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ISBN : 2364690285
Éditeur : Henry (02/10/2012)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
« On affirme que les différences ethniques n'existent pas du point de vue des enfants. Ils naîtraient vierges de préjugés. Tour leur serait " autre " et ils découvriraient, avec une curiosité angélique, le monde que nous voulons bien leur offrir. Je refuse de croire qu'ils ne voient pas les couleurs de peau. »
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Charybde2
  17 mars 2013
Sujets délicats et intimes, beauté d'une écriture intelligente et sensible à la fois.
Ce récit de Ketty Steward, paraissant en ce mois d'octobre 2012, est un texte captivant et fort, qui peut se lire de plusieurs manières (en tout cas d'au moins trois).
Un jeu narratif d'abord, plutôt cruel mais totalement salutaire, d'échanges, de renvois et de retours entre le noir et le blanc, remarquablement mis en valeur et en lumière par les photographies de Bertrand Robion, en vingt instantanés, émotions parfois bouillonnantes « en dessous » d'une enfance et d'une jeunesse, martiniquaise puis wallonne et métropolitaine, instants qui fonctionnent aussi comme les étranges stations d'un chemin de souffrance, de lutte et d'apaisement. Couleurs de peau, racismes et complexes associés, religions, hypocrisies et obscurantismes, rituels sociaux vides de sens et rites personnels à inventer et élucider (et les rôles étrangement syncrétiques que peuvent y jour chats ou baraques à frites), silences mortifères et coupables absences, agressions sexuelles et complaisances familiales forcenées,… Tout cela raconté sans céder une seconde à la tentation de la pornographie charcutière (©Judith Vernant), tellement à la mode en cette rentrée littéraire, mais drapé dans une parole dense qui ne cache rien, maintenant avec force une pudeur nécessaire sur la douleur et ses conséquences.
Une sourde réflexion ensuite, calme mais intense, sur le mal et la souffrance qui remplissent une identité, et sur la manière de s'en délivrer, sur la quête longue et ardue que cela représente, sur le rôle de la colère, de l'aide rencontrée, du récit, de l'apprentissage et de l'écriture. Sur le cheminement personnel, la confiance, soi et les autres. Un fil intellectuel parfois fragile, mais dont la solidité s'affirme page après page.
Une grille de lecture, enfin, qui propose, offre et souligne au lecteur qui le désire de saisir ou d'approcher les racines de certaines des fulgurances qui peuplent les textes de « Connexions interrompues », dont un critique attentif et inspiré disait qu'il s'agissait plutôt de « Douleurs uniformisées ». La résonance entre les deux textes est permanente et féconde, elle donne nettement envie d'en savoir davantage, et de découvrir de nouveaux récits que le formidable moteur littéraire de Ketty Steward, ici largement mis à nu, devrait nous proposer.
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MarianneL
  26 avril 2013
Vaillante et merveilleuse, lisant tout ce qui passait entre ses mains, l'enfant-dictionnaire a collectionné sans relâche les mots-trésors pour pouvoir tout porter et tout dire, plus tard.
« Soudain, l'air tout autour me sembla plus épais. Comment, du haut de ses six ans une petite fille peut-elle voir et comprendre les silences des adultes ? On ne me disait rien. Un rien froid, silencieux, atrocement silencieux. Je venais de découvrir la blancheur assourdissante du silence. Lame acérée, sournoise, ce silence découpait patiemment ce qui me semblait, jusque-là, constituer une famille solide. »
« Noir sur Blanc » est un parcours d'obstacles, pour surmonter les non-dits, l'absence du père, le sadisme finalement compris de la grand-mère, la violence avilissante du beau-père, le déni de la mère uniquement soucieuse de sauver les apparences, un parcours de cailloux blancs et de fumées noires, de silences assourdissants et de terreurs nocturnes.
C'est un texte simple et fluide, il a la liberté de mouvement acquise par celle qui a parcouru un long chemin, qui n'a plus besoin de se créer ses propres embûches, qui a gagné la possibilité d'un regard et d'une écriture droits.
Récit autobiographique, Noir sur Blanc est aussi le livre de la polarité, celle de l'individu entre ombre et lumière, et celle du chemin parcouru, d'intérieur à extérieur, d'apparence à authenticité, d'enfermement à libération, de nuit à jour, de soumission à révolte, de mensonge à vérité, de silence à parole, de page blanche à livre écrit.
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luciechenu
  19 décembre 2012
Il est toujours délicat de critiquer un livre dont on connaît l'auteur. Ça l'est d'autant plus si ce livre est, non pas une fiction, mais une autobiographie. Pourtant, je n'ai pas envie de passer sous silence le bonheur de lecture que m'a procuré Noir sur Blanc, de Ketty Steward.
Ce livre se présente comme un recueil de souvenirs. Ketty Steward raconte son enfance à la Martinique, son adolescence et un peu sa vie d'adulte. Elle le fait à petites touches, noires et blanches, comme celle d'un piano qui égrène une mélodie au rythme souvent cassé. Il est question de discrimination ethnique, certes (assez peu, en fin de compte), mais aussi et surtout d'une famille à l'histoire pesante, d'une religion (les Adventistes du Septième Jour) très particulière, de plein de façons de ne pas être « comme les autres », de ces différences qui façonnent, dans la joie, parfois, dans la douleur, trop souvent. Ketty relate des « anecdotes » qui, loin d'être secondaires, ont contribué à bâtir son identité, elle parle de souffrance avec une pudeur infinie – et rien que pour ça, je lui tire mon chapeau, mais je lui tire aussi pour le reste.
Lien : http://les-humeurs-de-svetam..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   27 avril 2013
Sans s'en rendre compte, cette épicière avait été mon premier "caillou blanc". Une piste pour m'indiquer que les adultes ne sont pas tous les mêmes, que la liberté est au dehors et qu'il faut essayer d'aller à l'aboutissement de ses rêves. Je me sentis la force de daire à pied la distance qui me séparait du carrefour de Simon, ma deuxième étape ; là où je pourrais attendre le taxi collectif. Un pas après l'autre, il suffisait de marcher, de réaliser que j'étais seule au monde, seule avec ma volonté d'avancer, pied gauche, pied droit, pied gauche et ainsi de suite.
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Charybde2Charybde2   27 avril 2013

Les mots, pour les avoir, nous devions les voler, constamment. Ma mère parlait de son ancien mari - mon père à vie - à sa mère et à sa sœur. Elle en faisait un monstre égoïste et absent. Tout me semblait faux, mais c'étaient déjà des mots. Une manne si rare que je les gardai. Les quelques fois où j'avais le courage de craqueler le vernis pour poser des questions, on me renvoyait illico à mes jeux et à mon manque de réponses. Où était mon père ? Nous avait-il abandonnés ? Reviendrait-il ? Ne nous aimait-il plus ? Et ma mère aimait-elle encore celui qui avait été l'homme de sa vie et le père de ses enfants ? Les mots se terraient sans cesse et j'eus envie de les débusquer.
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