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ISBN : 2757832956
Éditeur : Points (03/10/2013)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 122 notes)
Résumé :
Baltimore, fin du siècle dernier. Une des villes au taux de criminalité le plus élevé des États-Unis. Journaliste au Baltimore Sun, David Simon a suivi pendant un an, jour après jour, les inspecteurs de l’unité des homicides de la ville. Depuis le premier coup de fil annonçant un meurtre jusqu’au classement du dossier, David Simon était là, inlassablement, derrière l’épaule des enquêteurs, sur les scènes de crime, dans les salles d’interrogatoire, au service des urg... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
carre
  16 septembre 2013
David Simon (célèbre pour « The Corner » et « The Wire ») a réussit à obtenir lorsqu'il débuta comme journaliste la permission de suivre pendant un an les flics de la criminelle de Baltimore. Une immersion totale. Et pour le lecteur un gros pavé de plus de 900 pages, passionnant de bout en bout. Scènes de crime, passage à l'institut médico-légal, enquêtes de voisinage, interrogatoires mais aussi remises en question incessantes, angoisses, fin de journée ou de nuit à picoler et tenter de refaire le monde le temps de quelques heures, pour oublier cette saleté de ville ou l'on assassine pour la drogue, le sexe, pour un regard de travers, une dispute insignifiante. Ici tout est vrai, même le nom des enquêteurs, Simon donne vie (si je peux me permettre tant les morts sont légions) à tout ça avec un sens du tempo formidable. Une plongée dans la noirceur de l'âme humaine ou il faut être sacrément costaud pour supporter toutes ces horreurs. Baltimore est aussi une passionnante photographie à la fois journalistique, sociale, sociologique d'une ville ou les tensions raciales sont palpables. Mais c'est aussi un hommage lucide à cette brigade criminelle. Simon n'embellie pas le tableau, il les montre avec leurs défauts, leurs addictions, leurs peurs. Et c'est pour cela qu'on est en empathie avec ces anonymes. Un grand merci aux Editions Sonatine d'avoir eu l'idée d'éditer ce récit publié à la fin des années 90 aux Etats-Unis. Un énorme coup de coeur.
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InstinctPolaire
  30 septembre 2013
Cette histoire pourrait se résumer par un immense poncif professionnel : " On voit de ces trucs, si quelqu'un écrivait ce qui se passe ici pendant un an, il aurait un putain de bouquin. "
Aussi simple que ça : Ouvres le service de la Brigade Criminelle pendant une année entière à un journaliste en immersion et vous aurez votre putain de bouquin.
Un grand tableau général des misères humaines d'une grande ville étasunienne dans toutes ses splendeurs. Une vision d'ensemble : Des flics, des tueurs, des victimes.
Les flics, ce ne sont pas ces héros que glorifient littérature et cinéma. Ce ne sont pas non plus ces incompétents racistes ou bouffés par le remord qu'aiment à présenter les journalistes. La seule chose qui soit sûre, c'est qu'on ne devient pas inspecteur de la brigade criminelle de Baltimore par hasard. Par instinct, par esprit méthodique, par envie de combler un quelconque vide ?... Peut-être. Par ?... Vocation ?... Jamais pour bien longtemps alors...
Les tueurs sont bien souvent – grâce en soit rendue à quelque force supérieure – de sombres imbéciles que l'on attrape sentant encore la poudre – les poudres... - ou les paumes de mains teintées de l'écarlate de leur victime. Les longues traques de serial killer ne sont principalement que l'encre des romans. Enfin, parfois ces tueurs ne deviennent que les futurs camelots du système judiciaire. Ils ne cherchent qu'à déprécier la valeur de leur acte odieux au grand jeu de la négociation pour raccourcir le temps qu'ils passeront derrière les barreaux.
Les victimes sont le comment qui obnubile les flics. Jamais le pourquoi, vision romanesque du sacro-saint mobile... C'est bien souvent l'absence de raison bien établie qui conduit un tueur à commettre son forfait. Dans la vraie... Vie, cyniquement, les victimes se résument souvent à des lignes de couleur sur un tableau avant de se sublimer en statistique politiquement ordonnées par les lieutenants et l'administration. Mais parfois, il reste une trace indélébile. Ainsi, le meurtre de Latoya Wallace, enfant de 11 ans, découverte assassinée et violée le 4 février ne trouve-t-il pas de conclusion heureuse...
Peu d'amertume et de mise en scène dans le livre de David Simon. Des fait, des personnes, des scène de crime et de vie de la brigade criminelle. Certes écrit avec une licence journalistique, usant en abondance de la digression pour donner cette vision d'ensemble.
David Simon devint le créateur de la série policière " Sur Écoute / The Wire ". Ce livre comme toile de fond. On peut simplement regretter que l'on est attendu 2012 pour traduire un livre publié en 1990... Portant sur des événements survenus en1988.
Mais comme le précise si bien un flic en toute fin de livre : " L'essentiel, ce sont les scènes de crime, les enquêtes de voisinage et les interrogatoires, qui se jouent sur la toile de fond d'une humanité imparfaite, il en sera toujours ainsi. "
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encoredunoir
  04 octobre 2012
En France, c'est la formidable série The Wire (Sur écoute), coproduite et scénarisée avec Ed Burns qui a vraiment fait connaître David Simon. Fresque sur le trafic de drogue à Baltimore alternant les points de vue des policiers, des divers échelons de trafiquants, des consommateurs mais aussi des hommes politiques, des journalistes, des enseignants ou encore des dockers, The Wire, avec l'aide de coscénaristes aussi prestigieux que Richard Price, George Pelecanos ou Dennis Lehane, est un fascinant tableau d'ensemble qui vient clore des années de travail pour David Simon.
Car avant cette synthèse qu'est The Wire , Simon est à l'origine de deux autres séries bien plus proches de la rue et de ses acteurs, quasi entomologiques. The Corner, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, mini-série de six épisodes suivait durant un an la vie de la famille McCullough, Gary le père junkie, Fran, la mère tout aussi accro et DeAndre, le fils adolescent petit revendeur de coin de rue (le « corner » donc, de Fayette et Monroe). Avant cela, il y eu les sept saisons de Homicide : Life on the street. 122 épisodes aux basques des enquêteurs de la brigade criminelle de Baltimore entre règlements de comptes entre dealers, violences conjugales, meurtres d'enfants ou incendies criminels et encore de prestigieux noms à l'écriture, notamment Tom Fontana, créateur de la série Oz.
Et, comme de bien entendu, ces deux séries sont tirées de deux livres de David Simon pour l'un (Baltimore) et de David Simon et Ed Burns pour l'autre (The Corner) qui ont chacun eu un certain retentissement aux États-Unis et ont dû attendre le succès – critique faute d'être public – de The Wire pour pouvoir être édités en France.
Paru aux États-Unis en 1998, The Corner a enfin pu paraître en 2011 chez nous avec, bien entendu le bandeau accrocheur « par les créateurs de The Wire ». Ouvrage imposant contant par le détail un an sur un marché de la drogue à ciel ouvert, il n'a malheureusement pas bénéficié du soutien d'un gros éditeur et ce sont les courageuses – tant le sujet semble finalement assez peu « grand public » - éditions Florent Massot qui ont pris le risque de l'éditer en deux volumes. le premier est sorti en 2011 – et ressort actuellement en poche chez J'ai lu… on attend toujours le deuxième, et l'on espère que l'éditeur aura les moyens de le publier.
Quant à Baltimore, que les éditions Sonatine publient aujourd'hui, premier livre de Simon initialement paru en Amérique en 1991, il s'agit là aussi d'une enquête d'un an auprès de la brigade criminelle de Baltimore. Imposant tant par son aspect (937 pages pour un bon kilogramme) que par ce qu'il contient, ce livre-enquête nous laisse à voir bien plus que le quotidien de flics chargés d'enquêter sur les quelques 234 homicides commis à Baltimore en 1988.
Embedded, comme on dit maintenant, Simon nous parle bien sûr des enquêteurs ; de leur opiniâtreté, de leurs grandes gueules ou de leur professionnalisme, mais aussi du fond de racisme dans les services qui tend à remonter parfois, de leurs erreurs de jugement ou de la mesquinerie dont peuvent faire preuve entre eux des types qui partagent les mêmes bureaux et qui ne s'entendent pas forcément. Mais Simon nous parle aussi de la manière dont est gérée par les services municipaux la lutte contre la criminalité : boucs-émissaires, arrangements avec les statistiques… par la presse, par la justice et, bien entendu, comment elle est vécu par ceux qui la subissent. Ce faisant, Simon dresse un portrait bien sombre de Baltimore en particulier (et, encore, en 1988, l'épidémie de crack n'est pas encore apparue et les gangs ne font pas encore la loi) et de l'Amérique en général : racisme, exclusion, paupérisation, justice à plusieurs vitesses et, bien sûr, crimes violents qui ne méritent déjà plus qu'un entrefilet dans le journal local tant que les victimes ne sont ni des touristes ni des enfants. C'est d'ailleurs un meurtre d'enfant, celui de Latonya Wallace, qui constitue la colonne vertébrale du livre, mettant en évidence la difficulté d'une enquête, l'obsession qu'elle peut provoquer chez l'enquêteur et la façon dont la médiatisation éphémère contribue finalement à un oubli rapide pour l'opinion.
Tout cela est fait avec une honnêteté confondante par un David Simon dont on se demande – et il se le demande d'ailleurs lui-même en épilogue – comment la police de Baltimore et les inspecteurs qu'il a suivi ont pu lui laisser écrire ce livre.
Témoignage mais aussi véritable oeuvre littéraire car Simon est doté d'une vraie bonne plume, Baltimore est un instantané fascinant et un livre intelligent.
Les accros à The Wire se laisseront tenter et l'on ne peut que conseiller à ceux qui ne connaissent pas encore de se laisser entraîner dans le monde âpre mais réel de David Simon.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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domeva
  13 janvier 2014
Une année entière en immersion a permis à un journaliste du Baltimore Sun de faire vivre le quotidien des inspecteurs de la brigade criminelle de Baltimore.L arête centrale de ce récit est l acharnement des enquêteurs à essayer de résoudre, en plus de leurs autres enquêtes, le meurtre d une petite fille dont ils croient connaître le coupable sans pouvoir le prouver.Le récit depeint chaque enquête à travers la personnalité de chacun des enquêteurs.
Un document remarquable qui se lit comme un polar, avec le sentiment d y découvrir un univers tristement réel.
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Arakasi
  03 octobre 2017
Vous connaissez David Simon ? Bof, pas vraiment. Vous connaissez « The Wire » ? Ah, il y a déjà davantage de réponses ! Eh bien, saviez-vous qu'avant de devenir le showrunner adulé (ou détesté, c'est selon) de « The Wire », David Simon avait été journaliste au Baltimore Sun ? Lassé d'écrire toujours les mêmes articles soporifiques et superficiels, Simon a décidé en 1988 de tenter une expérience ambitieuse : intégrer et suivre pas à pas l'unité des homicides de la ville pendant un an. A sa grande surprise, la hiérarchie policière a accepté sa requête. Et voici notre Simon – vingt-huit ans à tout péter, pas encore chauve, déjà bedonnant – promu « policier stagiaire » et entouré d'une vingtaine d'inspecteurs, pour la plupart blasés et vaguement alcooliques, avec lesquels il devra coopérer pendant toute une année. Et la moindre des choses, c'est de dire qu'il a pris sa mission à coeur ! Pendant une année, il a été partout à la fois : sur les scènes de crime, dans les salles d'interrogatoire, à la morgue et dans les bars. Il a tout noté : toutes les enquêtes bien sûr, mais aussi les petits cafés pris entre deux interrogatoires, les blagues échangées au dessus d'un cadavre, les coups de gueule et coups de sang…
Pourtant au bout d'une année, quand vient le moment de coucher tout ça par écrit, c'est l'angoisse de la page blanche. Heureusement, un inspecteur avec lequel il s'est lié d'amitié le délivre de sa paralysie : « Sur quoi tu vas écrire ? Ben, sur nous, tiens ! Les enquêtes c'est important et t'en parleras en toile de fond, mais c'est sur nous que tu vas écrire. » Et c'est bien ce qu'a fait Simon. En plus d'être un ouvrage de sociologie passionnant et un travail journalistique ahurissant de réalisme, « Baltimore » est une épatante série de portraits. Ces inspecteurs avec qui il a discuté, plaisanté, bu des bières et occasionnellement échangé des insultes, Simon ne les idéalisent pas. Ils les présentent pour ce qu'ils sont, à savoir des hommes fatigués, souvent frustrés, un peu racistes, un peu soulards mais tous poussés par une motivation profonde. Car pour survivre dans l'unité des homicides de Baltimore, il faut avoir un peu de croisé en soi, il faut y croire, croire en la sacralité de sa mission. Un inspecteur des homicides ne fait pas un travail comme un autre, il ne se bat pas pour un salaire (risible) ni pour une reconnaissance (pire encore), il se bat pour venger les morts.
Le quotidien des inspecteurs s'entrelace de passages plus analytiques où Simon se laisse aller à ses penchants de « sale gauchiste coco ». Ses passages sont tout aussi fascinants et nous livre une réflexion profonde sur la justice américaine et les tensions raciales qui déchiraient et déchirent encore les USA. Tout ceci est bien sûr d'une noirceur à se flinguer et les mots qui terminent sobrement la postface, constatant une recrudescence du crime à Baltimore depuis les années 90 où Simon écrivait son livre, tordent le coeur. On en ressort avec l'impression écrasante d'un combat perdu d'avance, une lutte inégale viciée par les compromis, les préjugés et la peur de l'autre. Pourtant il faut bien que des gens la mènent cette lutte, hein, les mecs ? En bref, « Baltimore » c'est beau comme du Shakespeare, drôle comme du Molière et tragique comme du Racine. A lire absolument.
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critiques presse (1)
Telerama   16 octobre 2013
David Simon a le regard du journaliste et use de l'écriture du romancier, afin d'explorer toutes les nuances du crime et de dresser le portrait d'une cité en pleine dérive.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
AncolieAncolie   16 février 2014
C'est l'illusion de larmes et rien d'autres, l'eau de pluie qui s'amasse en petites perles et coule dans les creux de son visage. Les yeux marron foncé sont grands ouverts, ils fixent le trottoir mouillé ; des tresses noires d'encre encadrent la peau d'un brun profond, les pommettes hautes et un petit nez coquin, retroussé. Les lèvres sont entrouvertes, dans une moue presque imperceptible. Elle est belle, même maintenant.
Elle est allongée sur le côté gauche, la tête inclinée, le dos cambré, une jambe repliée sur l'autre. Son bras droit est posé au-dessus de sa tête, son bras gauche est déplié, et ses petits doigts fins se tendent sur l'asphalte comme pour attraper quelque chose, ou quelqu'un, qui n'est plus là.
(...)
Elle a 11 ans.
Chez les inspecteurs et les simples flics attroupés autour du corps de Latonya Kim Wallace, pas de plaisanteries faciles, pas d'échanges de blagues grasses, pas d'indifférence blasée.
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carrecarre   09 septembre 2013
"il était vivant quand on est arrivés, leurs avait dit le premier officier sur les lieux
-Ah ouais ? avait fait Coleman, plein d'espoir.
-Ouais. On lui a demandé qui lui a tiré dessus.
-Et ?
-Il a dit : "Plutôt crever".
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carrecarre   22 août 2013
Pour les quartiers noirs déshérités de Baltimore, la présence de la fine fleur des gardiens de la paix ne fut, pendant des générations, qu'un fléau parmi d'autres : la pauvreté, l'ignorance, le désespoir, la police.
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nenette87nenette87   25 juin 2017
Page 52

Une affaire prioritaire peut signifier des journées de vingt heures émaillées de rapports constants à l'intention de la hiérarchie tout entière; elle peut se traduire par un détachement spécial, avec des inspecteurs retirés de la rotation régulière, ce qui revient à laisser dormir indéfiniment les autres enquêtes. SI ces efforts aboutissent à une arrestation, l'inspecteur, son sergent et le lieutenant de son unité peuvent dormir sur leurs deux oreilles jusqu'à la prochaine fois, sachant que le capitaine ne va pas se faire harceler par le colonel, qui n'a plus peur de s’aliéner le sous-préfet, qui est à ce moment même au téléphone avec l'Hôtel de Ville en train d'assurer Sa Majesté que tout va pour le mieux dans la ville portuaire. Mais une affaire prioritaire qui résiste à l'enquête crée la dynamique inverse: les colonels tombent à bras raccourcis sur les majors qui s'en prennent aux capitaines au point que l'inspecteur et le sergent de son équipe se couvrent à l'aide de notes de service expliquant pourquoi un individu que le colonel considère comme suspect n'a jamais été questionné plus avant au sujet d'une déposition incohérente, ou pourquoi un tuyau de tel indic décérébré n'a pas été pris en compte, ou pourquoi on n'a pas ordonné aux techniciens de poudrer leurs propres trous du cul des fois qu'il y aurait dessus des empreintes digitales.
Un homme de la brigade criminelle survit en apprenant à lire dans les voies hiérarchiques comme un romanichel dans les feuilles de thé. Lorsque les huiles posent des questions, il se rend indispensable en apportant des réponses. Lorsqu'ils cherchent une raison de coincer quelqu'un, il monte un rapport si carré qu'ils vont penser qu'il dort avec un exemplaire du manuel de la police. Et quand ils sont simplement à la recherche d'un bout de viande à épingler au mur, il apprend à se rendre invisible. Si un inspecteur possède suffisamment de parades pour tenir debout après la sporadique affaire prioritaire, le service lui reconnaît un peu de matière grise et lui fiche la paix, de sorte qu'il peut retourner répondre au téléphone et examiner des corps.
Et il y 'a de quoi faire, à commencer par les corps matraqués au gourdin et à la batte de baseball, ou ravagés à coups de démonte-pneu et de parpaing. Les corps avec les plaies béantes occasionnées par des couteaux à découper ou des coups de carabine tirés de si près que la bourre de la cartouche est logée au fond de la blessure. Les corps dans les cages d'escaliers des cités, la seringue hypodermique toujours plantée dans l'avant-bras et ce calme navrant dans les yeux, les corps repêchés dans le port, des crabes bleus accrochés aux mains et aux pieds. Les corps dans les caves, les corps dans les ruelles, les corps sur des civières derrière un rideau bleu aux urgences du CHU, avec des tubes et des cathéters dépassant toujours de leurs organes, comme dans une parodie des meilleurs atouts de la médecine. Les corps et les morceaux de corps qui sont tombés des balcons, des toits, des grues de la gare maritime. Les corps écrasés par de lourdes machines, asphyxiés par le monoxyde de carbone ou suspendus au plafond d'une cellule de détention provisoire du commissariat du Centrale par une paire de chaussettes en éponge. Les corps sur le matelas d'un berceau, entourés d'animaux en peluche, les corps minuscules dans les bras de mères éplorées qui ne peuvent pas comprendre qu'il n'y a pas de raison, le bébé a simplement arrêté de respirer.
En hiver l'inspecteur les pieds dans l'eau et la cendre, renifle cette odeur caractéristique tandis que les pompiers dégagent des décombres des corps d'enfants abandonnés dans une chambre dont le radiateur a provoqué un court-circuit. En été, au deuxième étage d'un immeuble, dans un appartement sans fenêtre, mal ventilé, il regarde les assistants du légiste bouger l'épave enflée d'un retraité de 86 ans qui est mort dans son lit et y est resté jusqu'à ce que les voisins ne puissent plus supporter l'odeur. Il recule d'un pas lorsqu'ils roulent le pauvre bougre sur lui-même, sachant que le buste est près d'éclater comme un fruit trop mûr et sachant, également que la puanteur va rester imprégnée dans les fibres de ses vêtements et les poils de son nez pour le reste de la journée. Il voit les noyades qui suivent les premières belles journées de printemps et les victimes par balle de stupides rixes de bars qui sont un rite des premières chaleurs de juillet. AU début de l'automne, quand les feuilles commencent à changer de couleur et que les écoles ouvrent leurs portes, il passe quelques jours dans le Southwesternn, à Lake Clifton, ou dans un autre lycée où des petits prodiges de 17 ans viennent en classe avec un calibre 357 chargé et terminent la journée en arrachant d'un coup de feu les doigts d'un camarade dans le parking de l'établissement. Et les matins privilégiés, tout au long de l'année, il se tient près de la porte d'une salle carrelée au sous-sol d'un immeuble de bureaux de l'Etat, au croisement de Penn et de Lombard, à regarder des légistes chevronnés désassembler les morts.
Pour chaque corps, il donne ce qu'il peut se permettre de donner et pas plus. Il mesure soigneusement la quantité d'énergie et d'émotion requise, classe l'affaire et passe à l'appel suivant. Et après des années d'appels de corps, de scènes de crime et d'interrogatoire, un bon inspecteur répond toujours au téléphone avec la même croyance obstinée, indéfectible, que s'il fait son boulot, il est possible de connaître la vérité.
Un bon inspecteur ne lâche pas.
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nenette87nenette87   25 juin 2017
Page 805

Même le meilleur flic blanc ressent cette distance lorsqu'il travaille avec des victimes noires et des suspects noirs; pour lui ceux-ci appartiennent à un autre monde, comme si leur tragédie était le résultat d'une pathologie du ghetto contre laquelle il est pleinement immunisé. Dans la mesure où il travaille dans une ville où près de 90% des meurtres sont commis par des Noirs sur des Noirs, un inspecteur blanc comprendra peut-être la nature de la tragédie d'une victime noire, il fera peut-être bien attention à faire la différence entre les bons, qu'il faut venger, et les mauvais, qu'il faut traquer. Mais au bout du compte, il ne réagira jamais avec la même intensité; ses victimes les plus innocentes suscitent chez lui de l'empathie, pas un crève-cœur; ses suspects les plus impitoyables provoquent du mépris, pas de la rage. Edgerton en revanche, n'est pas encombré par de telles distinctions. Eugene peut être complètement réel pour lui, de même qu'Andrea Perry peut l'être; sa rage face au crime peut être personnelle.
[...] pour être un inspecteur noir à la brigade criminelle, il faut posséder un sens tout particulier de l'équilibre, être prêt à supporter les excès de nombreux collègues blancs, à ignorer les jugements cyniques et l'humour mordant d'hommes pour lesquels la violence des Noirs contre les Noirs représente un ordre naturel. Pour eux, la classe moyenne noire n'est qu'un mythe. Ils en ont entendu parler, ils ont lu des articles dans les journaux, mais au diable s'ils peuvent la trouver dans la ville de Baltimore. Edgerton, Requer, Eddie Brown: ils sont noirs, ils appartiennent fondamentalement à la classe moyenne, mais ils ne prouvent rien. Ce sont des flics, et par conséquent, qu'ils le sachent ou non, ce sont tous des Irlandais honoraires. Cette logique permet au même inspecteur qui sera parfaitement à l'aise pour faire équipe avec Eddie Brown de foncer sur l'ordinateur de la police pour vérifier les antécédents de la famille noire qui s'est installée à côté de chez lui.
Le préjugé est profondément enraciné. Il suffit d'écouter l'analyse scientifique que fait dans le foyer un vieil inspecteur blanc sur la forme de la tête des lascars noirs : " ... Ceux qui ont la tête allongée, c'est des tueurs froids, des mecs dangereux. Mais ceux qu'ont une tête en forme de cacahuètes, c'est juste des petits dealers et des voleurs de poules. Et ceux qui sont super cambrés, en général..."
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Video de David Simon (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de David Simon
L’immersion dans le quotidien des inspecteurs de l’unité des homicides de Baltimore en 1988 se poursuit dans cette troisième partie de l’adaptation du livre de David Simon, à l’origine de sa série The Wire (Sur écoute). Retrouvez l'interview de Philippe Squarzoni : https://www.youtube.com/watch?v=JUvXxHeiq4kRésumé : Un flic a reçu deux balles dans le visage. Pas d'arme. Pas de mobile. Pas d'indices matériels. Mais Terry McLarney a été le sergent de Cassidy. Son ami. Et il fera tout pour découvrir le coupable. Alors que l’affaire Latonya Wallace accapare toujours Landsman et Pelligrini, le tableau se couvre d’encre rouge. Les corps s'empilent, le taux de résolution plonge et la pression augmente…
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