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Daniel Lemoine (Traducteur)
EAN : 9782743615277
553 pages
Éditeur : Payot et Rivages (12/04/2006)
4.15/5   34 notes
Résumé :
En mars 1984, un plan de restructuration des charbonnages comportant des fermetures de puits et des licenciements déclenche une grève dans les houillères de Grande-Bretagne. Le Syndicat national des mineurs (National Union of Mineworkers), qui est parvenu à faire tomber le gouvernement Heath en 1972, est convaincu d’être en mesure d’imposer une nouvelle fois sa volonté. Mais la Dame de fer ne plie ni ne rompt. Le conflit durera un an et les mineurs seront contraints... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
monromannoir
  22 mai 2016
Si durant toute la durée de la tétralogie, commentée ici et là, chroniquant les heures sombres du West Yorkshire, David Peace s'employait à truffer ses textes d'une actualité servant à mettre en relief les motivations des personnages et les faits divers qui jalonnaient leurs parcours respectifs, il en va tout autrement avec GB 84 où l'actualité devient le thème central de ce roman flamboyant.
Mars 1984, pour protester contre la restructuration sauvage des houillères de Grande-Bretagne, les mineurs du Yorkshire vont entamer une grève qui s'étendra dans tout le pays et qui durera un an. le conflit entre la commission national du charbon soutenue par le gouvernement Thatcher et le syndicat national des mineurs présidé par Arthur Scargill s'apparentera à une guerre sans merci où les parties ne lâcheront pas la moindre concession. Et c'est au travers du regard de trois protagonistes que vous découvrirez les manigances et les combats souterrains que se livrent deux blocs extrêmes qui savent déjà que la défaite est synonyme de chute et de discrédit.
Il y a tout d'abord Neil Fontaine, barbouze, garde du corps et homme des basses oeuvres dont la mission est de mettre tout en place pour briser et discréditer la grève des mineurs. Il navigue entre le monde souterrain de mercenaires extrémistes sans scrupules et les coulisses d'un pouvoir qui n'en a guère d'avantage.
Terry Winters, membre de la direction du syndicat national des mineurs, se trouve au coeur des manoeuvres financières d'un syndicat acculé par le gouvernement à livrer sa trésorerie auprès des tribunaux qui leur inflige de lourdes amendes. Paranoïa, corruption et illusions sont le lot quotidien d'un syndicat condamné au succès.
Et puis il y a le témoignage poignant du quotidien de mineurs qui se retrouvent au coeur d'une grève interminable, d'un combat violent et sans concession entre un gouvernement inflexible, des policiers toujours plus violent. On découvre le calvaire de familles exsangues financièrement, d'hommes épuisés par les piquets de grèves et par les trahisons de leur voisins, amis, et camarades de travail qui souhaitent reprendre le travail. Un clivage entre les « jaunes » et les grévistes qui laissera des cicatrices profondes qui ne se refermeront jamais.
Avec un texte syncopé à l'extrême, David Peace nous fait passer des uns aux autres dans un style flamboyant qui frôle la folie. Cette folie qui semble d'ailleurs être le trait d'union entre tous ces personnages lancés dans une course désespérée qui ne laissera personne indemne, pas même le clan victorieux. Paranoïa, manipulations, coups bas seront le quotidien de protagonistes qui ne peuvent désormais plus s'entendre. Des protagonistes aux égos surdimensionnés qui se défient par l'intermédiaire d'une population ouvrière sacrifiée sur l'autel d'idéologies extrêmes qui ne peuvent que conduire à une lutte meurtrière.
Comme à l'accoutumée avec David Peace, c'est à bout de souffle que vous achèverez GB 84, un roman épique et tragique qui vous narre par le menu la mort d'une caste ouvrière et le changement de cap d'une nation désormais livrée aux mains d'un libéralisme économique triomphant.
La folie d'une nation contée avec la démesure d'un auteur ! David Peace est un génie !
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encoredunoir
  03 février 2015
Une grève de près d'un an, un monde ouvrier en passe de disparaître, un monde syndical profondément divisé, un gouvernement prêt à transformer une démocratie en un État policier, des barbouzes s'agitant en sous-main, une presse aux ordres… une guerre civile en fin de compte. C'est ce que raconte David Peace en s'attaquant dans GB 84 à la grève des mineurs de 1984-1985, réaction à l'annonce d'un plan drastique de restructuration – ce doux euphémisme qui signifie surtout fermetures et diminution des charges de personnel – des houillères de Grande-Bretagne.
Peace choisit pour cela de multiplier les angles de vue. Les récits à la première personne de deux mineurs, Martin et Pete qui alternent d'une partie sur l'autre, viennent couper et sont coupés par ceux de Terry Winters, directeur exécutif du Syndicat National des Mineurs, un des bras droits du président Arthur Scargill, de Neil Fontaine, chauffeur et homme de main au service de Stephen Sweet, le Juif, lancé pour Margaret Thatcher dans une croisade contre le syndicat, mais aussi de Malcolm et du Mécanicien, barbouzes agissant pour le compte de divers intérêts, y compris les leurs, alternant crimes crapuleux et actions violentes contre les grévistes.
Il en ressort un récit éclaté, haché et baroque dans lequel la fiction, aussi crue et violente soit-elle, se mêle étroitement à une impressionnante documentation qui rend compte de faits réels bien plus glaçants et poignants. Ainsi les récits au jour le jour de la grève que font Martin et Pete, des premiers piquets au délitement du mouvement en passant par les affrontements avec des forces de police militarisées et bénéficiant d'une impunité totale avec morts et blessés à la clé, sont certainement les moments les plus fort de ce roman dantesque : ils racontent sans fard la colère et le désespoir, le sacrifice de cette piétaille au service d'un syndicat dont la direction est en proie à la division, la méfiance qui s'instaure peu à peu vis-à-vis des amis ou voisins prêts à retourner leur veste et à devenir des jaunes pour pouvoir simplement nourrir leurs gosses, la récolte clandestine de charbon sur les crassiers pour gagner quelques sous et bien sûr la haine que la police, forte de son bon droit et de la carte blanche dont elle bénéficie, peut exprimer en exerçant une violence débridée contre les mineurs.
Ainsi derrière le roman noir, Peace dépeint magistralement le délitement de l'État Providence et des solidarités de classe pour faire place à l'individualisme et au libéralisme le plus débridé. Impressionnant coup de maître, GB 84 ne laisse finalement qu'une seule frustration au lecteur francophone et surtout pas assez anglophone pour pouvoir lire le texte en version originale : celle de ne pouvoir profiter de la scansion hypnotique originelle du texte que le traducteur, malgré un travail de grande qualité ne peut que laisser deviner dans le texte français. Autant dire qu'il s'agit là d'un roman noir parmi les meilleurs des années 2000, audacieux sur la forme et solide sur le fond. Un incontournable.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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marjojo95
  09 mars 2016
Lire Peace, c'est toujours… une épreuve. Une expérience dont je ne sais jamais si je la reconduirai à nouveau. Elle me laisse toujours mitigée, frustrée et admirative en même temps.
Frustrée parce que, comme à son habitude, Peace dresse des personnages et des intrigues par touches allusives, obsessionnelles, oniriques. Certaines parties ne sont vraiment pas évidentes dans la narration, et il faut être déjà profondément avancé dans le livre pour commencer à voir des liens – ou à les imaginer, parce qu'honnêtement, rien n'est jamais confirmé. Peut-être est-ce là son souhait : que nous reconstruisions l'histoire nous-mêmes, grâce aux fragments qu'il nous en donne. Nous laisser circuler dans son oeuvre en autonomie, y voir un peu ce que l'on souhaite, comme quand on regarde un tableau d'art abstrait. Il faut quand même admettre que le procédé peut être lassant, par moments. J'aime quand un auteur ne me prend pas pour une débile, mais j'aime aussi qu'on me raconte une histoire – et de ce point de vue, oui, Peace me frustre toujours.
Et pourtant. Il m'attrape aussi toujours. Je commence le livre, j'en saisis rapidement la construction ternaire, les alternances de style et de forme pour évoquer des personnages différents, je réalise vite que je ne vais (encore) pas tout comprendre à certaines parties de l'intrigue, vraiment trop allusives… Et pourtant, j'y entre. Et j'y reste. Et je le lis vite, sans m'y contraindre mais par envie. Pourquoi ? Parce qu'il y a quelque chose de l'ordre de la transe, de la psalmodie. La façon dont ceci est construit, en paragraphes courts, en voix qui s'entremêlent, finit par m'entraîner comme le ferait un mantra. Je ne situe pas forcément complètement ce que fait tel personnage, ni ses interactions avec d'autres, ni même s'il est « gentil » ou « méchant » (notion superflue chez Peace), mais je me laisse entraîner dans ce chant fascinant, et je le laisse se dérouler devant moi, avant de refermer le livre – incapable de dire si j'ai « aimé » ou pas, mais certaine en tout cas d'être profondément admirative devant un tel talent.
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Ingannmic
  03 août 2021
J'étais pourtant avertie : ayant lu les quatre volets de la tétralogie du Yorkshire ("1974", "1977", "1980", "1983"), j'avais déjà eu l'occasion de me colleter à l'oeuvre de David Peace, à son style âpre, percutant, à sa vision du monde glauque et désespérée...
Mais je crois n'avoir jamais été, au cours de ces lectures, aussi éprouvée que lors de celle de "GB 84", son cinquième roman, qui a eu sur moi un impact quasi physiologique.
Le récit a pour point de départ la grande grève des mineurs qui, sous le gouvernement Thatcher, s'éternisa durant douze long mois, pendant lesquels les grévistes et le gouvernement britannique se livrèrent une guerre sans merci. Batailles juridiques, brutalités policières, réduction des aides sociales... tous les moyens furent mis en oeuvre pour faire plier ces travailleurs qui protestaient contre la fermeture de certaines mines. le bilan de cette année de conflit est d'ailleurs éloquent : trois morts, 20 000 blessés, 11 300 manifestants arrêtés et plus de 200 traduits en justice...
L'auteur restitue cet épisode de l'histoire moderne de l'Angleterre à sa manière très personnelle et si caractéristique, par l'intermédiaire d'une narration polyphonique, qui fait se succéder des points de vue différents, voire antagonistes, et donne au lecteur le sentiment d'être sur tous les fronts, plongé au coeur de l'action.
Nous côtoyons ainsi de simples grévistes aux prises avec les difficultés croissantes du quotidien, comme nous pénétrons l'intimité du juriste chargé, pour le principal syndicat de mineurs, de gérer les fonds nécessaires à la poursuites de la grève, au moyen de manoeuvres souvent tortueuses. Nous suivons aussi les déplacements de Stephen Sweet, homme de l'ombre proche du pouvoir, pour lequel il organise les combines qui nécessitent de se salir les mains, que son chauffeur, individu obscur, introduit dans les milieux d'extrême droite, surnomme "Le Juif"... et la liste n'est pas exhaustive.
L'intrigue est servie par une écriture obsédante, épileptique, qui donne toute son ampleur à la dimension violente, désespérée de "GB 84". A tel point que, parvenue à environ la moitié du récit, j'ai parfois hésité à poursuivre. le caractère lancinant que cette écriture confère au texte, et l'impression de tourner en rond dans un cauchemar où se répète les mêmes scènes de destruction, de brutalité, finissaient presque par me donner la nausée ! L'effet est sans aucun doute voulu par l'auteur, puisque qu'il nous imprègne ainsi de la nature laborieuse, féroce, de cette lutte interminable pour les hommes -et leurs familles- qui, durant ces longs mois de grève, connurent la misère, la faim, le doute, le découragement, sans pour autant avoir la certitude d'obtenir finalement gain de cause. Je suis pourtant allée jusqu'au bout de "GB 84", parce que même si la lecture des romans de David Peace est souvent éprouvante, en raison de la noirceur qui en émane, de ce style qui vous cingle les nerfs, je reste toujours profondément admirative devant sa puissance d'évocation, et sa capacité à nous atteindre, justement.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Charybde2
  14 septembre 2014
Fin d'un monde social et politique en métal-jazz halluciné et obsessionnel. Chef d'oeuvre magique.
Sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/09/14/je-me-souviens-de-gb-84-david-peace/
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   14 septembre 2014
Électricité…
Lumière crue de station-service. Vendredi 13 janvier 1984…
Elle porte une cigarette à ses lèvres, un briquet à sa cigarette.
Chien mort de faim devant chez son maître…
Il guette.
Elle avale la fumée, les yeux fermés. Elle la souffle, les yeux ouverts.
Il pique la sauce rouge et dense du flacon de ketchup en plastique.
– Début mars, dit-elle. Dans le South Yorkshire.
Il transforme la sauce rouge et dense en boule molle et sanglante.
Elle écrase sa cigarette. Elle pose une enveloppe sur la table.
Il écrase la boule entre ses doigts et son pouce…
Prédit la destruction de l’État.
Elle se lève.
Il ferme les yeux jusqu’à ce qu’elle soit presque partie. La puanteur toujours présente…
Le pouvoir."
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