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ISBN : 2070148246
Éditeur : Gallimard (18/08/2016)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 36 notes)
Résumé :
En 1995, Beckomberga ferme ses portes. Ouvert en 1932 dans la campagne près de Stockholm, il devait être «une nouvelle sorte d’hôpital psychiatrique, un nouveau monde où personne ne serait laissé pour compte, où l’ordre et le souci de l’autre seraient de mise», où les fous allaient «enfin être libérés et sortir dans la lumière».
Beckomberga a marqué l’adolescence de Jackie, l’héroïne de ce roman : c’est là qu’elle a rendu de nombreuses visites à son père, Ji... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
mesrives
  12 octobre 2017
Fabuleuses, touchantes et émouvantes retrouvailles avec Sara Stridsberg.
Une balade intimiste encore une fois entre lumière et ténèbres.
Papillon, phalène, nous glissons avec eux dans une zone éthérée à la rencontre d'êtres égarés, libres et prisonniers, anges dévorés par leurs démons.
Beckomberga Ode à ma famille
Beckomberga: « L'accord conclu en 1925 entre l'Etat et la ville de Stockholm entérinait que celle-ci assumerait désormais la charge des soins apportés à ses malades mentaux. Dans ce but, les conseillers municipaux ont décidé en 1929 la construction de l'hôpital de Beckomberga, lequel a ouvert ses services dans les années 1932-1933 ».
Bekomberga, un refuge pour des hommes et des femmes, brisés, fragiles et si seuls.
Sara Stridsberg par le biais de sa narratrice, Jackie, nous fait pénétrer dans ce monde clos grâce à une odyssée familiale.
Une vraie prouesse: l'auteure nous fait découvrir ce lieu empli de souffrance, de détresse, de folie, de cris, de pleurs mais aussi de tendresse, de rires, et d'amour.
Des mots sublimes pour éclairer la différence, l'incompréhension, la dérive des sentiments, la peur  de l'hérédité et des addictions.
Une écriture toujours juste sans voyeurisme, une écriture en état de grâce.
A travers le regard de son héroîne, Jackie, petite princesse en adoration devant son père, Jim, le roi des « toqués » , puis jeune femme, Sara Stridsberg survole la folie d'êtres humains et chéris et présente l'histoire d'un établissement de santé, projet d'une société moderne, Beckomberga, le plus grand hôpital psychiatrique suédois, qui ferma ses portes en 1995.
Sara Striedsberg encore une fois fait jaillir des ténèbres la lumière, et surtout nous offre le fascinant et émouvant spectacle de la transformation de l'héroïne en chrysalide :
Aimer pour guérir
Et toucher la lumière
Fuir le soleil noir
Et donner la vie
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sabine59
  18 août 2016

Merci tout d'abord aux éditions Gallimard et à Babelio, pour l'envoi de ce roman, en avant-première.
Je l'avoue, de moi-même, je n'aurais pas choisi ce livre.Les thèmes évoqués en 4ème de couverture m'ont fait entrer dans l'univers de l'auteur avec appréhension et angoisse car " hôpital psychiatrique" et " suicide" sont des échos douloureux de ma propre histoire familiale.
Mais au-delà de mes réticences,il y a eu la découverte éblouie d'une romancière suédoise très particulière et de son style envoûtant.
Elle présente à la fois un trajet familial plein de souffrances, autour du père, Jim, charismatique mais auto-destructeur, à la conduite suicidaire,et l'histoire presque sous forme documentaire de l'hôpital psychiatrique de Beckomberga, près de Stockholm, depuis son ouverture en 1932 sous le signe de l'espoir et de l'enthousiasme jusqu'à sa fermeture vécue comme un échec en 1995.A ce propos, l'auteur écrit très justement: "Il est facile d'idéaliser la clinique et de la transformer en un endroit parfait qui réalisera tout ce que nous, êtres humains, ne parvenons à accomplir les uns pour les autres.Et en même temps, ce lieu est effrayant dans la mesure où il représente ce qu'il y a de plus imparfait en nous: l'échec, la faiblesse et la solitude".
La narratrice, Jackie, est la fille de Jim, qui séjournera longtemps à Beckomberga et qu'elle viendra voir souvent.Cette volonté d'une toute jeune fille de comprendre son père, de l'aider,même si elle est vouée à l'échec, est fort émouvante.Son amour fusionnel avec son fils Marion lui permettra , par la suite,de se libérer de la folie paternelle.J'ai beaucoup aimé ce personnage sensible, angoissé de reproduire le même parcours que son père, solitaire.Elle a très vite une grande maturité et se montre très lucide envers le comportement de son père: "Il a toujours vécu en marge du temps, selon des règles édictées par lui seul,comme un grand enfant turbulent et dangereux; il a toujours trop aimé la mort pour que quiconque puisse s'imaginer un Jim âgé."
Et il y a la prose , entre ombres et lumière, de Sara Stridsberg, qui magnifie tout. Parlant des " arbres vert clair", par exemple, qui remuaient au-dessus de sa tête, dans le parc de Beckomberga, elle écrit: "J'ai toujours adoré leurs frondaisons et leurs racines colossales, la lumière fragile filtrée par leurs feuilles qui se diffuse sur les êtres humains; j'ai toujours pensé que les arbres me protégeaient des dangers."
" Beckomberga, une ode à ma famille", oui , le mot"ode" est bien choisi car c'est un poème d'amour déchirant d'une fille à son père...
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lucia-lilas
  19 août 2016
Jackie va presque tous les jours voir son père à l'hôpital psychiatrique surnommé le « château des Toqués » : Beckomberga. Un asile immense, le plus grand d'Europe : deux mille lits et la volonté de traiter les malades différemment en leur offrant peut-être plus de liberté dans un espace ouvert où règne la nature : des tilleuls, des rosiers, un vaste parc et des grilles qu'on ne voit pas, enfin pas tout de suite…
C'est presque une ville dans la ville de Stockholm et son architecte Carl E.Westman est très fier de son projet. Les travaux ont commencé en été 1929. « le résultat est à la fois modeste et monumental, grandiose et mélancolique. » L'espace intérieur est baigné de lumière et partout des fenêtres d'où la vue est magnifique. On voit le vaste ciel, les nuages et les oiseaux. L'hôpital ouvrira ses portes en 1932. Peut-être certains croient-ils à « un nouveau monde où personne ne sera laissé pour compte, où l'ordre et le souci de l'autre seront de mise… » Énième utopie ?
Le père de Jackie s'appelle Jim, ses amis de l'hôpital l'appellent Jimmie Darling. Comme sa fille, la narratrice, on tente une approche : on essaie de comprendre qui il est, ce qu'il pense, ce qui ne va pas et pourquoi ça ne va pas. Il boit, fait des crises d'épilepsie, veut se suicider en nageant au loin dans la mer depuis une petite plage du nord de l'Espagne, se sent chez lui à Beckomberga, ne compte pas vraiment en sortir. « de toute manière je n'ai jamais voulu vivre. » répète-t-il inlassablement à sa fille qui lui murmure : « Fais ce que tu veux, Jim. Tu as toujours fait ce que tu voulais »
C'est vrai qu'il ne s'est jamais privé, Jim : allant à droite à gauche pour profiter de femmes rencontrées, à peine aimées, s'étourdissant avec elles, se saoulant pour oublier qu'à la maison l'attendent sa femme Lone et sa fille. Elles le cherchent dans les rues de Stockholm et le ramènent à la maison comme elles peuvent.
Il finit par louer une chambre rue de l'Observatoire. Parfois, il revient à l'appartement avec son baluchon. Ceci a lieu un peu avant son admission à Beckomberga.
Jackie adolescente va voir tous les jours ce père au pavillon Grands Mentaux Hommes, tente d'échanger avec lui, pour le sauver sans doute, le sortir de là. Elle espère encore mais un médecin la met en garde : « Jim a perdu quelque chose mais il ne sait pas ce que c'est ».
Une quête sans objet semble perdue d'avance…
Elle lui demande de sa petite voix si rien ne le rattache à la vie, même pas elle. « Ce qui rend les gens heureux ne m'a jamais rendu heureux » répond-il sans illusions. Parfois il la regarde à peine, cette fille aimante, d'autres fois, il a oublié son existence. Il se demande s'il l'a aimée un jour et le lui dit. Elle reviendra encore et encore, comme « une petite dérangée » s'accrochant à cet espoir ténu de le voir devenir heureux même si ce mot, posé à côté du nom de son père, forme un oxymore.
Elle est là, auprès de lui ou bien dans le parc à sa recherche. Elle observe les nuages qui passent, parle avec les malades. Certains médecins s'étonnent de sa présence et l'acceptent au-delà des heures d'ouverture. Elle appartient à ce lieu, à ces gens.
Plus tard, constatant que son père vieillit et que sa mère absente voyage pour fuir, elle s'accrochera à son fils Marion qui lui donnera l'impression d'être « mieux ancrée au sol, d'être enfin concernée… par la force de gravité. ».
Elle aura tenté de faire quelque chose, pensant détenir le pouvoir quasi magique d'agir sur le monde et sur les autres mais finalement elle s'avoue vaincue : « je n'ai jamais sauvé quelqu'un… je n'ai même pas ne serait-ce que failli sauver quelqu'un. »
Aveu de son échec, de sa faiblesse : elle a vu sa famille se perdre, son adolescence s'évaporer, ses illusions disparaître à tout jamais. Elle a tenté de s'approcher de ce père étrange, absent, égoïste, séduisant, terrible et fascinant. Elle a aimé sans compter celui qui lui a dit : « Je ne sais pas si je t'ai aimée », ce père avouant qu'il n'a « jamais été quelqu'un sur qui on pouvait compter ».
En voulant le sauver, le ramener à la maison auprès de sa mère, elle a failli se perdre. Elle a fini par « presque vivre » elle aussi à Beckomberga, elle qui avait peur de devenir « toquée ». « Parfois, dira-t-elle à Lone, j'ai l'impression d'avoir grandi dans cet hôpital ».
Il fermera ses portes l'hiver 1995. « Les neuroleptiques … permettent une vie en dehors des institutions », c'est un pan de sa vie qui tombe, une page qui se tourne.
Une grande mélancolie émane de ces pages poétiques et sombres, une tristesse profonde et lasse, le sentiment que quelque chose n'a pas eu lieu, n'a pas été sauvé et s'est perdu à tout jamais. La famille a sombré, l'institution a fermé.
Et l'on sent dès les premières lignes de cette oeuvre terriblement nostalgique que ça ne va pas marcher, que l'effondrement est inévitable.
Des bribes de conversations, des fragments de voix, des touches de lumière parsèment l'oeuvre comme de vagues souvenirs dont il ne reste que des lambeaux bientôt éteints.
Il ne se passera rien. La narratrice aurait aimé le contraire. L'espoir a guidé ses pas. En vain. L'asile a fermé, le père est mort. Reste l'enfant, Marion, à qui elle montre les lieux. Elle lui raconte certainement la vie de ceux qu'elle y a rencontrés et qui sont partis eux aussi… ou peut-être morts.
Un monde qui n'est plus, une voix seule, nostalgique et émouvante pour tenter de dire ce monde disparu.
Jackie a des visions : un oiseau de mer blanc vole dans les couloirs de Beckomberga : « le froissement des ailes, le frémissement des plumes, un lointain relent de mer et de mort, comme si les vagues se brisaient sur une plage située quelque part à l'intérieur du bâtiment, comme si l'architecture dissimulait une blessure ».
Elle sait que cela n'est pas possible, cela n'a pas été.
Quand on n'a plus de souvenirs, il ne reste alors que les rêves… Dans le fond, c'est peut-être mieux.

Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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lucia-lilas
  22 août 2016
Jackie va presque tous les jours voir son père à l'hôpital psychiatrique surnommé le « château des Toqués » : Beckomberga. Un asile immense, le plus grand d'Europe : deux mille lits et la volonté de traiter les malades différemment en leur offrant peut-être plus de liberté dans un espace ouvert où règne la nature : des tilleuls, des rosiers, un vaste parc et des grilles qu'on ne voit pas, enfin pas tout de suite…
C'est presque une ville dans la ville de Stockholm et son architecte Carl E.Westman est très fier de son projet. Les travaux ont commencé en été 1929. « le résultat est à la fois modeste et monumental, grandiose et mélancolique. » L'espace intérieur est baigné de lumière et partout des fenêtres d'où la vue est magnifique. On voit le vaste ciel, les nuages et les oiseaux. L'hôpital ouvrira ses portes en 1932. Peut-être certains croient-ils à « un nouveau monde où personne ne sera laissé pour compte, où l'ordre et le souci de l'autre seront de mise… » Énième utopie ?
Le père de Jackie s'appelle Jim, ses amis de l'hôpital l'appellent Jimmie Darling. Comme sa fille, la narratrice, on tente une approche : on essaie de comprendre qui il est, ce qu'il pense, ce qui ne va pas et pourquoi ça ne va pas. Il boit, fait des crises d'épilepsie, veut se suicider en nageant au loin dans la mer depuis une petite plage du nord de l'Espagne, se sent chez lui à Beckomberga, ne compte pas vraiment en sortir. « de toute manière je n'ai jamais voulu vivre. » répète-t-il inlassablement à sa fille qui lui murmure : « Fais ce que tu veux, Jim. Tu as toujours fait ce que tu voulais »
C'est vrai qu'il ne s'est jamais privé, Jim : allant à droite à gauche pour profiter de femmes rencontrées, à peine aimées, s'étourdissant avec elles, se saoulant pour oublier qu'à la maison l'attendent sa femme Lone et sa fille. Elles le cherchent dans les rues de Stockholm et le ramènent à la maison comme elles peuvent.
Il finit par louer une chambre rue de l'Observatoire. Parfois, il revient à l'appartement avec son baluchon. Ceci a lieu un peu avant son admission à Beckomberga.
Jackie adolescente va voir tous les jours ce père au pavillon Grands Mentaux Hommes, tente d'échanger avec lui, pour le sauver sans doute, le sortir de là. Elle espère encore mais un médecin la met en garde : « Jim a perdu quelque chose mais il ne sait pas ce que c'est ».
Une quête sans objet semble perdue d'avance…
Elle lui demande de sa petite voix si rien ne le rattache à la vie, même pas elle. « Ce qui rend les gens heureux ne m'a jamais rendu heureux » répond-il sans illusions. Parfois il la regarde à peine, cette fille aimante, d'autres fois, il a oublié son existence. Il se demande s'il l'a aimée un jour et le lui dit. Elle reviendra encore et encore, comme « une petite dérangée » s'accrochant à cet espoir ténu de le voir devenir heureux même si ce mot, posé à côté du nom de son père, forme un oxymore.
Elle est là, auprès de lui ou bien dans le parc à sa recherche. Elle observe les nuages qui passent, parle avec les malades. Certains médecins s'étonnent de sa présence et l'acceptent au-delà des heures d'ouverture. Elle appartient à ce lieu, à ces gens.
Plus tard, constatant que son père vieillit et que sa mère absente voyage pour fuir, elle s'accrochera à son fils Marion qui lui donnera l'impression d'être « mieux ancrée au sol, d'être enfin concernée… par la force de gravité. ».
Elle aura tenté de faire quelque chose, pensant détenir le pouvoir quasi magique d'agir sur le monde et sur les autres mais finalement elle s'avoue vaincue : « je n'ai jamais sauvé quelqu'un… je n'ai même pas ne serait-ce que failli sauver quelqu'un. »
Aveu de son échec, de sa faiblesse : elle a vu sa famille se perdre, son adolescence s'évaporer, ses illusions disparaître à tout jamais. Elle a tenté de s'approcher de ce père étrange, absent, égoïste, séduisant, terrible et fascinant. Elle a aimé sans compter celui qui lui a dit : « Je ne sais pas si je t'ai aimée », ce père avouant qu'il n'a « jamais été quelqu'un sur qui on pouvait compter ».
En voulant le sauver, le ramener à la maison auprès de sa mère, elle a failli se perdre. Elle a fini par « presque vivre » elle aussi à Beckomberga, elle qui avait peur de devenir « toquée ». « Parfois, dira-t-elle à Lone, j'ai l'impression d'avoir grandi dans cet hôpital ».
Il fermera ses portes l'hiver 1995. « Les neuroleptiques … permettent une vie en dehors des institutions », c'est un pan de sa vie qui tombe, une page qui se tourne.
Une grande mélancolie émane de ces pages poétiques et sombres, une tristesse profonde et lasse, le sentiment que quelque chose n'a pas eu lieu, n'a pas été sauvé et s'est perdu à tout jamais. La famille a sombré, l'institution a fermé.
Et l'on sent dès les premières lignes de cette oeuvre terriblement nostalgique que ça ne va pas marcher, que l'effondrement est inévitable.
Des bribes de conversations, des fragments de voix, des touches de lumière parsèment l'oeuvre comme de vagues souvenirs dont il ne reste que des lambeaux bientôt éteints.
Il ne se passera rien. La narratrice aurait aimé le contraire. L'espoir a guidé ses pas. En vain. L'asile a fermé, le père est mort. Reste l'enfant, Marion, à qui elle montre les lieux. Elle lui raconte certainement la vie de ceux qu'elle y a rencontrés et qui sont partis eux aussi… ou peut-être morts.
Un monde qui n'est plus, une voix seule, nostalgique et émouvante pour tenter de dire ce monde disparu.
Jackie a des visions : un oiseau de mer blanc vole dans les couloirs de Beckomberga : « le froissement des ailes, le frémissement des plumes, un lointain relent de mer et de mort, comme si les vagues se brisaient sur une plage située quelque part à l'intérieur du bâtiment, comme si l'architecture dissimulait une blessure ».
Elle sait que cela n'est pas possible, cela n'a pas été.
Quand on n'a plus de souvenirs, il ne reste alors que les rêves… Dans le fond, c'est peut-être mieux.

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lilice_brocolis
  20 août 2016
Bekomberga est un livre étrange, à l'ambiance onirique. Il ne s'agit pas, comme je le croyais originellement d'une saga familiale historique mais plutôt effectivement d'une Ode à un certain type de folie.

Le livre se compose de nombreuses scènettes, mettant en scènes quelques personnage dans un petit environnement - en général l'hôpital psychiatrique de Bekomberga mais aussi les autres lieux des vie de Jackie et de son père. L'ordre n'est pas chronologique, ni thématique. Les différentes scènes s'enchevêtre pour peu à peu prendre de leur substance. Il y donc assez peu de récit, d'histoires, mais si quelques fils se dessinent. (À une ou deux exceptions près tout de même, ou le livre nous présente une histoire cohérente suivie et peu délayée dans d'autres scènes).
Le style est dans cette même optique : il y a quelques circonvolutions, les phrases qui font sens pour le déroulement de l'action se perdent au milieu de description de paysages terriblement vivantes : comme dans un rêve ou un cauchemar les arbres, l'air, les bâtiments semblent étrangement vivants, comme animés de sentiments ou tout simplement d'existence.

C'est là la grosse particularité et le gros point fort de se livre, l'ambiance. Rêves et réalité se mélangent, faits et pensées, imagination et souvenir, choix et fatalité. Tout est flou, la narratrice passe dans sa vie comme dans un rêve, on se détache de la réalité, on s'abstrait des justifications. C'est particulier et particulièrement réussi. On a donc un roman déstabilisant. Ce n'est pas facile à lire, malgré les chapitres très courts et les nombreuses pages blanches - qui aident d'ailleurs à distiller cette ambiance. On se trouve souvent dans le brouillard, il nous faut un moment pour sortir de sa léthargie, se frotter les yeux et réaliser de quoi on parle, là, maintenant.

Tous les personnages sont fous, mais tous ne sont pas malade. La vie leur glisse dessus sans qu'ils arrivent à y trouver de prises, il continue d'exister sans un moteur de motivation. Ce sont des personnes plus que des personnages. de même, la morale brille par son absence : on ne parle ni de bonne ni de mauvaise mère, par exemple, ni de tord ou de remords. Les choses sont, sans être jugées. Même la lecture, pour une fois !, n'y apparait pas comme un loisir spécialement reluisant. On est plus dans les tempéraments que dans les actions et les choix.

C'est un roman plein de sentiments, mais sans transports. Les débordements des personnages suicidaires pleins de vie sont vue avec du recul, et font presque partie du décor. Décor extrêmement vivant comme je l'ai dit. Les sentiments existants ou questionnés ne sont ni beau ni laid. Il transparaissent peu à peu, souvent malgré leurs personnages et se fondent dans la vision détachée et perdues, mais terriblement accrochée à de petites choses de la narratrice.

Je me répète, oui, car ce roman à vraiment cette "âme" très forte et prenante. Calme et ténébreuse, sans être maléfique ou dangereuse. Lumières et ténèbres y sont d'ailleurs des thèmes forts, privés d'aspects religieux.

Et à part ça ? Et bien... pas grand chose en fait. On apprend certes quelques éléments sur Bekomberga, sur la situation humaines de ces malades internés. Les périodes suivies sont finalement assez courtes, même si elle semblent ne jamais se terminer, et l'on aura que de toutes petites esquisses sur d'autres temps. Mais ça reste en marge - tout le roman est en marge de quelque chose - et après la lecture il me reste finalement peu à en dire.

En bref, un roman empli d'un spleen adolescent et adulte, qui nous emporte dans son univers particulier.

Et merci et beaucoup à l'éditeur et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce livre, en avant première en plus !
Lien : http://lemoulinacritiques.bl..
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critiques presse (2)
Actualitte   12 octobre 2016
Le lecteur est imprégné par l'esthétisme de la prose, libérateur et salvateur ; il est conforté sans cesse par la lumière permanente qui réchauffe chaque instant, chaque souvenir et contrebalance magistralement la noirceur tourmentée des personnages.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   07 septembre 2016
La maladie mentale d’un père et le destin d’une utopie psychiatrique. Sara Stridsberg sublime les tourments d’une famille seule avec son malheur.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
lilice_brocolislilice_brocolis   18 août 2016
Chaque fois que je franchis les grilles de l'hôpital le reste du monde s'effondre,comme la marée qui se retire et révèle un nouvel estran, comme les arbres renversés de la forêt de Judarskogen où rampent les vers de terre. Je me précipite à travers la cour pour rejoindre les bouleaux devant le service où Jim est interné, et je m'imagine un jour allongée dans l'herbe à l'instar de Sabina en ce moment, un grand livre ouvert devant moi. À mes yeux elle incarne une image de l'avenir : sa clarté, sa beauté.
- Bonjour, Sabina.
Elle ne répond pas et se contente de me regarder comme si j'étais un arbre ou une fleur. Délicatement, je pose un sachet devant sa main.
+ Lire la suite
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PusziPuszi   27 août 2016
p.130 "C'est la naissance hors des ténèbres de l'Etat providence. Un château construit dans les bas-fonds du monde, et qui en définitive est une prison, un palais pour les démolis et les irrécupérables où ils pourront s'ébattre dans une lumière stagnante et sale, seuls, bouclés, oubliés de tous. Une salle d'hôpital propre et illuminée qui émerge de la terre tel un foetus de ses membranes sanguinolentes, un bâtiment hospitalier majestueux aux allures de château là où avant il n'y avait que la forêt, les oiseaux, les arbres, le ciel, l'eau."
+ Lire la suite
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oiseaudeparadisoiseaudeparadis   26 août 2016
Le petit hélicoptère vole avec l'allure d'une libellule, et Marion le suit du regard, muni de sa télécommande, avec sur le visage une expression que je ne lui ai jamais vue à ce jour, hypnotisé par le mouvement de la musique et le léger vrombissement du jouet ; il a un air à la fois d'enfant et d'adulte. Et tandis que je le vois ainsi, dans la lumière, je comprends pour la première fois qu'il n'appartient qu'à lui-même, que beaucoup d'autres gens le rendront heureux et désespéré - pas seulement moi.
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oiseaudeparadisoiseaudeparadis   19 août 2016
- Jimmie. Je regrette. Je veux revenir auprès de vous.
Jim se blottit un peu plus fort dans sa couverture.
- Ce n'est pas possible Vita. Tu aurais dû le savoir quand tu es partie, non ? Sinon tu ne l'aurais pas fait.
Elle lui tourne le dos, écarte deux lamelles du store pour que la lumière se déverse dans la pièce.
- Mais je ne voulais pas mourir, je voulais juste disparaître un petit moment.
- Un petit moment ?
- Oui. Je ne comprenais pas à l'époque ce qu'était l'éternité.
- Et maintenant tu le sais.
- Je ne savais pas à l'époque comment ce serait sans vous.
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sabine59sabine59   18 août 2016
Un oiseau de mer blanc plane en solitaire à travers les couloirs de l'hôpital de Beckomberga, dans le pavillon des Grands Mentaux Hommes.Il est immense et luminescent, et dans mon rêve, je cours après pour tenter de le capturer mais je ne parviens pas à le rattraper à temps: il s'enfuit par une fenêtre brisée et se volatilise dans la nuit.
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Videos de Sara Stridsberg (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sara Stridsberg
Le coup de c?ur de la librairie le Brouillon de culture, Caen, pour cette 26e édition du festival Les Boréales est Sara Stridsberg. Présentation par : Valérie Barbe Réalisation : Fabrice Touyon Graphisme : le Klub
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