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ISBN : 2266026828
Éditeur : Pocket (17/08/2006)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 37 notes)
Résumé :
De père en fils, les Crétois se transmettent la haine du Turc, l'Infidèle qui opprime les Balkans depuis la chute de Constan-tinople : près de quatre siècles de colère qui fuse en révoltes et en massacres sans cesse recommencés. 1821 a marqué pour leurs voisins de Grèce le début de la conquête de l'indépendance. Quand donc viendra leur tour ?
A chaque printemps, saison du renouveau, la question leur fait plus que jamais vibrer les nerfs et il s'en faut d'un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Luniver
  12 octobre 2017
En ce début de XIXe siècle, la Crète souffre. Cette île à la forte identité n'a jamais supporté d'être sous le joug turc, et les révoltes éclatent périodiquement. Cette domination paraît d'autant plus odieuse que la grande soeur grecque, elle, vient de retrouver son indépendance. Turcs et Crétois se regardent en chiens de faïence, les provocations s'enchaînent et les esprits s'échauffent.
Le capétan Michel est une figure emblématique de cette révolte crétoise. Il élève son fils dans cette unique idée, comme son père l'a élevé lui-même de cette façon. Sa famille entière est d'ailleurs de la même veine : un parent vient de déclencher le dernier scandale en date, en traînant un âne dans une mosquée pour « lui faire dire ses prières ». Et pourtant, malgré son statut de symbole vivant, le capétan est rongé par le doute : en cause, la femme du chef local turc qui ne veut plus lui sortir de la tête, et qui l'empêche de mener à bien son combat. Pour quelqu'un qui n'a jamais eu comme maîtresse que la Crète, la situation est particulièrement insupportable, et Michel sent le déshonneur le guetter.
Quelle drôle d'ambiance dans ce roman de Karantzakis ! le nationalisme y est poussé à son extrême : les hommes sont jugés au nombre de morts qu'ils ont fait dans les rangs turcs, et les enfants eux-mêmes ne rêvent que de couper la tête du sultan. Les intellectuels, ayant généralement voyagé sur le continent et donc pas assez « purs », sont ridiculisés et méprisés par la population entière : le maître d'école est tyrannisé par ses élèves, et même mis à la porte de sa maison par sa propre épouse ; il ne devra sa rédemption qu'en déposant les livres pour prendre les armes. le fils renégat qui ira chercher une épouse en dehors de l'île la verra dépérir une fois rentré chez lui : elle sera incapable de tenir debout une journée entière et sera victime de fausse couche, comme si la Crète elle-même se défendait contre les éléments étrangers qui voudraient l'envahir.
Les rôles homme/femme sont du même acabit : les premiers bombent le torse, étalent leur puissance et leur virilité, tandis que les femmes rasent les murs en silence, éblouies par ces mâles vigoureux et décidés, et terrifiées à l'idée de faire la moindre action qui pourrait leur déplaire. Les relations entre les deux sexes ont parfois un côté franchement bestial, avec ces dames qui hument et retroussent les lèvres au passage d'un partenaire potentiel.
Malgré toutes ces caractéristiques qui ne sont pas franchement ma tasse de thé d'habitude, cette lecture a été un vrai plaisir. Sans doute parce que l'auteur ne cherche pas à argumenter ou défendre une position, ce qui pourrait vite le rendre insupportable (ou ridicule), mais se contente de laisser évoluer ses personnages, qui vivent de cette manière sans se poser de questions. À la place, on vit dans la peau de David qui se lance dans un combat qui semble d'avance contre Goliath, auprès d'un peuple qui demande simplement à retrouver sa culture, ses rites, ses traditions et qu'on le laisse finalement tranquille. Tous les ingrédients sont réunis pour une épopée comme on en fait plus.
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miriam
  19 mai 2012
La Liberté ou la mort est le mot d'ordre des révolutionnaires Crétois, brodé sur le drapeau de Capétan Michel, le héros du livre, mais aussi d'un drapeau visible au Musée Historique d'Héraklion.
Avant l'Autonomie de la Crète en 1897, des révolutions secouèrent l'île au 19ème siècle : 1821, 1866 avec le massacre du monastère d'Arkadi, furent les plus connues, mais les capétans du livre de Kazantzaki énumèrent en 1821, 1834, 1841, 1878..
C'est en 1889 que se déroule l'épopée du Capétan Michel. le roman se compose de deux parties. Dans la première, le drame se noue. L'auteur présente les nombreux protagonistes dans la ville de Candie où cohabitent Chrétiens et Turcs, mais aussi Juifs et Arméniens. le pacha, plutôt débonnaire, ne jouit pas d'une grande autorité et les notables s'affrontent, provocations et forfanteries, mesquineries et intrigues, mariages et histoires d'amour, affaires et beuveries. le champion des Grecs est le Capitan Michel, sombre et ténébreux, craint de tous, celui des Turcs Nouri Bey. Plutôt que de s'entretuer, ces nobles personnages ont mêlé leur sang en un pacte fraternel. On se prend à imaginer l'entente entre les communautés quand le pauvre Ali Aga est nourri par les femmes grecques ou quand Effendine est invité à se saouler chez Michel. Les rancoeurs sont bien présentes, les provocations s'accumulent. Quand le frère du Capétan Michel charge un âne sur son dos pour l'emporter à la mosquée "dire ses prières" l'offense se lavera dans le sang.

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cette chronique où les personnages sont nombreux, tous divers. Nikos Kazantzakis décrit aussi le quotidien des femmes. Femmes soumises à eurs héros de maris, ou mégères, jeunes mariées comme vieilles filles.
De provocations en meurtres, de meurtres en vengeances, le pacha ne peut contenir la colère des agas et laisse faire le massacre, pire, il obtient des renforts que le sultan lui envoie. Les Grecs mettent à l'abri femmes et enfants dans les villages et prennent le maquis pour une guerre sans merci.


Cette deuxième partie du livre sent la sueur, la poudre et le bouc. Les capétans reprennent du service et le théâtre des opérations se déplace de la ville à la campagne. Entrent en scène les héros de 1821, centenaires mais encore très verts. le héros n'est plus Michel mais son père le vieux Sifakas qui règne sur ses fils, ses petits fils, mais aussi sur les bergers. Occasion de raconter la vie rurale, ainsi que les faits d'armes anciens. Les héros morts à Arkadi hantent les consciences.
J'ai eu plus de mal avec cette tonalité virile. Déjà, en ville les femmes jouissaient d'un statut de second plan. Michel refusait même de voir sa fille devenue pubère qui se cachait à son retour mais à la campagne elles n'ont plus de rôle du tout. Les égorgements, les coups de feu, les oreilles coupées... ne sont guère de mon goût.

Et pourtant il s'agit bien d'une épopée vécue, d'une histoire qui s'est vraiment déroulée. Avec les exploits militaires se déroule, en coulisse, la grande politique, celle des grandes puissances, qui refusent de voir la Crète rattachée à la Grèce. de la Grande Bretagne et des autres puissances qui préfèrent un sultan entravé à une entrée de la Russie en Méditerranée, le port de Souda, convoité par les puissances navales...Et tout cela est diablement passionnant.
Évidemment, la féministe du 21ème siècle ne peut pas suivre à la lettre tous ces exploits sans agacement. le magicien Kazantzaki m'a encore entraînée dans cet univers par son talent de conteur. Sous la geste épique, on sent l'humaniste qui ne peut souscrire à la simplification. C'est encore Zorba qui montre la barbarie de la guerre.

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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karkarot
  28 mars 2019
Le Capétan Michel (titre original) est une oeuvre centrale dans la masse des écrits de Kazantzaki. En partie autobiographique, ce livre raconte la révolte d'une ville de Crête, puis de toute la Crête au travers des destins de personnages haut en couleurs qui se dévoile petit à petit. Les intrigues s'entrecroisent, les beys, pacha, imam, muezzin, métropolite, instituteurs, bergers, paysans se rencontrent, se battent, rient, mangent, boivent, font l'amour, sont jaloux ; en un mot, vivent.
C'est ce qui ressort de ce récit ; une vie puissante, forte d'envies et de désir, et par dessus tout celui de liberté, de se libérer du joug des envahisseurs ottomans !
Donc, c'est tout autant empli de vie que l'on sort de cette lecture passionnante et puissante.
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Fabrice38
  07 septembre 2018
Fin XIXème siècle, la Crète est toujours sous le joug de l'empire ottoman et les dissensions entre Crétois et Ottomans sont de plus en plus importantes. Les Crétois veulent leur indépendance ! le célèbre écrivain grec Nikos Kazantzaki, auteur du fameux "Alexis Zorba", nous entraine dans une véritable épopée où de nombreux personnages se rencontrent et luttent : un magnifique roman historique que de nombreux élèves grecs étudient encore.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
OlivOliv   03 avril 2019
Il y a des peuples, des hommes, qui appellent Dieu par la prière et les pleurs, d'autres par la patience et la résignation, d'autres encore en blasphémant. Les Crétois, eux, l'appellent à coups de fusil. Ils se postent à la porte de Dieu et tirent des coups de fusil pour qu'Il les entende. "Rébellion !" hurle le sultan qui le premier perçoit la pétarade et, furieux, envoie des pachas, des soldats et des pals. "Insolence !" crient les Européens et ils lâchent leurs cuirassés de fer sur la frêle embarcation en détresse entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. "Patience, et prudence, ne me plongez pas dans le sang !" supplie la pauvre Grèce. "La liberté ou la mort", ripostent les Crétois et ils cognent à la porte de Dieu.
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LuniverLuniver   08 octobre 2017
La mariée descendit, fraîchement fardée et Idoménée approcha, tenant le marié par la main. Mourtzouflos garnit son encensoir de charbons ardents et la psalmodie commença. Vanguélio baissait la tête. Tout autour, la gent sauvage, velue, fortement charpentée, toute en moustaches et en barbes, la regardait. Cette femme à la chair flasque allait entrer dans leur famille, son sang allait se mélanger au leur. Le croisement réussirait-il ou non ? Presque tous bergers ou laboureurs, ils connaissaient bien la question et savaient choisir le bélier et la brebis, ou le taureau et la vache qui donneraient la plus saine portée de façon à faire prospérer le troupeau. Les femmes s'occupaient de poules, de coqs et de lapins et considéraient le couple avec inquiétude. « Elle est trop maigre la mariée, elle n'a pas de poitrine, elle n'aura jamais de lait ! » « Ne t'en fais pas, va, elle en aura. Tu te rappelles, l'année dernière, ma chèvre Mavrouka ? Elle n'avait que la peau et les os, on ne voyait même pas ses pis, pourtant elle a été prise, elle a mis bas, et tu ne me croiras pas... elle donnait une oke de lait à chaque traite. » « Mais elle n'a pas de hanches ! Où se logera l'enfant ? » « Ne te fais pas de mauvais sang, elle va élargir. Quand les filles se marient, elles élargissent. »
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OlivOliv   11 avril 2019
L'aïeul sourit.
"Tu comprends maintenant ma lubie d'apprendre à écrire ? fit-il. J'avais mon idée. Je compte couvrir le village d'inscriptions. Je ne laisserai pas un mur, je monterai même sur le clocher, j'irai à la mosquée et partout j'écrirai : La Liberté ou la Mort ! La Liberté ou la Mort !... avant de mourir..."
Tout en parlant, il écrivait les mots magiques à grands coups de pinceau et reculait de temps en temps pour admirer son travail. Il suffisait donc d'aligner quelques bâtons et quelques ronds pour que tout cela se mette à crier comme une bouche d'homme, un gosier, une âme. Ce mystère continuait à l'étonner. "Dis-moi, Thrassaki, demandait-il parfois à son petit-fils, c'est vrai que ces signes-là sont des choses vivantes qui parlent ? Comment se fait-il qu'elles parlent ? Ô Seigneur, tu es un magicien !"
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LuniverLuniver   24 septembre 2017
Ils allaient prier le beau cavalier aux tempes grises, patron de Candie, saint Minas, et écouter le métropolite qui devait faire un sermon ce jour-là et distribuer le pain bénit de ses propres mains. Car c'était dimanche. Pas de commerce, les magasins n'ouvriraient pas et le plus fameux des marchands, Satan lui-même, dormirait toute la journée. On n'avait donc qu'à aller entendre la parole de Dieu, c'était gratuit, on n'y perdait rien et le lendemain, de bonne heure, on recommencerait à marchander et ce serait à qui roulera l'autre. Six jours consacrés au diable et un à Dieu, allumez un cierge à chacun et vous serez tranquille.
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DanieljeanDanieljean   02 juillet 2018
L' AÏEUL est assis sous le vieux citronnier de la cour. Il a une ardoise sur les genoux et tient un crayon. Par la porte ouverte, il surveille la montagne, au loin, l'air soucieux. La lumière est douce, aujourd'hui, tamisée par le brouillard. L'air est humide, chargée de gouttes de rosée, un temps brumeux. La pluie se prépare à tomber sur la terre. Il fait froid.

"Voilà l'hiver ..." murmura le vieillard en soupirant.

Il pensait aux femmes et aux enfants chassés de leurs maisons par les Turcs et entassés dans les cavernes, sans pain, sans vêtements et sans hommes pour les protéger. Il pensait à la Crête qui se révoltait à nouveau, essayant de briser les chaînes de l'esclavage et ne sachant de quel côté tendre les bras.

" Les Francs, ces chiens de Francs n'ont pas de coeur, la pauvre Grèce n'a pas de force, les Crétois sont trop peu nombreux, ils n'ont pas assez de fusils et encore moins de pain. Comment résister, dans ces conditions ? Et voilà le bon Dieu avec son hiver ; il lutte contre nous, lui aussi, avec les Turcs... Pauvre Crète, tu n'as pas encore fini de souffrir ", murmura le vieillard en fermant les yeux.

La Crète tout entière s'étendait sur son front, d'une tempe à l'autre, avec ses montagnes, ses plaines et ses rivages, avec ses oliviers, ses caroubiers et ses vignes, avec ses villages, ses enfants et leur sang ... Il en avait vu des révolutions ! Combien de fois les maisons avaient-elles été brûlées, les récoltes saccagées, les femmes violées et torturées !

Combien d'hommes étaient morts ! Pourtant, Dieu refusait de tourner son regard vers la Crète. Lui, le Capétan Sifakas, un seul homme, une seule vie, avait vu la Crète se soulever sept fois, se couvrir de sang et retomber de nouveau sous le joug ...

_ La justice, ça n'existe pas sur cette terre, la pitié non plus. Et Dieu ? Existe-t-il ? cria le vieillard en frappant du point sur l'ardoise. Il ne nous entend pas. Il est sourd, ma foi, ou bien alors incapable de pitié !

Mais à ce moment, Thrassaki, son petit-fils, sortit de la maison et le visage de l'aieul s'apaisa, brusquement, comme si Dieu lui répondait : " Tout finira bien, ne crie pas, vieillard, voilà ton petit-fils ! "

Thrassaki était bronzé par le soleil ; en quelques mois, la vie de montagne l'avait fait grandir et forcir. Il ressemblait de plus en plus à son père _ yeux, sourcils, bouche, opiniâtreté. Il s'approcha de son grand-père, lui prit l'ardoise des mains et le regarda en fronçant les sourcils
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Alexis Zorba - Nikos Kazantzakis Extrait de la lettre envoyée par Zorba à la "souris papivore".
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