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ISBN : 9791034900602
Éditeur : Liana Lévi (20/09/2018)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 216 notes)
Résumé :
L'histoire se déroule entre 1310 et 1314. Si le royaume de France est encore le plus puissant de la chrétienté, les équilibres féodaux ont basculé. Le clergé tente donc de mettre au pas tous ceux qui échappent à son autorité et le statut des béguines va être condamné. Pour des centaines de femmes seules, pieuses mais laïques, cette institution offrait une alternative au mariage et au cloître. Ne subsisteront que quelques rares survivances dans les Flandres.
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Critiques, Analyses et Avis (93) Voir plus Ajouter une critique
Annette55
  03 juillet 2018
Nous sommes le 1er juin 1310, à Paris, quartier du Marais, au grand béguinage royal.
Qui sont ces béguines ?
Le béguinage est- il un abri? Une Force?
Mais Les béguines ont- elles conscience que leur statut irrite de nombreux clercs et ecclésiastiques ?
Pensent - elles à leurs soeurs , au dehors de l'enclos fondé par Louis IX, Saint- Louis ? Moins protégées qu'elles ?
Elles sont, en effet, des centaines de femmes insaisissables, instruites, refusent le mariage comme le cloître , actives et pieuses à la fois , travailleuses et recluses, au sein de la communauté ...... Ni épouses, ni nonnes, ni totalement actives, ni totalement contemplatives ........Elles dérangent quelque part car leur savoir irrite ........
Elles prient , travaillent , étudient, aident , se dévouent , circulent dans la cité à leur guise, pratiquent la charité,possédent de nombreux biens dans la ville, en disposent comme elles le souhaitent , peuvent les transmettre à leurs sœurs, prennent soin des malades et préparent les morts pour le grand voyage, sont indépendantes et libres.
Une liberté que les femmes n'avaient pas connue jusque là et ne connaîtraient pas avant des siècles.......
Toutes n'en furent pas conscientes, mais certaines se sont battues avec force pour la conserver!
Cette communauté mi- laïque , mi- religieuse libérée de l'autorité des hommes abrite la vieille Ysabel qui connait tous les secrets des plantes et des âmes , Ade et Maheut la rousse , mutique et rebelle , et bien d'autres, toutes vont devoir se battre tandis qu'on vient de mettre au bûcher les templiers .
Elles entendent bien conserver leur indépendance et leur liberté!
Quelle plongée saisissante , inédite et passionnante dans le moyen âge, à la fois érudite , cultivée et savante, mais tout à fait accessible .
L'écriture est fort élégante , haute en senteurs et en couleurs , entre l'odeur empuantie de la ville, _______le ventre de Paris -________sang, marée, déchets , excréments et l'odeur âcre des herbes .
Mais aux yeux de la papauté, la liberté des béguines dérange .
Nous sommes sous le règne de Philippe Le Bel .
Le pape Clément V publie en mars1314 les décrets du concile de Vienne contre les béguines. Il condamne leurs vêtements et surtout leur mode de vie, elles sont soupçonnées d'hypocrisie, moquées, accompagnées d'une odeur de soufre .
On les déclare hérétiques ........
"La nuit des béguines "est une oeuvre forte, riche et lumineuse, puissante, à la narration intelligente, bien documentée, avec des personnages marquants .
Les couleurs , les cris de la rue, les odeurs récréent avec précision et sensibilité , subtilité et émotion le Paris médiéval .
L'intrigue Prenante , intense , ménage du suspense, sur un sujet méconnu mais combien d'actualité !
Les héroïnes Ysabel, Ade et Mahaut la rousse, subversives et féministes avant l'heure hanteront longtemps nos mémoires !
Un savoureux roman historique, une fresque palpitante qui tisse les temps forts du régne de Philippe le Bel et les destins de personnages d'exception !
Ma critique est encore une fois , un peu trop longue, que ceux qui me liront soient indulgents !
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lecassin
  28 janvier 2018
Nous sommes en 1310, à Paris, dans le Marais…
Paris dont l'atmosphère est trop souvent empuantie, non seulement par manque d'hygiène, mais aussi, trop souvent par l'odeur du bucher.
1310, Philippe le Bel, Roi de France règne d'une main de fer sur une France forte, mais dont les caisses sont vides… et la révolte qui gronde en Artois. C'est également la période où l'inquisition condamnera les Templiers au bucher et les amants des Princesses Royales à être écorchés et démembrés en place publique.
« Au milieu de tout ce beau monde attendri » chantait Brassens, « une petite fée avait fleuri »… En guise de fée, on découvrira Maheut la rousse, une très jeune fille qui, un beau matin à l'heure du laitier, frappe à la porte du clos des béguines, cette « communauté » de femmes célibataires ou veuves appartenant à une organisation quasi monastique que l'Eglise ne voit pas d'un si bon oeil, en ces temps où l'hérésie se décrète plus qu'elle ne se démontre…Maheut y sera recueillie par Ysabel et Agnès, son assistante à l'hôpital.
1310, précisément le 1er juin, c'est aussi l'année où fut brûlée Marguerite Porète, une béguine, elle aussi, condamnée pour son ouvrage « le miroir des âmes simples » … Maheut est recherchée ! Humbert, un ombrageux franciscain est sur ses traces. Il se rendra coupable d'un odieux chantage. Quel sont les liens entre Maheut et Marguerite Porète ?
Très attiré par cette période, découverte à travers l'oeuvre de Maurice Druon, il y a bien longtemps, c'est avec enthousiasme que j'entame cette lecture dans le cadre d'un club de lecture. Bien m'en a pris ! Tout d'abord parce que cette époque me fascine et plus encore parce que cette « nuit des béguines » me permet de découvrir une organisation dont j'ignorais l'existence : le béguinage et les béguines. Mieux : une intrigue très bien ficelée et structurée qui laisse le lecteur accroché à sa lecture. Ajoutons à cela une prose très élégante et on obtient un ouvrage qui offre une grande facilité de lecture ; une prose qui accorde une large place aux odeurs, que ce soient celles des simples ou des fleurs du jardin d'Ysabel, mais aussi celles des miasmes de la rue, des caves ou des cachots, les odeurs de vêtements mouillés ou corporelles… Sans oublier celles des bûchers...
On l'aura compris : « La nuit des Béguines » est un de mon premier coup de coeur de 2018. Ça commence fort !
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Sylviegeo
  02 mars 2018
Aline Kiner a parié et pour moi, elle a misé juste ! On peut se demander si le long, cérémonieux, tourmenté et obscur Moyen-Âge intéresse encore. On peut se demander si le roman historique intéresse encore...Perso, je dis oui. Oui à Aline Kiner qui n'a pas choisi un thème quelconque et je dis oui à "La nuit des béguines". C'est une très belle lecture, un sujet fier dans un roman peu prétentieux tout en étant savant et cultivé.
L'histoire des béguines et un pan de l'histoire de France qui se déroule entre 1310 et 1317 mais une histoire qui quelquefois nous semble encore bien trop contemporaine.
On nous parle des béguines du béguinage royal à Paris. Qui sont-elles ? Que font-elles ces femmes inclassables, hors normes pour l'époque. Femmes actives, instruites, pieuses, travailleuses, recluses et libres tout à la fois. Dérangeantes. Ces femmes ont choisi de vivre en communauté, sans règles strictes, de décider si elles méditent ou travaillent, si elles apprennent ou se dévouent à aider. Oui , ces femmes dérangent.
Ce sont des portraits de femmes de tous âges, de tous milieux, veuves ou pas, riches ou pauvres qui ont décidé de n'être ni épouses ni religieuses. Elles sont libres de l'homme, des hommes et donc, elles sont suspectes. Dérangeantes. Elles vivent isolées géographiquement mais trop ouvertes intellectuellement. Leur savoir dérange.
Nous sommes sous le règne de Philippe le Bel qui vient de mettre au bûcher les Templiers et d'abolir cet ordre, c'est l'inquisition et Guillaume de Nogaret s'en donne à coeur joie tout ça avec Clément V à la papauté.
Justement, Clément V publie en mars 1314 les décrets du concile de Vienne contre les béguines. le texte condamne leur mode de vie, leur vêtement, les liens qu'elles ont avec certains frères. Aux yeux de la papauté, elles sont malhonnêtes car elle se font passer pour des nonnes, ces femmes n'obéissent à personne et surtout, surtout elles gèrent elles-mêmes leurs biens et leur fortune. Dérangeantes. On les déclare hérétiques, participant au mouvement du Libre-Esprit ou encore désobéissant à l'église. Pourtant, leur vie n'est faite que de travail, de charité, d'études, de soins, d'éducation mais aussi ha oui aussi d'indépendance. Et comme leur foi n'est pas contrôlée...Dérangeantes.
"La nuit des béguines" est une lecture dense, sans être docte, sans être alourdie par trop d'érudition manifeste. C'est une lecture doucement lumineuse qui nous parle de nous, filles et de notre sort sur cette terre.
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Allantvers
  27 février 2018
Des femmes libres au Moyen-âge, vraiment ? libres de se marier, ou non ; de vivre en communauté, ou non ; de choisir une vie religieuse, ou pas ? Une page d'histoire méconnue que cette « Nuit des béguines », un vent de liberté dont on sent bien dans ces pages qu'il tournera bientôt au détriment de ces femmes, victimes d'intérêt politiques et religieux plus puissants.
Voilà un roman très enrichissant à deux titres : celui de m'avoir donné une idée de ce qu'était le béguinage, dont je n'avais jamais entendu parler, mais également de faire vivre de manière très sensuelle un Paris plein de vie et de commerce, celui du règne de Philippe le Bel en action contre l'ordre des templiers dans son bras de fer avec le pape qui m'a rappelé avec bonheur la grande saga des Rois maudits de Maurice Druon.
Ce roman me laisse néanmoins un avis mitigé, comme celle de ces ouvrages d'historiens qui s'essayent au roman et dont on regrette qu'ils ne se soient cantonnés à ce qu'ils savent bien faire : l'exposé historique. Si le contexte m'a captivée, j'ai peiné à suivre une intrigue faiblarde et à m'attacher à des personnages finalement assez convenus, aux contours un peu flous. J'aurais aimé plus de chair autour de la sage Ysabel, de la jeune Maheut et de l'ambigue Ade, et que sur elles flotte avec plus de densité la figure extatique et rebelle de Marguerite Porete.
Je regrette d'être passée à côté de ce roman qui a pourtant d'indéniables qualités.
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Lolokili
  29 août 2018
Qu'est-ce donc qu'une béguine, je vous demande un peu ?
De mon côté j'en avais déjà une petite idée, pour avoir découvert il y a quelque temps les béguinages de Bruges ou d'Amsterdam, intriguée par ce terme dont à l'époque j'ignorais tout.
Ce roman vient donc enrichir mes maigres notions quant à ces femmes au statut inclassable. Veuves ou célibataires, souvent érudites, pieuses mais actives et indépendantes, libres de toute autorité ecclésiale, parentale ou masculine, les béguines se sont regroupées en communautés solidaires et autonomes dès le XIIème siècle en Europe. Ainsi les béguinages, sortes de couvents laïques, constituaient-ils des enclaves particulières, à la fois protectrices et ouvertes sur le monde, bénéficiant souvent (quand même) de la protection d'un seigneur ou d'un roi progressiste, voire féministe avant l'heure.
C'est ici le cas du béguinage royal fondé par Saint-Louis dans l'actuel quartier du Marais. L'intrigue y prend place, au coeur d'un Paris médiéval débordant d'activité, mêlant une réalité historique très documentée aux drames intimes de personnages fictifs particulièrement attachants.
Un instructif et romanesque voyage temporel aux résonnances pourtant très contemporaines, rappelant que l'émancipation des femmes est décidément loin d'être un sujet nouveau (et qu'il y a encore du boulot).

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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critiques presse (2)
LaCroix   29 septembre 2017
Si cet ouvrage a la forme d’un roman historique classique, tant par sa narration que par la manière dont l’auteure mène l’intrigue en alliant le suspense, les émotions et les retournements, le lecteur ne manquera pas de distinguer en sous-texte une seconde trame.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Actualitte   05 septembre 2017
Passionnant, divertissant, très documenté, d’un intérêt historique, culturel et social incontestable, le roman d’Aline Kiner offre au lecteur une plongée saisissante et assez inédite dans le Moyen-Age.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   26 octobre 2018
Avec la guerre de Flandre, la situation financière du royaume ne cesse d'empirer, et, en pleine crise monétaire, [les prêteurs] sont maintenant regardés avec suspicion. Mais encore une fois les Juifs ont été les premiers boucs émissaires. Il y a cinq ans, Le Bel, à l'image de Louis son ancêtre et de Philippe Auguste avant lui, avait ordonné qu'ils soient chassés du royaume. L'expulsion avait connu une ampleur inédite : des dizaines de milliers d'hommes et de femmes arrêtés sur tout le territoire, leurs biens confisqués et vendus, leurs titres de créance récupérés par les agents de l'Etat. Le souverain a réitéré l'opération ce mois d'août, après avoir accusé les déicides * d'extorsions frauduleuses et de crimes si affreux 'qu'ils ne se peuvent nommer'.
Chacun, cependant, dans le royaume, a besoin de prêt, les bourgeois, les nobles, mais aussi les petits artisans et les paysans, toujours plus accablés d'impôts. Alors les Lombards, demeurés seuls sur la place, continuent de pratiquer, comme ils l'ont toujours fait et plus encore, des taux d'usure prohibitifs. Tandis que le roi poursuit ses petites manipulations. Frappant d'un côté des pièces contenant de moins en moins d'argent, des pièces noires qu'on appelle 'les bourgeois'. Et de l'autre, des pièces d'or, les 'agnels', rares et inaccessibles, sur lesquelles il a fait figurer un agneau pascal, portant croix à longue hampe à la manière de Saint Louis, afin de rassurer le peuple sur la stabilité et l'honnêteté du royaume.
(p. 176-177)

* pour info : 'Peuple déicide' est une expression chrétienne pour désigner le peuple juif. Le terme de « déicide » fait ici référence à la crucifixion du Christ et signifie littéralement « meurtrier de Dieu ».
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ZilizZiliz   23 octobre 2018
Comme beaucoup de clercs ayant étudié à Paris, Humbert connaît l'histoire. Arguant que l'Eglise ne devait pas faire couler le sang – 'Ecclasia abhorret a sanguine' –, le souverain avait tenté de contrer l'évêque qui étendait toujours plus ses droits de justice sur la cité. Après un an d'enquêtes et de longues transactions, il avait accepté de reconnaître une partie des privilèges de l'ecclésiastique, mais en rendant impossibles des empiétements ultérieurs. Suite au traité, le prélat a fait construire, pour y loger son tribunal et sa prison, ce château de For-L'Evêque qui va jusqu'au bord de la Seine. Afin que le sang ne se répande pas sur les terres de l'Eglise, on y applique la question* non pas avec retenue mais avec art, brisant, broyant, étirant sans que jamais la moindre goutte de sang perle sur la peau. Et lorsqu'il s'agit de couper des oreilles, on mène les condamnés à quelques quartiers de là, à l'extrémité de la rue de l'Arbre-Sec.
(p. 53)

* torture infligée aux accusés, en matière criminelle, pour leur arracher des aveux
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lecassinlecassin   28 janvier 2018
Quelle que soit la petitesse de chacune de nos vies, elles relèvent toutes d’un vaste ensemble, les mouvements et les troubles de l’âme dépendent de ceux du monde ; la violence ne s’arrête pas à ceux qu’elle vise, elle rebondit comme un caillou sur l’eau dure et frappe, frappe encore, les peurs collectives s’amplifient des bassesses individuelles, les grandes ambitions se conjuguent aux plus médiocres.
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LolokiliLolokili   28 août 2018
La vieille béguine repose contre le jambage de la cheminée le fer avec lequel elle a ranimé les flammes, masse ses bras et ses épaules. La journée a été rude, agitée. Mais elle sait qu’il y a quelque chose à bâtir sur ces remous.
Le déséquilibre n’est pas le désordre, lui disait souvent son aïeule. Il est nécessaire à la vie. Il impulse le mouvement.
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BazartBazart   24 novembre 2017
Elles ont cheminé ainsi, serrées l’une contre l’autre, dans les rues encombrées par les étals, les chariots à bras et les traineaux. Toutes deux portent ces longs manteaux de camelote grise que revêtent souvent les béguines à l’extérieur. Il n’est jamais bon d’être une femme seule dans les rues de Paris. Leur habit les protège autant que la modestie de leur attitude. Mais comment éviter, dans une telle foule, qu’une main vous frôle, qu’un corps se frotte contre le vôtre ?
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Vidéo de Aline Kiner
La nuit des béguines, d'Aline Kiner
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