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EAN : 9782841371778
539 pages
Éditeur : Editions Jérôme Millon (25/03/2005)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 14 notes)
Résumé :

Le Marteau des Sorcières, Malleus Maleficarum, a été le bréviaire des chasseurs de sorcières pendant deux siècles à travers toute l'Europe. Michelet en avait bien saisi l'importance, qui notait en 1862 : " Aux anciens pénitentiaires, aux manuels des confesseurs pour l'inquisition des péchés succédèrent les Directoria pour l'inquisition de l'hérésie qui est le plus grand péché.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  20 octobre 2019
Écrit au XVe siècle par deux religieux, le Marteau des Sorcières est devenu le livre de chevet de tous les inquisiteurs décidés à éradiquer la sorcellerie de la Terre et à pourchasser les sorcières (et les sorciers bien sûr, mais on ne tardera pas à se rendre compte que les auteurs ont une obsession contre la gente féminine).
Le livre est découpé en 3 parties : la première justifie l'existence des sorcières, la deuxième décrit le fonctionnement de la sorcellerie (comment sont lancés les maléfices et comment les défaire ou s'en protéger), et le dernier décrit enfin l'organisation des procès.
La première partie est assez rébarbative, si vous n'êtes pas spécialement porté sur la théologie. On abordera principalement deux questions : le problème du mal (si Dieu est omniscient, omnipotent et infiniment bon, comment expliquer la présence du mal sur Terre ?) et le libre-arbitre. Les arguments ne me paraissent pas spécialement intéressants, surtout que les auteurs usent et abusent des « Tout le monde sait … », « Il est de notoriété publique … » et autre « Il est évident pour tout le monde ... ».
Savoir contre quoi ils se battent est par contre instructif, car on découvre qu'une partie du public (savant ou profane ?) argumente contre l'existence de la sorcellerie, et n'hésite pas à déclarer qu'elle n'est due qu'à des gens qui s'illusionnent mutuellement. Les auteurs arrivent donc bardés de références, avec une menace sous-jacente assez explicite : le sujet est complexe, il est excusable de s'être trompé de bonne foi, mais maintenant qu'ils ont tout prouvé de manière indiscutable, persévérer dans la contradiction leur semblerait TRÈS louche (et personne n'a envie d'être trouvé louche par un inquisiteur). de même, on trouve au début de l'ouvrage une note du Pape lui-même qui oblige certaines provinces à accueillir les inquisiteurs, preuve qu'ils ne devaient pas être les bienvenus partout …
La deuxième partie est une compilation de superstition les plus crasses : les sorcières enlèvent les enfants pour manger leur chair, ensorcellent les vaches des voisins, provoquent des tempêtes pour détruire les récoltes, volent le sexe des hommes, … Tout ça accompagné de récits ad-hoc du type « mon cousin m'a raconté que ... » pour appuyer le propos. On trouvera également ça et là des chaudrons, et des crapauds comme animaux de compagnie (ce qui m'a surpris, je pensais que c'était un folklore moderne). Tout l'arbitraire des accusations de sorcellerie se dévoile : Si vous dites « Tu me le paieras ! » à quelqu'un et qu'il tombe malade dans les mois qui suivent, vous êtes accusée de sorcellerie ; si vos vaches produisent plus de lait que celles du voisin, vous êtes accusée de sorcellerie ; si quelqu'un vous bouscule dans la rue et que son enfant tombe malade plus tard, vous êtes accusée de sorcellerie.
Et la troisième partie vient pousser cet arbitraire à son paroxysme. Les inquisiteurs, les auteurs nous l'ont démontré dans la première partie, ne jugent pas en leur nom, mais au nom de Dieu ; par définition, ils ne peuvent pas se tromper, car Dieu ne commettrait pas d'injustice. Un soupçon, ou un doute, a quelque part valeur de preuve, d'autant qu'ils sont également immunisés contre tous les maléfices, contrairement aux juges. de plus, dans les pouvoirs d'une sorcière, on trouve globalement tout ce qui pourrait l'innocenter : elle refuse d'avouer, malgré la torture ? Maléfice de taciturnité. Un membre du jury commence à la prendre en pitié ? Il vient de se faire ensorceler. Les auteurs recommandent également de mener le procès tambour-battant, de refuser de donner les noms des dénonciateurs, de choisir un avocat commis d'office et de le menacer de complicité s'il défend une coupable avec trop de ferveur… Au final, le résultat du procès dépend de votre « réputation » : si le juge vous a à la bonne, si votre famille est « respectable », vous êtes innocente. Si vous venez d'une famille douteuse, vous êtes coupable. À ce titre, l'ouvrage est un bon exemple de ce qui peut se produire quand on accorde une once de pouvoir à une étroitesse d'esprit mêlée à une foi aveugle.
Quel a été l'impact de ce livre dans la traque des sorcières ? Ses nombreuses rééditions montrent en tout cas qu'il a eu un certain public, parmi les gens capables de s'offrir des livres. Mais difficile d'évaluer son influence, car l'ouvrage a été mis à l'Index : malgré ses nombreuses références positives en début d'ouvrage, les auteurs ont en effet soigneusement sélectionné les passages de lettres qui les mettaient en valeur, mettant de côté ce qui ne les arrangeaient pas. Les juges et les inquisiteurs ne devaient donc pas se vanter publiquement de s'inspirer de l'ouvrage.
Je retiendrai principalement de l'ouvrage une peur presque panique des femmes, de leur sexualité, et du pouvoir qu'elles pourraient obtenir seules sans l'aide des hommes : la rage des auteurs contre les sage-femmes est à ce titre très significative. Et également, une certitude absolue des auteurs de ne jamais se tromper, et d'accepter tous les moyens pour obtenir la fin, qui fait vraiment froid dans le dos.
On aura également un bel aperçu des superstitions de l'époque, avec son cortège de rituels, d'incantations, d'amulettes, … qui devient presque comique, pourvu qu'on oublie l'espace d'un instant que des femmes ont été torturées et brûlées vives sur ces accusations.
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historia
  09 juillet 2013
Un livre historique d'une importance capitale...
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
templierstempliers   15 février 2009
Le Marteau des Sorcières, Malleus Maleficarum, a été le bréviaire des chasseurs de sorcières pendant deux siècles à travers toute l'Europe. Michelet en avait bien saisi l'importance, qui notait en 1862 : " Aux anciens pénitentiaires, aux manuels des confesseurs pour l'inquisition des péchés succédèrent les Directoria pour l'inquisition de l'hérésie qui est le plus grand péché. Mais pour la plus grande hérésie qui est la sorcellerie, on fit des Directoria ou manuels spéciaux, des marteaux pour les sorcières. Ces manuels ont atteint leur perfection dans le Malleus de Sprenger... " Michelet précise, en outre, l'emploi de ce livre avec une sûre intuition de la pratique judiciaire : " Le Malleus, qu'on devait porter dans sa poche, fut imprimé généralement dans un format rare alors, le petit in-huit. Il n'eût pas été séant qu'à l'audience, embarrassé, le juge ouvrît sur la table un in-folio. Il pouvait, sans affectation, regarder du coin de l'œil, et sous la table, fouiller son manuel... " De ce livre, capital pour la compréhension des contagions de sorcellerie du XVe au XVIIe siècle, on trouve des passages chez les démonologues comme Jean Bodin, le médecin Jean Wier, mais point le texte complet, qui apporte sur la vision du monde propre aux inquisiteurs et sur les fantasmes des sociétés médiévales un témoignage d'une richesse exceptionnelle. Amand Danet, qui en a fait la traduction avec scrupule et probité, a rédigé une présentation qui explore les principales voies d'interprétation suggérées par une longue familiarité avec ce grand texte.
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LuniverLuniver   03 octobre 2019
[Les sorcières] visent à d'innombrables maux. En effet elles soulèvent des tempêtes et des orages avec des éclairs ; elles provoquent la stérilité chez les hommes et les bêtes. Les enfants qu'elles ne dévorent pas, elles les offrent aux démons ou elles les tuent autrement : ce sont ceux qui ne sont pas renés de la fontaine du baptême. Ceux qu'elles dévorent (non sans la permission de Dieu), ce sont des baptisés. Des enfants marchant au bord de l'eau, elles savent sans se faire voir les jeter dans l'eau au présence même des parents. Elles peuvent rendre les chevaux fous sous leurs cavaliers ; elles peuvent se transporter d'un endroit dans l'autre à travers les airs, soit en corps soit en esprit ; elles peuvent changer le cœur des juges et des magistrats de manière à ce qu'ils ne puissent leur nuire. Dans les tortures elles peuvent se doter elles-mêmes et doter les autres de « taciturnité » ; déclencher un tremblement dans les mains et les âmes de ceux qui viennent les arrêter ; révéler aux autres des choses occultes et des événements futurs, au moins, selon saint Thomas, ceux qui peuvent avoir une cause naturelle et que le démon peut connaître. Elles peuvent voir des choses absentes comme si elles étaient présentes ; changer les cœurs des hommes pour un amour ou une haine désordonnée ; détruire parfois ce qu'elles veulent par la foudre, même des hommes et des bêtes. Elles peuvent rendre stérile la puissance génitale ou même rendre impossible l'union conjugale ; provoquer l'avortement, causer la mort des enfants dans le sein de leur mère rien que par un attouchement extérieur. Elles peuvent parfois ensorceler des hommes et des animaux par un simple regard, sans le moindre toucher, et ainsi causer la mort ; vouer leurs propres enfants au démon.
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LuniverLuniver   04 octobre 2019
Si on cherche la cause pour laquelle certaines sorcières ne veulent jamais avouer la vérité même sous les pires supplices, alors que d'autres avouent leurs crimes aux moindres interrogatoires ; ou pourquoi certaines d'entre elles, après avoir avoué, essaient de s'enlever la vie en se pendant ; réellement on peut dire : là où la puissance divine ne concourt pas par le saint ange à forcer la sorcière à avouer la vérité et à sortir du maléfice de taciturnité, là tout ce qui arrive est l'œuvre du diable, la taciturnité comme la confession des crimes. Le premier cas est celui de celles qu'il sait avoir renié de bouche et de cœur et lui avoir de même rendu hommage ; de leur persévérance il est sûr. Par contre, il laisse les autres sans protection, sachant qu'elles lui seront de peu d'utilité.
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LuniverLuniver   29 septembre 2019
La femme, qu'est-elle d'autre que l'ennemie de l'amitié, la peine inéluctable, le mal nécessaire, la tentation naturelle, la calamité désirable, le péril domestique, le fléau délectable, le mal de nature peint en couleurs claires. D'où, puisque la renvoyer est un péché et qu'il faut la garder, alors notre tourment est fatal : ou bien commettre un adultère en la répudiant, ou bien vivre dans des disputes quotidiennes.
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LuniverLuniver   09 octobre 2019
Faut-il encore tuer celui qui se repend ? En vérité si le simple hérétique relaps même repentant est à tuer selon les canons, c'est à cause de la raison donnée par saint Thomas : ainsi on pourvoit au bien commun. En effet si les hérétiques relaps étaient souvent repris, mais autorisés à vivre et à garder leurs biens temporels, ce pourrait être au préjudice du salut des autres, soit parce qu'ils pourraient les infecter s'ils retombaient encore, soit parce que s'ils s'échappaient sans punition les autres auraient moins peur d'être contaminés par l'hérésie. À partir de leur rechute, on présume de leur inconstance future et on est donc justement autorisé à les tuer.
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>Phénomènes paranormaux. Pseudo-sciences>Parapsychologie et occultisme>Magie, sorcellerie, démonologie (75)
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