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Simone Manceau (Traducteur)
EAN : 9782213613031
380 pages
Fayard (15/10/2002)
3.7/5   25 notes
Résumé :

Ce récit, fondé sur une exceptionnelle documentation familiale, raconte une histoire vraie, celle d'une famille d'intouchables vivant dans l'ouest de l'Inde au XXe siècle.Un jour de 1927, Damu, le père de l'auteur, refusant de subir une humiliation de plus, se révolte et, la nuit tombée, quitte le village en compagnie de sa femme Sonu... Commence alors une aventure qui conduit le couple à vivre les situations les plus ex... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Le livre commence par cette épigraphe: "À ma grand-mère aveugle, femme visionnaire, à mon père, homme de génie, qui n'est jamais allé à l'école, et à Sonu, ma mère, qui a étouffé sa faim pour nous maintenir en vie, et pour tous ces anonymes, ces hommes et ces femmes, partout dans le monde, qui se sont battus pour les droits de l'homme."

Er pour cause, les droits de l'homme sont au coeur de ce témoignage poignant et lucide. L'auteur rend hommage à ses parents et raconte leur parcours dans l'Inde de la première moitié du 20è siècle. Appartenant à la caste des Dalits, la plus impure qui soit, il retrace les conditions de vie dramatiques des Intouchables et la lutte de ses parents pour tenter d'en sortir. le style est simple mais édifiant et touchant. L'auteur alterne la vision de son père avec celle de sa mère. Deux visions différentes qui se rejoignent dans un combat pour la survie. Il termine enfin par la sienne.

" […] les dalits étaient placés si bas que leur seul contact provoquait la souillure. Tout droit humain ou religieux leur était dénié, et, pour gagner leur misérable vie, ils en étaient réduits à faire les corvées les plus dégradantes. Il leur était totalement impossible de changer de statut social. Dans ce système, il n'y avait aucune place pour la révolte. Comment de simples mortels auraient-ils osé contester une organisation décrétée par Dieu lui-même ?"

Son père n'aura pourtant de cesse de rejeter cette condition et de lutter pour être traité en être humain. Il mettra tout en oeuvre pour que ses enfants aient accès à l'éducation et qu'ils aient une chance de s'élever. Sa rencontre avec Babasahed Ambedkar sera déterminante. Ce précurseur et défenseur des droits de l'homme, un intouchable lui aussi, et rival de Gandhi auquel il s'opposa politiquement, a lutté pour l'abolition des castes et a apporté une contribution majeure à l'amélioration des conditions des "sous-castes".

Un témoignage fort et vibrant sur le combat au jour le jour mené par cette famille et sur une Inde qui reste rongée par le poids de la tradition des castes, même si elles ont été officiellement abolies en 1950.
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J'avais 7 ans lorsque j'ai lu mon premier livre sur l'Inde. Sita et la rivière de Ruskind Bond. Cela a été pour moi une révélation et le premier d'une longue liste...
Enfant, la première fois que j'ai rencontré ce mot « intouchable», je pensais que c'était le caractère sacré de cette caste qui faisait son intouchabilité. Puis j'ai découvert que c'était tout le contraire. La caste des intouchables (dalit), est la caste la plus impure de l'Inde. Les chiens et les rats ont plus de valeur que tous ces enfants, femmes et hommes bannis.

Narendra Jadhav est un économiste de formation, qui exerça au sein du FMI et du ministère des finances indiens, et qui est toujours actuellement engagé dans le développement de son pays. Mais pour les indiens, c'est avant tout un dalit qui a réussi à accéder aux plus hautes fonctions. Impossible et impensable il y a encore 50 ans !
« Intouchable » raconte la vie de parias de ses parents, sa mère (Sonu) et son père (Damu), et la rencontre qui a bouleversé et changé leur vie : celle de Babasahed Ambedkar.
Babasahed Ambedkar est un intouchable qui a pu bénéficier d'une éducation à l'étranger et qui, revenu dans son pays, s'est battu pour l'abolition des castes et les droits des intouchables, pour leur liberté et leur éducation. Il a participé également avec Gandhi à la lutte pour l'indépendance, ou devrions-nous dire plutôt contre Gandhi, car ils étaient tous les deux, de virulents rivaux, tout en nourrissant l'un pour l'autre un profond respect...
Forts des enseignements de ce maître à penser, Damu et Sonu ont lutté pour leurs droits et pour donner à leurs enfants une éducation leur permettant d'accéder à cet avenir meilleur et ce respect dont ils ont toujours rêvés.

La première partie s'articule sur un récit à deux voix (celle de Damu puis celle de Sonu), qui a le mérite de nous donner 2 visions des choses : celle d'un homme en révolte prêt à tout pour survivre et vivre dignement, dont l'esprit est entièrement tourné vers la réalisation de cet idéal et celle d'une femme, qui malgré le poids des traditions et de la religion, va participer à cette lutte, tout en restant consciente que le combat pour les dalits mené, il en restera toujours un, sans fin, celui pour le droit des femmes.

« Dans la maison, les femmes savent régner
Mais des questions, faut pas s'en poser…
Notre vie, c'est obéir puis crever
Mais le mari, faut jamais le défier » - chanson populaire indienne -

Dans une dernière partie, l'auteur raconte son enfance et sa vision de la vie de ses parents et le parcours qui l'a mené là où il est aujourd'hui.
Un glossaire et un rappel historique sur les intouchables clos ce livre. Il faudrait pouvoir le lire avant pour apprécier d'autant plus le récit qui suit.
J'ai dévoré ce livre. Je trouve qu'il offre une vision forte de l'Inde, des castes et de toute l'ambivalence qui caractérise ce pays. le style est simple mais il n'est de toute façon pas le moteur de la lecture et cela donne un côté authentique, qui fait tout le bonheur de ce récit. de la vie en Inde (à la campagne ou à la ville), on suit le quotidien des femmes, hommes et enfants, rythmé par la recherche d'un travail permettant de gagner quelques roupies voire même quelques paise pour tout simplement espérer manger et donner à manger aux siens. On assiste, au sein des intouchables, à la prise de conscience et à l'éveil d'un sentiment d'injustice et de rejet face à un système et une religion qui les excluent. L'euphorie est vite rattrapée par la réalité et le combat est loin d'être gagné. L'auteur reste lucide sur le chemin qui reste à parcourir et la persistance du système des castes qui régit encore et toujours les relations sociales en Inde.

Sous le vernis de l'évolution, de l'émancipation, restent toujours les traditions millénaires.
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Nous sommes en 1927. Tous les hindous sont répartis en quatre castes, aux droits et devoirs bien délimités. Tous ? Non ! Une petite partie de la population est hors-caste, exclue encore et toujours de la société. Et la vie n'est pas facile pour cette population qui doit vivre dans l'ombre des gens biens comme il faut.

Car si les intouchables ont aussi des « droits », il faut reconnaître qu'ils le font pas rêver grand monde : pouvoir récupérer les cadavres d'animaux, ou vivre des déchets tendus par les familles honorables, qui sont généralement plus dégoûtées par la personne que par ce qu'ils lui tendent. Peu de temps auparavant encore, les intouchables devant porter un pot en terre sous le menton, pour éviter que leur salive ne tombe à terre. Et balayer leurs traces de pas pour qu'elles ne croisent pas celles des membres des autres castes. Autant dire qu'en matière d'exclusion sociale, on a quand même atteint un certain niveau.

L'histoire du père de l'auteur est intimement lié à celle de Babasahed Ambedkar, qui s'est levé contre cette situation, et a milité pour les droits des intouchables. Il s'est également souvent opposé à Gandhi. Car si en Occident, ce dernier est devenu un emblème de la contestation populaire juste et pacifique, sur le sujet des castes, son positionnement était plus ambigu, puisqu'il était partisan de « l'égalité dans la diversité ». En d'autres termes, tout ne va pas si mal, il y a bien quelques détails à corriger, mais aucun besoin de remettre en cause tout le système.

Le livre est tout de même optimiste, car, mise à part la scène de départ, le livre se concentre surtout sur les droits arrachés, un à un, par le père de l'auteur. Et par la vie en ville, où les castes jouent moins quand les gens ne se connaissent pas.

Le bilan est toutefois loin d'être idyllique, quelques générations plus tard. Si certains quotas d'intouchables ont été instaurés dans l'accès à l'université, dans les postes gouvernementaux,… par le gouvernement indien, les suicides de personnes discriminées en raison de leur caste, ou les immolations pour protester contre ce mélange imposé, ne sont pas rares.

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour rester entre soi…
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'Dans la maison, les femmes savent régner
Mais des questions, faut pas s’en poser…
Notre vie, c’est obéir puis crever
Mais le mari, faut jamais le défier.'

Les dures conditions de vie des Dalits dans les villages, ces 'intouchables' moins bien considérés que les chiens, dont même l'ombre pourrait polluer un point d'eau, et les non moins dures conditions qu'ils subissent en se fondant dans la population de Bombay où c'est si difficile de trouver du travail lors de la grande crise des années 30 nous sont tour à tour racontées au travers des souvenirs de Soney et de son 'homme' Damu (qui sont les parents de l'auteur!).

C'est aussi, à l'instar de la lutte menée par Gandhi pour l'indépendance, la lutte 'pacifique' de Babasaheb Ambedkar pour que ces intouchables puissent être considérés comme des êtres humains. Faudra-t-il aller jusqu'à changer de religion, devenir bouddhiste, sikh ou chrétien? Soney osera-t-elle défier son mari, cachera-t-elle ses chères déesses hindoues?

Extraordinaire témoignage des traditions hindoues!
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Narendra Jadhav est économiste de formation. Il a travaillé comme cadre dirigeant du FMI puis comme haut fonctionnaire au ministère des finances du gouvernement indien. Il est issu d'une famille très modeste (parents illettrés), des dalits, des intouchables.

Dans le système indien des castes, les dalits sont placés si bas que leur seul contact provoque la souillure. Ce sont littéralement des intouchables. Quand on leur fait l'aumône, on leur jette la nourriture ou on leur verse l'eau dans les mains pour éviter de les toucher. Autrefois, leurs ancêtres portaient un pot attaché autour du cou pour que leurs crachats ne souillent pas le sol sur lequel marchent les hautes castes.

Le système des castes repose sur la croyance en la réincarnation : les Hindous croient que si on est né intouchable c'est en raison de ses mauvaises actions dans une vie antérieure. C'est donc un sort mérité et se révolter contre ce système serait contester une organisation décrétée par Dieu lui-même.

Ce livre raconte l'histoire de Damu, le père de l'auteur, premier de sa famille à avoir, à partir des années 1920, lutté contre l'exclusion dont il était victime. le chemin de Damu croise celui du Dr Babasaheb Ambedkar, intouchable lui-même, défenseur de l'égalité entre les hommes et qui a lutté pour l'abolition des castes. le Dr Ambedkar est aussi le principal rédacteur de la constitution indienne. Constitution qui ne reconnaît pas la division en castes.

Fervent partisan du Dr Ambedkar, Damu conduit sa famille sur la voie de l'émancipation en poussant ses enfants à faire des études.

Bien que les castes aient été officiellement abolies en 1950, le livre montre qu'aujourd'hui encore elles jouent un rôle entre les personnes, particulièrement à la campagne.

Un livre intéressant, un personnage volontaire et intègre qui ne dévie pas de la voie qu'il s'est fixée, malgré les difficultés.
Lien : http://monbiblioblog.revolub..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Oui, le 26 janvier 1950, l’intouchabilité a été abolie par la Constitution, quand l’Inde est devenue une république. Et Dieu merci, aujourd’hui, on n’exige plus des intouchables qu’ils portent des pots d’argile autour du cou pour que leurs crachats ne polluent pas la terre. À la différence de leurs ancêtres qui ont dû le faire des centaines d’années durant, aujourd’hui ils ne sont plus forcés de balayer derrière eux pour effacer les traces de leurs pas, comme on l’a dit dans le récit. Mais ne nous laissons pas abuser par les apparences. La discrimination a peut-être changé de forme, mais certainement pas de substance.

Nous sommes au XXIe siècle. En Inde, lorsque vous rencontrez quelqu’un, à l’instant même où vous vous présentez, votre nom de famille révèle immédiatement la caste à laquelle vous appartenez. Consciemment ou non, qu’ils se trouvent chez eux ou qu’ils résident à l’étranger, quand on en vient aux castes, les Indiens ont toujours une réaction primaire. Au cours des années, le système s’est sophistiqué. Aujourd’hui, toujours enraciné dans les mentalités, il a pris une forme subtile, peut-être plus pernicieuse encore.
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Aujourd’hui, dans le monde, un homme sur six est indien et un Indien sur six est, depuis toujours, un intouchable, un dalit. En Inde, le système des castes, vieux de trois mille cinq cents ans, continue d’être une plaie pour l’humanité. Pourtant, les dalits commencent à s’éveiller.
(...)
Aujourd’hui, les cent soixante millions de dalits vivant en Inde représentent près de trois fois la population du Royaume-Uni ou de la France. Cette fraction significative de l’humanité s’autorise enfin à prendre la parole, cette parole qui lui a été refusée durant des centaines d’années. Dans leur lutte contre la discrimination, l’analphabétisme et la pauvreté, les dalits revendiquent le droit à l’éducation, à l’exercice du pouvoir et à la démocratie. Ce qu’on va lire est l’histoire d’une de leurs familles, la mienne.
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[À] Mahad les castes supérieures avaient fait « purifier » le réservoir « profané » par les prêtres brahmanes, qui y avaient déversé le nombre sacré de cent huit pots de ghee, de lait, d'urine et de bouse de vache, sous les ovations et les chants religieux.
Ces gens pourtant instruits ne se rendaient-ils pas compte que l'idée d'une purification par l'urine animale était bien plus ridicule et méprisable que celle d'être souillés par contact humain ?
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Une incroyable légèreté s’installa en moi. Je me sentis merveilleusement bien d’avoir laissé échapper tout ce qui me pesait sur le cœur. Les choses étaient dites, je m’étais forgé une identité, j’avais fait entendre ma voix. La réalité n’en était pas changée pour autant, certes, et ma vie était toujours arrimée à celle de mon homme…
Najuka essaya de me consoler mais, pour finir, elle aussi avait les yeux remplis de larmes. Elle se souvint d’une chanson traditionnelle que fredonnait sa mère :
Dans la maison, les femmes savent régner
Mais des questions, faut pas s’en poser…
Notre vie, c’est obéir puis crever
Mais le mari, faut jamais le défier.
Oui, toute ma vie, j’avais suivi les volontés de mon homme. Mais là, la coupe était pleine.
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Le plus ironique, ç'avait été mon instituteur, un homme de caste élevée. Il me traitait toujours de « fils adoptif du gouvernement » parce que mon instruction avait été entièrement subventionnée par l'État. Et le jour où j'avais surpassé tous les autres en sanskrit – la langue supposée divine, depuis des siècles l'apanage des hautes castes – il avait même déclaré qu'il commençait à perdre foi dans le système éducatif !
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