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Lazare Bitoun (Traducteur)
EAN : 9782070733033
451 pages
Éditeur : Gallimard (12/04/1995)
3.81/5   88 notes
Résumé :
En face de Philip Roth, personnage central de cette confession, un deuxième Philp Roth, un homonyme, un imposteur. Et ce sosie parfait, ce double monstrueux, s'est mis en tête de faire retourner "chez eux" - en Pologne, en Ukraine, en Allemagne - les Juifs venus d'europe vivant en Israël.
Tout se noue en quelques jours à Jérusalem, pendant le procès de John Demjanjuk, un Ukrainien alors suspecté d'être le "bourreau de Treblinka". Ajoutons que Philip Roth relè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Allantvers
  16 mars 2020
Grande fan de l'auteur, ce roman névrotique à souhait m'a donné du fil à retordre : contrairement à "La contrevie" dans laquelle je me suis énormément plu à me perdre dans les méandres et miroirs sans fin de l'intrigue, la construction et l'essence même de celui-ci ont failli me faire caler à plusieurs reprises.
Il faut dire que le roman est dense, et long, et même s'il reste au final parfaitement maîtrisé car le maître Roth, même massivement déprimé, sait toujours où va sa plume, il y a de quoi perdre son lecteur, comme le laisse pressentir son pitch : Arrivé en Israel quelques mois après une lourde dépression pour interviewer un auteur rescapé des camps de la mort, Philip Roth lui-même (ça déjà c'est troublant) découvre qu'y sévit un double qui se fait passer pour lui (ouh la, ça se corse) et profite de sa notoriété pour faire l'apologie du diasporisme, doctrine dans laquelle il prône le retour des Juifs d'Europe dans leurs pays d'origine.
Et ce n'est pas tout : il est aussi question du procès d'un criminel nazi, d'une infirmière antisémite, d'un chauffeur de taxi pétomane, d'un chèque d'un million, et d'un Philip Roth le vrai qui se fait lui-même passer pour Philip Roth le faux, se fait enlever, couche avec l'infirmière, s'enfuit, revient...
On s'y perd vite! mais c'est voulu car à travers le délire de cette intrigue rocambolesque c'est toute la complexité de la judéité post holocauste que l'auteur expose avec brio, entre complexe du survivant et arrogance sioniste, stéréotypes de tous ordres du "Juif" tel que le voient les Gentils et tel que les Juifs eux-mêmes se les imposent.
Complexe à lire, donc, mais brillant, comme toujours.
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MarianneL
  26 avril 2013
Comment se débarrasser d’un double maléfique ? Un roman brillant de Philip Roth, au sommet de son art.
L’écrivain Philip Roth se retrouve en dépression en 1988 suite à la prise d’Halcion, un somnifère aux effets secondaires très négatifs, qui provoque en particulier des troubles d’identité. Encore fragile alors qu’il se remet à peine des dégâts causés par ce médicament, il apprend l’existence d’un autre Philip Roth, qui, à Jérusalem, utilise son nom pour promouvoir le diasporisme, doctrine visant au retour des juifs ashkénazes d’Israël en Europe, afin de leur éviter un «deuxième holocauste», car il est convaincu qu’Israël est condamnée à être détruite par ses ennemis arabes, et se réclamant de Theodore Herzl face à ceux qui rejettent son «utopie».
Exaspéré, Philip Roth appelle son double, raccroche une première fois, puis mû par une impulsion incontrôlable, se fait passer pour un journaliste du nom de Pierre Roget, se voyant contaminé et aspiré par cette usurpation d’identité qui le fait lui-même rentrer dans la peau d’un imposteur.
«Ce soir-là, après le dîner, j’annonçai à Claire que je montais dans mon bureau, tout en haut de la maison, continuer à travailler sur les romans d’Aharon et prendre des notes pour préparer l’entretien de Jérusalem. Mais je n’étais pas assis à ma table depuis cinq minutes que j’entendis la télévision à l’étage en dessous et que j’en profitai pour appeler l’hôtel King David à Jérusalem où je demandai la suite 511. Je déguisai ma voix en parlant anglais avec un accent français ; pas un accent français d’alcôve, pas l’accent caricatural de Charles Boyer, repris par Danny Kaye et que l’on entend maintenant dans les publicités télévisés pour le vin de table ou les chèques de voyage, mais l’accent des grands intellectuels français, celui des cosmopolites comme mon ami Philippe Sollers, sans « zis » ni « zat » ou autres « h » consciencieusement aspirés à l’initiale – je parlais un anglais courant rythmé par la cadence et les intonations naturelles d’un étranger cultivé. C’est une imitation que je réussis pas mal – une fois, au téléphone, je suis même parvenu à tromper Sollers, pourtant il est malin – et c’était le stratagème que j’avais décidé d’adopter alors même que je discutais avec Claire de l’opportunité de ce voyage ; alors-même, je dois le reconnaître, que plus tôt ce jour-là, la très sérieuse voix de la Raison me soufflait que ne rien faire était le plus sûr moyen de gagner la partie. À neuf heures ce soir-là, je cédai à la curiosité, et la curiosité est un caprice pas très rationnel.
« Allô, Mr Roth ? Mr Philip Roth ? demandai-je.
– Oui.
– Vous êtes bien Mr Roth l’écrivain ?
– C’est moi.
– L’auteur de Portnoy et son complexe ?
– Oui, lui-même. Qui est à l’appareil, s’il vous plaît ?»
Mon cœur battait aussi fort que si j’avais été au beau milieu de mon premier cambriolage avec un complice comme Jean Genet, pas moins – tout ceci n’était pas seulement perfide, c’était aussi très intéressant. À la pensée qu’à l’autre bout du fil il prétendait être moi, alors que de mon côté je prétendais n’être pas moi, j’eus soudain l’impression extraordinaire de vivre en plein carnaval. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que je commis immédiatement une erreur idiote. « Je m’appelle Pierre Roget », dis-je. Et à l’instant même où je prononçai ce nom de guerre bien pratique, apparemment venu de nulle part, je pris conscience d’avoir choisi les mêmes initiales que les miennes – et les siennes. Pire, il se trouve que c’est une très petite modification du nom du lexicographe du XIXe siècle dont tout le monde connaît le célèbre dictionnaire. Et ça, je ne m’en étais pas rendu compte non plus – c’est le nom de l’auteur du meilleur dictionnaire des synonymes !»
Toujours vulnérable nerveusement, Philip Roth se rend finalement à Jérusalem où il doit interviewer son ami Aharon Appelfeld. Il va bien sûr y rencontrer son double déviant, être fasciné par cette histoire et aspiré dans un enchaînement d’événements délirants, du fait des personnalités du double – que Philip Roth affuble du surnom de Moishe Pipik pour le tenir à distance – de son attirance inexplicable pour sa maîtresse pulpeuse et antisémite repentie, et car israéliens et palestiniens veulent utiliser sa réputation et ses réseaux, tout ceci se déroulant sur fond d’Intifada et du procès de John Demjanjuk, qui pour sa défense prétend ne pas être le bourreau de Treblinka mais un père de famille ordinaire.
Comment démêler le mal du bien ? Comment comprendre ce qui relève de la réalité ou de la fiction, alors que l’auteur brouille les pistes à l’envi, mélangeant personnages réels et de fiction, mentionnant des passages de son interview, réelle, de Aharon Appelfeld (qu’on peut lire dans le passionnant «Parlons travail»), et indiquant dès première page de la préface, signée P.R., que ce livre est un compte-rendu aussi fidèle que possible des événements qu’il a effectivement vécus entre sa cinquantième et sa soixantième année, et qui devaient le conduire au début de l’année 1988 à accepter de recueillir des renseignements pour le compte du Mossad ?
Paru en 1993, traduit en 1995 par Lazare Bitoun pour les éditions Gallimard, «Opération Shylock», histoire de double hilarante en lisière du fantastique, est aussi un roman d’espionnage aux multiples chausse-trappes, une méditation sur l’identité, un thriller politique, un questionnement sur Israël, un livre totalement jubilatoire.
Retrouvez cette note de lecture sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2016/01/15/note-de-lecture-operation-shylock-philip-roth/
Pour acheter ce livre à la librairie Charybde, sur place ou par correspondance, c'est par là :
http://www.charybde.fr/philip-roth/operation-shylock
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kathel
  01 septembre 2020
Voici un roman d'un bon gros format confortable, qui m'a permis de retrouver l'écriture marquante de Philip Roth, mais qui n'est pas des plus faciles à résumer. le narrateur en est Philip Roth lui-même, sortant d'une dépression massive causée par un médicament. Il doit se rendre à Jérusalem pour des entretiens avec l'auteur Aharon Appelfeld, lorsque ce même Aharon, ainsi que le cousin du narrateur, lui apprennent qu'un individu se fait passer pour lui (lui, Philip Roth) à Jérusalem, et propage en son nom une thèse nommée « diasporisme ». Il vous faudra lire le roman pour en savoir plus, et découvrir comment se passe le voyage à Jérusalem. Il faut y ajouter le procès, qui se déroule dans la capitale israélienne, d'un ukrainien, accusé d'être le « bourreau de Treblinka ». Ce procès aura aussi une grande importance dans le déroulement des événements.
J'ai choisi de lire ce roman sur la base du résumé, alléchant, et parce que j'avais la plus grande confiance en l'auteur. J'ai retrouvé ici plutôt la veine du Complot contre l'Amérique, qui montre cette fois encore qu'humour et littérature, profondeur et dérision, peuvent faire bon ménage.
Parmi les excellentes surprises que recèlent ce livre, retrouver, et en quelque sorte côtoyer, Aharon Appelfeld, dont j'ai tant aimé ce que j'ai lu, et qui est à mes yeux une personne hors du commun, était la plus importante. Mais ce roman en recèle encore bien d'autres, et sous des dehors assez loufoques, apporte par la voix de divers personnages des théories parfois caricaturales, parfois sérieuses, sur l'antisémitisme, et montre la manière dont les Juifs sont, encore et toujours, perçus par les autres, fussent-ils habitants de la Palestine, Américains ou Européens. le texte regorge de pages passionnantes, et, malgré d'incontestables longueurs, Philip Roth sait toujours où il va, et maîtrise totalement lesdites longueurs, et le tour subtil que prend son histoire de doubles, qui ressemble parfois à une suite, très réussie, de poupées gigognes. J'avoue avoir trouvé parfois que c'était un chouïa trop long, pour décider à la page suivante qu'il y avait des choses tellement formidables dans ce livre qu'il aurait été vraiment dommage de déclarer forfait !
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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Corboland78
  10 avril 2013
Philip Roth est né le 19 mars 1933 à Newark, dans le New Jersey, son oeuvre couronnée de multiple prix en fait l'un des plus grands écrivains américains contemporains. Aujourd'hui il vit dans le Connecticut. Némésis paru en France il y a quelques mois devrait être son tout dernier roman, l'écrivain ayant déclaré à la presse qu'il arrêtait d'écrire. Ce roman, Opération Shylock, sous-titré Une confession, est paru en 1993.
Jérusalem en 1988. Alors que se tient le procès de John Demjanjuk, un Ukrainien suspecté d'être le « bourreau de Treblinka », Philip Roth l'écrivain bien connu est confronté à son sosie, un autre Philip Roth, homonyme et imposteur, condamné par un cancer, promouvant le « diasporisme », une théorie qui voudrait que le seul espoir de survie pour les Juifs d'Israël face à la menace Palestinienne, serait de revenir vivre en Europe, dans les pays dont ils sont originaires, à savoir la Pologne, l'Ukraine et l'Allemagne.
Pour appliquer ce programme il a créé l'ASA, les Antisémites Anonymes, et se fait aider par sa maîtresse gironde, son ancienne infirmière, antisémite en voie de guérison. Sachez aussi qu'il y a un chèque d'un million de dollars qui s'égare, un chauffeur de taxi qui a la chiasse, une prothèse de sexe maousse, un enlèvement, un vrai Roth qui se fait passer pour le faux Roth pour mieux le démasquer et les services secrets du Mossad. Encore ai-je abrégé.
Ce qui amène l'auteur à cette constatation lucide « Jusqu'ici, l'histoire est construite de manière superficielle, elle est sur-construite, il la trouve même un peu trop monstrueusement construite à son goût, avec des évènements étranges qui surgissent dans tous les coins, de sorte que l'intelligence ne trouve pas où se fixer pour avoir une vue d'ensemble. » Tout cela est vrai et il faut tout le talent de l'écrivain pour nous embringuer dans cette histoire ahurissante, où vrai et faux s'emmêlent, où les mises en abimes en rajoutent au trouble dans lequel est plongé le lecteur. Un bouquin qui a « l'apparence de l'autobiographie tout en acquérant les potentialités du roman ».
Il y a du polar ou du thriller, un fond politique et historique fort, une interrogation sur la judéité et sur la position qu'un Juif libéral peut adopter devant le comportement de l'état Israélien face au peuple Palestinien.
Philip Roth nous avait déjà habitués à la dualité avec ses héros, variantes de lui-même, comme le fameux Zuckerman, mais dans Opération Shylock, il va plus loin encore, puisque nous avons sous sa plume, deux Philip Roth. Carrément. Un roman intellectuellement époustouflant, même si certains passages sont un peu longs.
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milan
  13 janvier 2017
Philip Roth, personnage du roman , pas le vrai, sort d'une terrible dépression suite à un traitement administré pour apaiser les douleurs au genou après une opération ratée. Durant cette phase, il a perdu tous les repères de son être, de son fonctionnement , de son environnement. Il se remet au travail, et entreprend de publier une série d'entretiens avec l'écrivain Aharon Appelfeld. Pour celà, il décide d'aller à Jérusalem pour l'interviewer .Or, il apprend qu'un second Philip Roth usurpe sans vergogne son identité et en profite pour promouvoir sa théorie du diasporisme, à savoir le retour des juifs ashkénazes en Europe, afin de les sauver de l'imminent second holocauste qui les attend, cette fois des mains des nations arabes.Bon. Au lieu de faire comme tout le monde à sa place, à savoir, soit ignorer l'imposteur, ou mieux encore, signaler aux autorités compétentes, ou par voie de communiqué de presse la supercherie et se désolidariser de cette théorie, Philip Roth, se met en contact avec Philip Roth, pour.....le sonder? il ne le sait pas lui même. Une fois à Jérusalem, le hasard (ou pas) fait que les deux Philip se rencontrent, et ce sur fond de procès politico-historique, celui de Demjanjuk , citoyen américain, d'origine ukrainienne, accusé d'être Ivan le terrible, bourreau de Treblinka . A partir de là, Philip Roth ( le vrai) se met - sans savoir pourquoi- dans les situations les plus tarabiscotées, parfois dangereuses, mais on ne sait jamais si il faut prendre tout ça au sérieux. le fond, lui est très sérieux. Et les différents discours, au lieu d'éclairer, nous plongent dans le questionnement perpétuel sur la véracité du récit, la véracité de ce qui arrive à Roth, sur ce qu'il rapporte et vit (il est peut être toujours sous l'effet de son médicament) , la véracité des personnages. Dejmajnuk est ou n'est il pas Ivan le terrible? Les juifs ont ou n'ont pas raisons de se poser en victimes? les palestiniens ont ou n'ont pas raison de mener cette lutte? Roth n=° 2 est sincère ou bien un escroc? Ces luttes sont elles idéologiquement pures ou bien le masque d'intérêts plus vils? Où est le vrai? où est le faux? Est ce que la vérité est simple, ou bien plus complexe? et si elle est complexe, on risque de la perdre dans cet imbroglio de circonstances qui font que les méchants peuvent être excusés, et les victimes montrées du doigt car un peu quand même responsables de leur sort. Roth se pose des questions sur tout, mais plus particulièrement sur l'identité juive (à moins que ce soit un piège grossier), et les réponses lui sont données par les divers protagonistes, qui, soit présentent , chacun un aspect de cette identité, ou bien sont à côté de la plaque, et leurs discours ne sont que blabla destinés à donner un poids au vide qui entoure leur existence. Tout ça est bien ambigu , du début à la fin....mais ne gêne en rien la lecture. Philip Roth (l'écrivain) maîtrise avec brio tout ce petit monde de faux et de vrais, construit cette histoire avec maestria, tout est très bien ficelé. On ne s'ennuie pas une seconde, et la lecture entraîne l'esprit vers divers niveaux de réflexions, en passant par la comédie, l'introspection, le récit d'espionnage, l'analyse historique, la technique littéraire, j'en passe et des meilleurs. Les romans de Roth sont tous différents. Ils portent sa marque, à savoir, une certaine "densité sans que ce ne soit de la lourdeur. C'est complexe sans être compliqué, c'est riche, très riche, sans être gavant, c'est du lourd qui se digère avec plaisir. Tous les points abordés le sont équitablement, que ce soit le conflit israélo-palestinien, ou des conflits à plus petite échelle. A lire.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   29 septembre 2021
— Dieu a envoyé Hitler parce que Dieu est fou. Les Juifs connaissent Dieu et savent comment Il fonctionne. Les Juifs connaissent Dieu, ils savent que depuis le premier jour où Il a créé l’homme, Il a été en colère contre lui du matin au soir. Voilà ce que ça veut dire quand on dit que les Juifs sont des élus. Les goyim sourient : Dieu est miséricordieux, Dieu est amour, Dieu est bon. Les Juifs ne sourient pas — ils connaissent Dieu, pas parce qu’ils en rêvent comme les goys rêvent de Lui tout éveillés, mais à force de vivre toute leur vie avec un Dieu qui ne s’arrête jamais, "pas une seule fois", pour réfléchir et raisonner et se servir de sa tête avec ses enfants qui L’aiment tant. S’en remettre à un père fou et plein de courroux, voilà ce que c’est que d’être juif. S’en remettre à un père fou et "violent", et depuis trois mille ans, voilà ce que c’est que d’être un fou de Juif !

(p. 174)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   30 septembre 2021
Qu’est-ce que votre pipik essayait exactement de vous dire ? Personne n’avait jamais vraiment réussi à le comprendre. On n’avait que le mot, un mot charmant, fait pour jouer, avec les pétards rigolos de ses deux syllabes et le clic terminal entre lesquels étaient coincées deux petites voyelles jumelles, discrètes et gentiment stridentes (…). Et rendu encore plus merveilleusement ridicule par son accouplement avec Moishe, Moïse, qui permettait à des petits garçons aussi ignorants que nous (…) de comprendre que, dans le parler du pays de nos grands-parents immigrés et de leurs obscurs ancêtres, il y avait une solide prédisposition à penser que même les super-héros de la tribu pouvaient à tout moment sombrer dans le ridicule.

(p. 185-186)
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merveillemerveille   02 octobre 2017
Enlevez aux juifs leur loshn horé, et qu’est-ce qu’il reste ? Des braves goyim. Mais dire cela, c’est déjà une manifestation de loshn horé, du loshn horé de la pire espèce, parce que utiliser le loshn horé en considérant le peuple juif comme une entité est le plus grand de tous les péchés. Reprocher comme je fais, au peuple juif d’utiliser le loshn horé constitue en soi un crime de loshn horé. Et je ne me contente pas de pratiquer le loshn horé, j’aggrave mon péché en vous obligeant à rester assis et à m’écouter. Je suis exactement comme ce Juif que je dénonce. Je suis pire que ce Juif-là. Parce que ce Juif dont je parle est un imbécile il est incapable de se rendre compte de ce qu’il fait, alors que moi , je suis un disciple du Hofetz Haïm et je sais que tant que ce loshn horé persistera , le Messie ne viendra pas nous sauver-et malgré cela, je continue à utiliser le loshn horé comme je viens de le faire en traitant cet autre Juif d’imbécile. Quel espoir existe-t-il alors de réaliser le rêve du Hofetz Haïm ? Peut-être que si tous les Juifs religieux qui ne consomment aucune nourriture le jour de Kippour s’abstenaient plutôt d’utiliser le loshn horé … si pendant un bref instant, pas une seule parole de loshn horé ne sortait de la bouche d’aucun Juif….si au même moment tous les juifs de la terre consentaient tout simplement à se taire pendant une seconde….( p 378 et suivantes)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   01 octobre 2021
— Qu’est-ce que tu fais, Zee ?
— Je hais." Il m’avait répondu cela avec un sourire bienveillant.
Je ne savais pas quoi dire et je me tus.
"Elle avait raison, cette experte sur ma mentalité. Elle disait vrai. Je suis un Arabe plein de haine qui lance des pierres."
Encore une fois, je ne répondis pas.
La suite vint lentement, sur un ton à la fois doux et méprisant : "Qu’est-ce que tu veux que je jette sur l’occupant ? Des roses ? (…) Qu’est-ce que je fais ? J’enseigne dans une université quand elle n’est pas fermée. J’écris pour un journal quand il n’est pas interdit. (…) Je m’oppose à nos maîtres avec des idées — voilà pourquoi je me sens humilié, et pourquoi j’ai honte. (…) Hélas, je ne suis pas de ces Arabes qui jettent des pierres — je suis un Arabe qui jette des mots, un ramolli, un sentimental, un inutile, comme mon père. Je viens à Jérusalem me planter en face de la maison où j’ai grandi, je la regarde. (…) Je regarde la maison et j’ai envie de tuer. Et puis je reprends ma voiture et je rentre à Ramallah pleurer sur tout ce que nous avons perdu."

(p. 193-194)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   02 octobre 2021
— Je peux t’assurer qu’Arafat sait faire la différence entre Woody Allen et Philip Roth."
C’était sans aucun doute la phrase la plus étrange que j’aie jamais entendue de ma vie. Je décidai d’en rajouter. Si c’était à ça que George voulait qu’on joue, alors je ne devais plus hésiter. Ce n’est plus moi qui écris. C’est eux. Je n’existe même pas.
"Une rencontre avec Arafat, m’entendis-je lui répondre, devra être totalement secrète. Pour des raisons évidentes. Mais je "suis d’accord" pour le rencontrer, n’importe où et n’importe quand, à Tunis ou ailleurs, et demain ne serait pas trop tôt. Il peut être intéressant de faire savoir à Arafat que, grâce aux bons offices de Lech Walesa, il est probable que je rencontre secrètement le pape au Vatican, sans doute le mois prochain. Walesa est déjà acquis à ma cause, tu le sais. Il est sûr que le pape verra dans le diasporisme, non seulement le moyen de résoudre le conflit israélo-palestinien, mais aussi l’instrument de la réhabilitation morale et du réveil spirituel de l’Europe."

(p. 251)
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Videos de Philip Roth (50) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philip Roth
Philip Roth : Entretien avec Alain Finkielkraut (1999 - Radio libre / France Culture). Photo : Philip Roth devant sa maison de campagne du Connecticut, 2010. (© Nancy Crampton.) Réalisation de Marc-Alexandre Millanvoye. Philip Roth s'entretenait avec Alain Finkielkraut, en 1999, pour l'émission "Radio libre" diffusée sur France Culture. Ses deux derniers romans alors parus en France, "La Pastorale américaine", et "Le Théâtre de Sabbath", sont l'occasion de réflexions sur le rêve américain, la vie dans la nature, le sexe. Amateurs de confessions transgressives s'abstenir : Philip Roth n'a rien à avouer, il n'enfreint pas d'imaginaires tabous pour mieux exhiber ses plaies intimes. Obéissant à une impulsion romanesque de plus en plus oubliée par les professionnels de la lecture, il nous aide à comprendre, c'est-à-dire à acquérir ce que le roi Salomon demandait dans ses prières, et qu'Alain Finkielkraut appelle de ses vœux : "Un cœur intelligent". Philip Roth, ce reclus du Connecticut, adore la conversation, pourvu qu'on lui épargne la question : « Vos livres sont-ils autobiographiques ? » Les interrogations nées en Alain Finkielkraut à propos du "Théâtre de Sabbath" ou de "Pastorale Américaine", les deux derniers livres de Philip Roth parus en France, portent sur l'art du roman, les vies que l'Histoire dévaste, le monde tel qu'il ne va pas, l'Amérique de notre temps. Philip Roth, en 1999, vit et travaille en Nouvelle-Angleterre, dans un décor enchanteur d'arbres, de fougères et de champs. Il croise, lors de ses promenades, des daims ou des tamias - petits écureuils affairés qui ressemblent étonnamment à Audrey Hepburn. Rien, sinon le croassement amical des corbeaux, n'altère le silence du lieu. Philip Roth évoque sa maison à la campagne en Nouvelle-Angleterre où il vit depuis 1972, sa naissance et son enfance passée dans une ville industrielle du New Jersey, sa découverte de la campagne dans son adolescence, sa vie à New York dans les années 1960 : l'impact de l'assassinat de J.F. Kennedy et de la guerre du Vietnam sur la société américaine ; la venue de sa célébrité littéraire à partir de 1969, son départ à la campagne, quelques voyages, son installation définitive à la campagne consécutive à sa rencontre avec Vaclav Havel qui vit également à la campagne. À propos de "Pastorale américaine", Roth évoque la réalité du rêve américain, le personnage de son héros, Seymour Levov, dit "le Suédois", un industriel d'origine juive polonaise, bien installé dans la société américaine ; la brusque entrée de l'Histoire dans la vie de Levov, dans les années 60, par l'acte terroriste commis par sa fille. Philip Roth explique les raisons pour lesquelles il a choisi une fille comme terroriste impliquée dans les meurtres. Il évoque enfin la mise à l'épreuve de l’allégeance des Américains à l'égard de leur pays par la guerre du Vietnam, la réaction de la jeunesse à la guerre du Vietnam comme une des raisons principales de sa fin. À propos du "Théâtre de Sabbath", Philip Roth analyse le personnage de son héros, Mickey Sabbath, un marionnettiste de 64 ans, éternel séducteur, "briseur des tabous", antipathique aux yeux de tous les lecteurs. Roth essaye d'expliquer ce qu'il y a de scandaleux dans ce personnage, raconte l'histoire familiale de Sabbath, sa souffrance morale face à la trahison de la vie, sa hantise de la mort, définit le but de la vie de son héros : "faire entrer le repoussant". Il décrit l'univers de son livre comme celui du corps : la destruction du corps, l'acte sexuel. Philip Roth analyse le caractère scandaleux du personnage de Sabbath, notamment son côté "vieux dégoûtant", sa haine de tout. Il explique les raisons pour lesquelles il aime son personnage. Pour mieux cerner son caractère, il le compare aux autres personnages de littérature. Il affirme qu'il n'y a pas de raisons pour lesquelles son héros, totalement américanisé, est un Juif par ses origines. Il explique que si son personnage est aussi scandaleux c'est parce qu'il est libéré du désir de plaire. Il évoque enfin ses réflexions sur sa propre vie pour dire d'où lui vient l’inspiration d'un tel personnage, et conclut sur une "leçon de vie", avec humour : « Il faut passer par le stade de la stupidité pour comprendre ses erreurs, et ne pas être un con. »
Source : France Culture
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