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EAN : 9782913366466
160 pages
Éditeur : L' Iconoclaste (30/08/2012)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Dans cet essai bref et étincelant, Jean-Claude Guillebaud s’insurge contre la désespérance qui habite nos sociétés. Il nous convainc que, décidément, l’avenir a besoin de nous. Ce texte de combat est l’un des plus personnels qu’il ait écrit.
"J’aimerais trouver les mots pour dire à quel point m’afflige la désespérance contemporaine. Elle est un gaz toxique que nous respirons chaque jour, sans réfléchir. Or, la réalité n’est jamais aussi sombre. Ombres et lumi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Nicolas9
  10 février 2018
Ce court essai commence par un constat : l'optimisme n'est plus une valeur dominante dans notre société. On lui préfère de loin une pâle copie du " réalisme " que Jean-Claude Guillebaud n'hésite pas à qualifier " d'inespoir ".
Or, nous dit ce penseur né à Alger quelques jours avant le débarquement de Normandie, " ce renoncement au goût de l'avenir peut devenir une injonction discrètement idéologique ". En dissuadant toute aspiration à un futur ouvert, le climat ambiant nous invite à subir un ordre établi présenté comme indépassable...
Qu'on l'appelle " discours de l'impuissance " comme l'économiste Jean-Paul Fitoussi ou " la douce certitude du pire " comme Miguel Benasayag et Edith Charlton, la conclusion est toujours la même : à quoi bon se battre puisque tout est foutu ?
Fin connaisseur de l'histoire des idées, Guillebaud s'attache avec brio à démontrer que le fatalisme est étranger à la culture judéo-chrétienne. Les prophètes comme Jérémie, Isaïe, Ezéchiel et Daniel qui sont cités dans l'Ancien Testament sont à l'origine d'une révolution qui a changé durablement la vision du monde de l'Occident : avec leur messianisme (annonce de l'avènement d'un messie promis par Dieu), le temps n'est plus cyclique, mais devient linéaire !
" En modifiant la représentation de la temporalité, la parole prophétique bouleverse de fond en comble le sens de l'aventure humaine. La vie n'est plus soumise au destin, à la fatalité (fatum), mais avancera en direction d'un projet. " (p. 166-167) Autrement dit, notre sort peut désormais être choisi et construit. On vient d'assister à l'invention de l'Histoire ! Rien que ça.
Plus tard, " cette projection résolue vers l'avenir, cette volonté de braver l'impersonnalité cruelle du destin, les chrétiens l'ont rebaptisée espérance. " (p. 168). Depuis lors, l'humain est coresponsable de la marche du monde.
Le fait de croire que le futur peut et doit être meilleur est ainsi au fondement de la culture européenne. C'est ce progressisme qui a permis à nos ancêtres de rattraper puis dépasser les civilisations arabe, indienne ou chinoise qui leur étaient pourtant largement supérieures au Moyen-Âge.
Pourtant, la fin des Trente Glorieuses (1950-1980) semble avoir sonné le glas de quatre siècles d'avancée spectaculaire des conditions de vie de la grande majorité des Européens. Comment expliquer ce coup d'arrêt ? JCG y voit de multiples causes qui parfois semblent s'enchaîner.
Tout d'abord l'émergence du communisme soviétique qui a complètement dévoyé les idéaux de justice et de solidarité qu'il prônait. Ensuite, l'hécatombe des deux guerres mondiales qui ont cassé la croyance aveugle dans les bénéfices du progrès scientifique et technique. Il y en a encore bien d'autres que je vous laisse découvrir dans ce livre.
Plus loin, l'auteur fait une réflexion qui sous son aspect anodin ouvre une belle perspective : " C'est avec la temporalité humaine que l'espérance à partie liée. " (p. 174), Mais, qu'est-ce que cela signifie ? Que la manière " dont nous nous représentons l'écoulement des jours est capable - ou non - de donner forme à l'espérance. "
Or, en étant constamment suspendus à notre smartphone, nous saucissonnons nos journées en mini tranches souvent sans lien entre elles : l'actualité, Facebook, les résultats sportifs, un texto à un ami, une vidéo sur YouTube... Bref, nous gaspillons pour des futilités le peu de temps libre dont nous disposons pour nous projeter dans le moyen et le long terme, dans le nourrissant et le profond.
Le plus grave, c'est que, victimes consentantes de l'air du temps, nos dirigeants politiques et économiques fonctionnent de la même manière : que disent les sondages ? Comment réagit la bourse à mon nouveau plan social ? Qu'en pensent mes followers sur Twitter ?
" Deux minutes de réflexion suffisent pour comprendre que tous ces signes, mesures, nombres et indices sont autant de leurres. Ils colonisent notre esprit. " (p. 176)
Ils détournent notre attention de la véritable question : dans quel monde aimerions-nous vivre ? Guillebaud en est convaincu : en présence des sirènes du confort et du consumérisme à outrance nous nous sommes laissé complètement endormir. A quoi bon l'espérance en un monde plus juste si j'ai un travail, la télé câblée et le frigo bien rempli ? Autant rester tranquillement chez moi et laisser " les professionnels " gérer l'avenir du pays.
Attention nous dit l'auteur, " une approche strictement gestionnaire de la démocratie (...) s'accommode très bien d'un Etat faible ou impotent. " (p. 181) Elle pousse à mettre en oeuvre des politiques qui favorisent objectivement les intérêts des rentiers et des actionnaires au détriment des actifs et des jeunes. Alors, je pose la question : a-t-on jamais construit un projet de société porteur d'espoir pour la majorité des citoyens avec une telle politique ?
Pour contrer le blues ambiant qui nous a déjà presque tous submergés et endormis parfois à notre insu, il faut d'abord en prendre conscience. Car, dans cet état d'esprit léthargique, notre cerveau a instinctivement tendance à ne retenir que les nouvelles qui confortent notre humeur mélancolique et résignée.
Il faut, nous dit JCG, s'en extirper sans attendre. Je vous laisse découvrir comment en lisant des ouvrages comme celui-ci qui secouent, réveillent, cultivent et redonnent de l'élan. Bref, une réactivation salutaire de notre capacité d'espérer à travers une remobilisation de notre intelligence et de notre esprit critique. Une réaction que d'aucuns craignent plus que tout...
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Ponna
  10 janvier 2014

A lire d'urgence pour tordre le cou aux déclinistes et autres oiseaux de mauvais augure: on en sort regonflé!
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simo_chartres
  07 février 2013
très bonne critique du pessimisme de notre époque, explications sur ses origines sociétales et historiques, réponses et solutions possibles avancées
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simo_chartres
  07 février 2013
très bonne critique du pessimisme de notre époque, explications sur ses origines sociétales et historiques, réponses et solutions possibles avancées
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corniljean
  10 février 2013
Profond et réjouissant!
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
zazyzazy   07 décembre 2012
L’acte unique, en effet, voulu par François Mitterrand, était une imprudence, pour ne pas dire une faute historique. On jetait ainsi les fondements d’une guerre économique entre les peuples d’Europe dont nous ne sommes jamais sortis. Comme introduction à la « paix éternelle » en Europe, cela commençait mal. On se trouvait piégé en outre dans une contradiction ubuesque : comment faire du « plus » en additionnant du « moins » ? Comment instaurer une souveraineté plus forte en juxtaposant des souverainetés nationales rendues plus faibles ? Loin de nous protéger contre une influence venue d’outre-Atlantique la construction européenne en devint le cheval de Troie et fit entrer ce « modèle » chez nos, en contrebande. Le centre de gravité de la Commission de Bruxelles favorisa la chose. Au final, le « projet » européen devenait agressivement néolibéral, mimétiquement américain, vidé de son sens et étranger à la culture historique du continent ». Là aussi, vous indiquez un chemin « Plus question de commence par l’économie ou de miser sur une avant-garde de « bâtisseurs » en reléguant les peuples au second plan ; plus question de parier sur l’effacement programmé des nations ou d’oublier l’approche européenne de l’économie de marché Bref, le chantier est à nouveau devant nous. On appelle ça une refondation.
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tamara29tamara29   29 septembre 2013
Pour une communauté comme pour un individu, l'espérance n'est pas seulement reçue, elle est décidée. En nous souvenant des grands "optimistes" de jadis qui ont été capables de faire bouger l'Histoire, il nous incombe aujourd'hui d'être aussi joyeux et aussi déterminés qu'ils l'étaient eux-mêmes.
Je sais que nous en sommes capables.
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zazyzazy   07 décembre 2012
L’espérance est comme une flamme qui, constamment renaît. On peut dire aussi qu’elle est une énergie profonde qui respire et pulse à la manière de l’océan. La désespérance survient quand toutes ces choses –pulsation, ressac- s’arrêtent. C’est le cas aujourd’hui. Mais qui donc a étouffé la flamme ?
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zazyzazy   07 décembre 2012
Le cynisme me fait horreur, et la désillusions m’apparaîtrait comme une trahison. Mon optimisme n’a pas « survécu » aux famines éthiopiennes aux assassinats libanais ou aux hécatombes du Vietnam. Tout au contraire, il leur doit d’exister, il s’est nourri et fortifié de ce que j’ai vécu là-bas
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zazyzazy   07 décembre 2012
Quand on dit aujourd’hui que le patriotisme et le souci des autres sont passés de mode, c’est indirectement de cette gabegie initiale que l’on parle.
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Videos de Jean-Claude Guillebaud (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Claude Guillebaud
Dialogue improvisé entre Jon Swain, journaliste, auteur de River of Time, et Olivier Weber, grand reporter et écrivain (Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel)
En 1970, Jon Swain a 22 ans. Il couvre la guerre du Vietnam et il est l?un des rares journalistes présents à Phnom Penh lorsque la ville tombe aux mains des Khmers rouges. Capturé, il échappe de peu à l?exécution grâce à l?interprète cambodgien du New York Times, histoire qui a inspiré à Roland Joffé, le film Killing Fields (La Déchirure). À propos de River of Time, le journaliste Jean-Claude Guillebaud écrit : Jon Swain « décrit la guerre, les tueries, les saloperies de toutes sortes avec une émotion qui n?est pas de façade ».
Animatrice : Catherine ANDRÉ - Journaliste, cofondatrice et rédactrice en chef de VoxEurop
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