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EAN : 9782743649272
550 pages
Payot et Rivages (08/01/2020)
3.62/5   180 notes
Résumé :
1878, Londres. Trois personnages gravitent autour du Lyceum Theatre : Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise; Henry Irving, grand tragédien shakespearien, puis Bram Stoker, administrateur du théâtre et futur auteur de Dracula. Loin d’une légende dorée où tous les pas mènent vers la gloire, la destinée de Bram Stoker se révèle un chemin chaotique mais exaltant. Dans ce livre inventif, Joseph O’Connor utilise toutes les ressources du romanesque pour donner vie au Lo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
3,62

sur 180 notes
Brume londonienne, époque victorienne, humeurs diluviennes et sexualités incertaines.
Ce n'est pas un voyage aux Seychelles que nous offre l'écrivain Joseph O'Connor, frère ainé de la chanteuse Sinead O'Connor ( « Nothing compares » : évocation pour que vous ayez cette chanson dans la tête toute la journée. Ne me remerciez pas).
Pourtant, je ne regrette pas cette sombre ballade en parapluie, enchanté de faire la connaissance de cet univers gothique au style baroque.
Le roman s'inspire d'une histoire vraie et fait suite à une pièce radiophonique créée par l'auteur il y a quelques années.
Trois illustres personnages ramènent à la vie un théâtre abandonné en 1878 : l'acteur anglais Henry Irving, aussi shakespearien que capricieux, sa plus que partenaire Ellen Terry, Sarah Bernhardt des planches anglaises, et l'irlandais Bram Stocker, futur auteur aux dents longues de Dracula mais à la postérité post mortem, administrateur dévoué du Lyceum Theatre.
Les relations entre ces monstres sacrés sont aussi passionnées que troubles et tempétueuses. Dans un Londres terrorisé par les crimes de Jack l'Eventreur, dans des moeurs troublés par le procès d'Oscar Wilde, le roman s'attache à décrire les méandres les plus sombres de la création littéraire et théâtrale. Par sa capacité à envouter les spectateurs et à vampiriser ses proches, Irving apparait comme une source d'inspiration pour Bram Stocker dans la maturation du personnage de Dracula.
Habilement, le récit est structuré de la même façon que le chef d'oeuvre dentaire et couronné de Stocker, témoignages et commentaires se succèdent sans altérer la puissance romanesque de l'histoire.
Si j'ajoute que le théâtre est hanté, que les dialogues sont flamboyants, que l'auteur parvient à débusquer la source mystérieuse de l'inspiration et que les autres personnages du roman, et notamment l'épouse de Bram Stocker ne sont pas que des éléments figés du décor, tous les ingrédients sont réunis pour garantir un roman gothique de haute tenue. Dracula oblige, il s'agit ici d'une littérature bien carnée où les convives utilisent tous les couverts. Pas de gore au programme mais gare aux végans et autres mangeurs de tofu à l'ail qui peuvent s'abstenir.
Fermons ce bal démasqué avec l'ombre de l'auteur, Carine Chichereau. Ayant fait Brexit première langue, je ne peux que saluer la prose de cette traductrice dont le travail ici constitue un écho magnifiant la traversée de la Manche.
Je vais peut-être laisser ma veilleuse allumée cette nuit.
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En 1878 à Londres, le grand tragédien Henry Irving reprend le Lyceum Theatre, alors en piteux état. Il en confie l'administration à celui qui deviendra son bras droit, Bram Stoker, futur auteur de Dracula, et engage dans sa troupe la plus célèbre actrice anglaise de l'époque, Ellen Terry. le trio, bientôt inséparable, s'acharne à redresser l'établissement et s'achemine peu à peu vers une réussite suffisamment retentissante pour s'exporter outre-atlantique. Bram Stoker désespère toutefois de rencontrer un jour le succès littéraire…


Loin de la biographie linéaire, ce récit foisonnant ressuscite ses personnages historiques avec le plus grand naturel, recréant la chair et l'émotion autour du squelette des faits réels, dans une évocation d'autant plus crédible qu'elle nous baigne en même temps dans une magistrale restitution du Londres victorien. L'ambiance du roman est ainsi particulièrement prégnante, tant celle, brumeuse et polluée, de la capitale anglaise, pas tout à fait aussi scandalisée du procès d'Oscar Wilde que terrifiée par l'ombre de Jack l'Eventreur, que celle, effervescente et passionnée, d'un théâtre de la fin du XIXe siècle aux mains de personnalités explosives aux égos démesurés.


Au fur et à mesure du parcours des trois protagonistes principaux, entre doute et ambition, ombre et lumière, le texte prend une teinte de plus en plus mélancolique pour le lecteur témoin de leur ascension puis de leur vieillissement, et, globalement, du curieux cheminement qu'emprunte parfois la gloire, tantôt capricieuse, tantôt généreuse, souvent inaccessible et même ironiquement tardive, lorsque, posthume, elle vient couronner un homme finalement convaincu de son insignifiance et mort dans un hospice pour indigents.


Fresque historique, histoire d'amour et d'amitié, récit gothique et odyssée autour du mystère de la création, ce roman aux multiples facettes tient l'intérêt éveillé de bout en bout. Il réussit à émouvoir quant au dépassement de la finitude humaine par l'immortalité de l'oeuvre passée à la postérité.

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Avant toute chose, je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Rivages pour cet envoi dans le cadre de l'opération masse critique.
Le bal des ombres est un livre plein d'émotions, de passion, de colère, d'amitié, de tristesse, de cris, d'amour, de débordements en tout genre.
L'auteur nous raconte la vie de Bram Stoker, qui avant d'écrire son célèbre « Dracula », fut l'administrateur du théâtre Lyceum pendant plus d'une vingtaine d'années, mais aussi de Henry Irving et de Ellen Terry, deux acteurs du siècle dernier, tous trois étant amis dans la vie.

Les ombres du titre ce sont à la fois les personnages de théâtre incarnés sur scène pendant des dizaines d'années par Henry Irving et Ellen Terry, mais aussi les personnages des romans de Bram Stoker, qu'on voit littéralement prendre vie sous nos yeux au cours de ce récit.
On pourrait y voir aussi tous ceux qu'on côtoie, qu'on les aime ou qu'on les déteste au cours d'une vie, des ombres parfois furtives mais qui nous marquent pour longtemps.

On se délecte à voyager en train de nuit en compagnie de Bram Stoker, à savourer un verre de champagne avec Oscar Wilde dans les coulisses bondées du théâtre, on rit de la jalousie d'Henry Irving à l'égard de George Bernard Shaw, on se sent mal à l'aise en arpentant les ruelles sombres de Whitechapel alors que des malheureuses se font sauvagement assassiner, on boit, on mange, on rit, on tombe amoureux, on devient jaloux, envieux, aigri avec chacun des protagonistes.

Cette plongée à la fois dans l'univers du théâtre et dans une époque, Londres à la fin du XIXème siècle, m'a beaucoup plu.
Cette immersion dans les coulisses d'un théâtre et dans la vie d'un écrivain a été passionnante, on voit comment le processus de création prend forme, sublime la vie mais peut aussi parfois la détruire.
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Un théâtre à Londres, au temps de Jack l'Éventreur, fin XIXème, un théâtre hanté qui plus est, ça promet du frisson, de belles et fortes émotions, non? Et le trio des personnages de Joseph O'Connor a de quoi faire vibrer: le papa de Dracula, Bram Stoker, administrateur du Lyceum Theater; le flamboyant et immense acteur shakespearien, Henry Irving, qui aurait inspiré à Bram son vampire; et la belle et très populaire comédienne Ellen Terry, «qui dégage une magie qui semble dangereuse, venue d'un autre monde». Avec en prime une apparition d'Oscar Wilde.
Malheureusement, l'écriture reste un peu sage pour des personnages qui auraient mérité plus de souffle, quelque chose de plus débridé, de plus audacieux, des ombres plus profondes. C'est intéressant, mais j'ai eu comme la sensation que Joseph O'Connor avait appuyé par mégarde sur une pédale qui étouffe le son, met tout en sourdine, empêche la musique d'éclater.
Bref, un gros potentiel, mais ça reste un peu timoré, ça ne m'a pas complètement emballée.
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Est-ce un destin si flatteur que de créer une oeuvre plus grande que soi ? Dracula est une star, mais qui peut citer spontanément le nom de son créateur ? Et voilà que Bram Stocker devient lui-même un héros de papier, mais c'est au bal des ombres qu'il danse.
Le maître de cérémonie s'appelle Henry Irving. Si duchesses et forts des halles se pâment pareillement quand il joue Shakespeare, ils ne suffisent pas à la gloire d'Irving, bien décidé à hisser sa propre vie au rang d'oeuvre d'art, hâbleur, emphatique et blessant – mordant serait plus juste, puisqu'il fut sans doute le modèle du comte des Carpates.
Ombre parmi les ombres, Stocker à la remorque du grand acteur, ignore encore que la créature qu'il lui inspirera l'enfoncera un peu plus encore dans l'anonymat. Mais les comédiens aussi, incapables de quitter la scène, s'inquiètent de ne pas avoir d'autre visage que les masques portés au théâtre. Furtives, les amours homosexuelles se cachent dans des clubs clandestins et des mariages précipités se nouent après l'arrestation d'Oscar Wilde. Et au coeur du brouillard londonien se tapit une bête immonde et sans visage qui saigne ses victimes : l'éventreur.
Roman de l'emprise, « le Bal des ombres » est aussi le roman des identités diluées : Stocker ne possèdera jamais Irving, ni Ellen Terry, l'amie qui ne sera jamais maîtresse, mais Irving pas davantage n'est maître de lui. Et le lecteur fasciné assiste à ce long jeu de dupes où alternent dialogues désopilants et descriptions lyriques, évocations brillantes, lettres et journaux, narration semblable à un miroir brisé et qui reprend d'ailleurs ce procédé de « Dracula », roman lui-même hybride – comment pourrait-il en être autrement dès lors qu'il décrit une créature hétéroclite, ni vraiment morte, ni très sûre d'être vivante ?
« Je me nourris des autres » dit l'acteur. Ou le vampire.
« L'authenticité, je m'en bats les fesses » dit l'acteur. Et le lecteur de battre des mains, ravi.
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critiques presse (5)
LeJournaldeQuebec
13 juillet 2020
Roman d’amour, roman historique, roman sur les mystères de la création, Le bal des ombres raconte à la fois la vie de Bram Stoker, directeur de théâtre, et celle de l’actrice Ellen Terry, une figure féministe de l’époque, à Londres, qu’on pourrait comparer à Sarah Bernhardt.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Bibliobs
11 mars 2020
La plus grande réussite de ce roman, aussi enlevé que spirituel, tient dans l’évocation des rues de Londres à l’ère victorienne, ainsi que dans la peinture du quotidien dans un théâtre à la fin du XIXe siècle.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique
13 février 2020
"En chaque personne existe un second moi, auquel très peu de gens ont accès." Placés en exergue du roman, ces mots écrits par Edward Gordon Craig, le fils d’Ellen Terry, symbolisent le projet littéraire de Joseph O’Connor qui, par là, invite le lecteur à regarder plus loin que le texte qu’il nous offre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro
30 janvier 2020
Dans son neuvième roman, chef-d’œuvre choral aux scintillantes résonances, et qui est une manière de fable, Joseph O’Connor met en scène, à travers une foule de saynètes, un trio de personnages hors du commun, en route vers la gloire.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde
13 janvier 2020
Pour dompter cette chimère tricéphale, la grande figure de la littérature irlandaise qu’est Joseph O’Connor use du même procédé que Stoker dans son monument vampirique : non un récit linéaire et architecturé, mais une ample liasse de documents intimes fictifs. Un angoissant concert spectral.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (124) Voir plus Ajouter une citation
Je me méfie de ceux qui disent que la vie ne serait pas possible sans l'art. Elle l'est, pourtant, pour des millions de pauvres. Ils n'ont pas le choix en la matière. La vie ne serait pas possible sans ces choses superficielles que sont la nourriture. Ou un logis. Affirmer autre chose est une posture.
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Les hommes, quand ils ont été fabriqués avec soin, sont merveilleux dans toutes sortes de rôles que la vie peut leur offrir, ils font d'excellents amis, amants, mineurs de fond, dompteurs de lions, explorateurs de régions désertiques ou jamais cartographiées, papes, tireurs, compagnons de beuverie. Ils sont d'une simplicité admirable, si prévisibles que c'en est apaisant. Parlez avec un homme pendant un quart d'heure, et vous le connaissez définitivement, jamais plus il ne vous surprendra, il en serait bien incapable; le lui demander ne ferait que l'effrayer. Seulement, hélas, ils ne font pas de bons maris. N'importe quelle femme rencontrée par hasard, dans la queue pour les fruits et légumes par exemple, ou à côté de vous dans le train, ferait un meilleur mari que pratiquement tous les hommes jamais venus au monde.
(p.427)
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Chez certains hommes, il ne faut surtout pas prêter attention à ce qu'ils disent après dix heures du soir s'ils ont bu une bière. Harry appartenait à cette race de mammifères.
Ils ne veulent absolument pas faire les idiots. Seulement, cela revient à demander à un catholique de ne pas se sentir coupable. Autant dire au ruisseau de remonter la colline.
(page 104)
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Il n’aime pas se souvenir, trop de douleur, de déceptions. Il est important de se maintenir à flot, les yeux braqués sur l’horizon, toujours. Le passé est un fou qui se noie ; lancez-lui une corde, il vous entraînera avec lui.
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Enfin, tout le monde a son Mr Hyde, une autre version de soi-même. Une direction qu'on n'a pas prise peut-être. Une route dont on ignorait l'existence, ou pour laquelle nous n'avions pas de nom. Chacun de nous porte ses propres choix, n'est-ce pas ma très chère. Et chacun de ces choix exige un rejet, quand on y pense.
Mais il existe aussi une contrée obscure où l'Autre vit toujours. Ou, en tout cas, ne meurt jamais mais perdure. Difficile de basculer dans le bonheur sans laisser derrière soi cette contrée obscure.
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Joseph O'Connor commente son roman, "Muse".
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