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Barbara Stiegler (Autre)
EAN : 9782378560829
80 pages
Verdier (20/08/2020)
3.83/5   32 notes
Résumé :
Malgré le naufrage et la multiplication des alertes, le cap est à ce jour inchangé : c’est l’adaptation de toutes les sociétés au grand jeu de la compétition mondiale. Une marée de gilets jaunes a pourtant surgi sur le pont, bientôt rejointe par d’innombrables mutineries pour défendre les retraites, l’éducation et la santé. Reste, pour aller du cap aux grèves, à conjurer l’obsession du programme et du grand plan, qui paralyse l’action. Et à passer de la mobilisation... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Alors que va paraître son ouvrage d'économie politique Il faut s'adapter, Barbara Stiegler, enseignante en philosophie à Bordeaux, assiste à la naissance du mouvement des Gilets jaunes. Quittant le confort feutré de son bureau et de sa bibliothèque, elle descend dans la rue, revêtant la tenue fluorescente : elle abandonne son immobilité pour se mobiliser. Filant la métaphore marine, elle raconte ce « basculement brutal dans l'action ».
(...)
Regard d'une intellectuelle sur son propre engagement, (re)connexion de sa pensée avec ses pratiques, avec nos luttes. Intéressantes réflexions, les mains dans le cambouis, pour imaginer et réaliser la nécessaire bifurcation.

Article complet sur le blog :
Lien : http://bibliothequefahrenhei..
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Dans cet essai Barbara Stiegler explique pourquoi elle est passée du monde des livres à l'action en participant aux luttes sociales. La publication de son livre précédent " Il faut s'adapter. Sur un nouvel impératif politique." tombe en pleine crise des gilets jaunes qui refusent justement de s'adapter aux règles du néolibéralisme qui les met sur la touche, les enjoint de s'adapter ou de disparaître.
Elle consacre un chapitre au sens de la retraite, impossible à envisager dans une société où seules comptent la compétition mondiale et la course à l'innovation. de là aussi ces réformes qui prônent de meilleurs rendements dans les domaines de l'éducation et de la santé. On en paye aujourd'hui les conséquences.
Les mouvements des grévistes ont été stoppés par la crise sanitaire.
Il nous reste à réinventer nos grèves.
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Comprendre au quotidien ce qui peut aujourd'hui, face à l'impavidité socio-économique de gouvernants se prétendant toujours sûrs de leur unique chemin néo-libéral, pousser à descendre dans la rue – quel que soit notre rôle social par ailleurs.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2021/07/20/note-de-lecture-du-cap-aux-greves-barbara-stiegler/

Sous-titré « Récit d'une mobilisation », le temps du récit curieux et intense de « du cap aux grèves », publié chez Verdier en août 2020, s'étend du 17 novembre 2018 au 17 mars 2020. le 17 novembre 2018, c'était l'acte 1 des Gilets Jaunes. le 17 mars 2020, c'était le début du premier confinement décidé par le gouvernement à l'arrache (un terme qui, on le sait hélas, caractérise un peu trop souvent ce gouvernement-là, dans beaucoup trop d'acceptions), pour faire face à la pandémie de Covid-19. Entre les deux, il n'y a pas rien (ce clin d'oeil à Mathieu Riboulet s'imposait à plus d'un titre), tout au contraire. Il y a toute la réflexion officieuse, en regard de l'officialité de la publication de « Il faut s'adapter » en janvier 2019, oeuvre majeure de la jeune philosophe initialement spécialiste de Nietzsche avant de devenir, dans la lignée de Michel Foucault, une exploratrice déterminée de ce qui, en philosophie, relie le néo-libéralisme collectivement à une mortifère logique ultra-évolutionniste applicable aux individus, à leurs corps et à leurs esprits. Il y a aussi, et c'est ce qui signe la spécificité et la pertinence de ces 130 pages de la Petite Collection de Verdier, toute l'action discrète, tenue d'abord soigneusement secrète vis-à-vis d'une présence publique importante (ou d'un sentiment complexe d'illégitimité voire d'imposture), du fait de la promotion en cours de « Il faut s'adapter », aux côtés des si nombreux manifestants regroupés faute de slogan clair et univoque sous l'appellation de « Gilets Jaunes ». Entrant en apparence sur le terrain de la lutte au quotidien par un angle opposé à celui travaillé par Nathalie Quintane avec son vital « Un oeil en moins » de 2018, qui se demandait, a contrario, comment trouver au quotidien la force de continuer à lutter dans la rue après les divers constats d'inefficacité apparente produits entre 2012 et 2017, Barbara Stiegler nous offre un témoignage bien différent, mais également stimulant et bouleversant, d'une logique toujours renouvelée de l'engagement militant de terrain, ou même d'une refondation intime de la nécessité des grèves, réelles et métaphoriques, face à la violence de ce cap, absolu et jamais contournable, plus que jamais sans alternative, quarante années après la brutalité thatchérienne, que prétendent discerner dans n'importe quel brouillard de guerre sociale les dirigeants démocratiques, illuminés de leur aura indistincte.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Magnifique petit livre que celui-ci : "Du cap aux grèves".
Je connais peu Barbara Stiegler sinon par son tract "De la démocratie en pandémie".
Elle livre ici le récit de 15 mois de son propre engagement juste avant le covid.
Elle dit avec beaucoup d'humilité et de finesse ses interrogations, ses doutes, ses choix, ses affects. Elle affirme ainsi avec d'autant plus de conviction et de force son bel engagement et sa lutte contre elle-même : "La réalité, c'est que le néolibéralisme se joue d'abord en nous et par nous, dans nos propres manières de vivre".
Pas de grande théorie, pas de concepts fumeux mais une culture politique forte qui lui permet de dézinguer Kant et de côtoyer Marx en réactualisant ses thèses ses Thèses de Feuerbach.
Réjouissant.
A lire pour préparer la rentrée
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Cet essai montre à quel point il peut être dur de passer de l'immobilisme à la mobilisation. Barbara Stiegler nous explique son cheminement et sa complexité liée à l'ampleur de nos tâches quotidiennes. Cependant cette transition est plus que nécessaire pour se sentir vivant et au lieu d'un cap national imposé, bâtir sur des plus petits territoires des actions communes et constructives, une grève collective donc mais disséminée dans l'espace et le temps.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Plutôt que de continuer dans la lutte à courir après l’accélération des flux, qui nous décentre sans cesse vers un ailleurs et qui renvoie toujours tout à plus tard, notre grève est toute simple. Il s’agit juste de prendre le temps de s’asseoir ensemble sur nos rives, et de se laisser gagner par ses stases pour réinventer ensemble, sur le parvis, dans nos couloirs, dans nos salles de cours, dans nos amphi-théâtres et dans nos bureaux, par de grandes et minuscules discussions, ce que nous voulons pour cette université, pour ce lycée, pour cet hôpital, pour cette ville, pour cet endroit où nous sommes et que nous contribuons chaque jour à transformer. Plutôt que de se donner un agenda mondial et de contempler lucidement la fin du monde, plutôt que de se soumettre à un agenda national pour affronter le verdict des urnes et retourner nous coucher découragés, il s’agit de dés-automatiser nos conduites et de renouer avec un rapport critique à ce qui nous entoure. Il s’agit au fond de redonner à nos métiers de soin, d’éducation et de santé leur sens et leur légitimité sociale, qui n’est pas seulement de produire de la connaissance ou de la santé, mais d’abord de la pensée, capable de faire face à ce qui nous arrive.
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Démondialiser la cible et miniaturiser nos luttes dans ce qui se joue ici et maintenant, sur les rivages où l’on a détruit nos barques et où il faudrait les réparer à la main, voilà l’issue. Car (…) notre premier adversaire n’est ni ailleurs ni lointain, et il ne sera pas plus combattu plus tard, dans un hypothétique grand soir. Il est devant nous et il est même en nous, et c’est maintenant, dès aujourd’hui, qu’il s’agit de le bloquer pour lui imposer une chose. Ce qui fait écran ici, ce qui sans cesse renvoie la lutte à un adversaire lointain et qui indéfiniment fait différer la victoire, au point que plus personne, comme au loup de l’histoire, n’y croit plus désormais, c’est d’abord un contresens massif sur le néolibéralisme que nous avons tous véhiculé. C’est la croyance (…) que le néolibéralisme serait conduit depuis les grandes entreprises et les places financières, avec leur logique de privatisation. La réalité, c’est que le néolibéralisme se joue d’abord en nous et par nous, dans nos propres manières de vivre. Que qui est en cause, c’est bien nous-mêmes et notre intime transformation, dans notre rapport au travail, à l’éducation et à la santé, dans notre rapport intime à l’espace et au temps. Et que cette transformation est conduite par l’État et par le bataillon de ses agents, qui entendent tout cadrer et réguler, autant que par tous ceux qui leur obéissent, croyant faire tellement mieux que « le privé » ou « le marché ». Telle est la première erreur qui conduit nos révolutionnaires à regarder très loin et ailleurs, et à nous donner des cibles hors de portée, quand elles sont en réalité juste là, sous nos yeux, dans nos locaux, nos présidents, nos responsables et nos collègues et dans nos propres manières de faire. Cette première erreur d’analyse les conduit à une seconde erreur stratégique, qui renvoie nécessairement l’issue à plus tard.
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Écrire les livres que j’ai écrits ne me prédisposait nullement à me mobiliser. Pour parvenir à les écrire, j’ai passé au contraire beaucoup de mon temps à m’immobiliser. J’ai maté en moi bien des élans qui, tous les jours, me poussaient à aller au-dehors. J’ai cherché sans relâche à me séparer physiquement du reste du monde et de l’accélération de ses flux, pour m’isoler des autres dans le calme statique et clos de mon bureau. Dans cette bataille contre moi-même, seuls mes cours et mes séminaires faisaient véritablement exception. Parce que je savais qu’ils nourrissaient mes livres, je n’ai jamais craint qu’ils me fassent perdre mon temps. J’y ai vu au contraire la mise à l’épreuve réelle de mes hypothèses et une source inépuisable de circulations affectives qui, à chaque fois, avait la vertu de me remettre au travail. Tout le reste en revanche, dont j’ai évidemment essayé de faire quelque chose pour moi-même, était toujours perçu aussi comme menace : celle de me de déconcentrer et de me faire dévier de ma route. Étant alertée des dégâts physiques, affectifs et intellectuels de l’idéal ascétique, étant aussi convaincue que la meilleure des agricultures était celle qui laissait reposer la terre et qui multipliait les friches, je m’autorisais bien évidemment toutes sortes de sorties et, avec elles, une multiplicité d’expériences vitales. Mais dès que j’étais dehors et avec les autres, je craignais toujours en même temps de dévier de ma tâche et je devais à chaque fois recommencer l’effort d’une séparation.
Rien d’étonnant dès lors à ce que j’aie toujours eu autant de mal à m’inscrire, sans prendre aussitôt d’infinies distances, dans les logiques collectives du monde du travail. Rien d’étonnant non plus à ce que je n’aie, à ce jour, presque jamais connu de lutte sociale, et que je ne sache pas grand-chose de l’organisation d’une assemblée générale, d’un piquet de grève ou d’une manifestation. Pendant les années qui précédèrent ce récit, les rares fois où me prit l’envie de défiler dans la rue, j’avais toujours éprouvé une drôle d’impression. Celle de mimer l’ouvrier, l’acteur des vraies luttes sociales, et d’être venue là en fait un peu en dilettante, peut-être juste pour voir, avant de vite retourner me réfugier dans le calme tiède de mon bureau. Mais durant toutes ces années, je n’ai pas cessé de me dire que cette séparation, celle que j’avais moi-même choisie, conduisait pourtant à une division du travail hautement problématique. Car pendant tout ce temps, je me disais que celui qui écrit des livres ne s’occupe pas de faire tourner les machines et d’organiser la matière du monde. Pas plus qu’il ne s’implique dans la mobilisation sociale. (…) Pendant toutes ces années, j’étais en réalité sans cesse reconduite à la même question. Le simple fait de devoir mener à bien mes livres tout en m’acquittant des tâches quotidiennes de mon propre foyer était déjà si épuisant. Comment aurais-je pu assumer, en plus de tout le reste, une place active dans l’organisation matérielle du monde et dans la lutte si nécessaire des collectifs de travail, que je voyais refleurir un peu partout ? Je me sentais appelée à les rejoindre, et je m’en sentais en même temps incapable.
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Oui, c'est vrai, écrire des livres ne prédispose nullement à la mobilisation, et bien souvent, cela conduit même à se séparer du monde. Mais écrire et lire des livres, enseigner, étudier et chercher, c'est aussi tenter de se transformer soi-même et de comprendre ce qui nous entrave pour se redonner une réelle puissance d'agir. P.117
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Ce que tout le monde pressent de plus en plus clairement, c’est que le modèle de société qu’il cherche à nous imposer conduit à l’épuisement généralisé de toutes les ressources vitales : celles des écosystèmes, des espèces et des organismes, mais aussi de celles de nos propres ressources somatiques et psychiques, nous condamnant à nous battre jusqu’à l’effondrement de nos corps et de nos esprits. De ce point de vue, la mobilisation contre la réforme des retraites ne me semble pas seulement le signe d’une peur de la fin. Elle m’apparaît surtout comme le symptôme d’un courage nouveau, celui d’affirmer une autre vision des rythmes de la vie, du sens de l’évolution et de l’avenir de notre vie sur terre.
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Vidéo de Barbara Stiegler
Spécialiste du rapport entre la politique et la biologie, Barbara Stiegler s'est intéressée aux origines du néolibéralisme, portées notamment par une injonction à l'adaptation, issue du lexique biologique de l'évolution. Dans cet entretien par Olivier Berruyer pour Élucid, elle revient sur ce qui caractérise notre régime politique, et en tire les conséquences pour la « démocratie » : dans un monde néolibéral, le pouvoir (la souveraineté) ne peut pas appartenir au peuple. En ce sens, l'ère d'Emmanuel Macron se présente comme une forme archétypale de ce régime à bout de souffle et fortement contesté.
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