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EAN : 9782707175472
320 pages
Éditeur : La Découverte (01/08/2013)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Trop souvent les historiens ont dépeint la période 1945-1968 comme une période de consensus sur la "modernisation" (une catégorie rarement interrogée), sur l'expansion économique orchestrée par l'Etat et sur les bienfaits des "progrès" scientifique et technique. Portée par la croissance, absorbée par "les choses" (Georges Perec), en marche vers une civilisation des loisirs et de la consommation, la population française aurait joyeusement embrassé, jusqu'au tournant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
de
  05 septembre 2014
Les implications sociales et environnementales de la modernisation technico-industrielle du capitalisme des « Trente glorieuses »
Quelles furent dans le passé proche les réactions et les réflexions sur nos relations à l'environnement ? Pourquoi une telle occultation des critiques et des débats ? L'histoire écrite par les « vainqueurs », par les institutions et beaucoup de scientifiques ne rend compte ni de la complexité du passé, ni des choix ni de leurs raisons politiques. Elle masque de plus les bifurcations, les non-advenus possibles.
« ce livre propose une nouvelle histoire des décennies d'après-guerre en portant son attention sur les alertes et luttes environnementales, et plus généralement sur les signaux faibles de la critique des « dégâts du progrès » avant 1968 ».
Progrès et développement, leitmotiv, mantra ou hochet dépolitisant, cette fantasmatique « flèche du temps » orientée vers un « avenir forcément plus radieux » semble indiquer une seule voie, un seul avenir, un seul possible… Reconstruction, guerre froide, mutations économiques et techniques… « Et l'idée de progrès qui sous-tendait cette mutation n'a pas pour autant été acceptée et partagée par tous, à toutes les échelles où la technique devait transformer le social. Bien des mobilisations, bien des silences et des isolements, bien des distanciations critiques ou artistiques sonnèrent la « complainte du progrès ». Bien des inquiétudes, contestations et controverses, sur les enjeux environnementaux, sanitaires et humains du modèle dominant de « modernisation », ont émaillé la période, préparant ainsi la montée en généralité d'une critique plus massive après 1968 ».
En introduction, Céline Pessis, Sezin Topçu, Christophe Bonneuil indique aussi : « cet ouvrage entend libérer le regard historien du cadrage discursif des acteurs « modernisateurs » dominants dans lequel il s'est trouvé pris dès l'immédiat après-guerre, et dont on trouve encore bien des traces, des schèmes de pensée ou, au contraire, des angles morts dans l'historiographie récente ».
Elles et il proposent quatre chantiers : « remettre à la bonne distance analytique la geste modernisatrice », « réintégrer dans le récit historien les effets secondaires du modèle de développement adopté après 1945 », « redonner voix aux alertes sur les « dégâts du progrès », aux controverses et conflits autour de la modernisation », « mieux comprendre le gouvernement de la critique, c'est-à-dire les discours, instruments et stratégies qui ont maintenu ces critiques dans les marges ».
Les auteur-e-s abordent, entre autres, « les externalités du modèle de développement » (l'usage du terme « externalité » devrait être laissé aux pensées mécaniques), la nouvelle époque géologique « Antropocène » (voir sur ce sujet : Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz : L'événement anthropocène. La Terre, l'histoire et nous, Seuil 2013), les choix technico-économiques et leur difficile réversibilité, les récits naturalistes ou progressistes, les « dégâts du progrès », des luttes, des débats variés…
De cet ensemble fort riche, je ne présente que certains points des deux premiers articles.
Les « trente glorieuses » ne le furent pas pour toutes et tous, et nous n'avons pas fini de comptabiliser les ravages et leurs conséquences sur la santé et le bien être des populations… « Trente glorieuses » et/ou « trente ravageuses ».
Christophe Bonneuil et Stéphane Frioux parlent des flux de matières et d'énergie dissipés, d'impacts et d'involutions environnementales, de « production de l'ignorance », de modèle urbain spécifique, d'empreinte majeure des nouveaux contenus chimiques et énergétique, des « choix explicites en faveur du déplacement individuel aux dépens du service de transport collectif », du système agro-alimentaire (« les français « mangent » du pétrole »), de la baisse de l'espérance de vie en bonne santé, des déchets « moins biodégradables ou plus toxiques », des milieux aquatiques, de pollution de l'air, de gaz et de pétrole, d'éco-rationalité… Ils indiquent, entre autres, que « la perspective historiographique la plus féconde et passionnante qui s'ouvre avec une telle histoire des métabolismes de la « modernité » d'après-guerre, c'est celle de l'exploration des articulations entre la temporalité historique courte de trois petites décennies et la temporalité longue de la terre et de cette nature que les humains avaient tendance à considérer comme un cadre extérieur et impavide, sans fin et sans fond ».
Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige rappellent que « l'expression « révolution industrielle » a d'abord une fonction politique ». Ils soulignent la « nouvelle théodicée productiviste mesurant le progrès du genre humain à l'aune de la production », la naturalisation des notions de « économie nationale », « croissance économique », l'oubli des dimensions systémiques, des bifurcations possibles, des contingences, des possibles non advenus…
Ils parlent aussi du « refus de prendre en compte la mesure de la crise environnementale »…
Sommaire :
Introduction : Christophe Bonneuil, Céline Pessis et Sezin Topçu : Pour en finir avec les « Trente Glorieuses »
I : de la geste modernisatrice
Christophe Bonneuil et Stéphane Frioux : Les « Trente Ravageuses » ? : L'impact environnemental et sanitaire des décennies de haute croissance
Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige : L'histoire et l'idéologie productiviste : les récits de la « révolution industrielle » après 1945
Régis Boulat : Jean Fourastié, apôtre de la productivité : dire et administrer le progrès
Stéphane Frioux : La pollution de l'air, un mal nécessaire ? : la gestion du problème durant les « Trente Glorieuses »
Loïc Vadelorge : le Grand Paris sous la tutelle des aménageurs ? : planification des usages, critiques et résistances dans les années 1960
Céline Pessis : La machine au secours de l'Empire colonial ? : la mécanisation de l'agriculture et ses détracteurs en Afrique tropicale française
Gabrielle Hecht : L'Empire nucléaire : les silences des « Trente Glorieuses »
II / Des résistances au « progrès » et de l'art de les marginaliser
Sezin Topçu : Atome, gloire et désenchantement : résister à la France atomique avant 1968
Gabrielle Bouleau : Pollution des rivières : mesurer pour démoraliser les contestations : des plaintes des pêcheurs aux chiffres des experts
Renaud Bécot : Les germes de la préoccupation environnementale dans le mouvement syndical : sur les rapports entre syndicalisme et productivisme
Patrick Marcolini : Les situationnistes face à la modernité technique et au capitalisme : une avant-garde entre romantisme et modernité
Kristin Ross : La critique de la vie quotidienne, Barthes, Lefebvre et la culture consumériste
Christian Roy : Charbonneau et Ellul, dissidents du « progrès » : critiquer la technique face à un milieu chrétien gagné à la modernité
Hier le mot magique était « productivité », aujourd'hui domine celui de « compétitivité ». Un ou des mots pour refuser le débat et les choix démocratiques sur tous les sujets, dont ceux incontournables de la propriété privée lucrative, de l'accaparement par une minorité et de la satisfaction des besoins (non réductibles aux marchandises) vitaux pour toutes et tous.
Bien d'autres entrées seraient nécessaires, les aspects contradictoires des pratiques syndicales me semblent sous-estimées, la place du nationalisme dans les politiques du PCF pour « la reconstruction » ou la défense du nucléaire mériterait une analyse particulière, les analyses autour du « fétichisme de la marchandise » sont omises, les apports des féministes non abordées, etc… Quoiqu'il en soit, un livre utile pour rompre avec les constructions forgées par les technocrates et l'industrialisation capitaliste réellement existante, les pensées de l'accumulation et de l'infini, les illusions sur le « progrès »… Les « trente glorieuses » ne furent pas un « âge d'or », ni pour les salarié-e-s, ni plus généralement pour les populations dans leurs relations avec l'environnement.
Revenir sur chaque mythe dépolitisant, réexaminer les critiques et les autres possibles restent une nécessité, pour élaborer démocratiquement des solutions alternatives.
Lien : https://entreleslignesentrel..
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critiques presse (2)
NonFiction   13 juillet 2016
[...] il a l’immense mérite de pousser le lecteur le plus ignare en la matière – et nous pouvons être nombreux en France à nous reconnaître ainsi – vers des références internationales [...]
Lire la critique sur le site : NonFiction
Liberation   15 octobre 2013
L’intérêt du livre est d’abord de mettre en cause ce productivisme acharné, mais il est aussi dans son refus d’accepter l’idée largement partagée que la population française dans son ensemble aurait «joyeusement embrassé un modèle de société industrielle et technologique».
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
dede   05 septembre 2014
Et l’idée de progrès qui sous-tendait cette mutation n’a pas pour autant été acceptée et partagée par tous, à toutes les échelles où la technique devait transformer le social. Bien des mobilisations, bien des silences et des isolements, bien des distanciations critiques ou artistiques sonnèrent la « complainte du progrès ». Bien des inquiétudes, contestations et controverses, sur les enjeux environnementaux, sanitaires et humains du modèle dominant de « modernisation », ont émaillé la période, préparant ainsi la montée en généralité d’une critique plus massive après 1968
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dede   05 septembre 2014
la perspective historiographique la plus féconde et passionnante qui s’ouvre avec une telle histoire des métabolismes de la « modernité » d’après-guerre, c’est celle de l’exploration des articulations entre la temporalité historique courte de trois petites décennies et la temporalité longue de la terre et de cette nature que les humains avaient tendance à considérer comme un cadre extérieur et impavide, sans fin et sans fond
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dede   05 septembre 2014
cet ouvrage entend libérer le regard historien du cadrage discursif des acteurs « modernisateurs » dominants dans lequel il s’est trouvé pris dès l’immédiat après-guerre, et dont on trouve encore bien des traces, des schèmes de pensée ou, au contraire, des angles morts dans l’historiographie récente
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dede   05 septembre 2014
redonner voix aux alertes sur les « dégâts du progrès », aux controverses et conflits autour de la modernisation », « mieux comprendre le gouvernement de la critique, c’est-à-dire les discours, instruments et stratégies qui ont maintenu ces critiques dans les marges
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