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EAN : 9791037512017
Les arènes BD (25/04/2024)
4.6/5   30 notes
Résumé :
Après le 7 octobre 2023, des millions de Juifs se sont réveillés avec une cible sur la tête. Même les plus éloignés de la tradition ou d`Israël ont été rattrapés par l`onde de choc. Le traumatisme des pogroms millénaires et de l`extermination des Juifs d`Europe a refait surface. Que faire ? Effacer son nom sur la boîte aux lettres ? Avoir peur pour les enfants ? Où aller si " cela " recommence ?Dans ce livre fondateur, Joann Sfar mène l`enquête. Il discute avec ses ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
La peur. le silence. L'absence de vision dans les deux camps. Et une question : à qui profite le conflit ?

En 450 pages, à la manière d'un journal intime, Joann Sfar a choisi de revenir avec un roman graphique sur tout ce qui s'est passé depuis le 7 octobre, jour où il fêtait son anniversaire avec des amis : "je n'ai d'autres arm3s que les livres et je sais leur impact dérisoire". Dans Nous vivrons, il évoque son ressenti, les discussions avec des proches du cercle familial, amical, professionnel sur la situation (l'onde de choc des crimes du Hamas, le silence des medias et des associations féministes, la haine décomplexée, le boycott silencieux) et livre aussi quelques anecdotes (la minute d'humanité lors du match Israël-Pologne, la broche de l'Haï portée par une femme non juive...). Il s'est également rendu en Israël (et notamment sur les lieux) pour discuter sans langue de bois aussi bien avec des Juifs que des Arabes.

Lucide, il s'interroge sur l'avenir des juifs en France et à l'échelle mondiale : où aller (où se refugier) quand on passe du difficile à l'invivable ? Il rappelle que "les Juifs du monde iront mieux quand les Palestiniens auront leur État" et que "dans un camp comme dans l'autre, on grandira à voir et montrer les blessures d'en face".

Il étaye son propos de manière non manichéenne et développée avec des exemples prélevés dans l'actualité car "le plus dur, quand un conflit dure depuis 1917, c'est de s'apercevoir qu'il y a du vrai dans le récit des deux camps".

Convoquant certains souvenirs d'enfance, il converse de façon imaginaire et avec humour avec son père ainsi son grand-père qui délivrent des éléments sur le la (géo)politique et notamment celle du conflit israélo-palestinien.

Dans l'album, figure une mise en garde très pertinente sur le "poison héréditaire" : "en mettant la haine dans leurs coeurs, on condamne ses propres enfants".

Le trait expressif de l'auteur rend le dessin très puissant.

Un album-témoignage-cri du coeur personnel, humain et percutant.

→ BD offerte par @les_arenes

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7 octobre 2023. Stupéfaction, sidération, colère, résignation, désespoir. Telles furent les réactions des Juifs (et d'autres heureusement) face aux massacres innommables (en lire les descriptions), au-delà de l'humain, subis par des Israéliens, tranquilles habitants de kibboutzim ou dansant lors d'une rave. Des gens sans violence, sans histoire, et dont l'éventuel engagement politique est bien loin du soutien à Nethanyahou. 1170 morts, 252 personnes enlevées (combien encore en vie maintenant ?).

Dès le lendemain, vague d'actes antisémites en France. Pourquoi ? On se le demande. Obligés de taire leurs noms, leurs prénoms, de planquer les mezouzah, comme en des temps sombres. Joann Sfar, pétrifié par ces événements, en vient à se poser cette question : les Juifs peuvent-ils encore exister ? Et si oui, où ? La paix, si indispensable, pourra-t-elle se faire entre Israël et la Palestine ? Comme Delphine Horvilleur, Sfar convoque les mânes de son père et son grand-père, pour une leçon de géopolitique afin de comprendre les origines de ce conflit, l'histoire de la présence des deux "camps" sur cette terre. On ne peut l'accuser de "partisianisme". Les deux entités ont le droit légitime d'exister et de vivre sur ce territoire.

Dans ce journal intime sous forme de roman graphique, Sfar explique, donne des chiffres sur l'antisémitisme : montée des violences (nombre de morts suite aux progroms, à la Shoah, actes haineux), flux migratoires d'un peuple ballotté de toutes parts (d'où cette volonté de défendre leur patrie, mal attribuée par les Britanniques, dont on se rend compte qu'ils sont en grande partie responsables de la guerre israélo-arabe).
Afin de connaître les opinions, le quotidien de ceux qui vivent tout cela en direct, Sfar se rend en Israël, où il rencontre artistes, soldats, civils, pour voir comment s'organise la survie après les massacres, les pires subis depuis la Shoah. Netanyahou est loin de remporter l'adhésion...

Nous vivrons n'est pas une bande dessinée manichéenne. On y trouve le postulat que les Juifs ne sont pas tous Israéliens et n'ont donc pas à payer en France, aux Etats-Unis ou ailleurs la politique outrancière de Netanyahou. Que l'ONU doit agir en concertation avec les pays arabes pour créer un état palestinien avec des frontières, une constitution bien définies. Que la situation géopolitique dans cette zone est un bousin indémerdable (lire la partie consacrée à Nazareth : tout est résumé dans une seule ville). Sfar, l'homme, l'artiste, le citoyen, le Juif, est en colère, a peur et ne comprend pas non plus. Mais grâce à ses rencontres, les morts et les vivants, il essaie de mettre des mots et des images sur les souffrances de chacun afin de les soulager un peu.

Un ouvrage salutaire, pour ceux qui voudront bien faire la démarche de faire un pas vers un peu moins d'intolérance.
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« Au lendemain du pogrom du 7 octobre, j'ai commencé ce journal d'une identité juive anxieuse. Dans un moment où l'existence des citoyens de culture ou de religion juive est de plus en plus menacée en Europe, que veut dire Israël ? Je me rappelle de ce que représentait Israël pour mon père, Juif d'Algérie, admirateur paradoxal du sionisme et du nationalisme arabe. Je me souviens du pessimisme ironique de mon grand-père maternel, dont toute la famille a péri durant la Shoah. Mais pour moi ? Et pour les Français juifs ? Et même pour les Israéliens : ma famille israélienne, mes relations artistiques et professionnelles, mes amis israéliens, juifs et musulmans, comment vont-ils ? Où se voient-ils dans un an ? Je suis perdu, donc je regarde le monde crayon en main. Je ne suis pas objectif mais je tente d'être de bonne foi. Je prends un avion pour Tel-Aviv afin de rencontrer des figures importantes de l'Israël d'aujourd'hui. Je souhaite échapper à la joie sanguinaire qu'ont nos contemporains lorsqu'ils étalent leurs opinions sur cette région qu'ils croient lointaine. » Joann Sfar

https://www.youtube.com/watch?v=9vr-e10bTPk
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A la fois tragique et parfois hilarant (les crocs, un grand moment) ce livre que Sfar a écrit depuis le 7 octobre est très important. C'est un moment d'histoire dessiné par quelqu'un qui ne veut pas se résoudre à regarder sans comprendre et interroger.
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critiques presse (3)
LeMonde
30 avril 2024
Le bédéiste et écrivain s’est consacré très vite, après les attaques du Hamas, à ce qui est devenu « Nous vivrons », un album-enquête en France et en Israël, qui cherche à inscrire l’événement dans l’histoire et à saisir les angoisses du moment. A commencer par la sienne.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaTribuneDeGeneve
29 avril 2024
Joann Sfar, l’auteur du «Chat du rabbin», publie un livre d’enquête sur l’avenir des juifs dans lequel il tente de saisir le réel de la guerre et l’espoir d’une cohabitation possible, au travers de rencontres émouvantes dessinées en France et en Israël.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LeSoir
25 avril 2024
Joann Sfar, l'auteur du « Chat du rabbin » publie un livre d'enquête sur l'avenir des juifs dans lequel il tente de saisir le réel de la guerre et l'espoir d'une cohabitation possible, au travers de rencontres émouvantes dessinées en France et en Israël.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
J'essaie de ne pas devenir fou et de tenir sur mes principes : mon ennemi, ce n'est pas le Palestinien ! Mon allié, c'est le modéré des deux camps.
Mon allié c'est celui qui ne veut ni exterminer les Israéliens ni se débarrasser des Palestiniens. Mes ennemis, ce sont les extrémistes des deux camps.
Je ne renvoie pas deux camps dos à dos, ce serait de la paresse intellectuelle. Il faut connaître les deux histoires. Le Hamas est l'ennemi de tous. Les extrémistes à la Ben-Gvir sont les ennemis de tous. Les mettre dans le même sac, c'est s'interdire de penser à la façon de combattre les uns et les autres.
Je n'ai d'autres armes que les livres et je sais leur impact dérisoire.
Mais j'ai rien d'autre. (page 174)
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Je termine mes trois ans de service dans l'armée de terre.
J'ai déjà passé deux ans à Hebron et six mois à la frontière de Gaza. Mais le 7 octobre, on m'a incorporé dans une unité de réservistes.
On était quatre ou cinq jeunes, les autres étaient des pères de famille. Pendant les deux premiers jours, on a vécu des combats intenses. À Gévim, près de Sdérot. Tu écris à ta mère tu dis "tout va bien maman ". Mais en vrai non.
Ton téléphone, quand tu entres dans Gaza, on te l'enlève.
(Ben Boccara, appelé du contingent, page 334)
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Nous allons d'abord sur les lieux du Nova Festival. Sur le chemin, une alerte. Ariel m'a expliqué qu'on n'était pas à Tel Aviv. Que près de Gaza on a que dix secondes pour réagir lors d'une alerte.
– Réagir ?
– Là ! Tu entends ?
Garer son véhicule sur le bas-côté, s'aplatir au sol et mettre les mains sur la tête. Il me dit "tu entends le chant des roquettes". Oui, j'entends, mais je n'aurais pas deviné de quoi il s'agissait. Il reçoit les alertes sur une appli de smartphone. On reprend la route.
– Quatre-vingt-dix pour cent des blessures lors de ces bombardements proviennent de gens qui se sont cassés la figure en courant ou en se plaquant au sol.
(Ariel, retraité chauffeur et guide bénévole dans le sud israélien, page 300)
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Aujourd'hui les Arabes [israéliens] ne parlent pas trop publiquement. Ils sont sur la pointe des pieds. Quoi qu'ils disent, ça leur sera reproché, soit par l'opinion israélienne, soit par les autres Arabes.
Ce n'est pas un silence sans compassion. On se comprend bien plus qu'on ne veut le dire. Et quand on parle, rappelle-toi que nous sommes en Orient.
Les gens peuvent appeler au massacre et prendre le thé ensemble. Dans chaque tête, nous sommes plusieurs. (Leora Kamietzki, scénariste, page 259)
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L'ennemi, ce n'est pas le Palestinien ou l'Israélien, ou le musulman ou le juif. L'ennemi, c'est celui qui décide que les enfants ou les civils sont des cibles. On reste assis et on subit les massacres. Les assassins de tous les camps sont des alliés objectifs.
(Incipit)
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