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ISBN : 2358870102
Éditeur : La Manufacture (12/05/2010)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
1961, torturé dans une cave de la casbah d'Alger, Joseph Mat revoit sa vie défiler. Combattant républicain de la guerre d'Espagne devenu contrebandier, ancien militant communiste condamné à mort par le Parti, trop tôt dans les rangs de la Résistance, trop tard avec les collabos, tantôt avec les flics, tantôt associé aux voyous, vendant des armes à la rébellion algérienne et trafiquant avec les autorités, est-il encore une fois dans le bon camp ?
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Pecosa
  27 septembre 2018
Le bon camp, roman noir, est un bel hommage à Simonin, à André Hélena période Les salauds ont la vie dure, et surtout à Alphonse Boudard, quand il dépeignait avec tout le talent qu'on lui connaît le Milieu et les demi-sels ou quand il dénonçait les résistants de la dernière heure acclamant De Gaulle sur les Champs-Elysées après avoir adoré Pétain pendant quatre ans.
L'historien Eric Guillon manie une langue qui claque, faite d'argot et de langage populaire avec une authenticité qui coule de source comme le Viandox dans les bistrots pendant l'Occup'. Le bon camp offre un vrai bon moment de lecture. Seulement trois lecteurs sur Babelio, j'entrave que dalle, alors autant vous affranchir, c'est de la came premier choix.
Le roman s'ouvre sur un scène de torture. Dans une cave de la Casbah d'Alger, en 1961, un Français nommé Jo Mat est torturé par des fellaghas. Il sait qu'il va mourir et voit défiler sa vie. Et quelle vie ! Abandonné par sa mère chez ses grands-parents, élevé par un grand-père végétarien et anarchiste, ouvrier typographe, il adhère très jeune au parti communiste, s'engage dans les Brigades Internationales. Fiché comme défaitiste pendant les combats de 39-40, il est interné en tant qu'indésirable au camp de Gurs d'où il s'évade après avoir tué un garde. Résistant de la première heure, passeur, contrebandier,, condamné à mort par le parti communiste, il est approché par les services de renseignements, différents réseaux de résistance, par des voyous dont les affaires fleurissent pendant l'Occupation. Les fréquentations de Jo pendant la guerre, son parcours, ses démêlés avec la justice sont symptômatiques d'une époque particulièrement trouble dans laquelle les acteurs jouent sur deux voire trois tableaux, par conviction, par intérêt ou par désir de survivre. Mais Jo Mat n'est pas Lucien Lacombe, qui trouve porte close dans la résistance et rejoint par dépit la Gestapo française. Il sera toujours fidèle à ses convictions. Son parcours est plutôt tributaire de ses amours, de ses amitiés, de ses rencontres. Malgré tout, dans cette cave sordide où on le torture, il se demande s'il a fait les bons choix, a choisi le bon camp.
A travers le parcours de cet homme, Eric Guillon restitue les belles années du Milieu dans toute leur complexité, donnant à voir le jeu des alliances, les compromis, les petits arrangements entre amis. Voyoucratie, collaborateurs, décorés de l'après-guerre…on trouve dans le bon camp l'univers de la pègre, des truands, la Carlingue, les Henry Lafont, Abel Danos-le Mammouth, Spirito, Georges Boucheseiche, Jo Attia…. mais aussi le commissaire Blémant du contre-espionnage, des républicains espagnols, des membres du réseau Marco Polo.
Guillon nous promène dans les clubs et les bordels où les affaires fleurissent, car tout se paye, les papiers, les vies, la matière première. Tout s'achète donc, et tout le monde est à vendre. Et dans ce marigot, Jo Mat se dépatouille comme il peut , courageux toujours, combatif, amoureux souvent. « Finalement, j'ai jamais été du bon côté de la barricade. » constate-t-il désabusé.
Quoiqu'il en soit, le lecteur lui ne peut que se passionner pour cette vie chaotique et périlleuse.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PecosaPecosa   26 septembre 2018
Je le revois encore torse nu, couvert de sueur en train de danser le french cancan avec les danseuses du Paradi's. Les officiers boches en étaient dingues: je les ai vus l'applaudir debout, le porter en triomphe et même le raccompagner à sa table en lui faisant une haie d'honneur! Il faut dire que Dédé à poil, c'était une attraction à lui tout seul! "Gut! Wunderbach!! Herrlich!!" Ils s'extasiaient en louchant sur ses tatouages! A s'en faire tomber le monocle! Il en était couvert: sur les bras, le dos, le bide. Des souvenirs des Bat' d'Af à Tatahouine où on l'avait envoyé directement à sa sortie d'Eysses. En temps normal, Dédé les trouvait encombrants et tentait de les cacher sous des maillots de corps couleur chair faits sur mesure par un corsetier de la rue d'Aboukir. Quand il avait bu un coup, par contre, il fallait pas le supplier beaucoup pour qu'il fasse admirer ses chefs d'oeuvre: des danseuses nues, des clowns, des coeurs, des visages de femmes et des bestioles en tous genres. Le clou du spectacle était une réplique de la cène de Léonard de Vinci avec le christ et les douze apôtres en personne piquée sur son dos.
- Celui-là, on me l'avait fait à Médenine, quand je faisais mes six mois de discipline : huit semaines de boulot, cinq furoncles et dix paquets de sèches, ça m'a coûté! Admire les finitions, petit!
Le blaire au ras de sa couenne, j'admirais, en connaisseur, la finesse du trait et le modelé des ombrages. Du bon travail, celui qui avait fait ça était indiscutablement un artiste! Avec mes bousilles remodelées au fer chaud par les nationalistes, et mon Trotsky inachevé, je faisais pâle figure à côté de Dédé! Les visages des apôtres étaient particulièrement bien soignés même si j'avais été surpris de voir qu'aucun ne portait les cheveux longs et la barbe au contraire de l'original.
- C'est du beau boulot mais explique-moi pourquoi ton christ et ses apôtres, ont l'air de sortir de chez le barbier.
- Normal, m'avait répondu Dédé, pour rigoler, le tatoueur leur a fait la tronche de potes à nous; ça donne un genre...
Un genre plutôt mauvais parce que sa cène avait l'air d'une réunion de bagnards buvant un dernier godet avant de se faire la belle!
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