AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Daniel Lemoine (Traducteur)
EAN : 9782743617561
594 pages
Éditeur : Payot et Rivages (03/01/2008)
4.26/5   62 notes
Résumé :
En mai 1983, à la veille d’élections générales que la Dame de fer et le parti conservateur remporteront triomphalement, la petite Hazel Atkins est enlevée à Morley où, en 1974, Clare Kemplay avait disparu (voir 1974 du même auteur). Même si les instances dirigeantes de la police refusent d’établir un lien entre les deux affaires, d’autres jeunes victimes disparues avant Clare refont inévitablement surface : Susan Ridyard et Jeanette Garland. On s’en souvient, c’est ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
4,26

sur 62 notes
5
7 avis
4
2 avis
3
1 avis
2
0 avis
1
0 avis

Darkcook
  09 septembre 2015
Et je referme ce chef d'oeuvre sur "Total Eclipse of the Heart" de Bonnie Tyler, hymne du dénouement... FUCKIN'HELL. Le meilleur roman noir que j'ai lu depuis bien longtemps, l'apothéose de la saga du Yorkshire de David Peace, dans la boue, dans le sang, dans l'horreur, dans la nuit (désolé, son style est contagieux, j'en écris même des pastiches à une heure du matin!)...
En parlant d'écriture, je l'ai plébiscitée dans les deux précédents volets, mais c'est bien dans ce dernier tome, comme l'intrigue et la narration, qu'elle atteint des sommets. Les jets de mitraillette, les jeux rythmiques, les phrases interminables, les formules qui reviennent sans cesse, obsédant un personnage, sont au rendez-vous, mais il y a cette fois trois personnages principaux, Ellroy-style. Un narré à la première personne, un à la deuxième (!!!), un à la troisième! Dur de s'habituer à cette alternance au début, mais ça crée très vite un effet génial, à mesure qu'on s'attache à eux et à ce qui va se passer. Je ne m'attendais pas à une conclusion aussi fracassante de la saga, râlais quant au retour annoncé sur l'affaire pédophile de 1974... J'avais tort. Étrangement, le premier tome est celui que j'ai le plus critiqué, qui est le plus controversé, l'épreuve du feu que tous les lecteurs subissent et dont ils ne ressortent pas indemnes, parfois vaccinés à vie contre cet auteur... Mais il en devient à long terme le plus mémorable, la douche glacée sous laquelle on a été poussé par derrière et dont on se souvient comme d'un bizutage traumatique.
Le titre de ce dernier acte, 1983, est en grande partie mensonger. En effet, de nos trois voix, le superintendant Maurice Jobson alias la Chouette, l'avocat John Piggott, et BJ (tous bien connus des tomes précédents où ils faisaient office de persos secondaires), seule celle de Piggott reste en 1983. On croit qu'on va avoir affaire à une sorte de legal thriller laborieux avec la demande d'appel de Michael Myshkin? QUE NENNI!!! Face au trauma d'un quatrième enfant disparu neuf ans après l'affaire Garland/Ridyard/Kemplay alors que le pseudo-coupable croupit en prison, Maurice Jobson nous livre la chronique de sa vie, de 1969 à 1983, et là, ce tome devient juste épique. Tous les personnages décédés, disparus, fous, des tomes précédents, ressurgissent sous nos yeux, jeunes, un peu plus innocents et un peu moins coupables, revenus d'entre les morts dans un bal thanatonique genre Le Temps retrouvé de Proust en roman noir. Retours en force de multiples personnages secondaires dont je dois me retenir avec difficulté de vous dévoiler la teneur détaillée, tant c'est jouissif et inattendu. Tous ces fantômes que nous connaissons des tomes précédents, parfois entre-aperçus, s'avèrent cruciaux dans le déroulement de ces quatorze années, tous ont des influences déterminantes sur les vies de chacun, et Peace nous fait même revisiter des scènes des tomes précédents via le point de vue de la Chouette ou de BJ, révélateur ou au contraire biaisé, dans une maestria absolue et un crescendo frénétique. BJ, lui, cavale entre la toute fin de 1974 au Strafford, jusqu'en... Chut, je dois me taire.
Maurice Jobson, figure ambiguë et étrange des tomes précédents, devient vite THE protagoniste de la saga, tour-à-tour salopard, pathétique, émouvant, insupportable de lâcheté... On comprend tout de sa personnalité grâce à sa génèse tragique, et on repense à Ellroy, qui raconte désormais la jeunesse de ses personnages mythiques dans un nouveau Quatuor... Aurait-il été influencé par ce tome de son disciple fort talentueux, dont on sait qu'il est proche dans la vie? Haha...
1983 étant l'opus des révélations, les scènes clés s'enchaînent, on avale ce tome et en même temps on est secoué et épuisé, on doit s'arrêter mais on ne veut surtout pas, après la revisite de tel ou tel moment anodin ou capital antérieur. Peace nous dit tout, ENFIN, mais il ne serait pas Peace s'il ne laissait pas un bon soupçon d'ambiguité planer à la fin. Au contraire des tomes précédents, les réponses, les satisfactions, les surprises et les émotions compensent tellement la part de brume de la fin qu'on s'en fout allègrement, on accepte que ça fasse partie du jeu, tant le voyage a été génial.
Outre la triple narration, l'usage des trois personnes différentes... Il y a un nouveau jeu permis grâce au décalage temporel des trois récits : le retour de certaines mélopées chez Piggott en 1983, qui appartiennent pourtant à Jobson, s'ils se trouvent sur le même lieu à des époques différentes! De nombreuses sentences entêtantes des romans précédents reviennent aussi, ce qui provoque une sorte de conjugaison de toutes les voix, comme si les personnages, au gré de leur descente dans la folie, fusionnaient tous les uns avec les autres dans le cauchemar éternel du Yorkshire, Cri d'Edward Munch en masse, par-delà le temps... Mentionnons certains passages mémorables (mais il y en a tellement) sans trop spoiler : une scène en 1972 digne du Parrain ou d'un Scorsese, où tout d'un coup, tous se mettent à table, dans tous les sens du terme, les moments chez Piggott, avec les fameuses "branches qui heurtent la vitre", refrain de ce putain de roman puisque quelqu'un d'autre y vivait avant, mais là encore, I just shut the fuck up... Et bien sûr, comment ne pas mentionner les virées éthyliques et lubriques de Piggott, surtout au début dans le chapitre 8, où Peace s'amuse à nous pondre un joyeux mix entre Joyce et Bukowski des plus rigolards!
David Peace se voit intronisé Joyce du polar avec 1983, auteur dérangé, insoutenable pour quiconque un tant soit peu équilibré, avec un style unique toujours plus travaillé, recherché, qui nous plonge dans une spirale infernale dont on ressort chancelant comme un ivrogne... Beaucoup se seront arrêtés à 1974 ou 1977, et c'est vraiment dommage!! Consacrons encore une fois Daniel Lemoine, qui a fait un sacré travail, jusqu'aux phrases et conversations qui reviennent plusieurs tomes après... Quelques fois, on note de légères différences, mais peu importe!
J'encourage vraiment tous les réticents, vu que j'en faisais partie, à lire les trois précédents, à supporter une part de frustration, pour arriver à celui-là qui est plus que la cerise sur le gâteau! Peace a rejoint mes auteurs de polar préférés, et ça tombe bien puisqu'avec Ellroy, il va être l'objet principal de ma thèse, donc OUF. Après, je suis moins convaincu de trouver ma pitance dans ses romans suivants (le Japon, c'est vraiment pas mon truc, le foot encore moins) mais on m'a dit le plus grand bien de GB 84, donc bon... Et le coup des douze voix (!!) dans Tokyo, ville occupée, ça me fait de l'oeil grave.
Après ce sacré morceau qu'est 1983, je vais quand même revenir à Ellroy ou autre chose avant d'affronter la Dame de Fer!!
Terminons par un petit pastiche :
1983.
Bordel.
Putain de tome de ouf dans ma gueule.
À faire pâlir tous les marquis de Sade...
Merde.
Chanteur UMP dans ma tête.
Surtout pas...
Écrire la critique sur Babelio.
Pour oublier.
Oublier.
Et se souvenir.
Souvenirs qu'on veut oublier, oubliés qui veulent qu'on se souvienne.
Les branches heurtent la vitre.
Essayer de tous les convertir, tous, sur ce site, sur ce forum, sur cette putain de bibliothèque virtuelle, tous, ici, les convertir, tous, essayer de tous les convertir, sur ce site, sur ce forum, sur la place mondiale de l'Internet entier, aux yeux de la Chouette, à Clare Kemplay et ses ailes de cygne, à la Viva verte, à Edward Dunford, à Jack Whitehead, à la Chambre 27, au révérend Martin Laws, au Griffin, au Strafford, au Redbeck, essayer, essayer, essayer...
Pour le salut.
Pas de salut.
Les branches heurtent la vitre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          199
monromannoir
  23 mai 2016
Lors d'un précédent billet, je vous avais parlé de 1974, chef d'oeuvre de David Peace qui était en fait l'ouverture d'une sombre et sinistre tétralogie chroniquant les affres du Yorkshire et du libéralisme outrancier qui ravagea la région.
En 1977, année du Jubilé, le tueur du Yorkshire sévit depuis plusieurs années, semant la terreur dans la région de Leed alors que la police impuissante s'échine à déployer des moyens considérables, mais inadaptés pour tenter de retrouver ce meurtrier. Nous suivrons le parcours de deux personnages secondaires du premier opus que sont le journaliste Jack Whitehead et le sergent Fraser qui tiennent les premiers rôles de cette tragédie. Car au-delà des apparences, certains crimes attribués à l'éventreur du Yorkshire pourraient révéler des histoires plus sombres qu'une troupe de policiers corrompus souhaiteraient dissimuler à tout jamais. Fraser, Whitehead, enquêteurs chevronnés mais minés par des tragédies personnelles vont-ils parvenir à faire éclater la vérité !?
1980, troisième opus de cette chronique atroce, est le plus linéaire et le plus classique des 4 romans. Peter Hunter, de la police de Manchester est chargé d'analyser la masse de dossiers concernant l'éventreur du Yorkshire qui n'a toujours pas été interpellé. Il continue à sévir en toute impunité et c'est pour cette raison que l'on diligente une enquête parallèle au grand dam des enquêteurs du Yorkshire qui n'apprécient pas cette intrusion. Est-ce seulement par orgueil ou pour d'autres raisons bien plus inavouables que ces policiers s'emploient à mettre des bâtons dans les roues d'un Peter Hunter qui va très vite se retrouver dépassé par les événements et découvrir les sombres magouilles de flic corrompus.
1983 clôture le Red Ridding quartet. Un chant incantatoire à trois voix pour solder les comptes. Tous les comptes.
1ère voix incarnée par le « Je » de Maurice Jobson, alias la Chouette, policier véreux à la tête d'une horde de flics pourris qu'il entraine dans des sombres affaires immobilières, de minables trafics de pronographies et surtout d'enquêtes bâclées avec des tabassages en règle qui se déroule dans le sous-sol d'un commissariat. Une salle d'interrogatoire que l'on surnomme « le Ventre » qui engloutit aveux et dénégations des suspects pour ne régurgiter qu'une « vérité acceptable ». Un soubresaut de conscience poussera ce flic malfaisant à enquêter sur une nouvelle disparition de fillette tout en faisant le lien avec un autre enlèvement datant de 1969. Si les coupable ne sont pas ceux qu'il a désigné, qui peut bien enlever et tuer toutes ces petites victimes !?
Seconde voix incarnée par le « Tu » de John Piggott, avocat minable et alcoolique qui va prendre en charge les affaires de mères désespérées qui savent leurs fils innocents de tous les crimes monstrueux dont ils sont accusés. Ces petites filles qui disparaissent et qui meurent encore et toujours. Il découvrira l'enfer du Ventre, salle d'interrogatoire monstrueuse de la police du Yorkshire qui contraint les hommes à avouer l'inavouable et l'innommable. Qui est le véritable responsable de ces disparitions. John Piggott égrènera les jours qui le mèneront vers cette terrible vérité. Cet enfant du Yorkshire, fils d'un flic déchu, pourra-t-il seulement faire face.
Troisième voix incarné par le « Il » de BJ, petite frappe minable et jeune prostitué malfaisant. C'est le personnage central de toute la série, l'homme qui aiguillera les enquêtes d'Eddie Dunford, de Jack Whitehead et Peter Hunter qui les mèneront tous à leur perte. C'est le personnage qui partagera les derniers instants de certaines des victimes, précédent leur assassinat sauvage. Victime, témoin, c'est surtout le jeune homme qui connaît l'ange du mal manipulateur qui brise les hommes, les femmes et surtout les jeunes fillettes du Yorkshire.
En achevant ce quatuor, vous vous retrouverez laminé par tant de noirceurs et tant de tragédies. Aucun espoir de rédemption pour les protagonistes de ces tragiques épisodes car le Yorkshire engloutit ses secrets sous une trombe de pluies sombres et de boues malfaisantes et pestilentielles. David Peace, bien plus que l'atrocité des meurtres qui émaillent ses récits, s'attache à nous décrire le désespoir des victimes survivantes et surtout les affres des familles et proches qui ont perdu tout espoir avec les atrocités qui les ont frappés. Comme si l'inhumanité des crimes commis renvoyait à la fragile humanité d'hommes et de femmes ordinaires qui se retrouvent plongé dans un enfer sans nom. le style de l'écriture n'est pas sans rappeler celle de James Ellroy, mais pour nous entrainer dans un univers bien plus tragique que la déconstruction de la mythologie du rêve américain. Car Peace nous dépeint le Yorkshire de son enfance. Une région secouée par la fermeture des mines et des entreprises métallurgiques. Une région dépourvue de mythe ! Et c'est par petites touches, par le biais d'annonces radiophoniques, d'entrefilets des quotidiens de la région que l'écrivain nous fait prendre conscience de cette Angleterre qui sombre dans le déclin économique, irrésistiblement attirée par les mirages d'un libéralisme monstrueux qui fera bien plus de victime que l'éventreur du Yorkshire.
David Peace c'est un style féroce et un regard sans complaisance sur une société à la dérive qu'il se plaît à décortiquer sous la lumière impitoyable d'une écriture incandescente.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Oscarchen
  02 septembre 2016
Avis sur tétralogie du Yorkshire de David Peace (1974, 1977, 1980, 1983)
J'étais pressé de finir 1983 pour avoir enfin le fin mot de l'histoire, une explication limpide sur ce qui s'est passé durant ces neuf ans, sur qui tire les ficelle derrière tout cela.
Je termine le livre et rien de tout cela. Pas d'explication limpide, veux-je dire. On comprend certains détails mais on n'a pas de conclusion qui éclaire toute l'affaire. Des tas de zones d'ombre persistent et des tas de questions restent sans réponses.
Alors, ma première réaction fut de rester sur ma faim. Je venais de lire 1300 pages d'une lecture éreintante qui me ballote de droite à gauche au milieu de la souffrance de plusieurs personnages ravagés par des secrets enfouis au fond d'eux-même, j'ai souffert avec eux tout ce temps, car comme eux, je veux savoir pourquoi il doivent autant morfler.
Et tout ce que j'obtiens en final c'est: une boite pleine de clés et des tas de portes devant moi!
A moi de me débrouiller avec cela!
Et puis j'y ai réfléchi, et j'ai reconstitué l'histoire. du moins, ma version de l'histoire, ce que moi j'en ai compris, les motivations de chaque personnage et ce qui les a amené à agir de telle ou telle manière, et je me suis rendu compte à quel point cette oeuvre est brillante.
C'est du Lynch en littérature. Peace expose son histoire, il l'envoie en travers de la gueule du lecteur et il lui fait mal, en même temps, il l'accroche, impossible de laisser tomber sans savoir, mais à la fin, il nous laisse conclure. Lire Peace, c'est réfléchir (comme lire Umberto Eco).
Et que dire du style! Hallucinant! J'ai lu des critiques sur internet où bien des lecteurs étaient choqués par le langage (merde, putain qui reviennent sans cesse), ou par les répétitions incessantes (les personnages jettent sans cesse un regard sur leur montre, la scène de torture/interrogatoire au poste de police qui revient une ou deux fois par livre, toujours la même, seule la victime change), et je comprends ce qui les choque: C'est très douloureux à lire. Peace est sans aucune concession envers son lecteur, il le malmène sans cesse.
Je n'ai jamais lu un livre où l'histoire est racontée par plusieurs personnes, chacune présentant son point de vue à la première personne, chaque chapitre changeant de personnage. Là encore on doit à chaque fois faire un effort pour comprendre. Impossible de s'ennuyer en lisant cela. Soit on déteste, soit on adore.
J'ai adoré.
L'amie qui m'en a conseillé la lecture l'a fait suite à une discussion au sujet de James Ellroy. Elle m'a dit: "j'ai trouvé mieux qu'Ellroy, lis la tétralogie du Yorkshire de David Peace"
Et sur internet, ou par les critiques, Peace est souvent rapproché d'Ellroy..
A la suite de cette lecture, je trouve la comparaison avec Ellroy assez injustifiée. Ce n'est pas mieux qu'Ellroy, c'est différent. Plus noir sans doute (cela semblait impossible, pourtant), mais pas mieux. Ellroy utilise aussi les points de vue multiples dans ses livres (par exemple Ed Exley, Jack Vincennes et Bud dans LA confidential sont tous les 3 les personnages principaux), mais il les caractérise mieux. Chez Peace (dans cette oeuvre en tout cas), il sont tous "interchangeables". Pas de différence fondamentale entre le regard qu'ils portent sur les choses et entre les comportements de Eddie Dunford et Jack Whitehead par exemple. Tous les personnages sont en souffrance et dissimulent (à eux-même) un secret indicible. Seul BJ sort du lot, mais comme il le dit à la fin, "il est celui qui s'est échappé". C'est le seul personnage qui n'est pas englué dans sa situation, il fuit et revient pour mettre un terme à tout cela en tuant "le loup".
Cette absence de caractérisation entre les personnages m'a un peu gêné lors de la lecture, mais finalement, cela participe au style: la répétition et le martèlement qui contribuent au malaise du lecteur.
Cela m'a donné envie de relire Ellroy (pour comparer).
Et de lire d'autres livres de Peace. Car son écriture ne m'a pas laissé indifférent, loin s'en faut.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
maltese
  01 décembre 2011
Voici le dernier volet de la tétralogie nommée "Quartuor du Yorkshire", et, comme pour les autres volumes, David Peace livre une oeuvre d'une violence incroyable.
Souvent comparé au cycle d'Ellroy consacré à Los Angeles, ce qui se justifie, je pense toutefois, comme il est d'ailleurs dit en quatrième de couverture, que l'oeuvre de David Peace lorgne également du côté d'un autre auteur à la noirceur parfois insoutenable, l'anglais Robin Cook (on pourra notamment se référer à des romans comme "Cauchemar dans la rue" ou "On ne meurt que deux fois" pour s'en convaincre).
Le lecteur suit ici les faits et gestes de trois protagonistes principaux: le superintendant Maurice Jobson, dit "La chouette"; l'avocat John Piggott; BJ le paumé. Et l'auteur de multiplier les personnages et les flash-backs.
La lecture n'est pas toujours évidente, en partie en raison du style "haché", des nombreuses références aux autres volumes de la série, de décalages temporels...
A l'instar des autres tomes, la région du Yorkshire est le véritable personnage central, avec sa grisaille qui semble perpétuelle et sa population frappée par la fatalité, région que David Peace célèbre à merveille avec cette litanie.
Un sommet de la littérature contemporaine.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
nina2loin
  22 février 2014
1983, dernier volume de la tétralogie consacrée au West Yorkshire où tout s'éclaire enfin. Interviennent trois acteurs principaux, tous marqués par leur passé : le superintendant Maurice Jobson dit " La Chouette ", John Piggott devenu avocat et B.J. ancienne victime de pédophiles. L'histoire débute par la disparition de la petite Hazel Atkins, 4ème de cet ordre alors que Michael Myshkin croupit en prison depuis 1974 pour le meurtre de la 3ème victime disparue puis retrouvée morte.
L'auteur fait ici la lumière sur ce qui nous paraissait à nous lecteur obscur dans les volumes précédents. Il opère par recoupements, remontant toutes les époques de 1969 à 1983, nous dévoilant l'envers du décors où chacun des personnages s'est retrouvé pris dans un engrenage duquel il était difficile de sortir. Il passe d'une période à l'autre, d'un lieu à l'autre pas forcément dans l'ordre. La difficulté réside dans ces noms de lieux et de dates, ces retours en arrière nous rappelant les affaires développées dans les romans précédents centrés sur d'autres personnages.
C 'est le roman noir par excellence qui englobe toute une population, basé sur la corruption de ceux qui détiennent le pouvoir pour qui le seul but est l'argent et qui n'hésitent pas à recourir à la force et la violence pour arriver à leurs fins.
Tandis que la radio diffuse des informations sur le contexte de cette époque de désindustrialisation et de chômage, les passages de cauchemars des uns et des autres ne font que rajouter à l'ambiance déjà bien sombre.
Ce volume, le meilleur de la série niveau suspense comporte des scènes de violence inouïe.
Pour comprendre ce roman et l'apprécier à sa juste valeur, il est préférable de lire l'ensemble de la chronique dans l'ordre en commençant par 1974.
Une fois l'écriture si particulière à David Peace apprivoisée, l'oeuvre toute entière est très intéressante. À découvrir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (5) Ajouter une citation
DarkcookDarkcook   07 septembre 2015
Qu'ils aillent se faire foutre...
Eux et la musique déprimante ainsi que les jingles irritants de la radio, la pluie incessante et le vent tiède, les clébards qui aboient toute la nuit et chient toute la journée, les plats mal cuits et le thé tiède, les boutiques pleines d'objets dont tu ne veux pas à des conditions que tu ne peux pas te permettre, les maisons qui sont des prisons et les prisons qui sont des maisons, l'odeur de la peinture qui masque l'odeur de la peur, les trains qui n'arrivent jamais à l'heure dans des endroits qui se ressemblent tous, les bus que tu n'oses pas prendre et ta voiture qu'on abîme toujours, les déchets qui tournoient, poussés par le vent, dans les rues, les films dans le noir et les promenades dans le parc pour tripoter ou baiser, un doigt ou une queue, le goût de la bière qui émousse celui de la peur, la télévision et le gouvernement, Sue Lawley et Maggie Thatcher, les Argies et les Falklands, UDA et LUFC bombés sur les murs de ta mère, la swastika et la corde au-dessus de sa porte, la merde dans sa boîte aux lettres et la brique à travers sa fenêtre, les coups de téléphone anonymes et les coups de téléphone orduriers, la respiration haletante et la tonalité, les sarcasmes des enfants et les injures de leurs parents, les yeux plein de larmes qui ne brûlent pas à cause du froid mais à cause de la frustration, les mensonges qu'ils disent et la souffrance qu'ils apportent, la solitude et la laideur, la stupidité et la brutalité, l'indifférence perpétuelle et fondamentale de tout le monde, à toutes les minutes, à toutes les heures, tous les jours, tous les mois, toutes les années de toutes les vies.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
RenodRenod   22 décembre 2017
Dehors, deux jeunes filles sont assises sur ce qui reste d’un banc. Elles boivent du cidre et du sirop pour la toux. Un chien aboie au passage d’un enfant effrayé dans une poussette, une bouteille de vin vide roule sur le béton. Les filles ont de courtes queues de rat teintes, de grosses jambes marbrées, des vêtements bleu turquoise et des bottes pointues en daim.
Le chien renonce à terrifier le bébé qui hurle, il se tourne vers toi et gronde.
Une des filles dit :
-T’as envie de tirer un coup, gros lard ? C’est dix livres.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
DarkcookDarkcook   07 septembre 2015
Elle s'en va. Tu dégobilles. Tu t'habilles. Tu dégobilles à nouveau. Tu fermes la porte à clé. Tu hoquettes. Tu descends l'escalier. Tu as un haut-le-coeur. Tu remontes quatre à quatre. Tu dégobilles dans tes mains. Tu ouvres la porte. Tu dégobilles sur le plancher. Tu dégueules. Tu recommences tout à zéro.
Commenter  J’apprécie          50
Charybde2Charybde2   27 août 2014
Tu secoues la tête. Tu le dévisages.
La Chouette.
Il dit :
– Au revoir, monsieur Piggott.
Tu pivotes sur toi-même. Tu prends la direction de la porte. Tu t’immobilises. Tu te retournes. Tu dis :
– Vous n’oublierez pas la moto, n’est-ce pas ?
– Je ne l’oublierai pas, monsieur Piggott, répond le superintendant Jobson. Je n’oublie rien.
– À bientôt, donc, tu dis.
– Absolument, répond-il.
Tu jures que tu entends…
Que tu l’entends dire :
Là où il n’y a pas de ténèbres.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
nina2loinnina2loin   17 février 2014
Il conduisait.
Je somnolais, rêvais...
Royaumes souterrains, royaumes oubliés de blaireaux et d'anges, de vers et de villes d'insectes ; cygnes muets sur des lacs noirs tandis que des dragons s'élevaient dans des cieux peints d'étoiles argentées puis plongeaient dans des cavernes mal éclairées où une chouette protégeait trois petites princesses endormies aux ailes minuscules, les protégeait de...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de David Peace (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de David Peace
Author David Peace in conversation
autres livres classés : yorkshireVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura