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ISBN : 2070388085
Éditeur : Gallimard (26/10/1993)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 91 notes)
Résumé :
Pierre Michon n'est pas le biographe de Rimbaud. Il ne cherche à ajouter aucun chapitre, aucune ligne aux hagiographies et études existantes. Simplement, il enfile la personnalité du poète, se glisse dans l'intime de son écriture, tâchant de rejoindre, en définitive, la sienne. À coups de "on dit que" ou "on ne sait si", il parcourt, commente, hésite, rêve, abandonne, reprend l'aventure d'Arthur Rimbaud. Il ne donne ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Herve-Lionel
  21 juin 2014
N°89 – décembre 1991.
RIMBAUD LE FILS- Pierre Michon – Gallimard.
Enfin quelque chose de différent sur Rimbaud, quelqu'un qui ne pontifie pas sur sa poésie, son écriture nouvelle, sa vie aventureuse, en un mot tout ce dont on nous rebat les oreilles depuis un an. Non, Michon explique, avec une bonne dose de subjectivité, mais qu'importe, la naissance de Rimbaud, coincé entre son capitaine de père, absent de surcroît, et son étouffante mère, avec pour seul phare Izambard... mais un phare qui sera vite abandonné !
Et puis il y a le monde, son décor, ses fantasmes, les espoirs qu'il suscite... C'est donc une antibiothérapie de Rimbaud, une vie revue et recréee par l'imagination, à travers la mémoire collective et la faconde mêlée au délire. Rien à voir avec la biographie officielle d'ailleurs difficile à suivre. Ici, le portrait qui est brossé est le résultat d'images diverses et contradictoires où les charmes du portrait le disputent au velléités de l'autoportrait.
Michon dissèque et dénonce, rappelant qu'il n'y a ni grands hommes ni grands poètes en ce monde mais un ramassis d'idées reçues, de clichés, de certitudes faussement acquises ou savamment tissée et tenues dès lors pour établies. Tout le monde y passe, de Banville dont la personnalité ne vaut sans doute que parce qu'un certain Rimbaud lui écrivit un jour, à Verlaine, astre pâlissant de la poésie au regard du soleil que son ami portait en lui, en passant par Paul Demy qu'on ne connaît que parce que ce même Rimbaud lui écrivit une lettre où il était question de « voyant » … Et par-dessus tout cela il y a l'intuition d'être à la charnière de deux mondes, l'ancien et le nouveau et la certitude de n'appartenir ni à l'un ni à l'autre, d'être d'une autre époque et en même temps de vouloir être à l'image de ce Parnasse vers lequel il lorgne et de ce Harar qui fut sa perte. Un monde à la fois trop étroit pour lui et ses ambitions littéraires comme Charleville et trop grand comme ce désert africain où il eut « son or ». Un monde où les enthousiasmes et les les espoirs les plus fous ne résistent pas à l'usure du temps et aux désillusions, un monde qu'on aime, qu'on désire, qu'on conteste et qu'on finit par épouser !
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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NMTB
  19 décembre 2014
Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poète apparaît en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :
« Ah ! que n'ai-je mis bas tout un noeud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !
Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d'amour, ce monstre rabougri,
Je ferai rejaillir ta haine qui m'accable
Sur l'instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu'il ne pourra pousser ses boutons empestés ! »
Ainsi commence Les fleurs du mal du « premier voyant », comme le couronna plus tard Arthur Rimbaud. Et, pour le coup, il fut presque oraculaire, Baudelaire, en ce qui concerne Rimbaud. Car c'est à peu près ainsi que Pierre Michon décrit Vitalie Rimbaud, la mère du poète. Femme dévote, abandonnée par son mari, « souffrante et mauvaise ».
C'est donc en attaquant par ce biais, les relations aux parents, une mère mauvaise et un père absent, que Pierre Michon évoque le fils Rimbaud. Et c'est la seule originalité, dans le fond, de cette sorte de petite biographie, le seul thème sur lequel Pierre Michon se prononce : « de cela je suis sûr : Rimbaud refusait et exécrait tout maître, et non pas tant parce que lui-même voulait ou croyait l'être, mais parce que son maître à lui, c'est-à-dire celui de la Carabosse [sa mère], le Capitaine [son père], lointain comme le tsar et peu concevable comme Dieu, comme eux plus souverain d'être bouclés derrière des kremlins, derrière des nuages, son maître depuis toujours était une figure fantôme… »
Pour le reste, on n'apprend rien de nouveau, bien sûr, ce ne sont que des morceaux d'imagination à partir de « la Vulgate »et de la mythologie rimbaldienne : le professeur Izambard, les lettres du voyant, les quelques photos, Verlaine, etc. Quelques réflexions sur cette figure, cette image, de Rimbaud, sur les on-dit, sur le Génie, puisque c'est bien ce mot qui vient encore à l'esprit quand on entend le nom de Rimbaud, sur les poètes oubliés, sur la reconnaissance de ses pairs, sur la postérité. Et tout cela écrit avec justesse, d'une prose toute personnelle, un véritable régal à lire.
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JimmyCz
  12 novembre 2015
Je suis resté exclu du récit. J'avoue ne pas avoir compris l'intention de l'auteur. Exercice de style ? Eloge du poète ? Eloge du génie ?
Cela m'a paru être superficiel en terme de contenu et je me suis donc résolu à pencher pour l'exercice de style.
En effet, le concept de génie n'est pas défini et pourtant il fut âprement disputé en esthétique, tant disputé qu'il me fut compliqué de penser ce que Michon entendait par ce terme. C'est un exemple de lacune de contenu qui me semble immuable pour comprendre un sens spécifique et une intention particulière de l'auteur.
Si c'est un exercice de style nous ne pouvons qu'applaudir et nous incliner. C'est beau, riche avec un vocabulaire que nous n'avons plus l'habitude de lire ou d'entendre. La langue française est honorée et le plaisir est important.
Il demeure que je pense que c'est l'exemple type d'ouvrage qui obtient le résultat inverse de ce qu'il peut être souhaité. En effet, dans une société et à une époque où la littérature au style élaboré est mise au ban, boudée par la majorité du lectorat, avec pour critique principale une pédanterie élitiste, critique que l'on jugera valable ou non, ce livre incarna exactement ce qui est défié par le dit lectorat critique. Un contenu peu évident, un style complexe, classique, font de ce livre l'objet archétypal, le représentant des livres qui ont écoeuré un large public qui voulait du message, des idées fortes dites simplement. Si la mission était la réhabilitation de ce type de littérature, cela conviendra aux amoureux déjà conquis. Non aux autres.
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MarianneL
  26 avril 2013
Faulkner, cité par Pierre Michon dans « le Roi vient quand il veut », disait que nous disposons tous d'un territoire pas plus grand qu'un timbre poste, et que ce qui importe ce n'est pas sa superficie mais la profondeur à laquelle on le creuse.
« Rimbaud le fils », texte publié en 1991, année du centenaire de la disparition d'Arthur Rimbaud, a la profondeur de la poésie, comme « une paysanne noire qui creuse un trou où la langue démesurément s'engouffre et vibre ».
Sous forme de biographie intime, Pierre Michon tente d'approcher Rimbaud à partir des textes et des traces, de conjectures sur le père absent, sur la mère, femme souffrante et intraitable, et par les portraits de ceux qui l'ont côtoyé, Izambard, Banville et Verlaine.
C'est un questionnement sur la filiation de Rimbaud, celle de l'enfant entre détestation et amour de l'ombre du père et de la mère vouée au noir, et la filiation de ses ancêtres Virgile, Malherbe et Racine, Hugo, « étoiles lointaines dans la nuit des collèges ».
Détours du récit et hésitations des « on dit que » racontent l'incertitude devant le mystère de la création, le propre désir d'écriture de Pierre Michon, la prétention et questionnement de l'écrivain qui entend dédier son texte au plus haut.
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vincentf
  24 juin 2010
Halo autour de Rimbaud, essayer de dire l'autre et le je, les poètes de métier et l'enfant terrible. Izambard et Banville, la mère, Verlaine, le père déjà mort, un écrivain dans une grange qui fomente une révolte, ce livre tourne autour, il cerne et loupe Rimbaud, échappé, africain. Une photo se médite, une cravate penchée, sans couleur, bribes d'Arthur, un style. Les mots bousculent, je pense aux filles de demain dans un café de Fribourg, un poète forme bien ses lettres, Rimbaud, les voyelles, je les vois, elles s'échappent. Ce que j'écris sur ce livre s'efface, j'ai aimé, pousse la barbiche, l'académie, la révolution, la guerre.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
GrapheusGrapheus   01 novembre 2009
Qu'est-ce qui relance sans fin la littérature? Qu'est-ce qui fait écrire les hommes? Les autres hommes, leur mère, les étoiles, ou les vieilles choses énormes, Dieu, la langue? Les puissances le savent. Les puissances de l'air sont ce peu de vent à travers les feuillages. La nuit tourne. La lune se lève, il n'y a personne contre cette meule. Rimbaud dans le grenier parmi des feuillets s'est tourné contre le mur et dort comme un plomb.

(cité en quatrième de couverture)
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chartelchartel   11 septembre 2009
Rimbaud jouait plus serré. Il voulait plus fort que Verlaine être la poésie personnellement, c’est-à-dire à l’exclusion de tout autre : car à cette condition seulement il pouvait espérer qu’il apaiserait la vieille dans le puits intérieur, permettrait qu’elle prenne un peu de repos, les doigts noirs enfin abandonnés, la main ouverte, ne trafiquant point, caressante comme l’est toujours la chair qui dort. La vieille au dedans pour se consoler, s’endormir, avait besoin que le fils fût le meilleur, autant dire le seul, et n’eût point de maîtres.
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brigetounbrigetoun   28 juin 2010
Hélas, Rimbaud a le don d'enfariner ceux qui l'approchent , et ce disant mes mains pendent, je m'enrhume ; si je bats mes basques il en sort de la farine. Mais j'imagine parfois, et tous les Gilles avec moi assurément l'imaginent, dans les fugaces instants où nous nous faisons grâce, où nous nous supportons, quand par exemple le vent du soir passe dans ces pins d'Italie que derrière nous a mis Watteau, quand notre rhume s'en va, quand baissant sur nous-mêmes les yeux nous ne voyons plus la farine mais une sorte d'habit de lumière, alors oui, dans ces instants nous imaginons que se tient devant nous un garçon de haute taille qui avait lui aussi de grandes et grosses mains, ouvrières et comme "blanchisseuses", du Mallarmé, un garçon qui pour épousseter sa propre farine se battit les flancs jusqu'à la mort pour des rimes, des renoncements aux rimes, des refus, des travaux de chiourme ; qui pour faire mine d'être libre, de n'être pas de ce monde-ci, de n'être pas de Charleville, de n'avoir pas pour mère la pauvre Cuif, referma sur nous la chiourme moderne
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brigetounbrigetoun   28 juin 2010
Et le fils, sachant depuis toujours que les bouquets ni les mines, la cravate bien mise, le pantalon impeccable, l'air petit homme et la bouche en cerise, tous artifices filiaux à la mode de Hugo, ne suffisaient pas, ne marchaient pas, n'étaient pas reçus - broyés entre deux doigts noirs tombaient dans le puits, son fils avait trouvé une solution à la hauteur de sa solution à elle, et bricolait pour cet incommensurable deuil des petits cadeaux incommensurables - des patenôtres de son cru : de grands morceaux de langue rimée qu'elle ne comprenait pas, mais sur quoi penchée peut-être sans pouvoir les lire elle voyait quelque chose de disproportionné comme son puits et d'opiniâtre comme ses doigts.
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NMTBNMTB   19 décembre 2014
Ou bien, si l’on préfère des images plus vieillottes, empruntées au catéchisme de ce temps-là et non plus à ces histoires de famille qui sont notre maigre catéchisme, ce que lut Banville, la rime obscure qu’il entendit, ce fut celle qui frappe l’une contre l’autre la colère et la charité, la rancune infinie et la miséricorde, les garde dans chaque main toutes deux bien distinctes, intactes, inconciliables, ennemies jurées mais comme des coqs de combat les lâche l’une contre l’autre, les déchaîne, les reprend, et ponctue cet éclat d’un grand affrontement de drums. Et si votre dévotion personnelle vous porte à d’autres métaphores ( que vous prenez pour de la pensée et qui sont de la pensée), vous appelez autrement les deux termes de ce petit tam-tam : vous dites que c’est la révolte et le pur amour, ou le néant et le salut, ou la chute sans fin et au sein de la chute l’inlassable présence de ce qu’on n’appelle plus Dieu ; vous dites que c’est le deuil de Dieu et le bluff par quoi on restaure Dieu ; et si vous n’aimez pas Dieu vous dites que c’est la libre joie d’être vivant et la plus sombre joie d’être esclave de la mort, qu’importe : ce qui importe est d’avoir bien en main les grandes cymbales, de les savoir heurter et qu’elles fassent ce bruit qu’on entend dans Rimbaud.
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Pierre Michon J'ai horreur du Salon du Livre
L'écrivain Pierre Michon est l'un des invités d'honneur de la 30e édition du Salon du Livre. Il répond sur le vif et en exclusivité à nos questions, après une longue séance de dédicaces où de fervents lecteurs lui ont témoigné leur affection.
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