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ISBN : 9791090566255
Éditeur : Mauconduit (06/10/2018)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Près d’une femme sur cinq en Europe n’a pas d’enfant à quarante ans. De plus en plus souvent, c’est un choix. Paradoxalement, le désir d’enfant n’a jamais été autant affiché. Pour tenter de comprendre cette nouvelle donne anthropologique, Laurence Santantonios a rencontré une quarantaine de femmes qui ont choisi de ne pas être mères. À leurs témoignages, elle mêle allègrement sa propre trajectoire de vie et son expérience de la maternité.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Santantonios
  18 décembre 2018
Un choix personnel avant tout
mercredi 12 décembre 2018, par Élizabeth Legros Chapuis
Avec ce livre, Laurence Santantonios aborde courageusement un sujet sensible. Il part d'un constat : actuellement 18 % des Européennes sont sans enfant à 40 ans et l'indice de fécondité accuse une baisse, même en France. L'auteure, elle-même mère de deux enfants, a cherché à savoir ce que recouvre ce chiffre, quelle est la situation des femmes concernées, la part parmi elles d'une infertilité subie ou volontaire, enfin les motivations de celles qui ont fait le choix de la non maternité.
Elle a bâti à cette fin une architecture complexe, son livre étant à la fois un recueil de témoignages recueillis auprès de femmes de tous âges, la plupart anonymes, mais aussi une réflexion et une évocation personnelles de son propre cas : mère et heureuse de l'être, Laurence Santantonios ne milite en aucune façon contre la maternité, mais bien pour un choix librement effectué – ce qui, encore aujourd'hui, s'avère ne pas être toujours facile. Son ouvrage, dit-elle, « est le fruit de ces rencontres [avec des mères de famille] et de [sa] trajectoire de vie ». Son objectif revendiqué est un « éloge de la différence », dans le souhait que la parole des femmes soit entendue. Enfin, le texte (qui ne manque pas de références aux livres incontournables sur le sujet, de Simone de Beauvoir à Élisabeth Badinter et Virginie Despentes) est également ponctué de citations extraites d'oeuvres littéraires : Amélie Nothomb, Jane Sautière, Linda Lê
Parmi toutes ces femmes « nullipares », c'est le terme médical pour le dire, Laurence Santantonios distingue d'abord les « déterminées », comme l'écrivaine grecque Soti Triantafyllou : « Je n'ai jamais voulu devenir mère et je ne le regrette pas ». Ces femmes adoptent une attitude de refus clairement revendiquée, « en dépit – ou à cause ? – d'une société qui pose comme une évidence le désir d'enfant ». C'est une posture difficile, à contre-courant de la norme, et elles sont fières de la tenir. La psychothérapeute Sophie Cheval rapporte avoir subi des attaques très violentes contre ce choix, notamment de la part du corps médical : « On ne me laissait pas la liberté de choisir en être responsable et mature ». D'autres déclarent ne pas avoir ressenti de pression, juste « une sorte de gêne » devant leur décision. La femme est toujours « sommée de se justifier », estime Amandine Dhée, tandis que Chantal Thomas constate : « Déclarer qu'on n'a pas d'enfant déclenche ‘le verdict muet d'une antique réprobation' ».
Mais une grande partie des femmes interrogées se montrent « ambivalentes », expriment parfois des regrets quand elles sont trop âgées pour changer d'avis – souvent la décision a été ajournée à plus tard, ou bien, comme le dit Patricia, « je n'ai pas choisi […] cela ne m'est simplement pas arrivé ». D'autres ont viré de bord, comme l'écrivaine Nancy Huston, à la suite d'une rencontre lui ayant fait sentir que la parentalité pouvait être vécue autrement.
Au chapitre « Vingt ans après », Laurence Santantonios expose, avec humour et finesse, comment le désir de « faire un enfant » à l'homme qu'elle aimait est devenu à nouveau impérieux… « Avec le recul, dit-elle, je me demande si je n'avais pas une nouvelle fois le pressentiment de la fragilité du lien amoureux, l'envie plus ou moins consciente de la conjurer avec l'arrivée d'un enfant partagé. » Mais certaines femmes s'effraient du caractère inéluctable, irrévocable de la maternité, d'autant plus que, comme le dit le psychanalyste Jacques André, l'injonction actuelle de la société c'est qu'« il ne suffit pas de faire un enfant, il faut encore le désirer ».
Laurence Santantonios évoque également des questions connexes comme le désir de maternité des lesbiennes ou les techniques de PMA qui écrivent une « nouvelle grammaire » de la maternité. Mais aussi le choix éventuel d'une stérilisation (« un sujet tabou en France ») ou le regret « inavouable » théorisé par la sociologue israélienne Orna Donath, auteur d'un livre sur les mères qui regrettent de l'être : ce regret « souvent perçu comme un sentiment choquant, voire pathologique ».
Son livre se conclut sur la seule certitude possible, celle que la maternité n'est plus un passage obligé, mais un choix personnel. Mère de deux enfants, Laurence a aussi connu deux mères, sa mère et sa marraine. Sincère et touchant, son livre exprime une tentative pour s'octroyer une « liberté de femme à part entière ».
Laurence Santantonios : Libre à elles, le choix de ne pas être mère
Éd. du Mauconduit, 2018, 216 p., 18,50 €
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
SantantoniosSantantonios   18 décembre 2018
Page 135 ( extrait de l’interview d’Isabelle, anthropoloque, 44 ans)

« J’ai oublié de le préciser : à 25 ans j’ai voulu me faire ligaturer les trompes, mais d’abord les gynécos que j’ai vus ont refusé, et puis une amie a réussi à me « récupérer » en me disant : « Imagine qu’il arrive une catastrophe sur la planète, type nucléaire, et qu’on soit parmi les rares survivantes, que l’on ait absolument besoin d’enfant, et que toi tu ne puisses plus en avoir ! Tu vas t’en vouloir à mort ! » Ça a fait sens, pour moi, cette manière de recadrer ma réflexion dans une dimension collective, et j’ai renoncé.
Mais d’une certaine façon, je me suis ligaturé les trompes mentalement, j’ai beaucoup réfléchi à la question à ce moment-là, j’étais très seule dans ma réflexion, j’en parlais peu, mes amies me regardaient avec des yeux ronds, certaines étaient au bord d’accoucher, les garçons n’étaient pas intéressés par le sujet…

(…) Aujourd’hui j’ai 44 ans, plus personne ne me parle de ça. Je suis soulagée, moi ça m’embêtait d’être si souvent prise à partie. J’avais envie d’écrire un petit argumentaire et de le distribuer lorsqu’on me posait la question, parfois je variais mes arguments, parfois j’avais des mouvements d’humeur, ras-le-bol, foutez-moi la paix.
Peut-être les hommes ne comprennent-ils pas qu’on ait un organe pour et qu’on ne s’en serve pas, je me suis posé la question aussi : « Je suis née avec un utérus, est-ce que j’ai le droit de ne pas m’en servir ? » Mais en fait l’espèce humaine est contre nature, plus rien n’est naturel chez nous, tout est codifié, acculturé, il n’y a plus rien qui se fait de manière naturelle. Si on veut invoquer la nature pour justifier ses choix, il faut aller vivre dans un arbre… Toute notre histoire est de s’extraire de la nature.
Heureusement je suis d’une génération post-soixante-huitarde, post-IVG, contraception, etc., heureusement, car j’ai beaucoup de compassion, de colère aussi, vis-à-vis du fait que des femmes, à travers le monde, n’aient pas le choix et soient prisonnières de leur corps »
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SantantoniosSantantonios   18 décembre 2018
Que l’on soit hétérosexuel, homo, bi ou trans’, il semble impossible aujourd’hui à la plupart des gens de penser autrement qu’en terme de parentalité heureuse et de fécondité triomphante.
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