce qui revient à dire que chaque euro investi dans le marché des nouveaux esclaves en rapporte 1 300. Un rendement de 1 300 pour cent. Sur chaque voyage.
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michelekastnermichelekastner   02 mars 2018
L'un après l'autre, ils racontent qu'ils sont bloqués à Agadez depuis deux semaines. Leur esprit regorge encore de projets, de rêves, d'envie de liberté. Sauf qu'ils ne parviennent pas à quitter la ville de boue rouge, parce que la vie quotidienne a emprisonné leur corps. Le manque d'argent. La faim. La poussière. Le coût du billet de plus en plus inabordable. Voilà d'où proviennent les esclaves du XXIe siècle. Voilà comment Ousmane, Djimba et Safira voyagent, si jamais leur âme se réveille et leur donne le courage de partir. Mais il ne suffit pas de se mettre en route. Tout à coup, un jour quelconque, l'esprit et le corps se scindent. Comme Billy et ses quatre amis en ont fait l'expérience. L'esprit veut s'en aller. Le corps reste stranded. Et lentement, jour après jour, la poussière s'empare de la vie d'une personne, elle encroûte ses cils et sourcils, elle lui sèche la gorge, avec son goût amer. Voilà leurs visages vus de près. La tragédie, c'est que jamais personne ne leur dira qu'ils sont en train d'accomplir un acte héroïque. Jamais personne ne reconnaîtra que leur geste est un geste définitif que n'a d'égal que l'effort de naître. S'ils parviennent vivants en Europe, on les qualifiera carrément de désespérés. Alors qu'ils font partie des rares personnes au monde qui, chargées d'espoir, ont encore le courage de mettre leur vie en jeu.
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