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Brice Matthieussent (Traducteur)
EAN : 9782889550456
128 pages
Héros-limite (19/03/2021)
4.37/5   15 notes
Résumé :
Dernier recueil de poésie publié avant la mort de Jim Harrison, La position du mort flottant (en anglais Dead man’s float) est un livre qui aborde de front les grands thèmes de la mort, de la vieillesse, du Temps… Son titre fait référence à une position utilisée par les nageurs pour se préserver lors de longues courses. S’il s’agit bien d’une technique de survie – pour Harrison, celle qui lui permet d’affronter la maladie, les séances de chirurgie, mais aussi d’appr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Mon intérêt pour Jim Harrison a grandi depuis que j'ai vu le film documentaire de François Busnel « Seule la Terre est éternelle ». J'ai plusieurs de ses romans que je n'ai pas encore lu et deux recueils de poésie « Une heure de jour en moins » et « La position du mort flottant ». C'est ce dernier dont je viens d'achever la lecture avec enthousiasme. Je me sens quelque peu minable de ne pouvoir vous rendre-compte de son style, de la forme, du mouvement de sa prose. Etant jeune, j'ai fait l'impasse sur les cours de littérature, sur l'analyse de texte et le commentaire. La dissertation était ma bête noire.
J'aime beaucoup le livre. La couverture est cartonnée et l'illustration est sobre. Marfa Indoukaeva est une artiste plasticienne. C'est un recueil de poèmes posthume, Jim Harrison étant décédé en 2016. Jim Harrison parle autant du passé que du présent, un passé qui l'a sculpté, travaillé, sans le rompre. Dans son enfance, Il a perdu un oeil ce qui ne semble pas trop le gêner car il pouvait conduire. Son père et sa soeur meurent dans un accident de la route, fauchés par un chauffard ivre, Jim a vingt-cinq ans. « La couche rouge sang de mon père et de ma soeur tués dans un accident. Les morts empilés comme bois de chauffe au chalet… » (Vieil homme). Il convoque les poètes Lorca – il est son poète préféré - et Machado à plusieurs reprises. Jim pêche, fait de longues marches avec ses chiens. Dans le Michigan où il habite la plupart du temps, il déloge les serpents à sonnettes. Les saisons filent comme le vent. Les orages, la pluie, la neige lavent le monde. Il vit dans une nature à demi préservée car l'homme l'a façonnée à son image depuis plus d'un siècle. Dans certains endroits on peut encore voir les étoiles, entendre les loups, sentir les fleurs et les fruits. Est-ce un monde qui disparait ? J'aimerais me tromper. Il est heureux que des témoins tels que Jim Harrison retrace avec justesse la beauté et le piquant de cette nature. Sa prose est dépouillée ; les images sont belles. L'ensemble éclaire les textes. Je suis sous le charme.
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Au crépuscule de sa vie, Jim HARRISON est physiquement diminué, il ne peut guère entreprendre de grandes chevauchées comme avant, la maladie l'a fatigué, les excès aussi, le tumulte sans doute. L'homme âgé alors d'environ 75 ans renoue avec sa première passion, son premier mode d'expression : la poésie, qu'il n'a pourtant jamais quittée de toute sa carrière d'écrivain, mais qui est malheureusement bien moins connue que ses romans, novellas ou récits de vie.



Dans ce recueil particulièrement émouvant, Big Jim puise dans ses souvenirs des images de la nature ou des poètes. Mais lucide sur sa sortie prochaine, il observe méticuleusement ce qu'il voit du fond des repaires de ses convalescences : les oiseaux, les arbres, les rivières. Il fait part de ses souffrances physiques, morales, sa conviction d'être au bout de la route, prêt à quitter le monde. « Je suis assis au bord de ce trou noir, puits / descendant jusqu'au centre de la terre. / Avec un gros télescope pointé tout en bas / Je vois un point rouge embrasé et j'entends la bête hurler ».



HARRISON écrit ses passions avec son inimitable plume mais ici rien sur les femmes, comme s'il avait tourné la page et se concentrait désormais sur le non-humain. Il se fait intimiste, comme résigné, se souvenant du passé. Il semble implorer les dieux, très présents dans ce recueil, lui le calviniste rêve d'une résurrection, d'une partie bonus. Certes il a désormais du mal à se déplacer, ce grand marcheur infatigable qui revendiquait jadis plusieurs heures de promenade quotidienne. Certes Jim est désenchanté, il goûte moins à la vie, l'apprécie par petites touches, mais de là à disparaître…



Dans ce recueil de poésie en vers libres, Jim se confie, joue l'introspection, susurre son découragement, mais vibre malgré l'affliction, s'émerveille devant un oiseau, un arbre, une branche, se raccrochant lui-même à celle-ci. C'est un vieux bonhomme heurté qui s'exprime, mais avec une écriture délicate, fine, épurée, et pourtant ces images qui cognent, d'une précision extrême, d'une fluidité aquatique. de quelques lignes à plusieurs pages, ces poèmes tout en vibrations vont droit au coeur. « Les premiers hérons, grues, faucons, loin derrière / Pour ne pas effrayer les petits, / Aujourd'hui encore ils se rappellent cet habitat divin. / Nous réunirons-nous près de la rivière, cette belle rivière ? / Nous chanterons avec les fauvettes penchées sur ses cils ».



« La position du mort flottant » est le dernier livre écrit par HARRISON, il en est un témoignage encore plus poignant, un testament littéraire, HARRISON s'y montre paradoxalement libre et vissé à un lit, une chaise ou une bûche. Ce recueil est le parcours d'une vie bien remplie, bouleversant jusqu'à la dernière ligne, avant que Brice MATTHIEUSSENT, traducteur de HARRISON depuis 1984 et son spécialiste, ne vienne parachever l'oeuvre par une postface d'une grande intensité. Exactement cinq ans presque jour pour jour après la disparition de Jim, ce livre des éditions Héros-Limite de Genève vient rappeler qu'il fut un écrivain majeur de son temps, sans tabous, avec un coeur énorme et de l'émotion à partager. Il fut aussi un poète magistral que ce recueil tout juste paru vient rappeler. le vide est immense depuis 2016, mais heureusement l'oeuvre conséquente de HARRISON vient le combler et nous n'en avons pas encore tout à fait fini avec son oeuvre foisonnante.

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Je ne peux pas être impartiale en écrivant mon avis sur un ouvrage de J.H. Je suis trop férue de cet auteur. C'est presque inexplicable. Encore une fois, cette passion qui s'est ancrée dans ma jeunesse et « me voilà faite » 😊

Ceci est son dernier recueil de poèmes. Lui qui en a écrit pendant 50 ans semble arriver au bout du chemin : la maladie, la souffrance, la privation de sa liberté par son propre corps. Certes, je n'ai pas son âge, certes, ce n'est pas la même histoire, néanmoins quel écho en moi ! J'ai eu des frissons, des larmes au bord des yeux quand il écrit si justement sur la fatalité de la vie, l'inéluctabilité des choses. Et toujours cette nature qui l'entoure pour le sauver, pour lui offrir son aide, un souffle d'évasion. C'est saisissant de vérité, émouvant d'espoir, malgré tout, car on ne peut pas s'en empêcher (en tout cas, moi je ne peux pas)…

Le soir, je regarde la même lune que lui-même a dû regarder bien des fois au cours de sa vie et je demande à cet astre de transmettre mon plus grand MERCI à Big Jim… Il n'est plus là, mais heureusement, il reste des tas de ses livres que je n'ai pas encore lus. Dans Dalva, il a écrit un vieux dicton magnifique, que je me répète souvent, en particulier quand je pense à ceux qui me manquent : « Nous aimions la terre, mais n'avons pu rester ».
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critiques presse (1)
LaTribuneDeGeneve
26 avril 2021
Avec «La position du mort flottant», édité par la maison genevoise Héros-Limite, l'Américain nous adresse un carnet posthume d'adieux apaisés.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
PRIÈRE RÉTROSPECTIVE

Je prie pour Mandelstam caché
sous la neige dans un fossé. Les Stalinistes veulent le tuer
et y parviennent. S’il Te plaît mon Dieu, je veux
qu’il s’enfuie dans le Nebraska. Je prie pour Lorca
afin que les armes des assassins s’enraient et qu’il s’enfuie
tel le héron volant vers l’ouest de la Méditerranée
puis traverse l’océan jusqu’au Michigan où la neige
lui déplaira sans doute mais au moins il sera vivant.
Il aimait la musique de Cuba et du Brésil, que nous n’avons
guère ici. S’il Te plaît mon Dieu, sauve-le.
Je prie même pour que Keats ne meure pas
si jeune mais ait encore une trentaine d’années à vivre
et écrive des poèmes à Rome. Il aime bien
s’asseoir avec ma petite amie sur l’escalier de
la Trinité. Puis-je lui faire confiance ? Sans doute pas
mais comme je désire d’autres poèmes de lui je ne
lui en veux pas. Et bien sûr Caravage
le roi des peintres doit vivre plus longtemps,
mon Dieu. A quoi bon créer un grand peintre
pour qu’il meure si tôt ?
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A SEPT ANS DANS LES BOIS

Suis-je aussi vieux que je le suis ?
Peut-être pas. Le temps est un mystère
Qui peut nous renverser les quatre fers en l'air.
Hier, j'avais sept ans dans les bois,
un bandage sur l’œil aveugle,
un sac de couchage fabriqué par ma mère
pour que je puisse dormir en forêt
loin des gens. Une couleuvre a glissé
sans me remarquer. Une mésange
s'est posée sur mon orteil nu, si légère
que je n'y ai pas cru. La nuit
avait été longue, la cime des arbres
piquetée d'un milliard d'étoiles. Qui
étais-je, borgne sur le sol de la forêt,
qui étais-je à sept ans ? Soixante-huit ans
plus tard je peux toujours habiter le corps
de ce garçon sans penser au temps écoulé depuis.
Le fardeau de la vie, c'est d'avoir maints âges
sans voir la fin du temps.
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Le choix consiste à fuir dans les montagnes
ou à rester dîner comme les humains ordinaires.
Certains poètes tentèrent leur chance tandis que la plupart
s'enfermèrent à l'université et restèrent à la maison
pour dîner.
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A sept ans dans les bois

Soixante-huit ans
plus tard je peux toujours habiter le corps
de ce garçon sans penser au temps écoulé depuis.
Le fardeau de la vie, c'est d'avoir maints âges
sans voir la fin des temps.
(Les derniers vers du poème)
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Videos de Jim Harrison (27) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jim Harrison
Vie de Guastavino et Guastavino, d'Andrés Barba Traduit de l'espagnol par François Gaudry
Devant la douleur des autres de Susan Sontag Traduit de l'anglais (États-Unis) par Fabienne Durand-Bogaert
le Style Camp de Susan Sontag Traduit de l'anglais (États-Unis) par Guy Durand
le Passé, d'Alan Pauls Traduit de l'espagnol (Argentine) par André Gabastou.
Mumbo Jumbo, d'Ishmael Reed Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gérard H. Durand Nouvelle préface inédite de l'auteur
Dalva de Jim Harrison Traduit de l'anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent
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