AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Dominique Vittoz (Traducteur)
EAN : 9782267021523
141 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (10/03/2011)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 80 notes)
Résumé :
FRANCAIS : Cecilia, la narratrice, est orpheline. Elle a été abandonnée à sa naissance et recueillie par l'hospice de la Pietà, à Venise. Chaque jour, masquée et dérobée au regard du public, Cecilia joue du violon. Dans cet univers confiné, la musique est sa seule source de joie et de réconfort, tandis que chaque nuit elle parle et écrit à cette mère inconnue dont l'absence la fait cruellement souffrir. L'année de ses seize ans, un nouveau professeur de musique vien... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
mesrives
  08 novembre 2018
Stabat mater... dolorosa
Une voix s'élève dans la nuit
Une voix muette, intérieure, mais audible
violente et intense, une prière ou une déclaration.
Un psaume scandé par une jeune fille, Cécilia.
Chaque nuit depuis des années, elle quitte le dortoir et, rejoint en cachette son refuge dans l'obscurité de l'orphelinat endormi, ici, à l'Hospice de la Pietà de Venise.
Là, dans cet espace d'enfermement, elle a réussi à construire son coin de liberté, à l'abri des regards de la communauté, un pont qui la conduit des ténèbres à la lumière car ici est la place de son écritoire imaginaire.
Ici, elle écrit, elle libère sa parole spoliée, en traçant des mots adressés à sa mère, Madame Mère, sur le moindre petit bout de papier, des bouts de portée subtilisée.
Une succession de traumats semblent l'engloutir comme l'étaient les corps de bébés jetés dans les canaux de la cité quelques siècles auparavant mais, surtout, une force vitale grandissante, une énergie démesurée pour ne pas se fondre dans le royaume des ombres lui permettent de ne pas se noyer et de remonter à la surface pour ne plus être ce « poisson aux yeux voilés venu mourir à fleur d'eau ».
Un très beau texte de Tiziano Scarpa servi par une écriture poétique et toute en finesse dont les courts paragraphes résonnent comme une psalmodie faisant échos aux récitations des chapelets des bonnes soeurs.
Un univers clos, spirituel et religieux où l'héroïne puise ses ressources pour s'échapper, s'exprimer dans la musique sacrée à laquelle chaque orpheline est promise depuis leur abandon.
Le lecteur ressent très bien le voile noir qui enveloppe Cecilia et dans lequel elle se débat.
Ignorance. Cruauté. Obéissance.
Ignorance de ses origines, de son identité, de la maternité, du corps, de la sexualité...
Cruauté d'une vie monotone au quotidien ordonné et réglé, une vie murée.
Obéissance à l'ordre religieux et à sa communauté.
Douleur et peur.
Une lecture très forte et émouvante qui nous ouvre sur une solitude, celle d'une jeune fille de seize ans qui en cette fin de 18ème siècle s'éveille à la vie, se transcende par la musique en côtoyant et en se faisant remarquer par le nouveau prêtre nommé à l'Hospice de la Pietà, le tout jeune Antonio Vivaldi.
Espérance et renaissance.
A travers son héroïne, Tiziano Scarpa, exprime toute sa sensibilité et par son récit rend hommage à Venise et Vivaldi.
Une très belle découverte.
Stabat mater dolorosa
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8629
Moan
  23 septembre 2012
Nous sommes au XVIIIème siècle.
La narratrice, Cécilia a été recueillie, il y a seize ans à l'orphelinat de la Piétà à Venise. Elle nous entraîne dans ses réflexions adressées à sa mère inconnue, la nuit quand elle ne peut dormir.Elle nous raconte ses journées à jouer du violon masquée et cachée aux yeux du public venu de toute l'Europe pour écouter la formation musicale de l'orphelinat , sous la direction de Don Giulio d'abord, puis celle de Don Antonio.
le début de Stabat Mater m'a un peu surprise, mais très vite , je me suis laissée entraînée par la belle écriture de Tiziano Scarpa qui a obtenu le prix Strega pour ce livre.
Commenter  J’apprécie          310
fabienne2909
  11 novembre 2012
Une voix dans la solitude et la musique sacrée de Vivaldi.
Le roman est porté en effet par la voix de la jeune Cecilia, orpheline obsédée par l'absence d'une mère qu'elle n'a jamais connue et dont elle ne sait rien. Insomniaque, elle lui écrit chaque nuit des lettres qui ne lui parviendront jamais, et dans lesquelles elle lui dit son désarroi, sa haine d'elle-même et sa difficulté d'exister, d'être pleinement elle-même. Comme si elle était déjà morte ou tout du moins pétrifiée dans sa douleur, ce qui est souligné par le fait qu'elle "voit" et converse avec Méduse (qui n'est pas nommée mais est reconnaissable par ses cheveux faits de serpents), personnage ambigu qui "est sur cette ligne de fracture, cette faille qui sépare en deux l'être humain : la vie et la mort" (Eleonore Pardo, "Le regard médusé", Recherches en psychanalyse. Les Origines grecques de la psychanalyse, 2010, vol. 9).
La pétrification que provoque Méduse, image parfois entremêlée au motif récurrent de la vision "cachée" structurent ainsi la psyché de Cécilia. En effet, la haine de soi causée par l'abandon de la mère après la naissance ressentie par la jeune fille ressort particulièrement à l'occasion de différentes scènes qu'elle surprend : une congénère accouchant d'un excrément qui se révèle être un bébé (l'image est frappante et revient régulièrement dans les pensées de la narratrice), le second quand elle voit Antonio Vivaldi procéder à la consécration du pain et du vin en pleine nuit :
" Il venait de consacrer le pain et le vin. Il les avait changés en corps et sang de Dieu notre seigneur. Ou plutôt Dieu notre Seigneur était descendu se nicher dans ce pauvre bout de pain, dans ce verre de mauvais vin. le prêtre a frissonné. Il a dû percevoir à quel point tout ceci était immonde. Un dieu qui s'incarne en grain moulu et jus de fruit fermenté. Qui se laisse malaxer et digérer par les entrailles répugnantes des êtres humains.
Il ne voulait pas penser au transit de Dieu notre Seigneur dans ses intestins, à ce qui en sortirait, à l'aboutissement de ce voyage sordide dans son corps.
Son angoisse était la mienne. Je l'ai entendu dire ces paroles ou peut-être les ai-je imaginées : "Pourquoi Dieu notre Seigneur a-t-il pris ces espèces ? Ne lui suffisait-il pas de s'être incarné une fois ? Pourquoi a-t-il voulu se réincarner des milliers de fois dans nos corps, subir cette humiliation encore plus ignominieuse que la mort sur la croix, mille fois pire que la flagellation et les crachats, que les humiliations et son exécution comme un vulgaire criminel ? Pourquoi ce chemin de croix dans nos viscères ? " ".
Cette pétrification la maintient ainsi dans un stade intermédiaire entre la petite fille qu'elle n'est plus et la jeune femme en devenir, ce qui est renforcé par le fait qu'elle joue masquée et cachée des communiants lors de la messe du dimanche dans l'église accolée à l'orphelinat où elle vit, et qu'Antonio Vivaldi refuse de la mettre en avant lors de solos si elle accepte de refuser les demandes en mariage qui pourraient s'ensuivre (personnage auquel la jeune fille découvre qu'elle n'est pas insensible).
Ces quelques élément d'analyse, qui ne révèlent rien de l'intrigue, montrent la richesse de ce roman, laquelle est magnifiquement mise en valeur par une écriture toute en nuances, bien que le propos dont elle est au service est sombre, austère, plein de désespoir (bien que coupé par une note plus positive à la fin de l'ouvrage).
En résumé, un roman court (152 pages), poignant et inclassable, et qui constitue en outre une remarquable introduction à l'oeuvre d'Antonio Vivaldi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          193
Ambages
  20 janvier 2016
Stabat Mater est un roman magnifique. Il y est décrit , par une orpheline, dans des mots douloureux le rapport à sa mère inconnue. Déposée bébé au pied d'un hospice où sont réunies les orphelines élevées par des ecclésiastiques qui leur apprennent la musique, elle doit découvrir toute seule au travers d'expériences traumatisantes la naissance de la vie, imaginer la vie de cette mère absente, les raisons de son abandon, les sentiments, la signification et valeur de mots. « Je viens d'écrire que les mots se dévident, mais peut-être s'entortillent-ils. Ils se dévident et s'entortillent dans un même mouvement. Allez savoir si je gagne ma liberté ou construis ma prison »
L'enfermement des yeux, des coeurs, des pensées dans ce lieu est décrit avec une telle violence par cette jeune musicienne -« ce rien que je suis est si démesuré ! Je me sens partout et, dans ce partout, je n'y suis pas » « ma solitude est en acier »)- et sa détresse de ne pas connaître Madame Mère a qui elle écrit chaque nuit , dans le noir, dans un recoin en haut d'un escalier ne pouvant trouver le sommeil, ne peut laisser indifférent tant les mots sont profonds, la douleur à chaque instant présente et la mort incarnée dans ce vide de sentiments qui étouffe toute rébellion. Il reste la musique, « la musique secrète qui s'élève dans notre âme. Personne ne peut empêcher qu'elle résonne en nous. Personnes ne peut nous la voler. »
La musique exaltée par cette douleur doit provenir du plus profond de la musicienne, jusqu'à l'extrême violence qui permet l'envoutement du son tiré des entrailles du musicien. Don Antonio, le compositeur dans cet hospice expliquera « Il ne faut pas garder pour soi ce qui nous habite. Nous devons aider ces choses à venir au monde de notre mieux, les repenser, les réécrire, les jouer d'une autre manière. » Il parle de la musique, elle y verra autre chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          2310
Cath36
  11 octobre 2013
Ce n'est pas la Venise brillante, fastueuse et sûre d'elle-même que nous présente Tiziano Scarpa dans ce livre, à travers l'histoire d'une jeune fille abandonnée par une mère inconnue et qui, en quête d'elle, lui écrit secrètement toutes les nuits. Non c'est une Venise cachée et honteuse, une Venise glauque comme les canaux dans lesquels on noyait autrefois les enfants illégitimes avant que soit créee l'hospice de la Pièta, une Venise d'enfants abandonnés, une Venise de voyeurs où les masques ne font qu'attiser désirs, concupiscences, lâchetés et hypocrisie, cette redoutable hypocrisie des gens dits "biens". Mais c'est aussi une Venise qui s'exprime par et pour la musique, où les élans du coeur, les non-dits, l'appel vers la vie s'expriment en chantant ou en jouant sur des instruments, une Venise qui rêve et s'efforce de sortir des pièges dans lesquels elle s'enfonce, à travers le visage de Cécilia et de sa lutte contre les forces de mort qui sont en elle. Mort à Venise ? Non : Vie hors de Venise, de cet étouffoir qu'était Venise (telle sera du reste la conclusion de ce livre) ; mais lorsque Vivaldi remplace au vieux Giulio, c'est une toute autre musique qui surgit à Venise,en rupture avec la tradition, la routine, la lassitude et la vieillesse. C'est la jeunesse, l'attention aux petites choses de la vie, aux émotions, l'enthousiasme et l'énergie. Une Venise ressuscitante.
C'est un très beau livre que ce "Stabat Mater", cette prière musicale à la Mère qui se tient debout auprès de la croix et porte toutes nos souffrances humaines à travers les siennes, dans la douleur et la confiance, dans l'espoir d'un incroyable et improbable miracle. Et le miracle n'est-il pas cette vie qui resurgit envers et contre tout quand on n'espère plus rien ? Il en sera ainsi, je l'espère de Cécilia, c'est du moins ce que la fin du livre laisse à entendre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120


critiques presse (2)
LeMonde   09 juillet 2011
Scarpa évolue vers une écriture chargée d'émotions, qui, à travers la musique vivaldienne, s'enrichit de nouveaux rythmes, de nouvelles tonalités et de nouvelles architectures. Son roman est un fabuleux rêve de liberté.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   04 juin 2011
De la douleur d'être orpheline, Cecilia a fait un lamento, cha­que soir repris dans des lettres désolées à la mère absente. Elle a 16 ans, a été recueillie à l'hospice de la Pietà de Venise qui fait des jeunes abandonnées de belles musiciennes. Toute la cité des Doges vient les écouter à chaque office pieux. Mais voilà que notre violoniste, hantée par la solitude et la mort, est peu à peu métamorphosée par un certain Antonio Vivaldi, qui vient diriger les jeunes musiciennes de la Pietà... Tiziano Scarpa pénètre admirablement l'âme des jeunes filles. Sur fond de société vénitienne du XVIIIe, le cheminement de Cecilia ravit autant qu'il émeut. Etonnant voyage dans le temps, les mœurs et les cœurs féminins que cet élégant récit-là...
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
mondeparallelemondeparallele   15 janvier 2021
Les mots déclenchent tous des attentes.
Commenter  J’apprécie          00
MoanMoan   23 septembre 2012
Vivre par la musique une heure, en jouant corps et âme, traversées par une rafale, immergées dans l'orchestre en action dont nous sommes des éléments, prises à la fois dans l'exécution et l'écoute de ce déferlement et de ces silences. Vivre en une heure tout ce qui peut arriver à un être humain.
Commenter  J’apprécie          150
fabienne2909fabienne2909   11 novembre 2012
Les filles (note : les jeunes orphelines qui vivent dans l'institution avec Cecilia, la narratrice) rêvent d'un riche et gentil garçon qui les sortirait d'ici. Les jeunes gens qui nous écoutent à l'église imaginent des visages qui n'existent pas et qui les fascinent. En ce monde, chacun s'éprend du songe qu'il nourrit.

Nous échangeons nos songes. Dans nos attentes, les personnes en chair et en os doivent coïncider avec l'image adorée que nos rêves ont créée pour nous sur mesure, nous voudrions qu'elles la revêtent comme une seconde peau qui transfigure leurs traits et leur stature.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
AmbagesAmbages   19 janvier 2016
L'obscurité n'est qu'une apparence. La vraie toile de fond, c'est la lumière.

J'aime penser que j'invente ce faible halo, car j'ai découvert que je peux fermer les yeux dans l'obscurité la plus épaisse et imaginer la lumière, ma tête alors semble s'éclairer toute seule, de l'intérieur, je peux en secret penser la lumière, allumer une lumière en moi.
Commenter  J’apprécie          110
MoanMoan   22 septembre 2012
Aujourd'hui en répétition, don Giulio a protesté, parce que nous galopions au kyrie. " Trop de fougue! Ce n'est pas l'alléluia",, a-t-il maugréé de sa voix frêle. Il n'a même plus la force de rouspéter. Impossible de savoir qui, de nous ou de sa musique, a le dessus. Sa musique nous oblige à être vieilles. Elle s'empare de nous et nous ralentit, nous rouille.
Commenter  J’apprécie          100

autres livres classés : vivaldiVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Grandes oeuvres littéraires italiennes

Ce roman de Dino Buzzati traite de façon suggestive et poignante de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ».

Si c'est un homme
Le mépris
Le désert des Tartares
Six personnages en quête d'auteur
La peau
Le prince
Gomorra
La divine comédie
Décaméron
Le Nom de la rose

10 questions
614 lecteurs ont répondu
Thèmes : italie , littérature italienneCréer un quiz sur ce livre