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EAN : 9782864323631
70 pages
Verdier (21/11/2002)
4.02/5   72 notes
Résumé :

« Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. » L'ultime vers d'une chronique rapportée revient comme une antienne dans ces trois récits ardents, cruels, excessifs, qui évoquent autour de l'an mil les premières générations de bénédictins venus établir leurs monastères dans les îles et les marais de Vendée sous la haute vigilance de Cluny, dans un temps où christianisme et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

Trois courts textes, reposant sur d'anciennes chroniques vendéennes, probablement fictives, composent Abbés.
Nous sommes en l'an 976, à deux décennies de l'an 1000, en Vendée, sur les terres marécageuses et insalubres du marais poitevin. La France n'est pas solidement constituée, les territoires sont disputés, les luttes entre rivaux sanglantes.
Sous l'autorité de l'Abbaye de Cluny, quelques moines et abbés touchés par la grâce et le prosélytisme, décodent des signes qui les enjoignent à bâtir, à partir de ruines ou dans des lieux symboliques, des monastères bénédictins.
Le premier texte nous narre l'histoire d'Eble, l'un des abbés, qui, accompagné de moines, se lance dans des travaux démesurés pour construire sur des terrains gagnés progressivement sur la mer, l'abbaye de Saint Michel en L'Herm. Les hommes se battent contre les éléments, l'eau de la mer et des rivières et la terre étant totalement intriquées. Pierre Michon évoque le chaos du Tohu-Bohu de la Genèse, un chaos qui touche également Eble, confronté à ses deux passions, la gloire et la chair. "La gloire, qui est le don de propager le feu dans la mémoire des hommes, et la chair, qui a le don de consumer à volonté le corps dans une flamme aiguë, une foudre". de cette dernière passion naîtra la possibilité d'une filiation.
Dans le deuxième texte, c'est une femme, Emma, qui à l'occasion d'une lutte à mort avec un sanglier, y verra un signe de l'au-delà et endossera la responsabilité d'engager la construction d'un monastère.
Enfin, le dernier texte, plus sarcastique, nous relate le vol par un abbé d'une fausse relique.
Dans ces trois contes cruels, Pierre Michon, fait coexister au sein de communautés religieuses, avec une plume majestueuse et concise, dans des temps immémoriaux où les croyances chrétiennes croisaient celles du paganisme, les élans mystiques, les plaisirs physiques, les jalousies, les rivalités et les vengeances.
Son moyen-âge est barbare et irrationnel. Les hommes et les femmes s'y débattent, en proie à de violentes exaltations spirituelles et charnelles, écartelés entre religiosité et sensualité.

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C'est un volume mince. Seulement 80 pages. Ce pourrait être une nouvelle un peu longue mais ce sont trois récits comme autant de chroniques sur des abbés dans la vieille Gaule, autour des années Mil, des abbés bâtisseurs d'abbayes et de monastères, des Bénédictins sous l'influence de Cluny qui luttent presque corps et âme, violemment, entre ciel, mer et terre, dans les marais et les îles de Vendée, au plus près des éléments, dans un dépouillement total et une ferveur de la plus grande intensité.
Leur foi est immense, sauvage et naïve à la fois, un mélange de force presque surnaturelle et une candeur des plus infantiles. Ils se montrent tour à tour cruels et fous, ardents, passionnés, faibles dans leur chair, aveuglés de gloire tant terrestre que céleste, vaillants et superstitieux, croyants envers et contre tout, prêts à mourir et à tuer pour des reliques qui n'en sont pas et qu'ils rejettent comme ils renoncent à tout d'une seconde à l'autre quand se révèle la vérité.
Au centre, trois chroniques qui racontent ces histoires dont deux écrites par Pierre de Maillezais, moine dans l'abbaye du même nom, "qui trouve le vers qui bien plus tard sera le dernier de sa chronique: comme toutes choses sont muables et proches de l'incertain."
C'est beau, magnifiquement écrit. J'ai été touchée comme peu souvent, comme à l' écoute d'une musique puissante qui commencerait tout doucement pour exploser dans un déchaînement de sons puissants qui font vibrer le corps et élèvent l' esprit vers un ailleurs qu'on voudrait tellement plus beau, tellement meilleur.
Lien : http://liratouva2.blogspot.f..
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Pierre Michon est un auteur qui ne peut que réjouir ceux qui aiment la découverte, qu'elle soit géographique ou historique. "Abbés", court roman construit comme un triptyque moyenâgeux a pour décor la région du Marais poitevin aux alentours de l'an mille. Rien à voir avec les images touristiques que l'on peut avoir aujourd'hui de ce pays. La région de Saint-Michel-en-l'Herm est plutôt inhospitalière, chassant de nombreux hôtes durant les longs mois d'hiver, permettant ainsi à des moines de vivre leur désir de solitude. Dans ce milieu transitoire que sont les marécages, ni sols, ni eaux, ni terre, ni mer, perpétuellement voués aux changements, les personnages y font l'expérience des incertitudes de la vie.
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Les histoires anciennes que Pierre Michon nous raconte dans sa prose si limpide, si riche, si aiguisée, nous fait entrer dans un brouillard fantasmagorique, laissant libre cours à notre imaginaire, et toujours ses histoires nous ramènent vers une réflexion sur nos vies d'incertitudes en quête de sens (au propre, comme au figuré). Tout son art réside en partie dans cette subtile manipulation de notre intelligence et de notre compréhension des choses. A le suivre de trop près, on peut aller très loin.
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Voici un magnifique triptyque moyenâgeux dans lequel trois abbés sont tiraillés entre les éléments naturels, une extraordinaire dévotion, les plaisirs interdits...
L'écriture de Pierre Michon se situe entre la prose et la poésie.
"comme toutes choses sont muables et proches de l'incertain."
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Nous sommes dans la saison morte de Noël, quand les pêcheurs apportent les tonneaux de harengs, et les plus beaux poissons, esturgeons et brochets, pour la table de l'Epiphanie. Le matin d'hiver sera très bleu, il est déjà bleu, mais quelques brumes voyagent encore sur l'eau. De cette brume sort tout droit une barque plate où de gros poissons brillent. A l'avant de cette barque, debout, il y a une petite fille blonde à tête d'étoupe, mille rayons serrés, de l'or jeté sur l'argent des brochets. Elle porte le flambeau du jour. Le soleil est pour cette clarté, le bleu lui appartient. Cela ressemble à autre chose, qu'Eble connaît bien, et qui n'est pas lui-même, ni son frère Guillaume. L'abbé cherche très vite, et ce qui lui vient à l'esprit, c'est le mot gloire.
Les vaguelettes clapotent contre la barque, les mouettes comme d'habitude se plaignent du monde, le mot gloire vient tout droit sur Eble.
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On leur accorde qu'ils sont de grande taille et souvent beaux, des bras de fer, car les miasmes du marais en emportent tant dans leurs petites années que ceux qui restent, c'est du fer. On leur accordent qu'ils sont doux. On va les voir de temps en temps, on leur parle du Salut, ils écoutent sagement mais n'entendent guère la langue. Ils entendent cependant fort bien quand on leur dit: tant de tonneaux de harengs au monastère pour la Noël, tant de raies bouclées et de carpes pour la Pâque, tant de sardines pour l'ordinaire. C'est qu'ils sont à moitié poissons, dit Hugues. On les a pourtant baptisés, dit Èble. Ils rient, le ciel très grand et pâle au-dessus de ces petits moines noirs rit aussi avec ses mouettes.
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Cette époque, on le sait, aime les os. Pas tous les os, ils ont grand soin de choisir, disputent et parfois s'entretuent sur ce choix : les os seulement qu'on peut revêtir d'un texte, le Texte écrit il y a mille ans ou les textes écrits il y a cent ans, ou le texte qu'on écrit à l'instant pour eux, les os que Cluny ou Saint-Denis a nommés et scellés, ceux à qui des signes patents pour nous illisibles, firent partie d'une carcasse où s'évasait la parole de Dieu, la parole d'un saint.
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Car ses deux passions qui viennent du feu, qui couvent assidûment sous le capuchon noir dans la cabane de Saint-Michel comme elles couvaient sous la mitre d'or dans Saint-Martial à Limoges parmi les fumées d'encens, ses deux brûlots, il les a gardés : la gloire et la chair. La gloire, qui est le don de propager le feu dans la mémoire des hommes, et la chair, qui a le don de consumer à volonté le corps dans une flamme aiguë, une foudre.
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La gloire, qui est le don de propager le feu dans la mémoire des hommes, et la chair, qui a le don de consumer à volonté le corps dans une flamme aiguë, une foudre.
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