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EAN : 9782211221986
416 pages
Éditeur : L'Ecole des loisirs (02/09/2015)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Dès qu'elle avait attrapé la drôle de bête pour la glisser dans son sac, Linka avait su qu'elle allait s'attirer de gros ennuis. Depuis que l'on avait abattu tous les animaux du pays suite à l'épidémie de PIK3, toute personne en contact avec une vie non humaine devait l'éliminer ou la signaler à l'Agence Sanitaire. Non humaine, la bête l'était assurément, mais de quel animal s'agissait-il ? Même dans le vieux documentaires animaliers qu'on leur montrait à l'orphelin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Aryia
  29 novembre 2020
Après plusieurs années de « faux départs », l'heure du déménagement semble enfin avoir sonnée pour de bon : au moment où j'écris ces quelques lignes, cela fait une bonne dizaine de jours que nous enchainons remplissage de cartons sur démontage de meubles, intensivement, compulsivement presque. Jour après jour, la maison se vide de son âme de foyer pour se remplir de labyrinthes de cartons : c'est à la fois éprouvant, car c'est assez difficile de se dire que nous allons bientôt quitter « pour de vrai » cette demeure dans laquelle nous avons passé quatorze années de notre vie, et plutôt excitant, car nous allons enfin concrétiser un rêve datant de presque dix ans … Autant vous dire que je trouve rarement le temps et l'énergie pour me plonger dans un roman : chaque minute de notre journée est consacrée à ce déménagement imminent, et le soir, je n'ai plus la force de me concentrer sur quoi que ce soit. Il m'a donc fallu pas mal de temps pour venir à bout de ce magnifique petit roman, mais le côté positif, c'est que j'en ai amplement profité !
Comme tous leurs camarades de la 16ème Maison des Enfants, Linka et sa jeune soeur Oska ont perdu leurs parents au cours de la terrible épidémie qui déferla sur le monde quelques années auparavant. Entre les murs de cet orphelinat dirigé d'une main de fer par la terrifiante Mme Loubia, la jeune fille a bien souvent le sentiment d'étouffer : elle doit sans cesse veiller à ne pas laisser sortit les idées qui s'agitent dans ses pensées, s'assurer qu'elle ne laisse rien filtrer de la révolte qui grandit peu à peu en elle. Car Linka ne supporte plus le quotidien monotone et rigide de la 16ème Maison, elle rêve de spontanéité et de liberté, elle rêve d'inconnu et d'inattendu … Son rêve va être exaucé par la découverte d'une drôle de bestiole qui change de forme à volonté, et qu'elle décide de garder au mépris des règles et du danger. Mais l'apparition de Vive dans sa vie marque aussi le début de toute une série de bouleversements auxquels Linka, Oska et leur ami Milo n'étaient pas préparés …
Qu'il est difficile de trouver les mots justes pour parler de cette dystopie post-apocalyptique pas tout à fait comme les autres, qui n'hésite pas une seule seconde à sortir des sentiers battus pour nous offrir une histoire d'une beauté et d'une puissance à couper le souffle ! le postulat de base reste pourtant assez classique : une terrible épidémie propagée par les animaux qui décime un tiers de la population humaine, la réaction immédiate des autorités qui décident de noyer le poisson dans l'oeuf en abattant sans sommation tous les animaux pour stopper le virus, la mise en place d'une nouvelle société plus aseptisée pour rebâtir l'humanité … de la même manière, nous retrouvons le « cliché » de la jeune orpheline un peu rebelle qui refuse de se laisser endoctriner par la propagande bien-pensante de ses professeurs et éducateurs … Mais faites-moi confiance, au bout de quelques pages à peine, vous aurez complétement oublié que ce schéma a déjà été exploité à de nombreuses reprises auparavant : l'autrice a vraiment su sublimer ces codes du genre pour offrir à son lectorat un récit profondément innovant et poignant, original et génial.
Contrairement aux autres auteurs du genre qui se sentent souvent obligés d'en « faire des tonnes » pour poser le contexte du post-apocalyptique ou de la dystopie, en nous présentant tantôt un monde qui tombe totalement en déliquescence, tantôt une société si réglementée que cela en devient absurde, Alice de Poncheville a tout misé sur la sobriété, la simplicité, et cela rend ce récit autrement plus crédible, plus tangible. On s'y croit vraiment. Il n'y a qu'un tout petit pas à franchir pour passer de notre réalité à ce futur qui a tout de probable, de plausible, de possible. La surexploitation des terres agricoles pour alimenter l'élevage intensif, l'utilisation grandissante des produits phytosanitaires pour augmenter le rendement, les conditions déplorables dans lesquelles « vivent » et meurent les animaux d'élevage … Voilà ce qui est à l'origine de l'effondrement dépeint dans cet ouvrage, et c'est quelque chose que nous n'avons pas besoin d'imaginer car nous savons tous pertinemment que c'est la sombre réalité de notre monde, une vérité que l'on tente pourtant à tout prix d'oublier pour ne pas avoir à changer nos habitudes. Mais viendra un jour où nous n'aurons plus le choix : c'est dans la douleur que s'opérera ce bouleversement, et il sera bien plus radical. Ce futur, c'est le nôtre. Dans un avenir pas si lointain que cela.
Et la petite Oska, la jeune Linka, le jeune Milo, c'est toi et c'est moi, ce sont nos enfants ou les enfants de nos enfants : des gamins qui portent sur leurs frêles épaules d'orphelins les erreurs des générations passées, nos erreurs également. Dans ce futur, ce ne sont plus les animaux qui s'entassent dans des bâtiments insalubres, sans jamais voir la lumière du jour, ployant sous la crainte de recevoir un coup s'ils n'avancent pas assez vite. Dans ce futur, ce sont les enfants qui se massent dans des centaines d'orphelinats, à l'emploi du temps implacable et intenable, où le moindre écart est sévèrement puni et où la moindre incartade est durement réprimée. Ces orphelins, ces moins que rien, sont destinés à alimenter le système, à se payer les sales boulots pour que les privilégiés puissent continuer à vivre dans leur petit cocon confortable … Provoquant parallèle avec ces bestiaux nourris aux hormones de croissance pour finir plus rapidement dans notre assiette et faire tourner l'économie. Pauvres innocents, pauvres bêtes et pauvres enfants, qui se confondent progressivement au fur et à mesure que nous découvrons ces fameux enfants sauvages du titre …
Car les enfants sauvages, ces Déserteurs qui ont fui le système pour se réfugier dans les forêts où vivent encore en secret quelques écureuils, quelques oiseaux ayant réussi à échapper à l'abattage systématique, nous rappellent à quel point nous avons besoin des animaux et à quel point ils ont besoin de nous. Ils nous réapprennent cet équilibre brisé, cette harmonie rompue. Ils nous inventent à retrouver cet émerveillement face à l'envol d'un moineau, ce ravissement face au sautillement d'un lièvre, cet enchantement face à la vie qui danse dans le regard de n'importe quel animal. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, alors même que la pauvre Linka lutte contre le reconditionnement, alors même que la pauvre Oska se retrouve seule au monde, alors même que le pauvre Milo hésite à tourner le dos à l'ordre bien établi, c'est un roman incroyablement lumineux que nous offre l'autrice. C'est une petite étincelle d'espérance au milieu de la nuit de la peur, c'est l'insouciance enfantine qui se dresse face à l'intransigeance des adultes. C'est par la douceur qu'Alice de Poncheville délivre son message, bien plus que dans la violence … et croyez-moi, c'est autrement plus porteur !
En bref, vous l'aurez bien compris, j'ai tout simplement été subjuguée par ce récit profondément poignant, admirablement émouvant, et particulièrement prenant. Avec beaucoup de délicatesse et de simplicité, de tendresse et de sobriété, l'autrice nous fait vivre une aventure bouleversante dont on ne ressort pas tout à fait indemne. C'est une histoire qui coupe le souffle, qui nous serre le coeur, qui nous tire les larmes aux yeux. C'est une histoire désarmante, saisissante, touchante, qui ne peut pas laisser indifférent. Car ce n'est pas seulement une histoire, c'est aussi une lettre d'amour envers le monde animal qui souffre de la folie des hommes, une lettre d'excuse à destination de notre terre mutilée par notre démesure et une lettre d'espoir et de courage pour les générations à venir incarnées dans le lecteur. C'est un livre qui nous rappelle que l'essentiel n'est pas toujours là où on le pense, qu'il peut se cacher dans les toutes petites choses oubliées. C'est un récit qui m'a vraiment beaucoup émue, un récit très beau et profond magnifié par une plume très riche et poétique. Un vrai coup de coeur, que je conseille sans la moindre restriction : c'est une vraie merveille qui devrait vraiment être lue par le plus grand nombre !
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AnnadeSandre
  27 janvier 2016
J'ai découvert l'écrivaine Alice de Poncheville il y a une poignée d'années dans un salon du livre. je ne sais plus si je m'y trouvais en tant qu'auteure invitée ou bien si j'aidais là des libraires à "tenir le stand", mais je me souviens bien de ma rencontre avec elle, Alice.
Avez-vous déjà eu un coup de foudre sur un prénom, un port de danseuse, une voix grave, un pli nasogénien ? Moi, oui. Un coup de foudre prémonitoire. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je me suis emparée mécaniquement des livres en majesté sur les piles et je suis rentrée à la maison avec quatre ou cinq de ses oeuvres. Que je me suis empressée d'oublier par manque de temps puis par manque de visibilité car j'ai la manie de ranger au fur et à mesure les livres que j'achète dans les rayonnages de ma bibliothèque pour le plaisir de fureter avant de les retrouver. (Quoi ? oui, bien sûr que je lui ai parlé. Mais la timidité me faisant souvent imiter le cri de la patate écrasée, mes rares grommelots se sont écrasés au sol.)
Ses livres, donc, disais-je, sont restés à l'auberge de la tranche tournée pendant quelques mois. C'est en cherchant une nouvelle lecture à démarrer que je suis tombée à nouveau sur ses livres issus des collections Mouche, Neuf et Medium de l'École des Loisirs. Je lis le premier : enchantement. le second : jubilation. Et ainsi de suite. Nom de Dieu, mais quelle ânesse je faisais ! j'avais un trésor à domicile et ne le savais pas. Je détenais un magot à mon insu et je pouvais y accéder sans carte ni pendule.
C'est d'autant plus précieux pour moi que je suis affligée d'un handicap : la littérature jeunesse du XXIème siècle me parle moyennement. Je devrais sans doute le dire de façon moins abrupte, mais c'est la vérité, et c'est autant ennuyeux que pour un musicien de souffrir de misophonie. du coup, ces livres me font tous globalement le même effet et j'ai l'impression d'y trouver toujours les mêmes thèmes de société avec les mêmes éléments langagiers et la même syntaxe. Les phrases sont courtes avec à peine assez de place à l'intérieur pour un "sujet-verbe-complément", le temps de narration est systématiquement au présent de l'indicatif, et il faut croire que les petits lecteurs d'aujourd'hui sont plus égocentrés que leurs aînés, puisque les éditeurs semblent affirmer avec leurs publications que cette jeune génération comprend le sens d'un texte uniquement si le personnage principal est désigné par un pronom personnel à la première personne du singulier. "Je m'appelle Machin.e. J'ai 7/9/12 ans. Mon petit frère a un cancer. Maman fait des ménages pour compléter son R.S.A. Papa a un petit copain. Ma prof a une haleine de poney. Je pète des fois sous la douche et mon meilleur ami veut monter un bar à sushis en Pennsylvanie. Miroir, mon beau Narcisse... Je caricature, certes, mais vous voyez de quoi je parle.
Heureusement, par intermittence, je m'enivre de bonheur en lisant des exceptions comme Éric Pessan, Marie Chartres, Olivier de Solminihac, Florence Seyvos, Nathalie Kupermann, Christian Oster et, donc, Alice de Poncheville.
Poncheville a une écriture naturaliste, poétique et musicale. En France, nous avons deux catégories d'écrivains qui fusionnent peu souvent : celle des conteurs et celle des stylistes. Comme si les fées se montraient parcimonieuses au-dessus de leur berceau à la naissance de leurs tapuscrits. Poncheville, elle, n'a pas reçu le don. Elle est née avec. Magicienne, guérisseuse, sourcière, ses potions et ses formules font mouche dans "Mon Amérique", "Je suis l'arbre qui cache la forêt" ; "La fille du loup maigre" ; "Le hêtre vivant" ; "Le don d'Adèle", etc.
Son dernier roman, Nous, les enfants sauvages, trouve le moyen d'être encore mieux abouti. C'est l'histoire d'enfants perdus, d'orphelins, thème que l'on a adoré lire sous les plumes d'un Dickens ou d'un James Matthew Barrie au siècle dernier. Les enfants de Poncheville pourraient leur ressembler, mais ils sont du XXIème siècle et par conséquent ils évoluent dans une dystopie écologique car voyez-vous, ils doivent se colleter avec les problématiques de leur époque.
Voici le synopsis proposé sur le site de sa maison d'édition :
"Une fois la drôle de bête glissée dans son sac, Linka songea qu'elle allait peut-être s'attirer de gros ennuis. L'article 1 était explicite : toute personne en contact avec une vie non humaine devait l'éliminer. C'était ainsi depuis que l'épidémie de PIK3 avait décimé la population et provoqué l'abattage de tous les animaux du pays.
Non humaine, la bête l'était assurément, mais de quel animal s'agissait-il ? Même dans les vieux documentaires animaliers qu'on leur montrait à l'orphelinat, Linka n'avait jamais croisé ce drôle de poisson aérien qui changeait de forme à volonté. Elle l'avait appelée «Vive » et, malgré la surveillance constante dont elle faisait l'objet, la jeune fille était parvenue à la cacher.
Avec Vive à ses côtés, Linka se sentait étrangement plus forte et capable d'affronter les menaces qui l'entouraient : Mme Loubia et le professeur Singre, prêts à« reconditionner » Linka au moindre faux pas ; les Brigades vertes et les Fantassins, toujours à l'affût des déserteurs et des rebelles ; et ce mystérieux Docteur Fury, un vagabond qui cherchait à récupérer Vive…"
L'auteure menace le lecteur d'un avenir très plausible. Par conséquent, il s'approprie immédiatement l'histoire de Linka en la faisant sienne page tournée après page tournée. Cette histoire a commencé "dans le aujourd'hui" du lisant et la catastrophe se produira "dans son demain". Ce texte est politique dans le sens étymologique du terme, écologique et délicieusement subversif. Il est un appel discret à la désobéissance et à la révolution par la jeunesse.
L'agroalimentaire, les élevages intensifs et les phytosanitaires ont conduit par les abus délétères des entreprises et de l'État à la propagation d'un virus qui a décimé la population. le gouvernement a fait enfermer les orphelins dans des Maisons des Enfants numérotées et décimer toute vie animale pour endiguer la contamination. de nouveaux emplois ont été créés pour s'adapter à cette destruction massive.
Les enfants sont dressés à obéir sans esprit critique, sans culture, sans mémoire, sans histoire, sans amour. Il faut toute la douceur et la pudeur de la plume de Poncheville pour en être bouleversé sans qu'elle ait recours à l'hyperbole ou d'autres formes de démonstration excessives, ce qui empêche le lecteur de mettre une distance et l'implique corps et âme dans cette magnifique aventure qui est aussi un précieux roman d'apprentissage.
Linka, en rencontrant Vive (= vivere), va découvrir sa part animale et la force et le potentiel de tous les animaux. Elle va commencer à désobéir puis à entrer en résistance depuis l'intérieur, sans savoir que des groupes souterrains ont démarré la révolte en organisant une société parallèle qui ouvre les yeux des enfants se joignant à eux.
"Tandis que Linka reprenait son souffle, Vive frissonna, fit volte-face et vint se coller dans le dos de Linka. Une chaleur étonnante coula alors le long de sa colonne vertébrale puis dans tous ses os, jusqu'au bout de ses mains et de ses pieds. Sa vision changea brutalement, les herbes grossirent, les mouches quadruplèrent de volume, le pré sembla s'élargir. Ses membres prirent une force qu'elle ne soupçonnait pas. Son cou bougea puissamment comme l'encolure d'un cheval. L'air pénétrait dans ses narines, les transformant en naseaux frémissants. Linka huma les odeurs variées des herbes, toutes plus délicieuses les unes que les autres. Les muscles de ses cuisses se tendirent et, d'une détente, ils la propulsèrent à deux mètres. Linka frémissait comme un cheval, pensait comme un cheval, elle était même tout entière devenue cheval. Un cheval longtemps endormi sous sa peau s'éveillait dans son corps de jeune fille. (p.114-115)"
Sa petite soeur Oska est de ceux-là, qui va rejoindre un groupe de résistants et exprimer pleinement son goût pour la flore et ses vertus thérapeutiques. Leur ami Milos, troisième héros et témoin de cette histoire, est le personnage que Poncheville a affligé du conflit de loyauté digne de ceux que vivent tous les enfants. Il tardera à ouvrir les yeux et c'est son héritage familial avec son lot de "vérités" qui l'aideront à faire des choix et à prendre sa place.
L'importance de connaître L Histoire et de connaître son histoire, la transmission par les anciens (avec leur éthique et leur secours), savoir d'où l'on vient et partant de là quels choix opérer est également un des moteurs et une des clés de ce roman dont le suspense et les aventures intimes aussi bien que politiques des trois jeunes héros raviront aussi bien les adolescents que les adultes.
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beamag87
  15 septembre 2015
Voilà une dystopie qui a su sortir des sentiers battus.
Ici, bien sûr, toujours des adolescents et même des enfants, mais la lutte qu'ils vont mener n'est pas armée. ( On est loin des Hunger Games et autres Divergente qui par ailleurs sont plutôt très bons)
C'est leur idéologie en partie fondée sur le respect de la nature et de la vie animale qui leur permettra de se relever du monde anéanti dans lequel ils vivent.
J'ai trouvé à ce roman des allures de conte des temps modernes. Les personnages sont attachants et l'écriture m'a complètement séduite.
Vous l'aurez compris, je me suis régalée!
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4e6_clauzades2016
  14 avril 2017
Fascinant. Pour moi, ce livre l'est vraiment.
Tout d'abord, on plonge dans un monde qui nous semble invivable, dépourvu d'animaux, strict et très moderne, semblable à une véritable dystopie. L'hygiène doit être irréprochable, les quelques oiseaux restants éradiqués, afin d'échapper à l'épidémie de PIK3, qui a fait tant de morts. Malheureusement, les parents de Linka en font partis. Ils n'ont pas survécu à l'épidémie dévastatrice, c'est pourquoi Linka vit désormais dans un orphelinat avec sa petite soeur Oska. Dans cet établissement, appelé la 16e Maison des enfants, la vie n'est pas simple, notamment avec Mme Loubia, la perfide directrice, ainsi que les emplois du temps invivables des enfants et les horaires très précis à respecter à la lettre sous peine d'être lourdement sanctionné. Linka est contrainte de vivre dans cet espace clos, d'où elle sort uniquement pour se rendre à l'école, et où elle doit toujours rentrer bien à l'heure. Sa vie à l'orphelinat est semblable à celle d'un animal en cage, d'un poisson rouge tournant en rond depuis des années dans son minuscule aquarium dépourvu de décorations, seul et triste.
Un jour, pourtant, Linka désobéit en se rendant en lieu décrété interdit : le chantier de l'ancien zoo. En effet, durant une heure libérée grâce à l'absence de son professeur de sciences appliquées, elle se rend clandestinement au chantier, piquée par la curiosité. Là-bas, elle fait une découverte étonnante : une sorte de poisson aérien capable de se transformer, qu'elle nomme Vive et qu'elle décide bien malgré elle de ramener à l'orphelinat, bien caché dans son sac. Et c'est ainsi que commence la folle aventure de la jeune fille et de l'animal, tous deux liés par une force indicible et mystérieuse.
Avec Vive à ses côtés, Linka se sent plus forte, plus apte à affronter la terrible Mme Loubia, et tous les autres nombreux nuages gris qui obscurcissent sa vie. Maintenant, il ne reste plus qu'à protéger l'animal de l'extérieur et du personnel de l'orphelinat, car, si on la découvrait, Linka aurait de gros ennuis…
J'ai apprécié ce livre, tout simplement parce qu'il sort de l'ordinaire. A peine l'a-t-on commencé que l'on plonge déjà dans l'univers sombre de l'orphelinat avec la machiavélique Mme Loubia et la vie monotone et morose des orphelins, ainsi que le monde triste et sans vie où réside Linka. Et, dès la fin du premier chapitre, celle-ci découvre la bête merveilleuse, point de départ de toute l'histoire, qu'elle nomme Vive. L'action a déjà débuté. S'enchaînent ensuite péripéties, suspense, dangers et angoisse. J'adhère notamment au fait qu'on ne découvre la situation du monde de Linka seulement petit à petit, au fur et à mesure qu'on progresse dans l'histoire. On décèle toujours de nouvelles contraintes, de nouveaux personnages symboliques tels que les Fantassins et les Brigades vertes qui, finalement, n'apparaissent pas si tôt que cela ! C'est grâce à ces péripéties et ces bribes de descriptions qui naissent chacune au fur et à mesure de l'histoire que ce livre est attrayant. de plus, le narrateur extérieur au récit et le point de vue omniscient permettent de passer d'un personnage à l'autre de manière régulière, et d'en apprendre un peu plus sur chacun d'eux, ce qui évite ainsi de nous lasser, et qui atténue parfois le suspense. J'avoue néanmoins m'être parfois un peu ennuyée à certains passages, lorsque l'auteur faisait durer un événement ou demeurait longtemps sur un même personnage. Mais, généralement, ce livre m'a plu, d'autant plus que la fin, contrairement à la plupart du temps, n'est pas insuffisante à mon goût. Elle laisse à la fois une pointe de joie et un soupçon de tristesse, avec une pincée de suspense afin de rendre le tout bien hétérogène mais agréable.
Voilà, vous savez tout.
Laura
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Nadael
  28 octobre 2015
Profitant de l'absence d'un professeur, Linka se promène sur le chantier d'un ancien zoo, à proximité de l'orphelinat, échappant à l'habituelle surveillance des gardes. Les animaux qui ont foulé ce sol autrefois ont tous disparu aujourd'hui. Suite à une épidémie, apparemment transmise à l'homme par les animaux, ces derniers ont été éradiqués de la surface de la terre – hormis les rats et quelques insectes –. Quant aux oiseaux, difficilement atteignables, des chasseurs d'élites sont chargés de les exterminer (un métier très prisé!). Ce terrible fléau a tué les parents de Linka et d'Oska sa petite soeur. Depuis la catastrophe, les soeurs vivent dans un gigantesque orphelinat composé d'une centaine de maisons. Lieu hautement sécurisé, aseptisé et organisé, les enfants ont peu de liberté, leur vie étant réglée, codifiée, uniformisée, leur avenir sans surprise, tracé d'avance.
C'est au milieu des gravats que Linka découvre une chose non humaine. Grisâtre, de forme plate, elle remue. Un animal, sans doute mais lequel ? On dirait un poisson, mais le voilà qui vole... et qui change de forme, à l'envie... Linka fait quelques pas en arrière, la drôle de bête la suit... Elle l'emmènerait bien avec elle, mais cacher un animal lui ferait courir un grand risque... Sans réfléchir plus longtemps, la jeune fille glisse l'étrange animal dans son sac et prend le chemin de l'orphelinat.
Elle ne le sait pas encore mais sa vie ne sera plus jamais comme avant. Vive, puisque c'est ainsi qu'elle nomme cette bête, va lui apporter tout d'abord de la chaleur et de la douceur mais bien plus encore. Sa présence va l'éclairer sur son environnement, la pousser à se poser des questions sur sa condition, lui permettre d'agir selon sa propre volonté. Avec sa soeur et ses amis, Linka va lutter pour la liberté et la vérité et apprendre à connaître la nature et ses habitants, jusqu'ici diabolisés par la directrice de l'orphelinat et ses sbires.
N'étant pas une grande lectrice de dystopie, j'ai été embarquée par l'histoire, un hymne à la nature et la responsabilité des hommes vis-à-vis d'elle, par ses personnages volontaires et courageux, par l'écriture d'Alice de Poncheville, poétique voire philosophique – malgré quelques longueurs –. Un roman qui suscite la réflexion en invitant le lecteur à poser un regard critique sur les idées et les gestes de l'être humain sur la planète.
Lien : https://lesmotsdelafin.wordp..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
NadaelNadael   28 octobre 2015
« Elle tenta d'imaginer à quoi ressemblait l'époque où l'on consommait de la viande. Tuer des animaux pour les manger lui paraissait d'une violence inouïe. Cependant, elle prit subitement conscience d'un paradoxe : aujourd'hui, on ne les tuait plus, mais ils n'existaient plus. Valait-il mieux qu'ils existent, bien que ce fût pour être mangés ? Un autre paradoxe la fit réfléchir : depuis la disparition des animaux d'élevage, l'air était beaucoup plus sain. Il fallait se rappeler qu'avant l'arrivée du PIK3 la pollution liée à l'élevage des bêtes et à la culture de leur nourriture dépassait de loin la pollution des voitures et des usines. C'était un fait. Mais la vie... Linka se demanda si l'on ne pouvait pas trouver un moyen de laisser la place aux animaux, à la vie même, sans rien lui demander en échange. »
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beamag87beamag87   14 septembre 2015
Milo aurait peut-être des réponses après-demain, au moment de la rentrée. Peut-être, toujours peut-être... La colère lui soufflait qu'il aurait uniquement les réponses qu'on voudrait bien lui donner. Tout était biaisé. Il n'avait rien voulu voir. Il se sentait lâche.
Linka lui apparut, frêle et droite devant un décor d'apocalypse. Le courage, c'était ça, opposer sa fragilité à la laideur du monde. Il s'était évertué à ne rien comprendre.
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NadaelNadael   28 octobre 2015
« Il ouvrit le dossier remis par Lapraze et découvrit l'écriture de sa mère qui courait sur des pages et des pages. De petites boucles aiguës, régulières comme un fil de laine détricoté. La graphie, avant les mots, le subjugua. Elle était vivante, pleine de ressort. Il se mit à imaginer la main de sa mère qui écrivait. Une main sûre qui suivait avec confiance le fil de la pensée. Cette main l'avait caressé, consolé. Il suivit le bras, l'épaule, le cou, jusqu'au visage. Olga était assise là, assise à une table, lègèrement penchée sur sa feuille. Lui, enfant, dormait à côté, dans la petite chambre aux murs bleus. Ils étaient en vie, ils s'aimaient. Pendant un bref instant, Milot ressentit un bonheur intense car la mort n'avait plus aucune emprise sur lui. »
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HimbereisHimbereis   27 août 2016
 - Il ne faudrait jamais rien dire des idées qu'on a dans la tête, dit Milo.
- Pourquoi ? Les idées ne sont que des idées, lui répondit Linka.
- Je rêve parfois que la ville prend feu, murmura Oska. On part tous vivre dans la forêt. Et il y a des oiseaux. Ils mettent longtemps à venir nous voir parce qu'ils ont peur. Et puis un jour, ils se posent sur les toits de nos cabanes. C'est mal ?
La bouche d'Oska tremblait. Elle racontait son rêve comme on avoue un crime.
- Personne n'interdit les rêves, dit Linka.
- Mais les rêves, c'est comme des idées, répliqua la petite.
- Personne n'interdit les idées non plus. Ils veulent juste te faire croire que tu ne dois pas avoir d'idées. Surtout des idées différentes des leurs. Mais ça aussi, c'est juste une idée.
Avec Linka, ils avaient eu cette discussion de nombreuses fois. Ils étaient d'accord. Avoir des idées était leur passe-temps favori ; les échanger leur permettait de comprendre le monde, d'échafauder un avenir ou encore de relâcher les tensions. Il y avait sûrement de mauvaises idées, mais on les contrait avec des bonnes. Interdire les mauvaises idées, au fond, c'était interdire de penser.  p.55-56
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NadaelNadael   28 octobre 2015
« La forêt nourrissait les enfants, faisait leur éducation. Elle les gardait à l'abri sans dire un mot, sans aucune intention de les trahir. Elle possédait un coeur préservé, caché entre les arbres, parcouru de centaines de chemins odorants laissés par les animaux, comme autant de veines transportant la vie. »
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Video de Alice de Poncheville (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alice de Poncheville
Du 3 au 6 novembre 2016 - Pays Voironnais Invités d'honneur : Gaëlle Josse et Olivier Tallec Invités : Thomas Baas, Fred Bernard, Arno Bertina, Emile Bravo, Delphine Chedru, Cécile Coulon, Alice de Poncheville, Béatrice Fontanel, Pascale Gautier, Guillaume Guéraud, Antoine Guilloppé, Céline Lapertot, Mathieu Larnaudie, Régis Lejonc, Gaëlle Nohant, Xavier-Laurent Petit, Paola Pigani, Yann Rambaud, François Roca, Joy Sorman Auteurs régionaux et locaux : Arielle Alby, Corinne Bourrillon, Paul Giraudi, Alain Graz, Elyane Guillaud-Rollin, Sylvie Lainé, Jean-Philippe Landru, Li-Cam, Lou-Jan, Serge Revel, Fabienne Swiathly, Ghislaine et David Trouilloud
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Nous, les enfants sauvages

Qui est Oska par rapport à Linka ?

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