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EAN : 9782072737015
176 pages
Gallimard (31/08/2017)
3.29/5   31 notes
Résumé :
Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Ce sont des voix féminines qui tentent de lever le voile sur la complexité des relations familiales. le décor est planté dès les premières lignes, et ce avec une grâce indulgente pour ce que l'auteur nomme « le Quartier ». Nul besoin d'une identification plus détaillée, on a reconnu les lieux par leur universalité et la fâcheuse tendance générale à couvrir d'opprobre ces zones mal connues.

Malgré tout, la violence est là bien présente, et particulièrement dans la mémoire de Mariette, mère d'un caïd malfaisant, qu'elle aime et hait à la fois. Il a payé cher ses crimes, et Mariette telle la madone des textes sacrés revit les derniers instants du fils maudit, en les dissolvant dans l'alcool.
Aline, la narratrice est l'une des femmes qui viennent étayer le quotidien de Mariette, et recueillent ainsi ses confidences. D'autres se sont succédées auprès d'elles, et Aline recrée les liens et reconstruit pour le lecteur les événements du passé. Si l'on comprend rapidement pourquoi le fils a eu une fin tragique, d'autres questions se posent . Qu'est-il arrivé à Mame Baby, l'icône de toutes les jeunes femmes qui rêvent d'une vie meilleure dans la cité? Quels liens entre toutes ces femmes? Si la question est en filigrane tout au long du roman, créant une sorte de pseudo polar, la surprise est tout de même dans les dernières pages, et franchement , je n'avais rien vu venir.

Belle écriture, pour défendre cause des mères et des filles.
Cependant, l'abondance des personnages, qui portent plusieurs noms et le mélange des générations avec des histoires qui se répètent un peu comme une malédiction nécessite une attention soutenue et le besoin régulier de refaire le point pour savoir à qui on a affaire.

Initialement écrit pour le théâtre, le roman reste une agréable lecture, au charme discrètement exotique, mais bien ancré dans le réel.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Le Quartier ressemble à toutes ces petites villes de grande banlieue, grises et ternes. Une grande plaine à l'herbe rase, le centre commercial comme centre névralgique des activités, des HLM et le centre socio-culturel où se rassemble l'Assemblée des Femmes du Quartier. Les femmes justement, c'est bien d'elles dont il s'agit dans ce premier roman de Gaël Octavia.

Aline, après 7 ans d'absence, revient dans Le Quartier . Infirmière, elle apporte médicaments, cuisine et ménage à Mariette, une femme vieille avant l'âge, alcoolique et seule. Plus que des soins, Mariette veut un auditoire.
A Aline, elle raconte ses deux maris, le premier surtout, l'Etranger.
Elle raconte Pierre, son fils adoré, un démon au visage d'ange.
Elle raconte Suzanne, la petite Blanche, Léopold, le frère repenti.
Surtout, elle raconte la légende de Mame Baby, la perle du Quartier. Celle dont l'histoire a dépassé les frontières de la petite ville, celle dont les jeunes filles des cités s'inspirent pour s'emanciper et se protéger de la violence du Quartier.

A travers l'histoire de ces deux personnages aux destins intimement liés, Gaël Octavia donne la voix à ces femmes Noires des quartiers, raconte des vies parsemées de destins parfois exceptionnels comme celui de Mame mais trop souvent classiques comme celui de Mariette. Les hommes, décideurs de leur bonheur ou malheur, jalonnent également ce récit, fable sur l'amour et la violence si intimement imbriqués derrière les murs gris du Quartier. L'ombre des mères flotte aussi : celle qui protège, celle qui rejette, celle que l'on devient.

Je suis rentrée lentement dans ce roman qui au final m'a totalement happée. Gaël Octavia m'a prise dans ses filets avec le récit tout en sensibilité du personnage d'Aline, la narratrice. Au fil des mots, alors que l'on se rapproche de la fin de Mame Baby , on ne peut plus se détacher de ces personnages. En 169 pages, on a l'impression d'avoir vécu une vie dans Le Quartier. Mame Baby et Mariette, ce sont deux héroïnes ordinaires de leur époque et de leur milieu.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Gallimard de m'avoir fait découvrir cette perle de la rentrée littéraire.
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Merci à Babelio et aux éditions Gallimard

Un premier roman très étonnant ! Original et bien écrit, ce livre de l'auteure de pièces de théâtre antillaise Gaël Octavia est très prenant ; une sorte de suspens est habilement entretenu tout le long du récit qui fait qu'on ne le lâche pas et qu'on tourne les pages pour enfin comprendre... Mais en même temps, on se laisse imprégner par l'histoire, qui est à la fois celle du "Quartier" une toute petite ville mal batie où la violence règne, mais aussi celle de ses habitants, le personnage principal étant Mariette - en tout cas, c'est ce que l'on croit au départ.

Mariette donc, une femme vieillie avant l'âge par l'alcool et la tristesse, qui ne quitte guère son rocking-chair ; elle avait un fils, Pierre, un garçon très beau mais méchant et agressif qui terrorisait tout le monde et qui est mort à vingt ans dans une bagarre. Elle ne cesse depuis de ressasser ses souvenirs, de parler de ses deux maris et de son fils décédé il y a sept ans.
C'est Aline, l'infirmière de Mariette, qui raconte " Aline, c'est moi, l'infirmière libérale. Aline en blouse blanche. Parfois, Mariette m'appelle par mon prénom. Parfois non. La première fois qu'elle m'a vue, elle s'est écriée : une fille noire !..."
Avant Aline, il y avait Suzanne, la petite Blanche, qui avait été la petite amie de Pierre mais que Mariette n'avait pas semblé reconnaître ; elles pleuraient ensemble, parlaient beaucoup et buvaient. Et puis Suzanne a disparu et maintenant c'est Aline qui s'occupe de Mariette... Jusqu'à ce que nous soit révélé, à côté du cadre avec la photo de Pierre, un emplacement plus blanc que le reste du mur. Mariette aurait-elle eu un autre enfant ? Mais elle dit qu'elle n'a jamais eu d'enfant...

Dans cette cité où il y a nombre de nationalité et couleurs de peau différentes, Mariette petite avait une amie d'école, Mame Baby, "la perle du Quartier", une gosse surdouée qui est toujours restée fidèle à son amitié avec Mariette et qui est revenue après de brillantes études, essayant de lutter contre la violence "Mame Baby est un rempart efficace à la violence, dit-on à l'Assemblée des Femmes. Quoique incapable d'empêcher la violence de frapper, elle a forgé les mots qui permettent d'en guérir. Sa parole est rapportée aux jeunes filles du Quartier qui en ont besoin, et celles-ci la rapportent à leur tour à d'autres femmes." Mame Baby, morte trop jeune, mais qui continue d'être tellement présente.

C'est tout un monde Le Quartier, il y a aussi Léopold, le frère de Mariette un mauvais - très mauvais - garçon, basketteur génial, qui finalement a rencontré Jésus, s'est marié avec Rosie, est devenu pasteur et a maintenant quatre enfants ; Aline est également issue du Quartier, mais il y a sept ans, elle en est partie, on comprend qu'elle n'y avait plus sa place. Pourquoi est-elle revenue ? Que cherche-t-elle ? Qui est-elle vraiment ?

Religion, racisme, domination des garçons sur les filles, espoirs de jeunesse déçus sont les thèmes traités intelligemment dans ce récit qui reflète une forte personnalité et une façon très inédite de voir les choses. Très intéressant !
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Elles habitent « Le Quartier » qui est en fait « une toute petite ville ».
« Ainsi le Quartier est-il laid. Les murs de ses immeubles ne sont ni vraiment marron ni vraiment gris. La grande esplanade à l'est, n'est même pas un peu verte. L'église ultramoderne a une forme biscornue qui n'appelle pas du tout le recueillement ».
Mal conçu, Le Quartier a vu déserter les petits commerçants, chassés par le centre commercial « dont les chantiers sans fin attestent qu'il grossit de jour en jour ». La violence règne
« Quand on interroge les habitants du Quartier sur la violence, ils l'évoquent comme un fait du Quartier et non d'eux-mêmes, les habitants ».
Gaël Octavia déroule la vie de quatre femmes, trois noires et une blanche qui vivent et fréquentent le quartier.
Mame Baby, la surdouée, qui sut lire, écrire, compter avant d'aller à l'école, trop tôt disparue que je pensais être un mythe, tant elle est décrite comme « La perle du quartier ».
« Elle sut à cet instant qu'elle n'était plus une enfant parce qu'elle se sentit responsable de ces enfants, ces lycéens plus vieux qu'elle, de leurs frères, de leurs soeurs, de leurs parents, de tout Le Quartier. Elle comprit que c'était cela, être Mame Baby pleine et entière, qu'il en serait ainsi désormais, et que cela était lourd et terrible. » Oui Mame Baby devient le trait d'union entre toutes les familles
Mariette et elle était amies depuis l'école primaire, mais personne d'autre n'en parle ou ne s'en souvient.
Mariette la divorcée qui ne s'est jamais remise du départ du second mari, à moins que ce ne soit du départ du premier mari, le garçon étranger, tant aimé, « avec le garçon étranger, on a commis le pire des crimes. le pire des crimes, c'était l'exogamie, hier comme aujourd'hui, les Roméo et Juliette du Quartier et des villes alentour peuvent en témoigner. », qui vit seule dans son appartement, je devrais dire dans son rocking-chair et pleure la mort de son fils
Mariette, si fatiguée par la vie, « C'est tellement fatiguant de porter un cadavre. » Elle a vraiment porté le cadavre de son fils sur plus de cent mètres
« le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres bides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l'air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements à terre » C'est l'état de l'appartement de Mariette, mais c'est aussi l'état de son âme. Mariette n'est qu'amertume qu'elle noie dans le vin.
Suzanne, l'infirmière blanche qui pleure son amant mort. Toutes deux évoquent le disparu sans que Mariette n'ait l'air de comprendre qu'il s'agit de la même personne, son fils
Aline remplace Suzanne auprès de Mariette qui la trouve « Noire comme hier soir » ou, voulant se rattraper, « Noire comme Mame Baby ». Elle est aussi issue du Quartier « Moi qui avais appréhendé ces retrouvailles avec la ville qui m'avait vue grandir, j'ai goûté l'expérience d'y être une étrangère. Il m'a semblé que c'était la meilleure manière d'être de retour. »
L'Assemblée des femmes tient un rôle important dans Le Quartier. Mémoire de Mame Baby dont les récits se passent de mère en fille ou fils, pour l'exemple. Mariette n'y a jamais eu sa place « Bien que ce fut contraire au style de l'Assemblée, des mots ont fusé contre la mère du monstre… Une de ces femmes qui ne se remettent jamais d'un divorce. »
Aline est la conteuse qui fait le lien entre tous. je m'aperçois très vite que tout tourne autour de LUI, Pierre, l'absent, le mort, l'amant, le fils, le foetus, et… Aline raconte leurs vies, leurs histoires chaotiques, petit-à-petit se raconte, se dévoile.

Pierre est un, beau garçon qui attire les filles et les maltraitent. Il a la violence dans la peau depuis tout petit « Mariette avait chéri, caressé, nourri l'éclatement de beauté qui, quotidiennement, avait fait rage sous ses yeux. Et puis à force de semer la violence aux quatre vents, à force de la distribuer sans compter, Pierre avait fini par être anéanti par la violence, dans la superbe de la jeunesse, un mois avant son vingt et unième anniversaire. »

Le destin de ces quatre femmes s'entrechoque dans un premier roman très abouti
Livre lu dans le cadre de Masse Critique. Merci à l'équipe de Babelio de me l'avoir proposé

Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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Lecture facile et plaisante pour cet ouvrage à l'ambiance très féminine qui nous parle du "bon choix". Celui que doit faire la jeune fille avec un garçon. car au delà de "l'honneur (qui ne) sert qu'une fois" comme l'écrivait Marcel Pagnol, c'est toute sa vie que l'on engage dans une première relation.
Absolument parfait à lire à la plage ou en vacances.
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critiques presse (1)
LeFigaro
20 octobre 2017
Violence, amour et désir de liberté au cœur d'un quartier. Un premier roman envoûtant de Gaël Octavia.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Pour une femme revenue de tout, de l'amour, des hommes, la solitude c'est "très doux, très calme". Pour une femme adulte dans la force de l'âge, Mariette définit la solitude comme "manquer de l'amour d'un homme ". Mais à seize ans, la solitude véritable est celle d'une petite-fille sans sa mère.
"Maman".
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Moi qui avais appréhendé ces retrouvailles avec la ville qui m'avait vue grandir, j'ai goûté l'expérience d'y être une étrangère. Il m'a semblé que c'était la meilleure manière d'être de retour.
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Les brutes, les utopistes et les artistes - Rosie pense que ces catégories d'hommes ont plus d'un point commun- sont tous confrontés à ce même paradoxe. Tous croisent la route des mêmes jeunes filles qui font mine d'embrasser le rêve libre et insensé qu'ils incarnent avant d'exiger son contraire.
"Prendre et puis castrer" résume Rosie.
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Dans l’appartement, le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres vides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l’air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements sur le parquet. Pourquoi tant de vêtements à terre, vous demanderez-vous, alors que Mariette n’en change jamais ? Un peignoir élimé sur une vieille chemise de nuit, voilà ce qui l’habille depuis des années.
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Elle dit que les garçons ont déjà des millénaires de légendes à leur service. Des milliers de modes d'emploi. Comment devenir un bon chrétien, un bon musulman, un mensch, un P-DG, un Prix Nobel. Tous les mythes utiles sont peuplés d'hommes - des pères, des fils, des guerriers, des prophètes - pour que les garçons les comprennent tous seuls. Alors une apparition divine, pour quoi faire ?
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Videos de Gaël Octavia (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gaël Octavia
Alors que le débat fait rage sur la place qu'occupent les mathématiques en France, davantage étudiées par les garçons, voici une rencontre qui interroge le malentendu qui semble les opposer à tout prix à la littérature. Dans La Fille parfaite, Nathalie Azoulai fait le récit d'une amitié absolue unissant deux adolescentes qui, à 14 ans, cet âge où surgissent les rivalités, décident de se partager le monde. À Adèle, la science, à Rachel, la littérature. Mais on l'apprend d'emblée, Adèle, à qui tout semble réussir (elle est devenue une mathématicienne de haut vol), se suicide à 46 ans et c'est Rachel, devenue romancière à succès, qui plonge dans leur passé pour percer le mystère de cette mort. Pour tenter de réconcilier les deux disciplines, Gaël Octavia, ingénieure, travaillant à la Fondation Sciences mathématiques de Paris, mais aussi dramaturge et romancière (son dernier roman est aussi une histoire d'amitié complexe), dialogue avec Nathalie Azoulai. Ensemble, elles nous disent que les mathématiques riment avec intuition et qu'elles permettent aussi d'entrevoir le monde sous des aspects invisibles, à l'instar de la littérature, cette parfaite équation pleine d'inconnues.
__ Une rencontre avec Nathalie Azoulai (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/nathalie-azoulai/) et Gaël Octavia (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/gael-octavia/) animée par Yann Nicol (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/yann-nicol/)  enregistrée en public en mai 2022 au théâtre de la Criée, à Marseille, lors de la 6e édition du festival Oh les beaux jours !.
__ À lire
Nathalie Azoulai, La Fille parfaite, P.O.L, 2022. Gaël Octavia, La Bonne Histoire de Madeleine Démétrius, Gallimard, 2020.
__ Montage : Clément Lemariey Voix : Nicolas Lafitte Musique : The Unreal Story of Lou Reed by Fred Nevché & French 79 Photo : Nicolas Serve Un podcast produit par Des livres comme des idées (http://deslivrescommedesidees.com/).
__ La 7e édition du festival Oh les beaux jours ! (https://ohlesbeauxjours.fr/) aura lieu à Marseille du 24 au 29 mai 2023.
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