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EAN : 9782348045882
144 pages
Éditeur : La Découverte (16/01/2020)
4.11/5   19 notes
Résumé :
Dominer le monde, exploiter ses ressources, en planifier le cours… Le projet culturel de notre modernité semble parvenu à son point d’aboutissement : la science, la technique, l’économie, l’organisation sociale et politique ont rendu les êtres et les choses disponibles de manière permanente et illimitée.
Mais alors que toutes les expériences et les richesses potentielles de l’existence gisent à notre portée, elles se dérobent soudain à nous. Le monde se refer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
PGilly
  20 mars 2020
Hartmut Rosa alterne le développement de concepts autour d'une idée maîtresse - accélération, résonance - dans des études volumineuses et ardues, et leur substance clarifiée dans des ouvrages courts, enrichis d'illustrations concrètes puisées dans la vie quotidienne. Ici, il nous parle de l'impasse à vouloir rendre le monde prévisible et maîtrisable. Autrement dit à le rendre disponible le plus largement possible. Or la vitalité, le contact et l'expérience réelle naissent de la rencontre avec l'indisponible. Les amateurs de football ou de tennis, par exemple, assistent à un match parce que le résultat est incertain, même en cas de forces disproportionnées en présence. Si tout est prédictible, comme on essaie de nous le vendre, alors la vie n'a plus de sel.
À force de vouloir paramétrer le moindre de nos gestes, de nos actes, de nos contacts, nous transposons un désir de relation fondamental chez l'être humain en un désir d'objet. Et nous ne sommes pas plus avancés quand des paramètres physiques (pulsations, glycémie, nombre de pas) entrent en contradiction avec des paramètres nutritifs. En fait connaître, dominer, conquérir, rendre utilisable un max de disponible, nous coupe de notre corps, de nos sensations. Nous oublions de nous laisser aller à la résonance, phénomène qui ne peut être obtenu, ni empêché de manière certaine. La résonance, c'est être touché, être atteint intérieurement par il ou elle. Un émotion, un frisson, un regard, une voix vous animent par surprise. Rendre le monde indisponible, c'est amener du vivant, au lieu d'agresser la nature en la malmenant au nom de la croissance indispensable à l'élargissement de la disponibilité du monde.
Nous ne pouvons pas attraper un flocon de neige, il fond dans la main. Les averses de flocons sont imprévisibles, c'est pour cela que nous avons envie de voir la neige tomber, surtout à Noël.
Le sociologue allemand est un des grands penseurs critiques de la modernité. Sa conclusion pessimiste incite à mettre les bouchées doubles afin de laisser une place incontrôlée à l'incertitude de la rencontre.
Lien : http://cinemoitheque.eklablo..
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etiba
  15 mars 2020
L'auteur élabore sur son précédent ouvrage, Résonance, beaucoup plus riche et élaboré. Il pointe la contradiction entre une société tendue vers la maîtrise la plus complète possible du monde, et les conditions d'une « vie bonne », qui passe par l'ouverture à ce qu'on ne maîtrise pas. Il invite logiquement à repenser notre relation au monde... sans aller guère plus loin qu'énoncer cette intention.
Court, ce livre qui stimule la réflexion peut fournir un moyen d'aborder la pensée de l'auteur. Mais au risque d'un survol qui en rend bien moins le fond et la portée que les précédents. Et, au vu de la promesse de quatrième de couverture, d'un petit goût d'inachevé.
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JeanneLesAmazones
  29 janvier 2021
Ce court essai philosophique est une porte d'entrée accessible et enthousiasmante à la pensée de Hartmut Rosa.
Dans notre monde moderne, les savoirs sont disponibles sur Internet à toute heure du jour et de la nuit, les régions les plus reculées du monde sont accessibles en safari à tout voyageur et les phénomènes physiques sont mesurés et disséqués jusqu'à complète maîtrise par l'Homme.
Paradoxalement, nous ne sommes pas plus heureux de ce contrôle.
Le monde ne résonne plus en nous ; nous ne sommes plus ni touchés ni transformés par lui. Sauf peut-être lorsque l'inattendu se produit, par exemple lors d'un match de football ou lorsque la neige nous surprend...
Comment pourrions-nous réinventer cette relation au monde ?
Le caractère philosophique de cet ouvrage pourrait effrayer les lecteurs qui, comme moi, n'ont plus beaucoup côtoyé le terme « phénoménologique » depuis la Terminale. A tort, car le propos est clair, progressif et bien illustré.
Ce texte donne vraiment envie d'approfondir la critique de la modernité de Hartmut Rosa, en découvrant ses essais antérieurs, autour des notions d'aliénation et d'accélération.
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elsa_355
  31 mars 2021
Le propos est très intéressant. "La vie consiste en une To do list dont on ne peut jamais venir à bout, qui est pour cette raison même devenue la quintessence d'un monde composé de points de agression et qui ne laisse ni temps, ni espace, ni respiration pour les rencontres résonantes." Cependant, je trouve l'écriture parfois bien compliquée voire indigeste pour dire des choses qui pourraient être retranscrites plus simplement.
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Charybde2
  25 août 2020
Une disponibilité du monde jamais atteinte auparavant et une frustration pourtant toujours accrue : un questionnement ambitieux et puissant autour d'un paradoxe contemporain apparent.
Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2020/08/25/note-de-lecture-rendre-le-monde-indisponible-hartmut-rosa/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
pgremaudpgremaud   22 janvier 2020
Vous rappelez-vous encore cette fin d'automne ou cet hiver de votre enfance où vous avez vu pour la première fois la neige tomber ? C'était comme l'irruption d’une autre réalité. Quelque chose de farouche, de rare, qui vient nous visiter, qui ploie et transforme le monde autour de nous, sans que nous y soyons pour quoi que ce soit, comme un cadeau inattendu. La neige est littéralement la forme pure de la manifestation de l'indisponible : nous ne pouvons pas entraîner sa chute ou dicter sa venue, pas même la planifier à l'avance avec certitude, du moins pas sur la longue durée. Et plus encore : nous ne pouvons pas nous rendre maîtres de la neige, nous l’approprier. Quand nous la prenons en main, elle nous glisse entre les doigts, quand nous la rapportons à la maison, elle fond et, si nous la plaçons dans le congélateur, elle cesse d'être de la neige. C'est peut-être pour cette raison que tant de personnes éprouvent l'ardent désir de la voir tomber, en particulier à Noël.
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Charybde2Charybde2   25 août 2020
Vous rappelez-vous encore cette fin d’automne ou cet hiver de votre enfance où vous avez vu pour la première fois la neige tomber ? C’était comme l’irruption d’une autre réalité. Quelque chose de farouche, de rare, qui vient nous visiter, qui ploie et transforme le monde autour de nous, sans que nous y soyons pour quoi que ce soit, comme un cadeau inattendu. La neige est littéralement la forme pure de la manifestation de l’indisponible : nous ne pouvons pas entraîner sa chute ou dicter sa venue, pas même la planifier à l’avance avec certitude, du moins pas sur la longue durée. Et plus encore : nous ne pouvons pas nous rendre maîtres de la neige, nous l’approprier. Quand nous la prenons en main, elle nous glisse entre les doigts, quand nous la rapportons à la maison, elle fond et, si nous la plaçons dans le congélateur, elle cesse d’être de la neige. C’est peut-être pour cette raison que tant de personnes – pas seulement les enfants – éprouvent l’ardent désir de la voir tomber, en particulier à Noël. De nombreuses semaines à l’avance, on harcèle les météorologues jusqu’à ce qu’ils nous répondent : y aura-t-il des flocons cette année ? Quelle en est la probabilité ? Et, bien entendu, les tentatives de rendre la neige disponible ne manquent pas : les stations de sports d’hiver font leur publicité en promettant des pistes blanches et certifient leur domaine « enneigement garanti ». Elles y contribuent à l’aide de canons à neige et mettent au point de la neige artificielle qui tient encore à 15 °C au-dessus de zéro.
Le drame du rapport moderne au monde se reflète dans notre rapport à la neige comme dans une boule de cristal : l’élément culturel moteur de cette forme de vie que nous qualifions de moderne est l’idée, le vœu et le désir de rendre le monde disponible. Mais la vitalité, le contact et l’expérience réelle naissent de la rencontre avec l’indisponible. Un monde qui serait complètement connu, planifié et dominé serait un monde mort. Ce n’est pas une découverte métaphysique, mais une expérience quotidienne : la vie s’accomplit dans l’interaction entre ce qui est disponible et ce qui, tout en restant indisponible pour nous, nous « regarde » pourtant. Elle se produit en quelque sorte sur cette ligne frontière.
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Charybde2Charybde2   25 août 2020
Et une première thèse directrice que je voudrais déployer dans cet essai pose que, pour les sujets de la modernité tardive, le monde est purement et simplement devenu le point d’agression. Tout ce qui apparaît doit être connu, dominé, conquis, rendu utilisable. Formulé abstraitement, cela paraît de prime abord banal. Mais ça ne l’est pas. Derrière ce constat se dissimule une refonte insidieuse de notre rapport au monde qui remonte loin sur le plan historico-culturel et économico-institutionnel, mais accède à une nouvelle radicalité au XXIe siècle, notamment avec les possibilités techniques offertes par la numérisation et par les contraintes politico-économiques d’extension et d’optimisation du capitalisme financier et de la compétition débridée.
J’exposerai cette thèse plus en détail dans les pages qui suivent, mais j’aimerais l’illustrer dès à présent à travers quelques exemples. Prenons le rapport à notre propre corps. Tout ce que nous en percevons a tendance à être placé sous la pression de l’optimisation. Nous montons sur la balance : il faudrait perdre du poids. Nous nous regardons dans un miroir : il faut faire disparaître ce bouton, effacer cette ride. Nous prenons notre tension : il faudrait la faire baisser. Le nombre de pas dans la journée : il faudrait l’augmenter. Le niveau de glycémie, le tour de poitrine, etc. ; tout cela, nous le rencontrons toujours sous forme d’une injonction d’amélioration, même si nous pouvons ignorer ou refuser l’injonction en question. Nous devrions par ailleurs aussi être plus sereins, plus détendus, plus attentifs et plus conscients de notre environnement, etc. Et ce que nous rencontrons en dehors de nous-même revêt également ce caractère d’exhortation : il faut escalader des montagnes, réussir des examens, progresser dans sa carrière, faire des conquêtes amoureuses, visiter et photographier des lieux (« Il faut avoir vu ça »), lire des livres, voir des films, etc. Même là où nous ne donnons pas du tout l’impression d’être animés d’un esprit de « conquête », on distingue cette attitude de manière non seulement latente, mais également manifeste : au club Ballermann 6 de Palma de Majorque, il faut « anéantir » ou « liquider » les rangées de verres ou les seaux d’alcool, et, dans le chœur, il s’agit par exemple de « maîtriser » (sans erreur) « ce compositeur difficile qu’est Mendelssohn ». La vie quotidienne des sujets moyens de la modernité tardive dans les zones que l’on attribue au monde dit « occidental et développé » se concentre et s’épuise de plus en plus dans le traitement de to-do lists exponentielles et les mentions que l’on porte sur ces listes définissent les points d’agression sous la forme desquels nous rencontrons le monde : les courses, le coup de téléphone à la tante dépendante, la visite chez le médecin, le travail, la fête d’anniversaire, le cours de yoga : régler, approvisionner, évacuer, maîtriser, résoudre, accomplir.
Arrivés à ce point, nous sommes certes enclins à poser cette question : n’est-ce pas ordinaire ? N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Le monde et la réalité ne nous apparaissent-ils pas toujours, à nous, humains, comme une résistance ? Cette normalisation et cette naturalisation d’un rapport agressif au monde constituent, telle est ma thèse, le résultat d’une formation sociale qui se fonde, structurellement, sur le principe d’une stabilisation dynamique et, culturellement, sur celui d’une augmentation continuelle de sa portée. Cette formulation paraît compliquée, et pourtant les réflexions qui la sous-tendent sont tout à fait simples.
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Charybde2Charybde2   25 août 2020
Ce petit livre et en particulier sa fin pessimiste ne constituent certainement pas un verdict définitif ni le dernier mot pour déterminer où passe la limite entre le disponible et l’indisponible, ou pour définir la bonne manière d’aborder l’indisponible du point de vue social. Ce n’est qu’une première tentative d’appréhender quelque chose que je crois pouvoir identifier comme une contradiction fondamentale de la modernité ; c’est une étape dans la réflexion sur le rapport entre la résonance et la disponibilité, étape peut-être susceptible d’éclairer les problèmes aussi bien politiques que personnels de notre quotidien, de même que les combats intérieurs et extérieurs que nous menons chaque jour. Il est possible qu’il contribue à expliquer d’où proviennent la frustration et la colère qui s’expriment contre la vie et la société, ainsi que le désespoir que nous inspire un monde qui, pourtant, nous est ouvert et disponible dans une mesure qui n’a pas de précédent historique. Tous ces phénomènes ne tiennent pas à ce qui nous est toujours refusé, mais à ce que nous avons perdu parce que nous en disposons et que nous le dominons.
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PGillyPGilly   20 mars 2020
Mais parce que le fait de disposer des objets acquis ne peut pas tenir la promesse (inexprimée) de résonance, le tour de passe-passe littéralement magique du capitalisme consiste à faire en sorte que nous soyons, nous, continuellement déçus par les objets acquis, mais pas de telle sorte que nous cessions d'en convoiter et d'en acquérir d'autres, uniquement de telle sorte que nous soyons insatiables et que, dans une spirale sans fin de déception et d'espoir, nous désirions toujours d'autres choses (sans jamais y trouver ce que nous cherchons).
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Vidéo de Hartmut Rosa
Présenté par Robert Maggiori, philosophe co-fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco et critique littéraire.
« Pourquoi lire (13 bonne raisons au moins) », co-écrit par Annie Ernaux, Philippe Garnier, Jürgen Habermas, Eva Illouz, Frédéric Joly, Esther Kinsky, Sibylle Lewitscharoff, Nicolas Mahler, Oliver Nachtwey, Katja Petrowskaya, Hartmut Rosa, Clemens J. Setz et Joëlle Zask. Publié chez Premier Parallèle, 20€, 240 pp.
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