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Jacqueline Malherbe-Galy (Traducteur)Jean-Luc Nardone (Traducteur)
EAN : 9782253126539
346 pages
Le Livre de Poche (11/02/2009)
3.34/5   40 notes
Résumé :
Dans un palais vénitien décrépit, Schultz, un éditeur typographe au passé flou de capitaine de marine, mène une existence désenchantée...

N'étaient son machiavélique alter ego, qui répond au nom de Paso Doble - une femme de cire nue revêtue d'un manteau de poil de chameau -, et la découverte, sur le haut d'une armoire, d'un manuscrit oublié.

La lecture de cet énigmatique ouvrage transporte Schultz au début du XIXe siècle entre Londres... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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« Quand la vie est un roman. »
Un livre qui vous parle « ...il y a un rappel, pour ainsi dire, spéculaire... » Un livre qui raconte une histoire que vous reconnaissez au fil des mots. Des mots d'un auteur que vous auriez aimé dire, des mots qui racontent des sentiments mieux que vous n'auriez pu le faire ou même l'imaginer. Une romance qui vous parle et pourtant ce n'est pas vous.
« Essaie d'imaginer, continue Schultz sans l'écouter, qu'un écrivain est en train d'écrire un livre sur Untel qui lit un livre... »
Le pouvoir de l'imaginaire qui se déroule dans toute sa plénitude, ce pouvoir qui n'est finalement que le vécu ou bien qu'il nous appartient de vivre, nous lecteurs qui faisons des pauses pendant la lecture parce qu'une phrase nous interpelle et nous renvoie à notre propre existence, à nos émotions les plus intimes, celle qu'on ne livre qu'à notre double, ce Paso Doble qui nous suit comme notre ombre et nous fait des farces, qui parsème notre existence de petits tours bien à sa sauce, nous cache un objet pour qu'on y fasse plus attention (parce qu'il nous faut déployer une énergie pour le retrouver dans ce palais vénitien, en haut d'une armoire). Et tout s'enflamme, dès les premiers mots, des les premières lignes, nous plongeons avec Jacob à la recherche de Nina pour un embrasement sensuel.
« Ce qui le frappe c'est de découvrir qu'un tel, un écrivain étranger qu'il ne connait pas et qui ne le connait pas, ait pu écrire une histoire si semblable à la sienne, inventer un personnage dans lequel lui, à tant de kilomètres de distance, peut se mirer. (...) Sa vie si tranquille, si imperturbable est complètement absurde. »
J'ai aimé ce roman où l'incroyable nous prouve que nos vies peuvent nous paraître fades parce que ce siècle est triste et que nous avons oublié notre part de romanesque. Oui ces personnages du 18 et 19ème siècle vivaient leur vie sans honte ni doute, ils croquaient l'amour à pleine dents et nous faisaient vibrer parce qu'eux-mêmes tremblaient de fureur, de sentiments grandioses, qu'ils ne faisaient pas semblant.
« Tu comprends que certains livres ont quelque chose de diabolique et peut-être que celui que tu lis appartient à ce genre... Ils capturent les destins, ils les emprisonnent... »
Mais grâce aux livres, nous pouvons retrouver cette débauche de sens et nous livrer dans l'extase d'une vie pleine et entière. Je crois que c'est ce que poursuit Alberto Ongaro. Mangeons la vie. Remplissons la de mots, d'émotions, ne laissons pas à d'autres la possibilité de combler les pages blanches avec des mots qui nous mettraient face à un moine borgne, haineux, prêt à nous briser d'un coup de canne. Allons au devant de cette « fête charnelle ».
« Le lecteur, murmure Schultz, le lecteur pourrait être le personnage le plus important de tout livre si seulement les auteurs lui accordaient plus d'espace. »
Je souhaite un bon voyage à une amie pleine de livres.
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Une kyrielle de mots et d'expressions viennent  à l'esprit suite à la lecture du roman d'Alberto Ongaro La Taverne du doge Loredan.
Pouvoir de l'imaginaire, mise en abîme, histoire à tiroirs, fiction ou réalité,  récit d'aventures .
En tout cas c'est un roman ludique, jouissif ( au propre comme au figuré ) labyrinthique.
Il faut juste accepter de se laisser emporter.
L'histoire se situe à trois niveaux.
Un premier niveau nous amène à  Venise dans la deuxième moitié du 20ème siècle bien que rien ne soit mentionné explicitement.
Schultz éditeur,ancien capitaine de marine découvre au sommet d'une armoire un vieux livre broché dont la couverture très abîmée ne permet pas de distinguer un titre.
Schultz va commencer la lecture de ce livre.
C'est le deuxième niveau.
Nous sommes projetés  au début du 19eme siècle  entre Londres et Venise sur les pas de Jacob Flint jeune homme romanesque ayant tué lors d'un duel et devant fuir l'Angleterre. Durant cette fuite il rencontrera Nina , patronne de la Taverne du doge Loredan et l'amant de celle ci, l'étrange Fielding.
La a lecture de ce livre sera le fil conducteur du roman , sachant que dans ce livre broché, certaines pages sont restées blanches ou manquent.
Et c'est là qu'est le troisième niveau,  celui de l'imaginaire, de la fiction.
Pendant tout le temps du roman nous serons avec Schultz dans la lecture du livre mais aussi avec les réactions de Schultz, fasciné par les étranges affinités  qu'il se découvre avec Jacb Flint,  héros de papier. Et puis ces pages blanches ou manquantes qui permettent à Schultz d'inventer une partie de l'histoire.
Cette mise en abîme est phénoménale et nous dit beaucoup sur la création, la fiction, l'écrivain, le personnage principal
Peut on envisager des ponts entre des époques,  des personnages ?
La fiction est elle réalité ?
Jusqu'à quel niveau les personnages , l'écrivain sont ils interchangeables et liés à o'histoire que nous lisons.
Nous sommes dans une histoire à tiroirs ou devant des poupées gigognes.
Nous lisons le roman du roman et en plus celui ci à des pages blanches pour que l'on puisse écrire notre propre fiction.
Ludique!
Le talent de raconteur d'histoires et d'aventures d'Alberto Ongaro ajoute un souffle romanesque aux aventures de Jacob Flint et de Nina.
Je vous laisse découvrir Dick,  Severino ou encore les métaphores !
Voilà un roman enlevé qui de plus fait réfléchir sur la fiction, la réalité, le pouvoir de l'imaginaire.
Un bon concentré de grand moment de lecture!
Lien : https://auxventsdesmots.word..
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La taverne du doge Loredan" est de ces romans dans lesquels on s'engouffre avec délice, pour s'y installer ensuite confortablement, savourant d'avance le plaisir dont les premières pages nous laisse deviner les prémisses.

Schultz a laissé derrière lui une obscure carrière maritime, pour se consacrer à l'édition. Il vit dans un vieux palais vénitien, dont les arcades bordent l'un des nombreux canaux de la ville. Il a pour uniques compagnons Paso Doble, alter ego facétieux et bavard, et une mystérieuse statue de cire revêtue d'un manteau en poils de chameau. Est-ce le farceur Paso Doble qui a dissimulé sur le haut de son armoire cet étrange manuscrit dont la couverture, vide, ne mentionne ni titre ni auteur ?

Avec la lecture dudit manuscrit, l'aventure commence, pour Schultz comme pour le lecteur. Rédigé soi-disant par un certain Jacob Flint, il relate les péripéties vécues au XIXème siècle par ce jeune anglais qui, ayant dû fuir son village après avoir tué en duel le mari de sa maîtresse, s'éprend passionnément de Nina, la superbe et sulfureuse tenancière de la Taverne du doge Loredan... Un amour a priori réciproque mais compliqué à concrétiser : la belle a pour amant l'odieux Fielding, chef du plus important réseau de contrebande anglais, homme certes beau et riche, mais affublé d'une tare rédhibitoire, une odeur pestilentielle qu'il dégage en permanence, suscitant à la fois crainte et répulsion.

Au fil de la lecture, Schultz découvre de troublantes similitudes avec sa propre histoire.

"Certains livres ont quelque chose de diabolique (...). Tout ce que l'on écrit existe quelque part... Ou simultanément avec l'écriture ou avant ou après... C'est pourquoi parfois on trouve des livres auxquels on s'identifie aussi profondément... L'écriture est un fait magique ou devrait l'être... Qui peut exclure que celui qui a écrit le livre que tu lis a au moins en rêve glissé du siècle passé jusqu'à toi en capturant cette parcelle du futur dont tu fais partie ?"

Comme lui, c'est avec avidité que nous nous immergeons dans l'histoire de Jacob Flint, dont les descriptions minutieuses et imagées nous transporte à ses côtés, qu'il joue du clavecin au coeur de la taverne bruyante et enfumée, ou qu'il erre dans les rues d'une Venise désertée, car empuantie par l'odeur de Fielding... Les personnages, même secondaires, sont toujours affublés de caractéristiques qui les rendent palpables, ancrés dans le récit. Les épisodes picaresques alternent avec des scènes d'amour torrides voire parfois grivoises (mais jamais vulgaires), le tout étant nimbé d'une atmopshère inquiètante et mystérieuse qui flirte avec le surnaturel.

"La taverne du doge Loredan" est un récit de faux-semblants, de masques, dont certains tombent et d'autres non, une sorte de gigantesque jeu de pistes libéré de ces vulgaires et futiles contraintes que sont le temps ou la réalité.

Doublement impliqué, le lecteur suit à la fois les aventures du jeune Flint, et la progression de la lecture de Schultz, entrecoupée d'échanges souvent piquants avec son alter ego ou de coups de téléphone incongrus, l'absence de certaines pages -ou les non-dits volontaires- l'obligeant parfois à combler les manques du récit.

"Une page non écrite, une scène qui n'est pas racontée et qui pourtant est là, même si elle n'est pas racontée, dans les espaces de ce livre. C'est cela qui le fascine et qui d'une certaine façon l'émeut même si des tentations d'autres émotions plus anciennes cherchent confusément à remonter à la surface. (...) La lecture s'articule en lui, grandit, se ramifie comme une plante, avance comme un voilier dans les espaces de son esprit".

Alberto Ongaro nous livre une belle déclaration d'amour à la littérature, exprimée avec la volonté de divertir et de passionner, un théâtre englobant plusieurs perspectives qui s'imbriquent les unes dans les autres, sans jamais toutefois perdre le lecteur. Un récit habile, intelligent, et absolument réjouissant.

A lire... évidemment !

Lien : http://bookin-ingannmic.blog..
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Une mise en abîme du roman d'aventures...

Curiosité de libraire en parcourant le catalogue Anacharsis, recommandation appuyée d'une amie lectrice avisée : et voici un étonnant roman d'Alberto Ongaro, auteur vénitien bien connu des Italiens, mais relativement discret en France.

Double plaisir et tour de force qui mêle un véritable roman d'aventures du XIXème siècle "à la Stevenson", avec force amours passionnées, duels épiques, poursuites endiablées dans toute l'Europe, corbeaux énigmatiques... et, étroitement entrelacée au point d'en devenir un véritable abîme, une réflexion toute contemporaine sur l'écrivain, le personnage, la réalité, la fiction...

"Ici l'histoire bifurque en prenant deux directions différentes, l'une vers la prison de Tothill Fields, l'autre vers l'hôtel qui donne sur les Kensington Gardens où Nina est descendue quelques minutes la dernière fois que nous l'avons vue. Schultz fait signe à un landau qui au milieu des flaques avance vers lui trop lentement pour avoir un passager à bord. La lenteur avec laquelle ces voitures de louage avancent équivaut en effet à la lumière allumée à l'avant des taxis modernes. Schultz a peut-être déjà fait son choix en se libérant d'un devoir pénible. le cocher touche son chapeau en guise de salut. À la prison de Tothill Fields, dit Schultz en montant à bord. Au fond, en y repensant, sa décision est la plus juste. Dans une histoire les personnages secondaires, bien que non privés d'intérêt comme est le moine au fond, doivent être expédiés avant les personnages principaux à qui reviennent de droit les dernières pages, les mots de conclusion."

Une curieuse parenté, ainsi, toutes proportions gardées mais avec le même humour irrévérencieux, avec le film "Les cadavres ne portent pas de costard"... et qui donne bien envie d'explorer davantage les écrits de ce vrai-faux gentleman vénitien..
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À la fin du XXe siècle, dans un palais vénitien, deux hommes discutent, Schultz et Paso Doble, et commencent la lecture d'un livre tombé de l'armoire, sans titre ni auteur, un livre où Jacob Flint, un jeune anglais du début du XIXe siècle, fuit la justice et tombe amoureux de la belle Nina, la perd et part à sa recherche – jusqu'à Venise, précisément.
Mais la lecture s'interrompt. Une fois parce qu'il est question d'un palais un peu comme celui où nous sommes, une fois parce que Schultz se rappelle une femme passionnément aimée et disparue sans laisser de trace, une autre fois parce qu'il ne peut pas s'empêcher de combler les vides du roman et de créer des personnages supplémentaires, encore une autre, car n'aurait-il pas rencontré cet Anglais il y a plusieurs années ? Pendant ce temps, Jacob raconte sa folle odyssée. Et le double, Paso Doble, commente les pensées de Schultz.
Il y a le charme indéniable de l'entrelacement entre le roman et le lecteur, le lecteur qui rêve son roman, l'incorpore à sa vie, lit sa vie à la lumière du roman, et le personnage du roman qui devine autour de lui un être sans visage qui tient les fils du récit et décide des coïncidences.
Il y a aussi un étrange et fascinant personnage, Fielding. Un homme qui ressemble autant à un gentilhomme qu'à un pirate, un homme atteint du malheur de répandre autour de lui une puanteur infecte, un homme dont la face obscure s'incarne dans des créatures terrifiantes, que le narrateur (Jacob) nomme les métaphores. Quelle belle invention !
Il y a des scènes très drôles, comme une avec un concours de pet et une autre avec une étrange boussole. Il y a Dick et Severino, des corbeaux qui parlent. Il y a des détails surréalistes (comme une statue de cire) et des choses qui ne seront pas expliquées au lecteur (nous), à lui de faire marcher son imagination.
Ongaro joue de tous les mystères de Venise que l'on peut imaginer. Refermé son livre, on a seulement envie de monter pour le premier train pour la lagune (un jour…).
Un roman où il est question du plaisir de lire. On y fait aussi beaucoup l'amour.
C'est un roman picaresque et d'aventure, un roman d'amour, un roman moderne qui ne s'en laisse pas conter par le charme des belles histoires ou qui plonge à pieds joints dans les pièges du roman.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Tout ce que l'on écrit existe quelque part... Ou simultanément avec l'écriture ou avant ou après... C'est pourquoi parfois on trouve des livres auxquels on s'identifie aussi profondément... L'écriture est un fait magique ou devrait l'être... Qui peut exclure que celui qui a écrit le livre que tu lis a au moins en rêve glissé du siècle passé jusqu'à toi en capturant cette parcelle du futur dont tu fais partie ?
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Les personnages du siècle passé ne savaient pas qu’ils étaient des personnages tandis que ceux de ce siècle ne le savent que trop bien… Regarde-les, ceux de l’époque de Jacob étaient sûrs d’eux, ils vivaient leurs histoires comme si c’étaient des histoires réelles, souffraient, aimaient, riaient, faisaient l’amour, prenaient tout au sérieux, mouraient même et étaient ensevelis dans de vrais tombes, dans de vrais cimetières. Aujourd’hui, ah ! aujourd’hui tout a changé. Aujourd’hui les personnages savent que rien n’est vrai, ils le savent et comment ! C’est là tout leur malheur.
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Ne vous est-il jamais arrivé d'avoir le souffle coupé devant le visage d'une femme et de sentir votre désir monter tout d'un coup, votre sexe se gonfler et votre sang se mettre à courir dans vos veines simplement parce que le regard de cette femme s'est arrêté dans le vôtre un instant de plus que nécessaire ?
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Quel enchevêtrement grand Dieu! Quel casse-tête mythico-oriental! J'étais à présent certain de n'avoir jamais vu Venise!Ce n'était pas une ville,mais une immense flotte de galions de marbre venus s'échouer sur le fond de la lagune ou décidés à s'arrêter pour toujours dans la lagune sans plus jamais reprendre la route.
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Depuis l'époque du "Manuscrit trouvé à Saragosse" ou peut-être même avant, il y a une véritable épidémie de livres mystérieusement trouvés ça et là. Les cagibis en sont pleins ainsi que les greniers, les tiroirs, les caves de tous les lettrés, des plus modestes aux plus célèbres. C'est à vous dégoûter. Et toi tu n'es pas différent des autres. Médiocrité de l'époque. On ne peut pas faire un pas sans trouver un livre qui vienne on ne sait d'où.
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