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EAN : 9782290364345
320 pages
J'ai Lu (05/10/2022)
3.9/5   118 notes
Résumé :
Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez-moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.
Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
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"De tout l'Ulster, il en était le champion,
Maintenant viens, écoute bien ce nom.
On l'appelait Cu Chulainn , le chien du forgeron."


Cu Chulainn, ce héros celtique était presque un chien sauvage, avec un caractère de chien. A 7 ans, il tua le chien du forgeron ( un énorme molosse) à mains nues et fut surnommé "Le chien du forgeron."


Il avait un mal de chien à s'exprimer et à trouver une épouse, car Cu Chulainn avait peur des femmes..
"Qu'ont-elles de si différent de nous, les femmes ? Je parle d'elles puisqu'il n'y en a pas dans la pièce ."
Éclipsés par l'ombre du Chien, peu savent les souffrances endurées par Dechtire, Emer et Findchoem ( les femmes qu'il a côtoyées...)


"Le cycle de la branche rouge a toujours continué ses pas !
A travers le temps, j'en garderai la foi.
Tous les récits des dieux, des rois et des tribus de Dana"
Un héros violent, obtus et bête.
Son monde était un monde où il n'y avait que des combats et des tueries. "Son univers à lui était entièrement constitué de bagarres et de ses rêves de batailles. "


"Pauvre garçon qui n'a jamais été homme, et à peine chien. le Chien n'a jamais été qu'une arme : une lance sans maître."


Cu Chulainn ne pouvait agir différemment, il ne pouvait que mordre et tuer, à cause de ce mythe du Héros qui le suivait partout, comme un chien : une virilité violente portée aux nues ( ou un poison qui devient une maladie incurable...).


"Maintenant viens, écoute bien ce nom.
On l'appelait Cu Chulainn , le chien du forgeron.
Et tel était son nom." Manau.
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Bon, ben j'ai pris une belle claque d'humilité.
On croit connaître à peu près les mythologies occidentales, et on s'aperçoit qu'on ignore absolument tout de la mythologie celtique. C'est un peu vexant au début, et puis Camille Leboulanger se charge de remplacer la vexation par l'exaltation de la découverte d'un mythe qui m'a remis dans l'ambiance d'un Silmarillion.

Après avoir fini le roman, je suis allé fouiner un peu sur Internet pour en apprendre un peu plus sur ce fameux Cuchulainn. C'est une figure positive, fondatrice de l'Ulster, un demi-dieu un peu magicien et grand guerrier, armé de sa lance-foudre Gae Bolg. Il accomplit mains exploits et meurt glorieusement le fer à la main. Dans le domaine de l'Imaginaire, d'aucun disent qu'il a inspiré certains héros des premiers tomes de Rigante de David Gemmell. J'ai pu voir qu'il a aussi son nom dans le cycle du Roi d'Ys de Poul et Karen Anderson.

Camille Leboulanger nous raconte un Cuchulainn bien différent, un Cuchulainn bien plus en demi-teinte – et même en teinte sombre tout court – dont la légende n'aurait pas été magnifiée par une réécriture nationaliste du mythe. le type est tout simplement odieux de bout en bout. Égoïste, entêté, revanchard, d'une violence inouïe, traitant les femmes comme de la chair fraiche à sa disposition et les hommes comme de la chair pour Gae Bolg. Très grand guerrier, ça oui, et l'arrogance incarnée. Rien ne compte pour lui que l'instant présent. Il veut quelque chose, il le prend, et gare à qui se met en travers.

Il faut dire à sa décharge que son environnement favorise ces comportements. Depuis sa mère qui lui a mis en tête qu'il était fils du dieu Lug, et donc destiné à un glorieux destin, aux humiliations et à l'indifférence que lui montre la cour. le monde ne lui offrira que crainte, condescendance ou mépris.
Peu de personnages attirent la sympathie dans ce roman. Même les femmes que l'auteur, de son propre aveu, essaie de faire exister par une résistance farouche aux attendus patriarcaux, exhalent surtout de la haine et du mépris comme Emer, ou une désillusion fatiguée à l'instar de Scathach. Cette « magicienne d'au-delà de la mer » porte un enseignement à Cuchulainn et ses compagnons d'une manière qui provoque moins la compréhension que l'humiliation chez ses élèves. Aurait-elle pu percer ces têtes de bois avec un peu plus de psychologie ? Je pense qu'elle a essayé par le passé, et qu'elle a échoué.
C'est Ferdiad qui m'a le plus ému. Cet autre héros, seul ami de Cuchulainn (d'aucuns l'ont rapproché de Patrocle par rapport à Achille) est un des rares dont n'émane pas de sombres sentiments. Son destin, pourtant, aurait pu le rendre amer. Mais si Ferdiad essaie de l'empêcher, ce destin ne provoque pas en lui de haine quand il est rattrapé par lui.
Autre excellent personnage : le narrateur lui-même, haut conteur devant les dieux, au verbe si lyrique qui ne renie pas les proverbes de taverne (« les paroles et les rumeurs, on ne sait jamais par quelle magie, avancent toujours plus vite que même les voyageurs les plus hâtifs »). Un véritable juke-box qui fonctionne tant qu'on remplit sa chope de bière. Un personnage indispensable ici, et probablement inventé par l'auteur.

Camille Leboulanger parvient à faire tenir ensemble le conte d'un mythe aux images puissantes et un point de vue « de la cave » sans concession. Une belle histoire cache souvent une réalité sombre. Lumière et ténèbres existent en tout et ne peuvent être séparées. Je retrouve un peu du message d'Ursula le Guin, et aussi du Frank Herbert du Messie de Dune (« méfiez-vous de ceux que vous idolâtrez »)

Merci au Lenocherdeslivres dont le billet m'a donné l'impulsion pour me lancer.
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L'univers du Chien du Forgeron m'a fait voyager dans l'univers des mythes celtiques que je ne connaissais peu. C'est aventureux, prenant, riche.
Pris au jeu de ce conteur qui narre la vie du héros, je découvre, fasciné, à travers ce roman le destin tragique de Cuchulainn : « Setanta, fils de Sualtam de Muithemne, telle sera ta peine. Jusqu'à ce qu'un autre animal que toi puisse prendre ta place, tu garderas la porte des forges de Chulainn. de ce jour, personne ne s'adressera à toi autrement que comme Cuchulainn, le Chien du Forgeron. ».
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Les jeunes éditions bretonnes Argyll proposent d'ores et déjà romans et essais, et notamment cet été 2021, le cinquième ouvrage de Camille Leboulanger, le Chien du Forgeron, un roman mythologique celtique !

Un héros à la mode celtique
Pour son cinquième roman, Camille Leboulanger nous conte l'histoire de Cuchulainn. Enfin, plutôt un narrateur qui l'a bien connu nous propose de passer la nuit à l'écouter conter ce qu'il a vu, entendu et compiler comme aventures de ce personnage mythique pour son auditoire. du fin fond de l'Ulaid, Cuchulainn est le neveu honni du roi « choisi par son peuple », le jeune qui ne cherche qu'à briller et à devenir le héros parfait. Tout petit, il n'est que Setanta, fruit d'un amour inexistant entre une princesse revancharde et un seigneur vieillard. Sa conception est déjà sujette à toute une controverse sur son origine divine ou non liée à Lug, un des Fils de Dana. Étape après étape, Setanta se construit à la fois une aura certaine et un certain mépris (des autres, comme de lui vis-à-vis des autres) : il combat nu pour être plus celte que les autres, il provoque des défis forcément incroyables et il se lance « à l'assaut » de la plus belle jeune femme de son âge. Bref, il cherche la merde et la trouve, au point donc de rapidement être surnommé le « Chien du Forgeron », le Cuchulainn. Enchaînant les challenges héroïques, la seule question qui s'impose est : jusqu'à quelle extrémité s'arrêtera-t-il pour se dire satisfait de la gloriole qu'il aura accumulée ?

Un personnage mythique
Je dois le confesser, la mythologie celtique est une de celles que je connais le moins, par rapport notamment à la romaine, grecque, égyptienne, nordique, proche-orientale et mésopotamienne. Après quelques recherches très rapides (et post-lecture), le Chien du Forgeron semble être un semblant du Hercule romain (ou du Héraklès grec), du Horus égyptien, du Thor nordique ou du Gilgamesh mésopotamien : il se doit d'enchaîner (de par sa volonté ou contre son gré) des aventures épiques afin de conquérir ou de conserver son prestige, dans une quête d'immortalité plus ou moins assumée. Dans ce but, l'auteur réunit ici les principales aventures liées au personnage, notamment celles présentes dans La Conception de Cuchulainn (Compert Con Culainn), La Courtise d'Emer (Tochmarc Emire) ou La Razzia des vaches de Cooley (Tain Bo Cuailnge). Ainsi, il a de quoi enchaîner aventures et péripéties de façon assez méthodique, les connaisseurs retrouveront les passages classiques du personnage de Cuchulainn, et cela marque un rythme plutôt soutenu où la lecture se fait à grande vitesse. Mais, pour le protagoniste, l'épique est à double tranchant : certes les faits d'armes parlent pour lui, mais dès qu'il a une action non guerrière, dès qu'il ouvre la bouche, dès qu'il agit en public, c'est un pauvre type. On pourrait dire qu'il est un être inadapté, mais non, il est juste détestable, car au contraire il est très adapté au type de société à laquelle il participe. Cela est d'autant plus souligné et original que le narrateur est drôle et facétieux comme un Thot ou un Hermès du pauvre, ou plutôt une version alcoolique ici, puisqu'il agrémente ses remarques désobligeantes sur Cuchulainn d'innombrables appels à remplir sa coupette. Et on serait tenté de l'imiter…

À bas le virilisme !
Camille Leboulanger en est à son cinquième roman et le Chien du Forgeron est clairement son plus réussi. Enfin la nuit (2011), Bertram le Baladin (2017), Malboire (2018) et Ru (2021) ont leur charme particulier, mais dans celui-ci, le style est maîtrisé de bout en bout, la longueur correspond parfaitement au protagoniste choisi et le ton est ciselé. Camille Leboulanger narre les aventures de Cuchulainn, mais avec les yeux d'un jeune trentenaire du début du XXIe siècle (ça me parle). Là où d'autres récits feraient du protagoniste un parangon de bravoure et d'héroïsme, l'auteur nous met la réalité en face des yeux : le Chien du Forgeron est un être violent, égocentrique et pour qui les relations avec les filles et les dames peuvent se résumer à l'adage patriarcal « La femme est une conquête »… Camille Leboulanger nous met donc tout ça bien en face pour démonter le virilisme ambiant dans ce type de mythes guerriers. Pour glisser quelques touches de féminisme en contrepoint du personnage envahissant du Chien, il est pourtant compliqué de trouver des personnages intéressants : ses mère et grand-mère sont plutôt dans le moule que leur présentent leur famille et leur situation matrimoniale, ses mentors (le druide grand-père, le Forgeron, son oncle le roi, etc.) sont plutôt du genre à fuir ce jeune guerrier qui veut tout ramasser. Il reste trois contrepoints très intéressants : le meilleur ami, Ferdiad, qui le soutient tout du long de ses épreuves au mépris de sa propre réussite ; Scathach, la magicienne du Nord et ses (à ce titre, le passage dans la « forteresse des femmes » est particulièrement juste) ; et, bien sûr, le narrateur lui-même. Eux trois mettent Cuchulainn devant ses contradictions primordiales (tout résoudre par la force l'oblige à s'user pour rien mortel ; son mépris vis-à-vis des autres lui attire plus d'ennuis qu'il ne peut en gérer ; sa recherche de gloire éternelle le prive d'un bonheur)

Avec le Chien du Forgeron, Camille Leboulanger est très habile : il s'est approprié un héros de la mythologie celtique pour le réinterpréter de manière efficace et bien écrite, c'est à lire !
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Actualité chargée en cette année 2021 pour Camille Leboulanger qui cumule deux parutions en l'espace de quelques mois seulement : d'abord « Ru » (chez l'Atalante), roman éminemment politique dans lequel il met en scène une cité et ses habitants ayant élu domicile dans le corps d'une créature gigantesque, et puis « Le chien du forgeron » (chez la toute récente mais déjà prometteuse maison d'édition Argyll). Consacré à l'une des figures les plus emblématiques de la mythologie celtique, l'ouvrage nous relate le parcours extraordinaire de Cuchulainn, héros irlandais charismatique doté d'une force colossale et quasi invulnérable au combat. Considéré comme le fils du dieu Lug, le guerrier est réputé pour ses grands exploits et n'est pas sans rappeler d'autres personnages légendaires du même style, à l'image d'Héraclès ou encore Achille (qui se vit, comme lui, offert le choix entre une vie longue et paisible et une autre, plus courte, mais glorieuse). de son enfance dans une place forte reculée à son irrésistible ascension au sein de l'élite des guerriers du grand roi Conchobar mac Nessa, en passant par son apprentissage auprès de quelques unes des plus grandes figures de l'époque, sans oublier ses plus grands faits d'armes comme la razzia de Cooley ou l'enlèvement de la belle Emer, l'auteur revient sur tous les épisodes qui ont fait la renommé du personnage et forgé sa légende. En dépit de l'intérêt qu'aurait suscité à elle-seule l'histoire de ce personnage hors-norme, la version proposée ici est loin de se limiter à une simple remise aux goûts du jour de la vie de ce héros relativement peu connu de ce côté-ci de la Manche. le sous-texte qui accompagne le récit se révèle ainsi particulièrement intéressant, l'ouvrage proposant en effet une interprétation tranchant radicalement avec celle que l'on pouvait avoir jusqu'à présent de ce guerrier auréolé de gloire et presque invincible. Fidèle à ses habitudes, Camille Leboulanger propose ici une analyse plus politique du mythe, s'interrogeant notamment sur la place des femmes dans une telle épopée ainsi que sur l'éducation donné à ce garçon, entraîné presque malgré lui dans un engrenage destructeur le poussant encore et encore à réaffirmer sa virilité.

Difficile dans ces conditions de trouver un seul point négatif au roman qui m'aura enthousiasmée du début à la fin et se montre convainquant à tous les niveaux. La reconstitution de l'époque évoquée (le premier âge du fer) est ainsi très satisfaisante, l'auteur s'étant appuyé sur les travaux de plusieurs historiens spécialistes du sujet afin de rendre son récit le plus cohérent possible, quand bien même celui-ci n'a rien d'historique au sens propre du terme. de ce point du vue, l'ouvrage fait inévitablement pensé à une autre oeuvre parue récemment et traitant de la même époque, la fameuse série « Rois du monde » de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve la même volonté de se détacher des clichés sur les Celtes et leurs coutumes (même si cela est évidemment fait de manière bien plus succincte dans le roman présent) afin de donner au contraire une vision la plus réaliste possible de la manière dont était organisée la société ainsi que de la complexité des rapports de domination et de hiérarchie entre guerriers. Loin de se limiter à une simple énumération des grands faits d'armes du héros, le roman nous offre aussi un bel aperçu du quotidien du roi et de son entourage dans la forteresse d'Emain Macha, avec de nombreuses scènes de banquets, d'entraînements ou de discussions entre les femmes du domaine, autant de passages qui permettent d'apporter de la complexité à une épopée qui, sans cela, aurait sans doute été un peu légère du point de vue de la réflexion. Cette intellectualisation, elle passe aussi par le biais d'un personnage rajouté par l'auteur au mythe d'origine et qui joue ici un rôle déterminant dans l'histoire puisqu'il s'agit du narrateur. L'histoire de Cuchulainn nous est ainsi racontée par un conteur à l'aube de sa vie, dans une taverne quelconque auprès d'un public quelconque, et dont l'objectif est de lever le voile sur l'homme derrière la légende, quitte à prendre ses auditeurs à rebrousse-poil. Car la vision proposée ici par le vieil homme n'est pas particulièrement flatteuse à l'égard du héros et met en lumière, plutôt que ses exploits, ses fêlures et ses limites.

Sous la plume de Camille Leboulanger, le héros adulé de tous et à qui tout réussi prend un tout autre visage, plus sombre et infiniment moins glorieux. Loin de susciter l'admiration ou la sympathie du lecteur, le personnage fait naître au contraire toute une palette d'émotions chez le lecteur, la plupart du temps négatives, que ce soit la pitié ou le dégoût, la détestation ou la tristesse. Outre sa force exceptionnelle, Cuchulainn n'a en effet rien du héros, et pourrait au contraire plutôt être assimilé à un gros boeuf/beauf. Fonçant sans arrêt tête baissée, incapable de saisir le véritable sens des leçons qu'on lui inculque, arrogant à l'extrême, sale, bruyant, brutal… : le moins que l'on puisse dire, c'est que la légende en prend un sacré coup ! Bien qu'atterrés par le comportement du héros et conscients des dangers qu'il fait courir à la stabilité du royaume, celles et ceux qui gravitent dans son entourage ne parviendront (ou n'essayeront) jamais à ralentir la course folle du héros vers sa propre destruction. La galerie de personnages secondaires mis en scène ici est néanmoins convaincante, à commencer par les personnages féminins. le narrateur le rappellera à plusieurs reprises à son auditoire, cette histoire n'est pas une histoire de femmes, condamnées au rôle de simples spectatrices, impuissantes à influer sur le cours du destin du héros, voire même le leur. Pourtant, Camille Leboulanger ne les oublie pas, et met en scène un beau panel de personnages féminins complexes et ambivalents, à l'image de Dechtire, mère du héros et soeur du roi à la personnalité changeante et donc difficile à cerner, ou encore de la belle Emer, révulsée par ce guerrier qui cherche à la posséder et qui, bien que forcée de se soumettre, ne perdra jamais sa combativité. le poids du patriarcat et les ravages causés par une éducation érigeant la virilité au rang de vertu suprême sont ainsi autant de thématiques centrales du roman qui les aborde de manière suffisamment implicite pour que jamais l'analyse de l'auteur ne soit prise pour une leçon de morale assénée au lecteur, ce qui aurait eu pour effet de sortir ce dernier de son immersion qui demeure ici préservée du début à la fin.

Bien qu'ayant déjà beaucoup apprécié les précédents romans de l'auteur, aucun ne m'aura enthousiasmée au point de ce « Chien du forgeron » qui constitue certainement, à ce jour, l'oeuvre la plus aboutie de Camille Leboulanger. Celui-ci y revient sur une figure emblématique de la mythologie celtique, le héros Cuchulainn dont il propose une vision radicalement différente de celle véhiculée par la légende. Porté par une très belle plume, le récit retrace le parcours hors du commun d'un guerrier que l'auteur se plaît à faire chuter de son piédestal tout en s'interrogeant sur les valeurs véhiculées par un modèle tel que Cuchulainn, et au-delà de celui de toutes ces figures de guerriers virils et sanguinaires qui peuplent nos imaginaires. Un vrai coup de coeur, et un roman à mettre entre toutes les mains !
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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critiques presse (3)
Syfantasy
07 octobre 2021
Le Chien du Forgeron de Camille Leboulanger nous livre un récit viril plein d’amertume et de brutalité. Cuchulainn est un héros tragique qui est le fruit d’une gloire vaniteuse et qui détruit des vies. Le Chien du Forgeron est un roman brutal qui s’attache à détruire la figure du guerrier sans retenue, le tout servi par une plume qui s’inspire du style des contes anciens. Une belle découverte !
Lire la critique sur le site : Syfantasy
SciFiUniverse
21 septembre 2021
Les amateurs de fantasy et de mythologie celtique le connaisse comme le plus grand des guerriers mais qui est vraiment Cuchulainn, le chien du forgeron. Camille Leboulanger reprend ici son parcours de héros via ses actes envers les autres et ses choix de vie. Un portrait complexe qui offre une image de virilité malsaine qui s’est imposée pendant des siècles. Un roman épique, une réflexion passionnante.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Elbakin.net
13 juillet 2021
Le Chien du forgeron est un grand roman. Un grand et inoubliable roman. Par son approche, par sa construction, par le choix du héros, Camille Leboulanger frappe un grand coup dans la littérature de l’imaginaire en nous contant l’histoire du Chien. Une histoire déchirante, remettant en cause le « mythe » et la construction du héros mythologique dont on a l’habitude. Cela nous tient en haleine tout en nous interrogeant sur une sorte de « construction » psychologique d’une personne.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Chulainn ne possédait pas qu’un seul chien de garde, mais l’un d’entre eux était son favori. C’était une grosse bête noire comme les cheveux de son maître, avec deux minuscules yeux rouge et jaune. Il passait toutes ses nuits devant les portes des forges. Ce n’était pas un méchant animal. Seulement, des années de garde, d’aboiements et de grognements l’avaient rendu agressif envers les inconnus. Les chiens sont comme les hommes – ou bien est-ce l’inverse ? – : ils sont ce qu’ils font.
Alors les voilà, les deux personnages du drame. D’un côté, le garçon qui sent monter une furie qu’il ne peut contrôler et qui cherche un adversaire, peu importe qui, peu importe quoi. De l’autre, un chien à qui l’on a appris à aboyer et à montrer les crocs, dont seuls les yeux et les crocs sont visibles dans la nuit. La tente, le festin, les rois et les druides : rien de tout cela n’existe plus. Le garçon voit le molosse. En un instant, il a pris sa décision. Voilà un adversaire suffisant pour occuper la ríastrad. Le garçon se dévêt. Dans le noir, personne ne ferait la différence. Le chien de garde se met à grogner, il tire sur sa corde. Si celle-ci tient, il n’arrivera rien mais, bien sûr, la corde va rompre. Chaque histoire a besoin de tous les événements qui la rendent possible, et même des plus hasardeux. Alors, la corde rompt au moment où les yeux de Setanta se révulsent, à l’instant précis où le garçon laisse échapper un râle terrible. Le chien bondit, se jette sur le garçon et voilà, ils se battent, ils sont liés l’un à l’autre. Ces deux corps, le chien et le garçon, n’en font plus qu’un seul. Au premier coup d’œil, il est impossible de les différencier. Le garçon se mêle au chien et le chien prend part au garçon. Setanta, ses deux bras tendus, serre le cou du chien. Le chien claque des mâchoires à quelques centimètres de son visage. Leurs haleines se mélangent et leurs sueurs aussi. C’est à celui qui cédera le premier. Un instant, la bête semble avoir le dessus. Ses griffes marquent la peau du garçon, dont les bras faiblissent. Mais l’animal ne peut pas vaincre. Sinon, pas d’histoire, pas de Chien. Alors Setanta parvient à renverser la bête et il se retrouve au-dessus, dominant le ventre noir offert. Il raffermit sa prise et serre comme le chien se débat. La ríastrad l’a entièrement balayé. C’est elle qui serre, qui écrase la gorge. De la gueule surgit une langue fébrile. Setanta serre, serre, et il vainc, et il perd connaissance. Tout cela n’a rien de bien glorieux : ce n’est qu’un gamin nu étendu, bave aux lèvres, à côté d’un chien mort. Le reste de corde qui pend encore du collier paraît les lier tous deux ensemble.
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« Vous parlez du Chien ? C’est difficile à croire, je sais, en regardant ma vieille allure de rien du tout, serré au fond de la taverne dans mon manteau miteux, mais j’ai connu le « Chien ». On pourrait même dire que je l’ai connu avant qu’il naisse.
Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites : « Ce fou veut nous expliquer qu’il a connu Cuchulainn, le Chien du Forgeron, le plus grand guerrier du pays des Ulates, époux d’Emer et aimé de tant d’autres femmes, celui qui fut sacré maintes fois champion d’Ulaid et d’Eriu tout entier et qui a pénétré dans les sidhe plus de fois qu’on n’en peut compter sur les doigts de la main. Il va nous faire croire qu’il a connu le fils de Lug, celui qui a repoussé seul l’armée du Connacht et qui a accompli trop d’exploits encore pour les raconter tous. » Vous n’avez pas vraiment tort. C’est difficile à croire. Moi-même, je ne sais pas si le Chien du Forgeron a réellement accompli tout ce qu’on raconte sur lui. Vous protestez ? Vous ne doutez pas ? J’aimerais le croire comme vous.
Laissez-moi tout de même vous dire une chose. Je suis né la même année que le Chien, et au même endroit. J’ai grandi avec lui, et il a été un enfant, un vrai, un chiard et un morveux tout à la fois, comme chacun de nous. Aussi vrai que cette bière est mauvaise, j’étais là. Je n’ai pas tout vu, je n’ai pas tout retenu, mais on m’en a raconté une bonne part de bouche à oreille. Alors, je peux jurer devant tous les dieux de l’Autre Monde – et que mes lèvres se ferment à jamais si je mens ! -, je peux jurer que s’il reste un homme vivant en terre d’Ulaid qui connaît quelque chose à la vie du Chien, cet homme, c’est moi, et je peux jurer encore que tout ce que je raconte est vrai.
Je peux jurer que les Ulates ont quelque raison de vanter sa force et son courage. J’ai rencontré peu d’hommes aussi prompts au combat, au fer aussi vif que le Chien. On peut chanter la ríastrad, la furie de la bataille qui n’appartenait qu’à lui et a mis en fuite plus d’un adversaire. Moi qui l’ai connu, je sais que ces histoires ne sont que la surface de l’eau, et la rivière de la vie du Chien est bien plus profonde. Pardonnez-moi si je m’arrête un instant mais je me souviens soudain qu’il est parfois meilleur de ne pas troubler de rides la surface du fleuve. Qui sait quelles créatures vivent au fond de son lit ?
Dites-moi, alors. Dites-moi s’il faut que je parle ou si j’ai déjà assez parlé. Je ne vous promets pas un récit de fabuleux exploits. Je ne peux pas vous raconter les volontés des Enfants de Dana, qui ont peut-être joué un rôle dans la vie du Chien. Ces choses-là, je n’en sais rien. Moi je ne suis qu’un homme. Quand je mourrai – et cela arrivera bientôt -, il n’y aura personne pour se souvenir de mon nom, ni personne pour prétendre savoir mon histoire véritable. Le commerce que les dieux et les déesses font avec les grands parmi les mortels ne me concerne pas plus que celui des oiseaux entre eux. Je ne connais que les faits, tels que j’en ai été témoin ou qu’on me les a rapportés. Peut-être y a-t-il une leçon à tirer de la vie du Chien, mais je ne suis pas celui qui l’en tirera. Je ne suis pas homme à porter un gaeis, ou à faire des promesses. Pour toute force, je ne possède que les mots que mon cœur propose et dont ma langue dispose. Il n’y a rien de plus à attendre de moi.
Aussi, dites-moi. Si je dois m’arrêter de parler, je me tairai sans protestation. Les vieux s’accommodent bien du silence. Il est normal que de jeunes gens comme vous ne veuillent pas écouter ce que j’ai à dire. En cela, vous êtes comme le Chien, qui était comme tout le monde. Il n’a jamais fait grand cas de la parole de ses aînés.
Mais si vous choisissez de m’entendre, si vous désirez écouter la véritable histoire du Chien, je vous demanderai deux choses. Ou, plutôt, trois. La première est de ne jamais m’interrompre. Avec les saisons, le fil de ma mémoire est devenu fragile. Un mauvais souffle de vent suffit à le briser. La deuxième est d’écouter l’histoire jusqu’à sa fin. Certains moments, sans doute, vous ennuieront ou vous dégoûteront. Cela se comprend aisément. Peut-être la fatigue aura-t-elle raison de vous et vos yeux se fermeront pendant quelques instants. Toutes ces choses sont communes, mais ne bougez pas. Ne quittez pas la pièce tant que l’histoire n’est pas finie, car les personnages des récits inachevés cessent de vivre et ne meurent jamais. Leur destin reste suspendu pour toujours, figé comme un fruit dans du miel, et il n’existe pas de sort pire que cela.
Avez-vous décidé ? Alors vous faites le choix d’écouter l’histoire véritable du Chien. Parfait. Laissez-moi juste quelque temps pour en rassembler les mots dans ma bouche. Comment ? Et la troisième chose ? Oui, j’allais oublier. La troisième chose est simple. Je vous demande de garder ma chope pleine tant que le conte ne sera pas achevé, tant qu’il restera un souffle de vie dans le corps du Chien, car la parole assèche vite la langue des vieux comme moi. D’ailleurs, deux gorgées m’aideront à mieux commencer.
L’histoire débute ainsi.
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« Je suis certain, dit finalement Cathbad, que Sualtam de Muithemne sera heureux de remplacer l’animal perdu. »
Chulainn secoua la tête.
« Le chien n’a pas été perdu. Il a été tué. Il m’a été volé par l’idiotie de cet enfant.
– Sans doute te laissera-t-il choisir dans ses chenils l’animal qui saura remplacer un molosse tel que celui-ci.
– Le garçon est de mon sang, intervint Conchobar. Si tu ne trouves pas satisfaction dans les chenils de Muithemne, je t’ouvrirai ceux d’Emain Macha. »
Derrière les seigneurs, un murmure parcourut les témoins de la scène. C’était un grand geste d’apaisement que Conchobar venait de faire, un dont on parlerait longtemps. Mais Chulainn refusa encore.
« Ce chien était le petit du chien de mon père, lui-même l’enfant de l’animal qui gardait la porte de mon grand-père quand celui-ci ne possédait qu’une seule pierre et un seul marteau et forgeait seul. Il est d’une race aussi ancienne que la mienne. Il n’y a qu’un chien de la même lignée qui puisse le remplacer.
– Existe-t-il un tel chien ?
– Fort heureusement, oui. Avant de mourir aussi honteusement, il avait enfanté plusieurs petits qui viennent tout juste d’être sevrés.
– Eh bien, s’écria Conchobar, qu’un de ces petits le remplace, aussitôt qu’il sera convenablement dressé.
– Mais d’ici là, dois-je laisser ma porte sans garde ?
– N’importe quel chien peut bien faire ce travail en attendant ! s’impatienta le roi.
– Mais l’enfant doit tout de même être châtié. »
Le silence tomba entre les deux seigneurs. Cathbad laissa échapper un profond soupir. Puisque les hommes ne pouvaient se mettre d’accord, c’était à lui, ollam de tout l’Ulaid, de montrer le chemin de la justice. Les guerriers, même les plus sages d’entre eux, même son fils le roi, n’étaient que des enfants.
« Que tous les hommes présents m’écoutent et soient témoins de mon jugement ! »
Conchobar et Chulainn interrompirent leur dispute et se tournèrent vers le druide.
« Un chien de la même lignée sera dressé pour remplacer celui qui est mort. Le garçon qui s’est battu comme un chien le remplacera jusqu’à ce que la bête nouvelle en soit capable. »
Cathbad se pencha vers l’enfant.
« Setanta, fils de Sualtam de Muithemne, telle sera ta peine. Jusqu’à ce qu’un autre animal que toi puisse prendre ta place, tu garderas la porte des forges de Chulainn. De ce jour, personne ne s’adressera à toi autrement que comme Cuchulainn, le Chien du Forgeron. »
Dechtire haleta de détresse. Le châtiment était rude et exemplaire. Heureusement pour Sualtam, il n’était pas là pour en être témoin. La peine de voir son héritier réduit à la stature d’une bête aurait pu tuer le vieux seigneur. Personne ne protesta. Le jugement de Cathbad était bon en cela qu’il ne satisfaisait tout à fait personne et n’avantageait ni le coupable ni la victime. Un enfant ne pouvait pas réellement remplacer un molosse mais, en d’autres temps, le Forgeron aurait pu exiger le sang pour le sang. Cathbad, dans le secret de son cœur, espérait que la punition calmerait les ardeurs de l’enfant et mettrait un peu de fer dans son esprit.
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Vous souriez encore. Vous trouvez sans doute ces hommes superstitieux et faibles d’esprit. Il est vrai qu’aujourd’hui les paroles des druides sont moins écoutées, et les Ulates de notre temps ne reconnaissent qu’une seule vérité, et une seule force : le fer. Mais il y a bien des choses que le fer ne peut expliquer. Le fer peut-il dire pourquoi il pleut ? Le fer peut-il dire pourquoi la mer va et vient ? Pourquoi les arbres croissent, et les roches non ? Pourquoi les loups hurlent la nuit, quand les hommes dorment, et les chiens avec eux ? Le fer peut-il dire qui a dressé les pierres et élevé les tertres dont les Ulates savent ne jamais devoir s’approcher ?
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Vous m’avez demandé l’histoire du Chien, et c’est celle-là que je vais continuer à vous raconter, mais sachez une chose. Il est maints drames que personne ne raconte jamais qui se jouent à l’intérieur d’une demeure, entre des femmes auxquelles les conteurs ne prêtent jamais attention, entre des portes closes. Parfois, l’écho de ces guerres silencieuses se fait entendre dans le récit des bruyants conflits des hommes. Pas celle-ci. Je la raconterai, si vous le voulez, une autre fois, ou un autre que moi le fera. Sachez cependant que cette lutte a eu lieu, qu’elle fut rude et qu’elle n’eut pas de vainqueresse véritable. Éclipsée par l’ombre du Chien, peu savent les souffrances endurées par Dechtire, Mugain et Findchoem pour régner sur ces chambres dans lesquelles elles étaient nées et mourraient enfermées. Sachez pourtant qu’elles ont existé. Sachez seulement cela.
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Vidéo de Camille Leboulanger
À l'occasion du festival Hypermondes 2022, Camille Leboulanger vous présente son ouvrage "Eutopia" aux éditions Argyll.
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Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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