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EAN : 9782882505255
Noir sur blanc (13/09/2018)
3.83/5   108 notes
Résumé :
Hérétique, schismatique, Juif converti à l'islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, tour à tour misérable et richissime, vertueux et abominable, Jakób Frank a traversé l'Europe des Lumières comme la mèche allumée d'un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n'y avait qu'un pas - et il le franchit allègrement.
Le dessein de cet homme était pourtant des plus simples : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
3,83

sur 108 notes

Dandine
  18 juin 2019
Apres Satan a Goray je replonge avec ce livre dans une autre histoire de messie. Grand plongeon cette fois: un millier de pages. Ca fait beaucoup et a mon avis l'auteur (auteur ou auteure? Qu'est-ce qui est le plus juste?) aurait pu en couper une petite flopee, mais elles restent pour la plupart interessantes et meme agreables a lire.
Un millier de pages pour raconter en long en large et en travers un messie, Jakob Frank, un mouvement messianique, le frankisme; ses antecedents et son devenir; comment il est accueilli, embrasse par les uns et combattu par les autres; les idees qui l'enfantent et les divagations qui le tuent, ou le contraire; un messianisme juif qui se rapproche du christianisme, jusqu'a pousser ses suiveurs a la conversion: vrai acte de foi ou supercherie? Et beaucoup de pages pour la reaction, et les actions, de la curie locale, c.a.d. la polonaise, et des juifs qui chassent le mouvement. Tous manipulent, tous sont manipules. Mais ce n'est pas tout.
Un millier de pages pour raconter en details les periples du messie et ceux de ses suiveurs, qui s'entrecoupent, s'eloignent et se rapprochent, divergent et confluent. Des routes et des paysages de Turquie, De Grece, de Pologne, d'Ukraine, de Roumanie, d'Allemagne. Des arrets en de grandes villes, Smyrne, Lwow, Varsovie, Vienne, en de moyennes comme Brunn ( la Brno d'aujourd'hui), Czestochowa, et en beaucoup de toutes petites bourgades, aux noms et aux marches exotiques, Rohatyn, Busk, Lanckorun, Podhajce, Glinna, et j'en passe et pas des moindres (ah! Miedzyboz! Miedzyboz!).
Un millier de pages pour expliquer le chemin qui mene d'idees, de croyances plus ou moins esoteriques a des pratiques scandaleuses. L'auteur essayera de nous faire comprendre le raisonnement de penseurs comme Issakhar (Isohar dans ce livre) de Smyrne ou Rabbi Nahman Ben Samuel Levi de Busk. Et les decisions doctrinales du messie, de Frank, qui transgressent toute morale traditionnelle. La transgression est le pain de tous les jours dans ce messianisme, puisqu'avec l'arrivee du messie on passe d'une ancienne ere a une nouvelle, ou il n'y a plus de frontieres entre le bien et le mal, ou la notion de peche est obsolete.
Beaucoup de pages pour cerner le charisme de ce rustre mal degrossi qu'etait Frank. Parce qu'il a ete suivi par de nombreux lettres, qui avaient frequente les meilleures ecoles, les plus grandes yeshivot polonaises, pas seulement par une foule simple et pauvre.
Et surprise (pour moi en tous cas), beaucoup de pages pour nous raconter l'ecriture d'un recueil, encyclopedique bien que naif, rassemblant des savoirs grappilles un peu partout sans aucune verification ni discussion, et nous presenter son auteur, le pere Chmielowski, qui anticipe et annonce les Lumieres en Pologne. Un homme admirable, perdu parmi des hommes d'eglise qui ne recherchent que pouvoir et honneurs.
Et j'allais oublier de dire que l'auteur (auteure? Je vais utiliser son nom, ce sera plus simple: Olga Tokarczuk) a fait un travail de recherche assez pousse. Les noms sont des noms de personnages reels; l'histoire qu'elle raconte suit la vraie histoire, mais elle ecrit un roman, alors elle y mele des elements fantastiques, comme une aieule qui n'arrive pas a mourir, qui ne peut pas mourir, meme quand on l'ensevelit dans une grotte cachee, inexploree, et qui suit, en survolant les temps et les lieux, les peripeties de tous ses descendants. Cela donne un roman historique aureole de mystere, de merveilleux, et cela sied tres bien au sujet.
Tocarczuk a ecrit un livre etonnant, developpant des themes fascinants. Quel est le terreau (historique, sociologique) propice a l'apparition d'un messie, d'un sauveur aux dons divins, magiques, qui est cense apporter paix et bonheur a tous, et qui finit, quand il reussit, ou quand ses suiveurs reussissent, a n'apporter que des reformes, une nouvelle religion ou une nouvelle secte? Comment expliquer l'acharnement contre l'ancienne religion ou societe que le mouvement messianique voudrait changer, ou plutot remplacer, heriter? Comment expliquer par exemple que les franquistes renouvellent - au 18e. siecle! - les accusations contre les juifs de meurtre rituel, alors que les hierarchies chretiennes n' y croient plus depuis longtemps et les recusent? Est-ce que le frankisme est en fait un essai d'emanciper les juifs? J'ai eu l'impression que Tokarczuk pousse un peu dans cette direction, et que c'est pour appuyer ce qui peut etre vu comme un premier vecteur vers une modernite juive qu'elle y mele cet autre essai de modernisation, l'ecriture d'une premiere, hesitante, encyclopedie polonaise. Qu'elle mele au parcours de Frank celui, beaucoup moins controversial, de Chmielowski. Quant a moi je crois que Frank et son mouvement n'etaient qu'une version du passe, des querelles et des solutions d'antan, pas la revelation d'un possible futur. Pour moi, Frank symbolise l'esprit ancien du shtetl, et en ce qu'il s'y revele de moins bon, meme quand il en sort. le futur est porte a la meme epoque par un philosophe, Moses Mendelssohn, qui lui, annonce l'Aufklarung, les Lumieres, et s'y trempe corps et ame tout en restant juif.
Olga Tokarczuk a ecrit un livre ardu, mais accessible quand meme. Et quand on s'accroche, le melange de realisme et de prodigieux devient fascinant. Fascinante aussi sa facon de ventiler des dilemmes, de susciter moult sujets de reflexion. Un long livre, un gros pave, qui commence par se meriter et finit par devenir impossible a lacher.
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Creisifiction
  15 mars 2022
L'ambition affichée dans sa construction, ses dimensions imposantes (près de mille deux-cents pages dans son édition de poche !), mais aussi, et surtout, l'immense travail de recherche nécessaire à son élaboration, l'ampleur et l'originalité du propos qui le sous-tend, et enfin la qualité des réflexions qu'il suscite chez ses lecteurs, font à mon sens de ce roman un des monuments littéraires les plus impressionnants et aboutis de ce siècle. Publié en 2014, après de longues années de préparation avant sa rédaction définitive, époustouflant d'érudition et d'imagination, cette oeuvre prodigieuse inspire tout d'abord un profond sentiment d'admiration, et d'humilité aussi. Il serait en effet vain de la part du lecteur lambda, lors d'une première lecture courante, à défaut de pouvoir s'appuyer sur divers autres supports bibliographiques et d'avoir effectué de très nombreuses consultations parallèles à sa lecture, de vouloir embrasser et maitriser tant soit peu la totalité des notions convoquées et l'ensemble des domaines traversés par ce colosse littéraire!
La littérature, à contre-courant de la démarche poursuivie par la raison pure, rechercherait d'après cette belle formule trouvée par Olga Tokarczuk, «la perfection des formes imprécises». Suivant à la lettre ce précepte, naviguant avec aisance, force érudition et une désinvolture admirables entre différents genres et registres littéraires, LES LIVRES DE JAKOB, roman historique et chronique détaillée d'une époque -le XVIIIe siècle en Pologne- mettant en scène de très nombreux faits et personnages réels, dont son personnage central, Jakób Frank, à la source de l'un des plus importants mouvements messianiques de toute l'histoire du judaïsme, est en même temps une fiction teintée de réalisme magique s'inspirant des littératures traditionnelles yiddishs, et aussi un exercice remarquable d'exégèse de textes religieux et ésotériques tels le Talmud, le Zohar, l'Ancien Testament, ou encore certains écrits issus de la gématrie et de la Kabbale médiévale espagnole. Roman-fleuve captivant, brillante analyse de la «machine messianique» et, donc, à un autre niveau de lecture, exploration littéraire de très haut envol autour de certaines des conceptions fondamentales de la mystique judaïque traditionnelle, comme par exemple, l'origine du monde, la nature divine de la création ou la genèse du bien et du mal, son auteure ne cédera par ailleurs, à aucun moment, ni à la tentation d'une simplification qui consisterait à épingler l'épisode messianique frankiste plutôt comme une vaste fumisterie engendrée par un cerveau dérangé, ni à celle de faire couler son ambitieuse entreprise littéraire sous le moule d'une «stravaganza» parodique et érudite, à la Umberto Eco...
L'effervescence qui s'était emparée du judaïsme à cette époque y est décrite de manière détaillée et très éloquente, et il faut bien le préciser, «de l'intérieur», Olga Tokarczuk veillant en effet à prendre systématiquement distance par rapport à son sujet, à éviter scrupuleusement tout jugement de principe sur les évènements historiques dont elle s'inspire pour son roman. Ce climat d'agitation spirituelle dans la communauté juive serait tout d'abord à mettre en lien avec le contexte historique chaotique où celle-ci s'était retrouvée à partir du XVe/XVIe siècle, suite à l'expulsion des juifs séfarades de la Péninsule ibérique qui s'étaient massivement dirigés vers des territoires affichant à ce moment-là une plus grande tolérance envers d'autres pratiques religieuses (l'Empire ottoman, l'est de l'Europe, notamment le royaume de Pologne). Cette dispersion allait rebattre les cartes non seulement de la géographie humaine, mais aussi spirituelle du judaïsme. L'infiltration progressive d'une certaine ferveur dans les pratiques religieuses traditionnelles, ainsi que des thèmes chers à la dimension ésotérique, propres à la branche séfarade, la diffusion de l'étude de la Kabbale et de son traité fondamental, le Zohar (« Livre de la Splendeur ») au sein des cercles, des écoles et des séminaires dédiés aux études judaïques dans les nouveaux territoires d'asile, vont se joindre aux sentiments de peur et d'insécurité qui s'y installent progressivement, déclenchés notamment par la violence inouïe des persécutions et massacres perpétrés en Podolie et Volhynie par les hordes de cosaques de Chmielnicky vers le milieu du XVIIe siècle, et nourris également par l'instabilité politique qui touchera ensuite le royaume de Pologne à partir du XVIIIe siècle. Menacé par la voracité grandissante de ses puissants voisins et par une ingérence russe de plus en plus prégnante, fondamentalement antisémite, l'affaiblissement progressif et inexorable de l'Etat polonais ravivera en même temps le grand traumatisme de la diaspora sépharade. Ces deux facteurs, conjugués, vont finir par constituer un terreau propice à la remise en cause des dogmes traditionnels du judaïsme talmudique, à l'émergence de nouveaux courants religieux déviationnistes, à la prolifération de sectes hérétiques et de phénomènes de type messianiques. C'est ainsi que de personnages tels Baal Chem Tov, rabbin dissident, fondateur historique du hassidisme, en Ukraine, ou, dans l'Empire ottoman, les messies Sabbataï Tsevi, à Andrinople, et Baruchya Russo (Osman Baba) à Salonique -précurseurs et inspirateurs de la doctrine de Jakób Frank- occuperont parmi nombreux autres, moins importants, l'espace d'un siècle, entre 1650 et 1750, la scène d'un judaïsme alors en pleine déshérence.
Des notions kabbalistiques telles la «rédemption» ou la «réparation du monde» («tikkoun») sont alors présentes dans la grande majorité des débats, enflamment les esprits, la gématrie devient l'une des principales clés de lecture des textes sacrés, on prospecte ferme sur l'avènement prochain du Messie tout en procédant à des calculs compliqués pour établir la date de la fin du monde (le palmarès revenant à un certain moment, et pour cause, à l'année 1666!).
Selon la Kabbale médiévale espagnole, «Dieu créa les lettres de l'alphabet, pour que nous ayons la possibilité de lui raconter Sa Création». La poétesse polonaise Elzbieta Druzbacka, l'un des nombreux personnages historiques qu'Olga Tokarczuk ressuscite dans LES LIVRES DE JAKOB, écrira à son tour, dans une lettre adressé au père Benedykt Chmielowskis, premier «encyclopédiste» historique polonais, que par ce «quelque chose de tremblé» présent dans son usage des mots et renvoyant à des significations multiples, la littérature serait seule susceptible de dépeindre un tableau de l'univers dans toute sa complexité et immensité. En comparaison, la représentation que donne la raison et la science resteraient, selon elle, aussi plates que «des traits noirs sur une surface blanche».
Thaumaturgie ou imposture ? Quête mystique ou charlatanisme ? Exaltation spirituelle ou mise-en-scène savamment orchestrée? Révélation de mystères ou argutie spécieuse ? Olga Tokarczuk, se jouant astucieusement des mêmes codes ambigus et «tremblés» qui régissent le discours messianique, lorsque ce dernier s'affranchit des dogmes d'une raison qui ne semble plus en mesure de répondre aux aspirations de son époque, réussit , brillamment, à introduire de manière subreptice une dimension mystique et téléologique à son récit des rouages temporels conduisant au messianisme frankiste, là où L Histoire ou la pensée rationnelle seraient plutôt portées à circonscrire le phénomène dans quelque chose de contextuel et contingent, et où l'imagination «créatrice de sens multiples» n'aurait en principe aucun rôle important à jouer... À ces «livres» relatant donc le parcours, les péripéties, souvent aussi les excès et les impostures attribués au dernier des grands Messies de l'histoire du judaïsme, ayant réussi à rassembler autour de lui des dizaines de milliers d'adeptes dans toute l'Europe et à inciter un bon nombre de ses partisans à violer la Loi talmudique, à transgresser les valeurs morales les plus strictes de leur époque, à abolir quasiment tous les interdits en vigueur dans la société de leur temps, Olga Torkarczuk, réussit le tour de force d'insérer un niveau de narration «merveilleux», atemporel et supra-réel, sorte de «Livre» des livres dont le fil rouge, soutenu entre autres par le regard porté sur l'évolution des évènements par le magnifique personnage de la matriarche juive Ienta, sommeillant entre vie et mort à travers les époques, oubliée par l'agitation du monde au fond d'une grotte, ou encore par le récit caché qu'en fait Nahman de Busk, le disciple le plus fidèle et brillant de Jakób Frank, habité par une soif mystique profonde, sincère et désintéressée, dont les écrits cachés, regroupés sous l'appellation de «Reliquats» font vivre «de l'intérieur» au lecteur aussi, provisoirement suspendu entre histoire et fiction, entre littérature et spéculation, cette quête mystique élevée, le positionnant au coeur même de ces questions théologiques passionnantes dont l'ambition « tremblotante » était de réussir à approcher la complexité et l'immensité de l'univers…
Les débats qui ont essaimé en Europe aux XVII et XVIIIe siècles, de Smyrne à Salonique, et jusqu'en Ukraine, en Volhynie ou en Podolie, en viendront cependant à faire basculer en profondeur les fondements mêmes du judaïsme traditionnel, entraînant à leur suite un véritable séisme au sein de la communauté, lourd de conséquences et qui, sous certains de leurs aspects, se prolongeront en filigrane jusqu'aux temps modernes, ainsi qu'en témoignera, par exemple, le regard transcendant de Ienta dans les derniers chapitres du roman. La Haskala (Emancipation) apportée par le siècle des Lumières, en libérant peu à peu la communauté juive de la contrainte absolue au ghetto et du statut millénaire de «mi-citoyens», et par la même occasion des menaces de ruptures violentes en son sein provoquées par les dérives sectaires - seul moyen jusque lors de subvertir l'ordre établi, de remettre en cause l'exclusion répétée des juifs par leurs hôtes successifs et d'espérer rétablir cette place imaginaire de «peuple élu» promue par les textes fondateurs -, n'empêchera pas, toutefois, que certains échos de ces épisodes douloureux soient encore perceptibles de nos jours (le mouvement Habad-Loubavitch en serait une illustration exemplaire, ainsi que ce pur produit messianique «post-industriel» incarné à la fin du XXe siècle par le «Messie de Brooklyn», Menahem Mendel Schneerson!!).
LES LIVRES DE JAKOB, longue et passionnante épopée au sous-titre tout aussi étendu, démesuré - «OU LE GRAND VOYAGE À TRAVERS SEPT FRONTIÈRES, CINQ LANGUES, TROIS RELIGIONS ET D'AUTRES MOINDRES, RAPPORTÉ PAR LES DÉFUNTS, LEUR RÉCIT SE VOIT COMPLÉTÉ PAR L'AUTEURE SELON LA MÉTHODE DES CONJECTURES PUISÉES EN DIVERS LIVRES, MAIS AUSSI SECOURUES PAR L'IMAGINATION QUI EST LE PLUS GRAND DON NATUREL REÇU PAR L'HOMME » (!) est un récit sinueux, méandrique, habité par plusieurs dizaines de personnages, réels et fictifs, dans lequel on peut parfois avoir le sentiment (passager) de s'y perdre, un roman pratiquement impossible à résumer. C'est sans doute une lecture à long cours et qui peut prendre du temps, mais où, en revanche, l'on ne trouvera guère de longueurs à déplorer; «engageante», certes, mais aussi inoubliable, enrichissante, non seulement sur le plan littéraire, mais aussi intellectuel et, pourquoi pas, spirituel.. En somme, un véritable exploit littéraire, totalement bluffant, un roman exceptionnel qui confirme une fois de plus l'immense talent de l'auteure polonaise.
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Allantvers
  03 août 2021
Poursuite de la découverte de l'oeuvre nourrissante, foisonnante et atypique d'Olga Tokarczuk, cette fois en mode longue durée et courts chapitres savourés chaque soir à l'heure du conte comme des gorgées d'une savoureuse tisane, et mon enthousiasme ne se dément pas, loin de là.
Pour peu qu'on s'y laisse couler, Les livres de Jakob sont un voyage, que dis-je, une épopée à travers les âges et les croyances, une symphonie car les livres de cette auteure à la profondeur bienveillante si singulière dégagent leur propre musique, une immersion d'un réalisme envoûtant au coeur d'une Europe orientale que les Lumières commencent à peine à caresser.
C'est de cette lumière en devenir que nait Jakob Frank, le visionnaire mystique qui pense par -delà les dogmes et les religions établies, Juif de basse extraction et de grande ambition, Messie auto-proclamé qui emmènera ses adeptes vers la foi ottomane puis vers la catholique, faisant fi des frontières d'une Pologne qui vit ses dernières années d'indépendance. Prophète génial, clown grotesque, meneur d'hommes incomparable, charlatan sublime, gourou acariâtre qui prêche le libre amour et se réserve toutes les femmes, prône la mise en commun des biens qu'il privatise largement à son profit.
Aussi haut qu'il s'élève et aussi bas qu'il tombe, ses adeptes ne cessent de le suivre et de l'adorer, et nous lecteurs de l'admirer autant que de le honnir selon que l'on l'observe dans ses travers (sur)humains ou à travers le regard hostile, intéressé ou hypocrite des autorités catholiques, juives ou des puissances séculières de l'époque.
En attendant et au-delà de tout cela, jamais je n'avais ressenti avec une telle sensation de réalité le gras de la bougie à l'huile au fond de la chaumière, l'épaisseur de la nuit froide sur les murs d'un couvent au fond des bois, la fatigue du tendon sur la jambe du pèlerin, la crasse délétère de l'adepte de la secte honnie ou la chaleur veloutée du kilim sous le pied du maître.
Et tous ces mots, ces images et pensées si propres à l'auteure qui parsèment le récit et s'en échappent pour venir vous frapper le coeur et l'esprit...
Ce livre aura été pour moi un long et enrichissant périple dont je ressors orpheline.
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Romileon
  19 janvier 2022
J'avais entendu parler de l'homme que les Juifs d'Europe centrale avaient reconnu au XVIIIème siècle comme étant le Messie tant attendu.
Ce roman est son histoire, celle de Jakob Frank ou devrais-je dire Lejbowicz, ou Jakob le Sage, Jakob le rustre, le baron Dobruski ou plus simplement le Maître ? Son histoire et celle de ses adeptes.
Vivant tour à tour dans des cabanes, des châteaux, une prison, dans le sable, la poussière, la boue, la neige, ce Messie auto-proclamé parle plusieurs langues. Cet homme d'un incroyable charisme va créer un mouvement unique qu'on appelle aujourd'hui le Frankisme mais que ses adeptes appelait la Havurah, la fraternité.
Juif d'origine, il refusera les préceptes du Talmud, adoptera des pratiques musulmanes, chrétiennes s'affranchissant de toutes règles, s'accordant toutes les libertés y compris sexuelles provoquant le rejet, la colère ou l'admiration, la fascination.
Ce récit est foisonnant. Les personnages sont nombreux : amis, ennemis, fidèles, traitres... Ils parcourent l'Europe centrale en tous sens jusque dans l'Empire ottoman, la Russie, pour faire de nouveaux adeptes, transmettre les nouvelles, récolter des dons, se trouver des alliés si possible puissants ou fuir leurs détracteurs.
Ce n'est pas toujours simple de suivre les pérégrinations de personnages à travers les frontières de Podolie, Moldavie, Galicie et qui en plus voit leur nom changer : nom juif, diminutif, nom polonais après les baptêmes, voire germanisé.. même si Olga Tokarczuk s'efforce le plus souvent d'associer les anciens-nouveaux noms pour aider le lecteur à s'y retrouver.
Il reste que si cette lecture m'a demandé des efforts, car c'est une région du monde que je connais peu à cette époque hormis les généralités d'usage, je me suis tout de même laissée porter par cette histoire incroyable.
La vie quotidienne est particulièrement bien restituée : les habitations, le linge, la nourriture, le froid, la maladie.
J'ai été épatée par la mise en réseau des différentes communautés qui parviennent avec les moyens si sommaires de l'époque à communiquer efficacement (presque).
J'ai été sensible aux personnages si riches. Celui de Jakob évidemment aussi fascinant qu'exaspérant, à la fois séducteur, charmant, roublard, grossier, égoïste… Mais aussi le charmant encyclopédiste polonais Benedykt Chmielowski, le fidèle Nahman, sans oublier les personnages féminins dont certains sont d'une très grande force telle Yaha, Gitla, Katarzyna Kossakowska et l'être de cristal Ienta, la non morte.
Car oui, tout cela est vrai y compris les charmes, les prédictions, les miracles..
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5Arabella
  16 décembre 2018
Un gros volume d'un millier de pages, un très grand voyage. Dans le temps, dans l'espace, dans les cultures, avec de nombreux personnages. Cela commence au milieu du XVIIe siècle, dans les communautés juives, sur les confins de l'Europe, entre la Pologne, l'Ukraine, l'empire ottoman. le personnage principal, qui donne son titre au livre, Jakób Frank, né en Podolie, mais très vite parti à Smyrne, ville dans laquelle vit le successeur d'un messie auto-proclamé, Sabbataï Tsevi dont Frank va reprendre le flambeau, groupant autour de lui une secte de « vrais croyants ». Secouer surtout la chape de plomb de la tradition juive, et trouver peut-être enfin une place digne pour leur communauté. le monde est en pleine mutation, le royaume de Pologne vit ses dernières années, les puissances européennes se recomposent, la révolution française et les bouleversements qu'elle va provoquer sur tout le continent couve.
C'est le tableau de ce monde en mouvement que dresse Olga Tokarczuk par le biais de son personnage messianique. Frank va rassembler des milliers de disciples dont certains lui seront fidèle jusqu'à la mort, et au-delà, leurs enfants et petits enfants prenant le relais. Sa doctrine, étrange veut détruire la loi de Moïse, traverser le mal pour précipiter le monde vers sa destruction. Sabbataï Tsevi a été contraint de se convertir à l'islam, Frank s'y converti aussi, mais décide d'amener ses disciples à passer au catholicisme. Traverser les trois religions prend un sens mystique. Il va susciter de l'intérêt, voire de l'enthousiasme, mais vite de la méfiance. Il va côtoyer des grands seigneurs, des souverains, mais connaîtra la prison, ses disciples subiront des persécutions, traverserons des épidémies, des violences. Il restera d'une certaine façon toujours fidèle à lui-même, dans ses costumes orientaux, chamarrés et somptueux, dans son charisme qui lui donne une grande emprise sur ses fidèles, dans son mysticisme.
Olga Tokarczuk reste en quelque sorte en retrait, elle dresse le tableau de tous ses personnages, Frank en premier, mais aussi des autres, de ses proches, des grands seigneurs qu'il approche ou qui jouent un rôle dans son destin, d'un prêtre auteur d'une sorte d'ouvrage encyclopédique et de plein d'autres, sans porter de jugement de valeur, sans pénétrer d'une façon trop poussée dans leur intimité psychique, en les regardant vivre de l'extérieur en quelque sorte. Un personnage étrange donne d'ailleurs une forme d'unité au livre, une femme qui aurait dû mourir et qu'un charme a empêché de le faire au temps indiqué, et qui flotte dans une sorte de coma, dont l'esprit se déplace et voit les événements, sans pouvoir y prendre place, ni même au final ressentir grand-chose à leur vue, même si une forme de curiosité semble subsister en elle. Cette distance peut être frustrante au départ, mais donne sans doute au final sa puissance au livre, lorsque la vaste fresque se dissout petit à petit en même temps que le destin des personnages s'achève.
Nous aurons entre-temps voyagé dans sept pays, suivi de nombreux personnages, quitté des moeurs très anciennes pour envisager des temps nouveaux à venir.
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critiques presse (4)
LeSoir   25 mars 2019
L’autrice polonaise empoigne en tout cas des sujets hors normes, tirés autant de son imaginaire que de son expérience vécue comme psychothérapeute, avec une puissance rare.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeDevoir   08 janvier 2019
Un roman foisonnant impossible à résumer. Une épopée nomade et messianique veinée de picaresque et d’érudition bien assimilée à travers « sept frontières, cinq langues et trois grandes religions et d’autres moindres ».
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Bibliobs   04 octobre 2018
"Les Livres de Jakób" est une fresque romanesque d'une irréelle beauté.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   20 septembre 2018
Avec « Les Livres de Jakob », l’écrivaine polonaise anime d’un prodigieux souffle romanesque l’itinéraire du « messie » Jakob Frank et de son étrange secte dans l’Europe des Lumières.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
DandineDandine   02 juillet 2019
Herszele mourut. [...] Au cours des funerailles, Jakob alla directement a l'autel pour s'y agenouiller et entonner soudain a pleine gorge 'Signor Mostro abascharo', autrement dit 'Notre Seigneur descend', le chant des temps d'effroi. Aussitot se joignirent a la sienne nos voix puissantes tandis que nous nous agenouillions derriere lui. Un sanglot interrompit les dernieres paroles, aussi quelqu'un, ce devait etre Matuszewski, entama notre chant sacre, Igadel:
'Le Messie revelera la magnificence de Ton Royaume
A Ton pauvre peuple, abattu et humilie,
Tu regneras pour les siecles des siecles, Toi notre Refuge'.
'Non aj otro commemetu', c'est a dire 'Il n'est personne hormis Toi', ajouta Jakob dans l'ancienne langue ladino.
Nos voix chargees de desespoir emplissaient l'eglise, montaient jusqu'aux voutes et en revenaient maintes fois, comme si toute une armee chantait dans cette langue etrange que personne, en ces lieux, ne pouvait connaitre, et dans laquelle resonnaient des sonorites qui n'etaient pas de ce monde. Je me rappelai Smyrne, le port, l'air marin, je sentis des epices dont, dans cette enceinte de Lublin, personne n'avait jamais entendu parler. L'eglise elle-meme semblait figee d'etonnement et les flammes des bougies cesserent d'osciller. Un moine qui, l'instant d'avant, arrangeait les fleurs d'un autel lateral, se tenait a present debout devant une colonne en nous fixant avec l'expression de qui voit des fantomes. A tout hasard il se signa discretement.
A la fin, nous avons prie en yiddish tous ensemble, si fort que les petites vitres colorees des vitraux semblaient en fremir, et ceci pour que Dieu nous tendit sa main secourable au pays etranger d'Esau, a nous les enfants de Jacob egares dans le brouillard, la pluie et ce terrible automne de 1759 qui devait etre suivi d'un hiver pire encore. Je le compris ce soir la. Nous faisions notre premier pas dans le vide.
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Charybde2Charybde2   09 septembre 2020
Les chiens se mettent à aboyer, des voix masculines s’élèvent, des cris montent, ce doit être à la taverne du marché. Le médecin arrive à la hauteur des maisons juives, il laisse sur sa droite la grande masse sombre de la synagogue. L’odeur de l’eau lui parvient de la rivière en contrebas. La place de Rohatyn sépare deux groupes de Juifs en conflit, ennemis.
Qui attendent-ils, se demande Asher Rubine, qui selon eux doit venir sauver le monde ?
Qu’espère donc chacune des deux factions ? Il y a ceux fidèles au Talmud, confinés à Rohatyn dans quelques maisons à peine comme dans une forteresse assiégée, et ceux, hérétiques et dissidents, pour lesquels, au fond de son coeur, le médecin ressent une aversion plus grande encore. Superstitieux et primaires, couverts d’amulettes, un sourire mystérieux et rusé sur les lèvres comme celui du vieux Shorr, ils se complaisent dans des inepties mystiques. Ils croient au Messie douloureux, celui qui serait tombé au plus bas, car ce n’est que de là qu’il est possible de se relever pour accéder au plus haut. Ils croient au Messie en haillons, celui qui, quelque cent ans plus tôt, serait déjà venu. Le monde aurait déjà été sauvé, alors qu’à première vue cela ne se voit pas, mais ceux qui savent qu’il en est ainsi se réfèrent à Isaïe. Ils ne respectent pas le Shabbat et se livrent à l’adultère, autant de péchés incompréhensibles pour les uns, d’une grande banalité pour les autres, de sorte qu’il serait vain de s’en préoccuper. Leurs maisons dans la partie haute de la place sont tellement rapprochées que les façades semblent se rejoindre pour ne former qu’un front solidaire et puissant.
Asher s’y rend, précisément.
Le rabbin de Rohatyn, un despote avide, toujours à débattre de petites questions absurdes, le fait souvent venir, lui aussi, de l’autre côté de la place. Il ne tient pas en grande estime le mire Rubine qui se montre rarement à la synagogue, ne s’habille pas comme un Juif, mais de façon intermédiaire, en noir, avec une longue veste modeste et un chapeau italien grâce auquel il ne passe pas inaperçu dans la petite ville. Dans la maison du rabbin, il y a un petit garçon malade, il a les jambes torses et Asher n’est pas capable de l’aider. En fait, il lui souhaite de mourir pour que cette souffrance enfantine imméritée se termine rapidement. Ce n’est qu’à cause de ce petit qu’il a un peu de compassion pour le rabbin, qui est un homme vaniteux à l’esprit étriqué.
Asher en est persuadé : le rabbin voudrait que le Messie soit un roi sur un cheval blanc qui entrerait dans Jérusalem en armure dorée, avec, pourquoi pas, une armée de guerriers qui prendraient le pouvoir avec lui et instaureraient dans le monde un ordre définitif. Ce Messie ressemblerait à un général célèbre. Il reprendrait le pouvoir aux seigneurs de ce monde, toutes les nations se soumettraient sans combattre, les rois paieraient des tributs et, au bord du fleuve Sambatyon, le Mashiah rencontrerait les dix tribus perdues d’Israël. Le Temple de Jérusalem descendrait du ciel tout achevé et, le même jour, ceux qui sont ensevelis en terre d’Israël ressusciteraient. Asher sourit quand il se rappelle que ceux qui sont morts hors de la Terre sainte ne devraient ressusciter que quatre cents ans plus tard. Enfant, il y croyait, mais cela lui semblait cruellement injuste.
Les deux partis de Rohatyn s’accusent mutuellement des pires péchés et se livrent une guerre d’usure. Les uns et les autres sont pitoyables, songe Asher Rubine, qui, à vrai dire, est un misanthrope. Étrange qu’il soit devenu médecin. Les gens l’agacent et le déçoivent fondamentalement. Quant aux péchés, il en sait plus sur le chapitre que quiconque. Les péchés s’inscrivent sur la peau humaine comme sur du parchemin et la lecture n’en est pas très différente d’une personne à l’autre. Les péchés aussi se ressemblent de façon sidérante.
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DandineDandine   25 juin 2019
Ah! S'il pouvait comprendre ces Juifs aussi aisement qu'il saisit presque d'emblee les intentions d'un paysan! Mais la, avec leurs tefillins, leurs chapeaux, leur langue si bizarre - et il voit d'un oeil d'autant plus favorable les efforts du pere Pikulski pour l'apprendre - et leur religion suspecte! Pourquoi suspecte? Car trop proche! Les livres sont les memes, Moise, Abraham, Isaac sur un rocher menace par le couteau de son pere, Noe et son arche, tout est pareil, mais comme place dans un environnement different. Noe n'a plus la meme allure, il semble tordu; pareil pour son arche, qui est juive, decoree, orientale et debordante. Isaac, qui a toujours ete un garconnet blond a la peau rose, y devient un enfant sauvage, renferme et plus du tout si inoffensif. Chez nous, tout est plus leger, songe l'eveque, esquisse d'une main elegante, c'est subtil et expressif. Chez eux, c'est sombre et concret, maladroit et litteral. Leur Moise est un vieux type aux pieds osseux; le notre est un vieillard respectable a la barbe fleurie.
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Tricia12Tricia12   04 mai 2020
Je ne prendrai pas sur moi de vous décrire toute l'affaire, car j'en suis par trop accablé. Après la mort de la fillette de Nahman [...], le bruit courut aussitôt que c'était une nouvelle malédiction jetée par les Juifs à ceux qui ne partageaient pas leur foi.[...]
Les médecins ont demandé que soit exigé des arrivants un document attestant qu'ils viennent de régions non atteintes par l'épidémie, et qu'en cas de suspicion l'on "aère" ces personnes hors de la ville pendant six semaines et qu'il y ait un nombre suffisant de physiciens, de barbiers et de soignants particuliers pour les malades, de brancardiers et de fossoyeurs sur les lieux de pestilence. Les mires ont également insisté pour que ceux qui aient été en contact avec les individus atteints portent un signe, en l'occurence une croix blanche sur la poitrine et sur le dos. Il faudrait aussi une réserve d'argent pour la nourriture et les médicaments des miséreux. Les chiens et les chats qui vont de maison en maison devraient être écartés de la ville, il faudrait surveiller l'apparition du fléau dans chaque foyer, construire hors de la cité un grand nombre de petites maisons en planches pour les malades et les personnes suspectées de l'être. Quant aux marchandises douteuses , elles devraient être éventées dans des remises prévues à cet effet. Mais comme toujours chez nous, rien ne se concrétise jamais.
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Tricia12Tricia12   04 mai 2020
Asher retint la leçon : les gens ont un besoin intense de se sentir meilleurs que les autres. Peu importe qui ils sont, ils doivent trouver quelqu'un qui est moins bien qu'eux. Qui est meilleur, qui est moins bien, cela dépend de nombreuses données aléatoires. Ceux qui ont des yeux clairs pensent avec condescendance à ceux qui en ont de sombres. A leur tour, ces derniers les prennent de haut. Ceux qui habitent près de la forêt se sentent supérieurs à ceux qui habitent au bord des étangs, et inversement. Les paysans toisent les Juifs avec mépris, les Juifs considèrent d'un air hautain les paysans. Les citadins s'estiment supérieurs aux villageois et ceux-ci les tiennent pour moins bien qu'eux.
N'est ce pas ce qui soude le genre humain? Autrui nous serait-il nécessaire rien que pour nous apporter la joie de lui être supérieur? Et, chose incroyable, ceux qui sembleraient être le plus bas de tous, et donc les pires des pires, trouvent une satisfaction perverse à ce qu'il n'y ait pas moins bien qu'eux et donc tenir le haut du pavé en la chose.
D'où cela vient-il? songe Asher. Ne pourrait-on pas réparer l'homme? S'il était une machine, comme disent certains maintenant, il suffirait de déplacer légèrement un petit levier ou de resserrer une vis, et les gens trouveraient un plaisir immense à se traiter en égaux.
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