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Critiques sur Une machine comme moi (27)
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Ladybirdy
  29 janvier 2020
Dans ce dernier roman d'Ian McEwan, nous revisitons les codes existentiels, les limites éthiques et nous faisons le tour de l'humain dans toute sa complexité. En 1982, dans une Angleterre assaillie par les doutes et les conflits politiques, Charlie fait partie des premiers privilégiés à acquérir un androïde à l'intelligence stupéfiante. Sous le couvert d'un Alan Turing bien vivant et inspiré, ces machines ont pour but de ressembler en tous points à l'homme.
Quand Adam, l'androïde de Charlie arrive dans le foyer, c'est un chamboulement insidieux pour lui et sa compagne Miranda. Adam sait faire le ménage, la cuisine, tenir une conversation réfléchie mais aussi est capable d'émotions et de donner du plaisir. La perfection pour les êtres imparfaits semble être un vilain défaut. Et surtout fait peur.

L'auteur décortique ici un hypothétique monde de demain où les robots seraient une caricature parfaite et sans défaut de l'humain. Il oppose ici la perfection androïde aux défauts humains rendant la cohabitation androïde-humaine plutôt scabreuse.

C'est cinglant, ça fourmille de détails politico-économiques de l'époque en nous plongeant dans un monde futuriste débarrassé de nos imperfections tout en les pointant malicieusement du doigt. Brillant pour peu qu'on soit subtil.

Un roman intelligent, complexe qui questionne et plaira sans aucun doute aux amateurs de questions philosophiques, éthiques, scientifiques et existentiels.
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palamede
  06 février 2020
En cette année 1982, Georges Marchais est à l'Elysée, les Anglais ont perdu les Malouines, voient le chômage flamber et peuvent acquérir, grâce au génie de Turing toujours de ce monde, des robots intelligents. Ainsi Charlie dilapide-t-il l'héritage de sa mère pour l'achat d'Adam, un androïde capable de tout faire, même lire l'oeuvre Shakespearienne en une nuit et plus problématique, d'autant qu'Adam ignore le mensonge, tomber amoureux de la petite amie de Charlie.

On n'aurait tort de croire que cette uchronie n'est qu'un simple jeu de l'esprit, car sous ses dehors farfelus cette histoire concoctée par le facétieux Ian McEwan, avec la finesse et l'acuité physiologique qui sont les siennes, nous interpelle sur l'intelligence artificielle et son évolution, mais également et surtout, et c'est là toute la profondeur d'Une machine comme moi, sur nos propres contradictions face au bien et au mal.

« Nous pouvons guérir des millions de maladies mortelles. Des millions de gens vivent dans la misère alors qu'il y a de quoi les nourrir. Nous dégradons la biosphère alors que nous savons qu'elle est notre seule demeure. Nous nous menaçons les uns les autres avec des armes nucléaires tout en sachant où cela peut nous conduire. Nous adorons les créatures vivantes, mais nous autorisons une extinction massive des espèces. Et tout le reste : génocides, torture, esclavagisme, violences domestiques meurtrières, maltraitance des enfants, fusillades dans les établissements scolaires, viols, centaines d'agressions quotidiennes. Nous vivons avec ce tourment, et nous ne nous étonnons pas de réussir à trouver le bonheur malgré tout, et même l'amour. »

Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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ODP31
  20 février 2020
Un concentré d'intelligence plus qu'artificielle.
Après avoir donné la parole à un foetus dans son dernier roman, Ian Mc Ewan réinvente le ménage à trois en incorporant au triangle amoureux, pas vraiment isocèle, un androïde aux connexions existentielles.
Charlie dispose d'économies et il s'offre le premier androïde commercialisé, Adam. Il n'y avait plus d'Eve en stock. Alors que son propriétaire utilise les talents d'Adam pour bourscicoter avec succès, sa compagne Miranda croque l'Apple en s'intéressant au machin de la machine et transforme l'androïde en Sextoy grandeur nature. Autre souci, Adam ne connait pas le mensonge, ce qui complique rapidement la vie de famille et il n'est pas câblé pour comprendre la psychologie des enfants.
L'action se passe en 1982. La prouesse technologique est rendue possible par de petits arrangements avec l'histoire. Féru de science, l'auteur décide de boycotter la mort prématurée du génial Alan Turing, l'un des décrypteurs d'Enigma durant la seconde guerre mondiale, aussi connu pour ses travaux sur la morphogénèse et qui passe pour l'un des grands-pères de l'informatique.
Dans notre triste réalité, le scientifique s'était suicidé dans les années 50, après avoir été jugé et condamné en raison de son homosexualité, en croquant une pomme baignée dans de l'arsenic.
Dans le roman, cette résurrection permet de faire accélérer la science et offre à l'Angleterre de la Dame de Fer la technologie antirouille actuelle. L'auteur propose d'autres alternatives historiques. Dans le mixeur, l'Angleterre perd la guerre des Malouines, un travailliste succède à Margaret Thatcher et il décide de quitter l'Europe. La France n'est pas épargnée, chers camarades, puisqu'elle est présidée par… Georges Marchais.
Dans ce roman foisonnant qui interroge l'impact de la technologie (sans en faire le procès) sur l'homme et qui rappelle que le présent tient finalement à peu de choses, Ian McEwan n'oublie pas de nouer une intrigue passionnante sur fond de vengeance et de culpabilité autour du passé douloureux de Miranda. Des émotions qui humanisent un récit où la science n'ampoule pas la fiction.
Un roman gigogne. C'est comme si la créature de Frankenstein s'était retrouvée à l'affiche d'un film d'Hugh Grant, sur fond d'uchronie politique et de parabole scientifique. Une tambouille anglaise rendue délicieuse grâce au talent unique d'Ian McEwan.
Pour finir, je ne résiste pas à copier une réponse de l'auteur interrogé sur le Brexit, dont le déroulé a influencé l'écriture de ce roman:
" - Je serais assez favorable à ce que la France envahisse l'Angleterre, comme au XIe siècle, au temps de la conquête normande. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'au moment d'escalader les falaises de Douvres votre armée commencerait sans doute une grève."
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Kittiwake
  25 février 2020
Et si Alan Turing avait pu se promener serein au bras de son amant, en 1982? Et si Margaret Thatcher avait perdu la guerre des Malouines? C'est dans ce contexte que débute Une machine comme moi, alors que le narrateur investit toute sa fortune (un héritage familial) dans l'achat d'un robot quasi-humain. Il en existe une vingtaine dans le monde, autant dire que c'est un placement un peu osé!

Ce trentenaire vit assez modestement en tentant d'engranger des profits spéculatifs, et vit avec sa voisine une relation fluctuante.

L'arrivée d'Adam va remettre en question les fondements philosophiques et éthiques sur lesquels il pensait pouvait compter pour élucider sa condition d'humain. Et bouleverser sa vie.


C'est une belle dystopie, assez convaincante (j'ai du vérifier que l'Angleterre était ou non sortie victorieuse de la guerre contre l'Argentine!), rédigée avec une assurance et une ligne de narration inattaquables.

C'est encore un personnage de perdant (très en vogue dans la littérature de ce début d'année - où peut-être mes choix se sont inconsciemment dirigés vers ce type de héros), qui tient le rôle principal, et on s'y attache sans arrière-pensée. Les personnages secondaires ne manquent pas d'attraits non plus.


J'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, qui devrait réconcilier les lecteurs réticents au genre, tant la portée politique et philosophique l'emporte sur la fantaisie.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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motspourmots
  13 janvier 2020
Je suis amoureuse du cerveau de Ian McEwan. C'est sans doute pour cela que parmi ses écrits, celui que tout le monde cite en parlant de lui, Sur la plage de Chesil est très loin d'être mon préféré. Car ce que j'aime par-dessus tout chez cet écrivain, c'est l'intelligence qu'il déploie pour positionner les couches successives qui constituent ses intrigues les plus puissantes et les plus stimulantes pour mes petits neurones qui frétillent ainsi de pur bonheur. Son humour noir se nourrit des failles de l'espèce humaine qu'il se plait à décortiquer avec la méticulosité d'un médecin légiste. Et il atteint ici des sommets, venant presque détrôner Expiation dans mon palmarès tout personnel de la collection McEwan.

"Le présent est la plus fragile des constructions improbables. Il aurait pu être différent. En partie ou en totalité, il pourrait être tout autre."

Oui, tiens. Alan Turing aurait pu ne pas se suicider en 1954, ses recherches permettre d'énormes avancées scientifiques et sociétales. Il pourrait vivre tranquillement, à Londres en 1982 avec son compagnon, admiré et respecté par la communauté mondiale pour avoir permis la création de l'Internet, ouvert la voie à la guérison de nombreuses maladies grâce aux travaux sur les cellules souche et mis sur les rails les progrès de l'intelligence artificielle. Progrès grâce auxquels Charlie, jeune homme oisif, boursicoteur à ses heures et passionné d'anthropologie et de technologie fait l'acquisition de l'un des 25 "androïdes" à l'image de l'homme tout juste mis sur le marché britannique. Paramétré par Charlie et Miranda, sa petite amie et voisine, Adam prend sa place dans le foyer, capable de faire la conversation, d'assumer les tâches ménagères ou de servir d'encyclopédie. Tout comme de composer des poèmes ou de faire l'amour à Miranda, ce qui n'est pas sans créer une situation inédite rapidement évacuée par la jeune femme ; juste "une putain de machine" explique-t-elle... Et puis ceci est vite oublié lorsque Adam prend la main sur les opérations boursières de Charlie et commence à lui faire gagner des montants qui lui permettent d'envisager de sacrément élever son niveau de vie. Sauf que. Ce n'est pas si simple. Plus Adam explore l'activité humaine, plus il apprend plus son mal être affleure. Programmé par l'homme pour être parfait, comment doit-il réagir face au mensonge et aux nombreuses turpitudes, faiblesses, imperfections qui symbolisent justement l'espèce humaine ? Et dont Miranda et Charlie sont loin d'être exempts.

Je parlais plus haut des différentes strates qui nourrissent un roman de Ian McEwan et celui-ci en est particulièrement riche. D'abord dans la rencontre entre l'homme et la machine qui le renvoie à un face à face vertigineux avec un lui-même amélioré, qui pourrait le remplacer en tout. Ensuite dans le contexte revisité d'une année 1982 qui voit l'Angleterre de Thatcher battue par l'Argentine dans l'affrontement pour les îles Falklands, prémices d'une immense crise économique et politique dans un monde où l'on s'amuse de détails saupoudrés ici et là comme l'identité des présidents des Etats-Unis et de la France ou la présence des quatre membres des Beatles... C'est finement amené, fondu dans la narration, juste assez pour créer le décalage propice à déstabiliser. On pourrait aussi parler de la façon dont McEwan utilise les oeuvres littéraires comme matière d'étude accélérée de l'espèce humaine pour Adam, connecté à une base de données illimitée. "La religion et les grandes littératures du monde ont clairement démontré que nous savons bien nous conduire. Nous exprimons nos aspirations dans la poésie, la prose, les chants, et nous savons ce qu'il faut faire. le problème est la mise en pratique, persévérante et collective".

Ian McEwan trouve ici une façon brillante d'interroger le sens de la vie en mêlant ressources scientifiques et littéraires au service d'une réjouissante réflexion intellectuelle, aussi romanesque que cérébrale. C'est du très très grand art.

"Eh bien voilà, conclut Adam, il y a le cerveau et il y a l'esprit. Ce vieux problème, aussi insoluble chez les machines que chez les humains".
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Allantvers
  28 janvier 2020
Je suis une fois de plus bluffée par le talent de Ian McEwan qui réussit encore une fois à conjuguer, sur un sujet difficile car encore peu pensé faute de recul, une appréhension vaste et profonde de la problématique posée, sa restitution en un récit crédible, une plume d'une admirable tenue, le tout avec ce léger pas de côté qui donne toute sa force à la réalité fictionnelle qu'il propose.
Ce talent-là de romancier est en tout cas à mes yeux exactement ce qu'il me fallait pour aborder l'intelligence artificielle plus en profondeur que par les articles de presse et les documentaires, convaincue que je suis que le monde est devenu si complexe et l'avenir si plein d'inconnu que seule la fiction des bons livres peut nous en livrer quelques clés.
La rencontre que nous propose ce roman avec Adam, un androïde de toute première génération, est extrêmement troublante. L'auteur nous aura déjà subtilement désaxés en plaçant son récit dans un temps légèrement décalé, un 1982 où Margaret Thatcher ferme les usines mais perd la guerre des Malouines. Nous sommes pourtant très loin de l'univers de la science-fiction, mais bien dans le rythme lent d'une intimité dans laquelle McEwan brouille une à une les frontières entre Adam et Charlie son acquéreur, soulignant ici la supériorité de l'un et là la faiblesse de l'autre, les installant dans une relation très éloignée de la servitude homme - machine (Charlie et Adam se vouvoient, par exemple), interrogeant en profondeur ce qui constitue l'humanité et comment s'effacent ses limites.
Un roman passionnant que je m'en vais mettre de force dans les mains de mes proches.
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Fuyating
  14 janvier 2020
Décidément, Ian McEwan est plein de ressources et de sujets divers et variés pour ses livres ! Cet auteur ne cesse de me passionner.
Dans "Une machine comme moi", Ian McEwan nous interroge sur les androïdes et l'intelligence artificielle. Cette uchronie se situe en 1982 et Alan Turing, toujours vivant, fait avancer la technologie à pas de géant.
L'auteur décrit avec beaucoup de sensibilité les sentiments humains mais aussi ceux d'Adam, ce robot plus vrai que nature et parfait en tout point. Justement, tellement parfait qu'il peut être compliqué pour lui de s'adapter à notre monde cruel et imparfait. Les défauts et imperfections des hommes sont ainsi mis en lumière, nous montrant les faiblesses de chacun, ces petits mensonges qui peuvent parfois être nécessaires pour vivre en harmonie. de nombreuses interrogations sont également posées tout au long du roman sur le côté éthique ainsi que sur le côté moral de l'intelligence artificielle.
Je recommande vivement cette lecture passionnante et enrichissante qui nous montre un passé peut-être futuriste !
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kathel
  16 février 2020
Attention, avis pas très objectif ! Je me répète très certainement, mais Ian McEwan, auteur découvert il y a environ vingt-cinq ans, avec L'enfant volé, n'a pas encore réussi à me décevoir. Sur la plage de Chesil, qui a beaucoup plu aux lectrices et lecteurs français, est loin d'être mon préféré toutefois, c'est l'insurpassable Expiation, bien sûr !
Il revient avec un roman sur l'intelligence artificielle, présenté un peu rapidement (ou pour attirer le chaland?) comme une histoire d'amour entre trois personnages, dont un androïde. Oui, bon, si on veut, mais ce roman est tellement plus que ça !
Imaginez un passé, dans les années 80, qui ressemble étrangement à notre présent, avec internet, véhicules autonomes, et réchauffement climatique… il y a même une petite minorité bizarre de Britanniques qui voudraient quitter l'Union Européenne ! Alan Turing est toujours vivant, alors que se prépare l'opération militaire britannique dans les îles Falkland décidée par Margaret Thatcher. le succès ou l'échec de cette opération aura des conséquences politiques qui ne sont pas forcément celles que l'on connaît. Voilà pour l'arrière-plan.
Charlie, un jeune homme qui a suivi des études d'anthropologie, et qui à part ça, vit d'un héritage et de placements boursiers, se passionne assez pour l'innovation scientifique pour faire l'acquisition d'Adam, un androïde plus vrai que nature. Il ne lui reste qu'à le paramétrer pour affiner son caractère. Tâche qu'il partage avec Miranda, la jeune femme dont il est amoureux.

Ce que les concepteurs n'avaient pas forcément prévu, c'est qu'Adam puisse tomber amoureux. Plus encore, le mensonge lui est incompréhensible, et il possède un sens de la justice qui n'a rien à voir avec celui des humains. Il s'ensuivra nombre de complications entre Charlie, Adam et Miranda, que je ne vous détaillerai pas, bien évidemment.
J'ai retrouvé avec plaisir le don de l'auteur pour décrire des « losers » qui restent cependant attachants dans leur médiocrité, et ne manquent pas d'autodérision. L'humour contribue ici à mener la réflexion sur l'intelligence artificielle, une manière de ne pas prendre au sérieux un sujet pourtant parfaitement réfléchi et étayé, qui me réjouit à chaque fois que je lis des romans de Ian McEwan.
Il excelle aussi à présenter des cas de conscience, demandant au lecteur de participer à démêler le point de vue du droit de celui du coeur. Et malgré l'humour, l'émotion réussit à pointer son nez, et voici un roman qui réussit à vous mettre la larme à l'oeil pour un épisode dont vous n'auriez pas pensé un instant qu'il puisse vous toucher ! Bref, vous l'aurez compris, une réussite pour moi !
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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chocoladdict
  18 février 2020
Imaginez que vous ayez la possibilité de programmer votre amoureux-se comme vous le souhaitez, n'auriez vous pas la tentation de le-la régler à votre image ? C'est une question que se pose Charlie, 32 ans, habitant la banlieue londonienne, le jour où il acquiert Adam, Androïde viable à la pointe de l'intelligence artificielle et à l'apparence physique humaine dans Une machine comme moi ?

On voudrait bien qu'ils soient à notre image
On voudrait bien qu'ils soient un autre soi
(oui on peut lire Ian McEwan et citer du Goldman, le sociologue Dominique Lahire parlerait sûrement de culture dissonante )

Charlie est amoureux de Miranda, sa voisine du dessus et lui propose d'apporter sa contribution à la personnalité d'Adam comme s'il créait quelqu'un ensemble. Voilà leurs histoires mêlées à jamais.

Plutôt que situer son intrigue dans un futur plus ou moins proche, Ian Mc Ewan la date en 1982 s'amusant à brouiller les pistes : les Beatles se reforment après 10 ans de séparation, l'opposant à Margaret Thatcher est Tony Benn, Georges Marchais est le président français, les anglais ont perdu la guerre des Malouines et le chercheur Alan Turing est toujours vivant. C'est d'ailleurs grâce à lui que les avancées technologiques ont fait un bond : les voitures autonomes dépendant de satellites sont devenues courantes, des robots remplacent les éboueurs (et montrent vite leurs limites).
Pourquoi j'ai aimé Une machine comme moi ?

Mon premier plaisir de lecture a donc été de découvrir le monde imaginé par l'auteur, monde qui, à quelques détails près, ressemble beaucoup à celui dans lequel nous vivons, un peu à la manière de la série Years and Years.

Si Une machine comme moi avait été une réflexion sur la place de plus en plus importante des robots et sur les conséquences de l'intelligence artificielle sur la société, le roman aurait pu être vite ennuyeux.

Le talent de l'écrivain est de mêler la technologie la plus avancée avec la préoccupation la plus ancienne du monde : l'amour ! Alors que la relation entre Charlie et Miranda évolue, Charlie se pose vite une question éternelle : m'aime-t-elle ? m'aime-t-elle comme je l'aime ? m'aime-t-elle autant que moi ? (oui ça fait 3 questions ).

L'écrivain instille, en outre, une double tension dans son récit, tension liée à la fois à l'évolution d'Adam qui s'avère moins obéissant que prévu et au secret de Miranda qui marque un véritable tournant dans leur histoire.

Non seulement Ian McEwan manie parfaitement l'humour noir mais il dresse un tableau de la société et de ses enjeux économiques, écologiques et politiques sans jamais se départir de son sens du romanesque.

La lecture d'Une machine comme moi est peut-être parfois un peu exigeante mais ce roman confirme que Ian McEwan est un très grand auteur.

Merci à sa traductrice France Camus-Pichon.
Lien : http://www.chocoladdict.fr/2..
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SagnesSy
  26 janvier 2020
Un nouveau roman de Ian McEwan, c'est irrésistible en soi pour qui a déjà eu l'occasion d'en lire un, quel qu'il soit; non pas que TOUS les romans de Ian McEwan soient parfaits, ça n'existe pas et même, on peut ne pas apprécier plus que ça certains de ses romans. Ce qu'on ne peut prétendre, en revanche, c'est qu'on s'y ennuie ou qu'ils soient bêtes. Tous ne nous touchent pas de la même façon mais tous sont pétris d'intelligence et disent quelque chose de leur époque et de leurs contemporains.

« Il tenait à Miranda de la même façon qu'un lave-vaisselle tient à ses assiettes. »
Pour aborder le thème de l'intelligence artificielle, Ian McEwan développe un vrai roman de Science-Fiction, plaçant d'entrée de jeu une uchronie : nous sommes au début des années 80 et ni Alan Turing ni les Beatles n'ont raccroché les gants. Récemment mis sur le marché, mais encore très onéreux, deux modèles d'intelligence artificielle sont en test, douze Adam et treize Ève.

« On trouve un certain répit dans la sensualité d'un lit rien qu'à soi, pendant quelques temps du moins, jusqu'à ce que le fait de dormir seul acquière sa propre tristesse muette. »
Charlie aurait aimé acquérir une Ève mais c'est un Adam qu'il ramène à la maison, qu'il entreprend de configurer avec sa voisine du dessus, Miranda, qui deviendra bien vite son amoureuse. Ensemble, ils vont faire l'expérience de cette parentalité d'un nouveau genre…

« Je m'approchai, comme avant moi des millions de gens s'étaient approchés d'une personnalité dans un lieu public, avec cette humilité apparente qui masque le sentiment de légitimité conféré par une admiration sincère. »
C'est un roman que j'ai trouvé étrange car il m'a semblé à plusieurs endroits renoncer à une bifurcation un temps envisagée, ou c'est peut-être moi qui me suis sentie désarçonnée par des formulations un peu absconses. Charlie est un poil ennuyeux, mou, je ne l'ai pas toujours très bien suivi dans ses considérations politiques, d'ailleurs je me suis un peu perdue dans les modifications sociétales par rapport à la réalité, et surtout ce n'était pas ce que je souhaitais lire. Beaucoup de péripéties annexes au thème central, celui qui m'intéressait le plus, qui n'en demeure pas moins bien traité. Et puis évidemment ces petites perles disséminées un peu partout, des pensées comme ça qui font mouche. On ne sait toujours pas si les robots rêvent de moutons électriques mais leur tristesse en revanche nous devient palpable, et on referme ce livre avec des dizaines de sujets à approfondir.

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