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La force d'un amour ne se juge pas à l'épaisseur d'un portefeuille. Il y a manifestement de la répartie dans cette oeuvre bien intéressante à de multiples égards et notamment par son côté assez militant.

J'ai beaucoup aimé non seulement l'intelligence du propos mené par des personnages de caractère mais la manière dont va se terminer cette enquête suite à un meurtre tout à fait odieux. On se rend compte que les apparences sont souvent trompeuses et qu'il faudrait sans doute faire plus attention.

Bien que cette BD nous montre une scène déterminante en baie de Somme, l'essentiel du récit se passe à Paris dans les années de fin du XIXème siècle. Il y a de très belles retranscription de ce qu'était Paris auparavant et notamment à la belle époque.

Je garde par exemple une très belle image du parc des Buttes-Chaumont surmonté du temple de la Sibylle. Je retiens également celle de Montmartre avec son moulin encore en fonctionnement. C'est tout simplement magnifique dans les décors. Il s'en suit que l'ambiance un peu bohème est vraiment prenante. Ce qui accentue et sert parfaitement cette ambiance parisienne envoûtante, c'est incontestablement le dessin superbe d'Alexis Chabert.

On verra que les femmes ne sont pas en reste pour se battre en utilisant deux armes à savoir l'argent et la séduction. On se dit également que leur combat est louable dans une société machiste qui ne leur fait pas de quartier. Reste à savoir si la fin justifie les moyens.

Le dénouement est assez surprenant mais il m'a bien plu même si la morale ne sera pas sauve. Au final, c'est un polar de la Belle époque à découvrir !

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Baie de Somme. 1896.

Une goélette échouée. Sur le pont un corps. Ou plutôt le cadavre d'un homme qui s'est étouffé dans son propre sang. Pas n'importe quel homme ! Alexandre de Breucq ! Richissime industriel, un Maître des Forges.

Le ministre en personne décide d'envoyer sur place le plus fin limier parisien, Amaury Broyan. Celui-ci ne tarde pas à se rendre compte que la victime a été empoisonnée. Pas par n'importe quel poison, non ! Un poison qui provoque une mort lente, une horrible agonie… Qui donc a pu commettre pareil crime ? Qui ? Alexandre était aimé de tout le monde, et en particulier par ses ouvriers qu'il rémunérait et traitait bien mieux que n'importe qui ! Ses amis étaient légion et ses affaires prospéraient toujours plus de jour en jour…

Pourtant, si on se pose la question « à qui le crime profite-t-il ? » une réponse s'impose ! A sa chère épouse, Madame de Breucq ! Mais l'inspecteur arrivera-t-il à faire tomber de son piédestal une femme appartenant à une famille richissime, et, par conséquent aussi, extrêmement puissante ?

L'industriel avait une maîtresse. Une jeune femme qui gagne sa vie en servant de modèle aux peintres. Mucha l'a peinte et continue à la peindre tant elle est belle. A cause da la rousseur de ses cheveux, il l'appelle Automne… Quels rapports entretenait-elle avec la victime ? Y aurait-il un lien entre elle et l'assassinat ? Aurait-elle été témoin ? Aurait-elle reçu des confidences ?

Critique :

Un polar en bandes dessinées vous intéresse-t-il ? Un polar fin de siècle ! Pas le vingtième ! le XIXe ! C'est avec une grande habileté, et en noyant plus d'une fois le poisson dans l'eau que Philippe Pelaez plonge le lecteur dans une enquête où se côtoient les puissants de France et les Apaches… Non ! Non ! Pas les peaux-rouges ! Les voyous, les petites frappes, les criminels des bas-fonds de Paris… Enfin, quand on parle des bas-fonds, il faut plutôt lever la tête car ils adorent se réunir dans les cabarets de la butte Montmartre où les bourgeois n'ont pas trop intérêt à traîner, l'air n'y est pas particulièrement bon pour leur santé.

L'auteur va vous berner du début jusqu'à la fin ! Maintenant que vous voilà avertis, inutile de tarder à vous faire avoir, d'autant que les dessins et les couleurs d'Alexis Chabert valent largement le coup d'oeil ! En particulier si vous aimez la peinture de style Art Nouveau, façon Mucha… Ou pas !

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Automne, en Baie de Somme est un polar qui se déroule à la fin du XIXe siècle entre Paris et la Baie de Somme. le dessin est aquarellé, lumineux, en rapport avec l'ambiance de Paris de cette époque, faisant référence à l'Art Nouveau. Alfons Mucha y fait une apparition, puisque une des protagonistes de l'histoire est une de ses modèles. Chaque chapitre est introduit avec une illustration sous forme d'affiche Art-nouveau. Tout cela nous fait osciller entre l'ambiance bourgeoise et l'ambiance populaire avec un bel équilibre. le polar en soi est assez classique, bien servi par son éventail de personnages, tous un peu troubles, par son faux rythme, dilettante, bourgeois, qui confère à l'histoire un charme particulier. C'est un polar élégant, un polar “Art nouveau”, original par son style, et j'ai aimé le final qui nous prend un peu au dépourvu.

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Elle était une saison qui sait que le temps lui est compté.

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Il s'agit d'une histoire complète en un seul tome, indépendante de toute autre. Cette bande dessinée a été réalisée par Philippe Pelaez pour le scénario, et par Alexis Chabert pour les dessins et les couleurs directes. Elle comporte soixante-deux pages. Il se termine avec une postface d'une page de l'artiste expliquant pour quelle raison il a choisi 1900 à Paris. Dans ce projet, il s'est amusé à retranscrire les ambiances que son arrière-grand-mère lui a transmises, recréer un passé où il peut voyager comme un fantôme, et honorer la mémoire de ses ancêtres. Chacune des trois parties s'ouvre avec un texte de Nelly Roussel (1878-1922), extraits de son ouvrage Quelques lances rompues pour nos libertés (1910).

Sur une grande plage de la baie de Somme, se trouve un petit navire à voile, échoué sur le sable comme un animal mortellement blessé regardant une dernière fois l‘horizon, avant de se coucher définitivement sur le flanc. Un homme en train d'agoniser s'extirpe tant bien que mal de la cabine et s'allonge sur le pont. Les mouettes volent haut au-dessus du bateau. le lendemain, la gendarmerie locale est sur place et elle accueille l'inspecteur Amaury Broyan, venu de Paris, dépêché par le ministre lui-même. Car le défunt était un riche industriel : Alexandre de Breucq. le lieutenant Brousse lui explique que le malheureux s'est étouffé dans son propre sang, et que son agonie a dû être longue. L'inspecteur se demande si la victime connaissait son assassin, si ce dernier avait préparé le poison en étant sûr que de Breucq le prendrait, ou s'il était à bord de cette goélette, avec lui, et qu'il a pris tout son temps pour le regarder mourir.

Quelques jours après, l'inspecteur se tient à quelque distance de la mise en terre du cercueil au cimetière, accompagné par Arsène. Ils regardent les gens présents venus se recueillir : les banquiers d'un côté, les industriels de l'autre, et au milieu l'État. Un franc-maçon à la tête de l'État, un communard comme président du Conseil, et les socialistes qui gagnent encore des voix aux dernières élections municipales. Et tout ce beau monde pour enterrer le plus prometteur, le moins corrompu et le plus social des industriels. La vie est mal faite. Arsène s'écarte rapidement car la veuve Marthe de Breucq se dirige vers eux avec son garde du corps Simon. Broyan lui présente ses condoléances. Elle lui demande de passer le jeudi suivant, à dix-sept heures à son hôtel particulier. Une fois la cérémonie terminée, Elle monte dans sa calèche avec Simon et lui demande pourquoi Broyan a été choisi pour l'enquête. C'est un des policiers les plus efficaces de Paris, enfin avant les soucis avec sa défunte fille. Dans l'atelier d'Alfons Mucha, Axelle Valencourt pose pour la toile L'Automne. Elle lui fait observer que des grains commencent à se détacher de la grappe. Rien de grave : il a terminé pour aujourd'hui. Il faut qu'elle revienne dans deux jours pour terminer le tableau. le lendemain elle a prévu d'aller au marché aux modèles place Pigalle. le soir Thérèse sort de la prison de Saint Lazare, et elle monte dans le fiacre qui l'attend.

Pour commencer, une couverture superbe avec un mystère, une jeune femme représentée avec une manière qui évoque Alfons Mucha (1860-1939), ce qui est tout à fait intentionnel puisque cette demoiselle est le modèle qui a servi pour sa représentation de l'Automne. le fini de la couverture est particulièrement soigné : le titre et la dorure en arc de cercle sont rendus avec une encre métallique, en légère surimpression, pour un très bel effet. En bas, le bateau échoué sur ce qui doit être une plage de la baie de Somme. Une introduction en six pages qui permet de poser le récit : une enquête policière sur le meurtre d'un industriel progressiste, un capitaine d'industrie mettant en oeuvre une politique paternaliste, à la fin du dix-neuvième siècle. Elle permet aussi d'apprécier toute la palette de l'artiste. Il commence par trois pages avec plusieurs marines, très vaporeuses, un très beau rendu de l'ambiance lumineuse du ciel et du sable à deux moments différents de la journée, une goélette et des personnages détourés d'un trait fin et fragile, avec des silhouettes un peu allongées, des contours nourris par les couleurs directes. L'autre moitié se déroule d'abord dans un cimetière parisien, puis dans les rues de la capitale. La couleur directe permet de réaliser un jeu d'ombre mouvante du plus bel effet. L'artiste joue remarquablement bien du niveau de précision et du niveau d'imprécision dans les formes : le lecteur assimile facilement les contours des stèles funéraires sans avoir besoin de les voir dans le détail, et il identifie au premier regard la forme d'une colonne Morris.

Raconter un polar en bande dessinée s'avère souvent un exercice périlleux, car il faut parvenir à caser tout à un tas d'informations comme les éléments de contexte, l'histoire personnelle de la victime et de ses proches, la recherche d'indices et leur analyse, et il faut également parvenir à mettre en scène les phases de déduction sans qu'elles n'apparaissent ni trop artificielles et mécaniques, ni trop parachutées ou absconses. le lecteur se rend vite compte que les auteurs savent inclure les informations avec une réelle élégance, et une réelle ambition. Ainsi, la victime était un riche industriel de type paternaliste, portrait qui se dessine par bribe au fil de remarques rapides. L'inspecteur a une histoire personnelle tragique qui influe directement sur ses motivations et donc la façon dont il hiérarchise ses priorités. Il dispose d'un physique avec une certaine carrure et des postures parlantes sur son caractère et ses dispositions d'esprit. La veuve éplorée est d'une réelle élégance, son maintien et sa façon de se tenir en disent également long sur son assurance et sa détermination. Axelle est magnifique de bout en bout, une beauté diaphane, avec un soupçon de mélancolie, une réelle douceur, une assurance d'une autre nature. L'artiste sait donner vie à chaque protagoniste, leur insuffler du caractère, ce qui est indispensable pour que la mécanique policière ne ressorte pas comme un artifice.

La quatrième de couverture précise que l'histoire se déroule à la Belle Époque, et même précisément en 1896. Cette année correspond effectivement à la date de réalisation du tableau Automne par Mucha. Les auteurs ne l'ont pas choisi par hasard, et le lecteur constate rapidement que l'intrigue est indissociable de la réalité historique de l'époque, qu'elle en découle, qu'elle n'aurait pas pu se passer à une autre époque. C'est donc un véritable polar qui agit comme révélateur d'une facette de la réalité sociale de la société à ce moment-là, et à cet endroit-là. Avec son air de ne pas y toucher vraiment, l'artiste réalise une reconstitution historique visuelle impressionnante. Les tenues sont d'époque, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il est possible d'identifier les rues de Paris où se déroule chaque scène. le lecteur finit par se rendre compte que Chabert est allé faire des recherches sur les différents modèles de voiture hippomobile en circulation à Paris, ce qui atteste du temps consacré à recréer cette époque avec authenticité. S'il ne l'a pas fait avant, le lecteur prend alors le temps de regarder les détails : les façades immeubles, la fontaine d'une place, l'évocation du cabaret Au Lapin Agile (à nouveau une mise en couleurs extraordinaire), un paravent, un intérieur bourgeois, un cabinet médical, etc. Il regarde les moulins de la Butte Montmartre et il découvre le chantier de la construction de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre (1875-1923), avec ses échafaudages et son campanile pas encore construit.

Le décor de ce chantier en cours a été proposé par le scénariste qui, lui aussi, parsème son récit de marqueurs historiques contribuant à la reconstitution. Lors du prologue, Arsène évoque Félix Faure (1841-1899), franc-maçon alors président, et Jules Méline (1838-1925), un communard alors président du Conseil. Au fil des pages, le lecteur peut relever la mention de Sarah Bernhardt (1844-1923, actrice ayant également servi de modèle Mucha), Paul Brouardel (1837-1906, médecin légiste), et une citation de Jean Jaurès (1859-1914, on recrute dans le crime pour surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère). Il y a également le titre de chacun des trois actes (Les sanglots longs – le coeur des femmes – Morte saison) et les citations en ouverture : elles sont toutes les trois extraites du même ouvrage de Nelly Roussel (1878-1922), une libre penseuse, franc-maçonne, féministe, antinataliste, néomalthusienne et femme de lettres libertaire française, une des premières femmes à se déclarer en faveur de la contraception, et à promouvoir l'importance de l'éducation sexuelle des femmes. Tous ces éléments font partie intégrante de l'intrigue, à l'opposé de simples éléments de décor pour meubler artificiellement. L'histoire se déroule en suivant l'inspecteur, et sa façon de procéder est dictée par son caractère et son histoire personnelle. L'enquête ne se résume pas à un jeu intellectuel, mais procède des convictions du policier. Les autres personnages ne font pas figuration : les actes d'Axelle ou de Marthe reflètent également leurs convictions et leurs objectifs, à l'opposé de personnages superficiels ou interchangeables.

Le scénariste maîtrise aussi bien l'esprit que la lettre des polars. Il y a des phases de déductions, des indices, des indicateurs, quelques coups échangés, autant de conventions attendues du genre. L'enquête implique aussi bien des individus de la haute société, que des gens du peuple, et elle fait ressortir des vices cachés. Elle agit donc bien comme un révélateur de plusieurs facettes de la société de l'époque. Elle fonctionne sur ses particularités et pas indépendamment du lieu ou de l'Histoire. En un nombre limité de pages, les auteurs savent immerger le lecteur dans un environnement concret et une reconstitution historique rigoureuse. Celui-ci est sous le charme de la narration visuelle dès les premières pages, et il se prend à savourer le texte assez écrit qui parsèment les cases de la première planche. Il retrouve ce dispositif à l'occasion d'une planche dans chaque acte, venant apporter une touche littéraire et poétique à la narration. Il se laisse porter par l'enquête à la méthode naturaliste, sans essayer de devancer l'inspecteur, se retrouvant surpris à plusieurs reprises par ces découvertes, et révulsé par l'horreur du véritable crime. Excellent.

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Je ressors de cette lecture légèrement déçue. L'intrigue correspond bien à ce qui est annoncé dans le résumé, mais je m'attendais quand même à une histoire un peu moins sombre : cela commence par un meurtre, et l'enquête finira par révéler tout le sordide d'une société dominée par des très riches qui soignent leur image publique mais abusent de leur pouvoir pour assouvir dans l'ombre leurs bas instincts ou régler leurs comptes.

Les auteurs dépeignent ainsi une image peu reluisante d'un Paris au tournant du XXème siècle entre grandes demeures bourgeoises, ateliers d'artistes ou bistrots ouvriers (meurtres, vengeances, viols, etc).

Les dessins sont beaux, colorés, en particulier les paysages car les traits des personnage ne sont pas toujours très réguliers.

Je crois que cette histoire n'était tout simplement pas pour moi...

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Quand on demande à Philippe Pelaez quels sont ses scénaristes préférés, il répond qu'il apprécie « les scénaristes qui savent se renouveler » et dit compter parmi ses maîtres Jean van Hamme et Stephen Desberg. Il déclare qu'il aime également beaucoup la bande dessinée historique comme « Les 7 vies de l'Epervier » de Cothias et Julliard ou « Les tours de Bois-Maury » d'Hermann et conclut qu'il « a envie d'écrire dans tous les genres ! »

Il semble brillamment relever le défi en multipliant les productions cette année. Après avoir donné un 3e volet à sa série « Maudit sois-tu », entamé les diptyques du « Bossu de Montfaucon », de « l'Enfer pour aube » et « Furioso », continué ses « histoires de guerre », il nous invite dans le Paris de la Belle Epoque. Dans « Automne en baie de Somme », il est accompagné au dessin et à la couleur par Alexis Chabert et ce magnifique one shot est paru dans la collection « Grand Angle » chez Bamboo édition.

ENTRE « LES BRIGADES DU TIGRE » ET « 1900 »

Pelaez innove donc une fois de plus et s'essaie pour la première fois au genre du polar. Si Grand Angle, c'est au départ une collection pour faire de la BD « comme au cinéma », on retrouve dans cet album un découpage, un rythme, et une intrigue qui nous font penser aux enquêtes des « Brigades du Tigre » (les plus vieux comprendront !) et de la série « 1900 » conçue elle aussi par scénariste de bande dessinée Fabien Nury.

On a en effet une histoire qui se déroule à la Belle Epoque et qui commence in media res avec un cadavre : un bateau est échoué sur une plage de la baie de Somme, un homme ensanglanté sort en rampant de la cabine et meurt sur le pont. Il s'agit d'un riche industriel, Alexandre de Breucq. Un policier parisien l'inspecteur Amaury Broyan – est-ce un hasard que le dessinateur lui ait donné les traits du Burma de Tardi ? - est chargé de l'enquête. Très vite il soupçonne la veuve de la victime qui n'a même pas attendu une période de deuil raisonnable pour prendre en main les affaires de feu son mari. Mais Alexandre avait également une belle rousse, modèle de son état pour le peintre Mucha, comme maîtresse et n'était pas aussi lisse qu'on voudrait le laisser croire…

Les sous-intrigues se multiplient : ainsi Broyan a également un drame personnel à élucider ce qui permet de donner de l'épaisseur aux personnages et de brouiller les pistes en retardant le moment de la découverte du coupable. Mais le seul regret qu'on éprouvera pour cette histoire complète , c'est qu'elle n'ait pas pu courir sur davantage de pages car parfois les ellipses sont un peu trop brusques, la romance entre Axelle et le jeune peintre expéditive, et surtout les coïncidences trop marquées (comme de bien entendu les deux arcs narratifs principaux finissent par se rejoindre et certains témoins sont étonnamment volubiles).On aurait aimé davantage de pauses narratives et de déambulations en doubles pages muettes dans ce Paris si bien reconstitué.

POL-ART

En effet, l'un des atouts principaux de cet album est son graphisme. Dès la couverture, ses couleurs pastel, ses incrustations dorées, ses motifs floraux art nouveau et sa silhouette féminine vaporeuse on perçoit l'hommage à Mucha que l'on retrouve également dans les têtes de chapitre. Cependant d'autres artistes et courants picturaux sont également convoqués comme l'impressionnisme présent sur la couverture de l'édition de luxe mais aussi dans la marine au bas de l'édition classique…

Alexis Chabert a travaillé en couleurs directes à l'aquarelle principalement mais avec des rehauts d'acrylique, de pastels et les silhouettes cernées au stylo à bille ! Et l'ensemble est fascinant. Au détour d'une case et surtout quand il s'en affranchit, alors qu'il nous dépeint les célèbres cabarets du « lapin agile » ou du « chat noir » ou les Moulins de Montmartre, il nous évoque tour à tour Toulouse-Lautrec, Pissarro ou Van Gogh ; quand il arpente la haute société on pense à Manet tandis que ses vues des grands boulevards nous rappellent les tableaux de Monet et de Renoir.

UN ROMAN GRAPHIQUE SOCIETAL

Enfin, s'il est distrayant et beau tout à la fois, ce livre donne également à penser. On peut le qualifier de « roman » graphique car sa narration est très écrite dans les récitatifs et confine même à la poésie. Il n'est pas sans rappeler en cela un autre album récent de Pelaez : « l'Enfer pour aube » placé sous l'égide d‘Hugo. Mais quand dans le premier titre, chaque chapitre était délimité par une citation extraite de l'album lui-même, ici le scénariste choisit de commencer chacun des 4 chapitres qui le constitue par des passages de « Quelques lances rompues pour nos libertés » de Nelly Roussel une pamphlétaire qui lutta contre l'avortement et pour la libération de la femme. Ainsi, l'album se mue en une oeuvre engagée qui questionne la place de la femme à l'époque et montre les tentatives de certaines (dont les deux héroïnes) pour échapper au sort qu'on veut leur réserver.

« Automne en baie de Somme » au titre poétique et polysémique est donc tout à la fois un polar historique, un album hommage aux maîtres picturaux de l'époque, une expérimentation scénaristique et une oeuvre engagée. Cette bande dessinée a les qualités des grands albums : à la fois un graphisme époustouflant mais aussi un scénario ciselé et intelligent bien plus profond qu'il n'y paraît. Ce one shot devrait être le tome inaugural d'une série (tétralogie à la Vivaldi ?) car on annonce pour bientôt l'arrivée d'un deuxième opus avec l'inspecteur Broyan intitulé « Hiver à l'Opéra » qui devrait s'inscrire dans les traces de Degas. On s'en réjouit déjà !

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Sur une plage mélancolique de la Baie de Somme et dans le ventre boisé d'une goélette échouée comme un rêve brisé, on retrouve un matin de 1896 le corps sans vie d'Alexandre de Breucq, un riche industriel parisien dont l'agonie a dû être longue. le pauvre bougre baigne dans son sang qui colore d'écarlate le pont du bateau. Parce que la victime de ce sanglant assassinat était aussi riche que puissant, parce qu'il frayait sans doute dans les plus hautes sphères du pouvoir, on dépêche sur place le fleuron de la police parisienne, Amaury Broyan, qui, malgré les fantômes qui le hantent ne met pas longtemps à comprendre que sous le sang, il y a le poison. S'ouvre dès lors pour notre fin limier une enquête tortueuse où les apparences sont souvent trompeuses, ombres et mirages et où les chausse-trappes sont légion. L'affaire est en effet épineuse et les fils qui la sous-tendent semblent impossible à démêler. Qui pourrait en vouloir à l'industriel adulé par ses ouvriers, portées aux nues par ses amis ? Sa femme peut-être, l'ambitieuse Madame de Breucq ? Après tout, l'héritage lui revient ? Un concurrent ? A moins que la clef de l'énigme ne se trouve dans les faubourgs parisiens chez les Apaches, ces titis parisiens qui jouent du couteau comme d'autres jouent en bourse ? L'homme avait une maîtresse aussi, à ce qu'on raconte…Axelle Valencourt, belle comme une sylphide, posait pour Alfons Mucha et sert aujourd'hui de modèle à un jeune bohème romantique. Celle dont la grâce illumine Montmartre et ses ateliers les moins cossus a peut-être elle aussi une histoire à raconter… Ainsi Amaury Broyan est aux prises avec une enquête complexe, périlleuse ; une enquête qui se dérobe sous ses pas, glissante comme les pavés de la place du Tertre après la pluie… Rien ne lui sera épargné : ni les coups, ni les mensonges. Il devra pourtant faire la lumière sur le meurtre d'Alexandre de Breucq, quitte à plonger dans l'ombre… Et il est des salons et des hôtels particuliers sont le marbre et les dorures dissimulent plus de noirceur que les faubourgs…

J'ai eu pour cette bande-dessinée un coup de coeur comme je n'en avais pas éprouvé depuis longtemps. Je craignais qu'il s'en tienne à sa sublime couverture, hommage évident et magnifique à l'Art Nouveau et à son plus digne représentant -Alfons Mucha-, et à son titre poétique… Cela arrive parfois, ces livres dont on trouve si belle la couverture et qui nous déçoivent un peu quand on les ouvre. le coup de coeur n'est plus si beau alors… Avec « Automne en Baie de Somme », j'étais confiante pourtant eut égard à sa quatrième de couverture qui me promettait ma très chère Belle Epoque et Paris, Paris que j'aime tant… Et puis, une bonne enquête policière, dans un tel cadre, cela ne peut se refuser.

L'ouvrage de Philippe Pelaez et Alexis Chabert ne ressemblait vraiment à ce que j'en attendais, il m'a surprise et c'est sans doute mieux comme cela. Et puis, on ne peut pas nier les évidences : le livre m'a happée, littéralement.

Ce n'est pas tant pour son récit policier qui est somme toute assez banal et qui contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'est pas le coeur même de l'intrigue qu'il ravit, mais pour tout le reste : pour l'intelligence de son propos très, très engagé et ce qu'il dénonce à cors et à cris ; pour sa fin qui pourrait être choquante et qui pourtant ne l'est pas, qui se pare même des oripeaux de la beauté ; pour son cadre, son contexte sublime et passionnant ; pour le jeu de masques qui se danse sous nos yeux ; pour la beauté un peu tragique, un peu désespérée des personnages ; pour l'atmosphère sombre et mélancolique, poignante qui se dégage de l'ensemble et son romantisme aussi gracile que douloureux ; pour l'amour fou; pour le rêve et les contours un peu flous qui nimbent cette histoire ; pour sa poésie.

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Au petit matin, un voilier s'échoue sur une plage de la baie de Somme. A son bord un riche industriel parisien, mort, assassiné. Pour l'inspecteur Broyan, l'enquête va se poursuivre dans Paris de la Belle époque, entre milieu artistique et grande bourgeoisie.

Une enquête policière assez basique mais dont l'histoire traite de sujet beaucoup sérieux et qui fait écho à l'actualité. Sans le vouloir les auteurs collent avec ce qui se passe aux Etats-Unis : une nation dite libre et civilisée qui retire aux femmes le droit d'avortement. Ce sera-t-il le retour de cette terrible époque où les femmes risquaient leur vie pour une grossesse non désirée? A travers l'histoire personnelle de l'enquêteur, dont la fille s'est faite violée puis est décédée en faisant appel à une faiseuse d'ange, c'est toute la condition féminine d'une époque qui est critiquée. Ou même à travers la veuve, pas si éplorée que ça, qui va enfin pouvoir prendre les rênes de l'entreprise familiale car mariée elle n'était que la chose de son mari, rien de plus...

A travers ses sujets abordée avec sensibilité et douceur, ce sont aussi des personnalités féminines qui donnent vie à ce récit. La veuve de Breucq, femme de caractère voulant reprendre d'une main astucieuse l'entreprise de son mari et qui représente la haute bourgeoisie. Et la belle et sensuelle Axelle, modèle de Mucha, qui représente la vie d'artiste et de bohème en vogue à l'époque.

L'art de la Belle Epoque est mis à l'honneur ici. Alfons Mucha fait quelques apparitions dans l'histoire, le voit peindre sa fresque des quatre saisons dont Axelle est la muse de l'automne. Mais aussi à travers cette très belle couverture et ces ouvertures de chapitres tout aussi beaux. Tout dans les aquarelles des pages rappelle ce Paris Belle Epoque qui fait vibrer les ambiances tout en subtilité.

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Paris, XIXᵉ siècle, on retrouve dans un bateau au large le cadavre d'un homme d'affaire très fortuné et très aimé : Alexandre de Breucq. Il faut croire que ne sont pas courants les riches industriels socialistes. Sa femme reprend donc la tête de l'empire pendant que l'inspecteur Amaury Broyan, cigarette au bec, va tenter de retrouver le meurtrier. Il rencontre vite Axelle, modèle pour les artistes, mais surtout ancienne maitresse du mort.

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J'avais repéré cette bande dessinée, je ne sais plus trop où, mais j'avais vraiment envie de la lire.

Pour commencer, comme j'adore le dessin, je vais évidement parler de ça : J'ai passé tellement de temps sur les pages pour capter tous les détails des illustrations ! le style est un peu particulier, certains mettrons peut-être un peu de temps à s'habituer, mais moi, j'adore. Les contrastes entre le "beau" (les dessins de femmes sont particulièrement précis) et la mort, les ruelles sombres est incroyable. On se croirait dans les poèmes de Baudelaire… ! D'ailleurs, le livre en lui-même est assez poétique, rien que le titre « Automne, en baie de Somme », c'est intriguant. Personnellement, j'ai préféré les paysages et les décors à certains personnages. de plus, avec les couleurs qui prennent des tons d'aquarelle, le rendu est superbe.

L'intrigue aussi est bien construite : l'enquête tient debout et l'histoire de nombreux personnages est développée.

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Bref, une belle découverte :)

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Une goélette échouée en baie de Somme, ce n'est pas normal. Qu'on y trouve le cadavre d'un industriel connu et très apprécié l'est encore moins. Envoyé sur les lieux, l'inspecteur Broyan, de Paris, va mettre tout en oeuvre pour découvrir qui a pu s'en prendre à un homme aussi généreux et altruiste. Son seul indice : un nombre mystérieux écrit par la victime avec son propre sang.

Ce qui m'a attirée en premier lieu, c'est ce ravissant portrait de femme en couverture. J'adore l'Art nouveau et tout particulièrement Mucha. Mais aussi la Baie de Somme, un endroit paisible où j'aime me promener.

Si ce n'est dans les premières pages relatant la découverte macabre, il ne sera plus question de bateaux, de mer, de plage. Broyan mène l'enquête à Paris.

Assez vite, plusieurs fils vont s'entrecroiser, car l'inspecteur cherche aussi à venger sa fille.

L'histoire nous mène dans le grand monde : la veuve vit dans un splendide hôtel de maître, elle est suivie comme d'une ombre par un garde du corps et elle hérite des forges de Breucq. L'industriel « avait deux passions : la peinture et ses ouvriers ». Ceci nous entraîne dans l'atelier de Mucha qui sublime la beauté d'Axelle de Valencourt. Pour vivre, la jeune femme doit fréquenter le « Marché aux modèles Place Pigalle » où elle croise les « marchandes d'amour qui se vendaient à quelques pas de là » ou les « nymphes qui donnaient de la cuisse dans les maisons de société du Marais ». Mais on suit aussi les personnages sur la Butte Montmartre où toute une faune interlope se retrouve au Lapin agile et où le Sacré Coeur est encore en chantier ; dans des ruelles mal famées où des voyous jouent du couteau, dans les salons mondains, fréquentés par les élégants ou encore dans des sociétés secrètes où des aristocrates profitent de leur statut d'intouchables pour s'adonner aux pires turpitudes. On descendra même à la morgue.

J'ai toutefois trouvé l'histoire un peu confuse. C'est peut-être dû au fait que je ne l'ai pas lue d'une traite.

En revanche, j'ai admiré les dessins d'Alexis Chabert qui se glisse avec talent devant le chevalet de Mucha et rend hommage à ses modèles aux peaux diaphanes et aux chevelures opulentes.

La couleur est particulièrement délicate. Je dirais que c'est de l'aquarelle.

Si le découpage est plus ou moins classique au début, il va se diversifier et devenir très original au fil des planches : les incrustations sont multiples, la taille des vignettes varie, ainsi que les cadrages (gros plans, plans américains, plongée, contre-plongée...)

Une double page nous invite sur la Butte Montmartre de nuit. Sur le paysage en tons bleutés se découpent quelques personnages, quelques phylactères.L'atelier du peintre privilégie les poses sans cadre. Il y a aussi le cimetière en automne ou les planches de la Baie avec un bateau voguant tel le vaisseau fantôme. Les vignettes incrustées sont rondes, triangulaires, ovales ou en diptyque. de nombreux paysages sont seulement esquissés, comme entourés de brume, mais, à d'autres endroits, on reconnaît avec précision le cabaret du Lapin agile, les nombreux moulins qui peuplaient Montmartre, les monuments du Père Lachaise.

Le volume est divisé en trois parties, introduites par une planche entière qu'on croirait sortie du pinceau de Mucha. C'est très réussi et c'est le talent d'Alexis Chabert qui m'a le plus plu.

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Les personnages de Tintin

Je suis un physicien tête-en-l'air et un peu dur d'oreille. J'apparais pour la première fois dans "Le Trésor de Rackham le Rouge". Mon personnage est inspiré d'Auguste Piccard (un physicien suisse concepteur du bathyscaphe) à qui je ressemble physiquement, mais j'ai fait mieux que mon modèle : je suis à l'origine d'un ambitieux programme d'exploration lunaire.

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