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EAN : 9782264028051
208 pages
10-18 (27/08/1998)
3.9/5   423 notes
Résumé :
"On annonce à Las Vegas une convention de toutes les brigades des Stups d'Amérique. Le Docteur Gonzo s'y précipite et découvre... "des centaines de flics des Stups lâchés dans l'enfer du jeu !" et au milieu donc, Hunter S. Thompson, buvant d'énormes rasades de bourbon, fumant des joints, sniffant de la coke, cassant des ampoules de poppers sous son nez au milieu des conférences, passant soixante-dix heures sans dormir, ne rentrant dans sa chambre que pour délirer de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 423 notes

karmax211
  22 novembre 2021
Qu'ai-je été fourrer mon nez dans cette Great Red Shark chargée à bloc de toutes les drogues accessibles en l'an de défonce 1971 ( deux sacoches d'herbe, soixante-quinze pastilles de mescaline, cinq feuilles d'acide-buvard, une demi-salière de cocaïne, des remontants, des tranquillisants, des hurlants, des désopilants, un demi-litre d'éther pur et deux douzaines d'ampoules de nitrite d'amyle ) et conduite par deux allumés, deux hallucinés, deux toxicos libertaires émules de Timothy Leary, purs produits du rêve des sixties dans lequel "les tripeurs pouvaient s'offrir pour trois dollars d'acide l'Amour et l'Entente universelle" ?
Une culture héritée de vieux mystiques dont " « la supposition désespérée était que quelqu'un –ou au moins quelque force – entretient la Lumière au bout du tunnel. »
Depuis, beaucoup ont overdosé leurs espoirs et se sont offert le grand voyage... quelques autres ont eu le temps de redescendre.
Donc, nos deux pratiquants de la Culture de l'Acide, nos deux adeptes du reportage gonzo : « le reportage gonzo conjugue la vivacité de plume du reporter confirmé, l'acuité visuelle du photographe de guerre et les couilles du quaterback au moment du lancer », que sont Raoul Duke, journaliste, et son avocat, Dr Gonzo, sont missionnés pour aller faire un reportage sur le Mint 400, une course de buggy à travers le désert de Las Vegas.
Cette virée, cette épopée est le prétexte fou pour enquêter sur le mythe encore plus fou du Rêve Américain... et quelle ville peut symboliser le mieux le Rêve d'Horatio Alger que Vegas ?
Là, on accroche sa ceinture, on se bourre de Dramamine et on se tape un méga grand huit à fond la caisse.
Ils vont réussir en moins de cinq jours à terroriser un gamin qui fait du stop, shooter et violer une gamine fugueuse obsédée par Barbra Streisand qu'elle passe son temps à portraiturer, prendre en otage une vieille femme de chambre venue nettoyer leur chambre d'hôtel, qu'ils ont commencé à saccager, convaincre un flic et un barman qu'ils sont des coupeurs de têtes, tenter de se suicider ( Gonzo totalement défoncé force Duke à lui balancer dans son bain une radio branchée dont il veut écouter la musique à la " Claude François "... sorry pour l'anachronisme ), être invités et participer ( je vous le jure ) au congrès des procureurs « sur les narcotiques et les drogues dangereuses » !
Tout ça après quatre nuits blanches, des tonnes de drogues, d'alcool, de clopes, de médocs, de tas de vomissements incoercibles... avec bien évidemment les crises d'angoisse, de parano, les hallucinations en 3D et j'en passe, inhérentes à ce genre de régime... de nos jours, on dirait d'hygiène de vie...
Une petite parenthèse s'impose : ce ne sont là que quelques-unes de leurs "aventures"...
Road Trip déjanté, livre culte d'une génération, radioscopie d'une certaine Amérique avec sa guerre du Vietnam, ses Nixon, Manson et autres cauchemars, le tout sur fond de rock'n roll à vous en faire péter vos tympans de lecteur ; ça n'arrête pas.
La morale de l'histoire, j'y ai déjà fait illusion.
Pour être soft, on pourrait s'en tirer avec un "les illusions perdues".
Pour finir, j'ai envie de préciser que l'auteur Hunter S. Thompson était un accro aux drogues dures, aux armes à feu et qu'en 2005 il s'est mis une dernière fois la tête à l'envers avec une bastos bien dosée.
À lire ou pas... ça déchire ou on déchire les pages de ce satané bouquin et on les bouffe... au cas où quelques traces d'acide auraient été oubliées ( je plaisante ! )
À voir...
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Zebra
  17 juillet 2013
« Fear and Loathing in Las Vegas » a été écrit par Hunter S. Thompson en 1971. Publié en 1972 aux éditions Paladin en Grande-Bretagne, « Fear and Loathing in Las Vegas » est l'histoire d'une virée sauvage au coeur du rêve américain. Brillamment illustré par Ralph Steadman, dédicacé à Bob Geiger (journaliste américain ayant largement décrit les problèmes de réinsertion des anciens combattants du Vietnam) et à Bob Dylan pour son « Mister Tambourine Man » (une chanson invitant à l'évasion par la drogue), « Fear and Loathing in Las Vegas » a été adapté au cinéma dans un film sorti en 1998, « Las Vegas Parano ». C'est d'ailleurs sous ce titre qu'est connu en France l'ouvrage écrit par Hunter S. Thompson.
L'histoire du livre ? Comme indiqué en 4ème de couverture, « Hunter S. Thompson is driving to Las Vegas with his attorney, the Samoan, to find the dark side of the American dream. Roaring down the desert highway from Los Angeles, they realise there's only one way to go about such a perilous task, getting very, very twisted. Armed with a drug arsenal of stupendous proportions, the duo engage in a manic, surreal tour of the sleaze capital of the world ». Nous sommes dans les années 1970. le lecteur est parachuté dans un casino à Las Vegas, puis dans le désert, dans la poussière, le sable et les cactus, un paysage sans fin et quasi-irréel ; la drogue et la bière faisant leur effet, notre lecteur, comme nos deux héros, se trouve plongé ensuite en pleine hallucination : lézards géants, chauves-souris et autres bestioles traversent son champ de vision. Enfin, en pleine défonce, notre lecteur traverse un cauchemar effrayant et répugnant (d'où le titre du livre), au volant de sa Cadillac blanche décapotable ; tentant de finaliser un reportage sur les 400 miles de Las Vegas - une course de motos aux allures de kermesse populaire - notre lecteur saute de beuverie en beuverie et de prise de drogues en prise de drogues, s'engluant dans un univers désordonné et chaotique dont il ne peut s'évader.
L'intérêt de « Fear and Loathing in Las Vegas » ne réside pas dans la découverte des différentes substances (cannabis, marijuana, LSD, mescaline, amphétamine, éther, adrénochrome, etc.) avalées par nos héros ou par les phases hallucinatoires qu'ils traversent, baignant dans l'alcool (bière, Gold téquila, rhum, cuba libres, Chivas Regal, etc.) qu'ils ingurgitent en grande quantité et à tout bout de champ. le livre se veut une « représentation fidèle d'une époque, d'un endroit et de gens particuliers ». Au-delà de la chronique provocatrice de ce couple de drogués et de l'apologie de leur défonce, le livre est un « flashback » nostalgique et plein de désillusions sur ce que fut le rêve de nombreux hippies américains. Rappelez-vous : dans les années soixante, l'Amérique - en pleine autarcie - est confrontée à de dures réalités, à commencer Nixon et sa guerre du Vietnam, la difficile réinsertion des anciens du Vietnam, la marchandisation croissante des biens et des individus, les excès de la société de consommation, le fric facile et la montée irréversible de la violence. Cette dure réalité s'oppose fortement à l'idée que se faisait chaque Américain selon laquelle toute personne vivant aux États-Unis pouvait, par son travail, son courage et sa détermination, devenir riche, être reconnu et trouver la gloire. Dénonçant ce monde qu'ils exècrent, rejetant les valeurs traditionnelles et le mode de vie légué par leurs parents, les hippies font leur apparition : ils se veulent pacifistes, refusent la guerre et toute forme d'autorité (notamment policière), adoptent des tenues vestimentaires incroyables (voyez les lunettes extravagantes du héros de « Las Vegas Parano »), militent pour une grande liberté sexuelle (jusqu'à essayer de faire dépénaliser le viol ?) et recherchent de nouvelles perceptions sensorielles (n'ont-ils pas absorbé des tranquillisants pour chevaux ?). Mais le mouvement hippie a vécu ! Regardant dans le rétroviseur, ayant mauvaise conscience de son passage comme rebelle dans un univers défoncé qui lui a procuré bien des plaisirs, Hunter S. Thompson, surfant sur une vague moralisatrice et mélancolique, se livre dans « Fear and Loathing in Las Vegas » à une révolte, réelle ou de façade : coincé entre un monde réel - qui envoie le citoyen américain dans le mur et dans lequel l'auteur considère ne plus avoir sa place - et un monde plus attrayant mais imaginaire et qui va disparaître à tout jamais, Hunter S. Thompson déroule pour nous le film cauchemardesque, nauséeux, débraillé, sans queue ni tête, déjanté et outrancier du côté obscur de ce rêve américain. La virée tourne au drame : ce rêve impossible conduira Hunter S. Thompson à se suicider en se tirant une balle dans la tête, à son domicile, au Colorado, en février 2005.
Hunter S. Thompson avait inventé et développé une nouvelle forme de journalisme, le journalisme « gonzo » (en argot irlandais, le « gonzo » est le dernier homme à être encore debout après une nuit entière à boire de l'alcool); cette nouvelle forme de journalisme préférait - en réaction contre la déontologie du journalisme traditionnel – l'enquête ultra-subjective, de 1er jet et lucide : fait de récits à la première personne, de rencontres, de beuveries et de prises de drogues, le produit de ce journalisme de terrain est caractérisé par une plume trempée dans le vitriol, un style surréaliste et un fort engagement politique. Hunter S. Thompson disait d'ailleurs que « le reportage gonzo allie la plume d'un maître-reporter, le talent d'un photographe de renom et les couilles en bronze d'un acteur ».
Avec « Fear and Loathing in Las Vegas », vous disposez d'un exemple frappant de ce journalisme « gonzo ». Jugez plutôt. Les raisons de la virée de nos deux héros ? En page 6 : « We're on our way to Las Vegas to find the American Dream. This is a very ominous assignment-with overtones of extreme personal danger ». Leur démarche ? En page 12 : « The only way to prepare for a trip like this was to dress up like human peacocks and get crazy, the screech off across the desert and cover the story. The only cure is to load up on heinous chemicals and then drive like a bastard from Hollywood to Las Vegas and move out with the music at top volume, and at least a pint of ether ». Pourquoi ne pas couvrir la course de motos en faisant du journalisme ordinaire ? En page 39 : « This idea was absurd : It was like trying to keep track of a swimming meet in an Olympic-sized pool filled with talcum powder instead of water ». du gros délire ? En page 154 : « The guy said: Those tires want 28 in the front and 32 in the rear. Hell, 50's dangerous, but 75 is crazy. They'll explode! I replied: I want to see how they corner with 75. He chuckled. You won't even get to the corner, Mister. We'll see, I said ». Des incidents pendant leur virée ? En page 13, le loueur de voiture leur fait observer: « You just backed over that two foot concrete abutment and you didn't even slow down! Forty-five in reverse! And you barely missed the pump! ». Et que fait la police ? En page 14 : « Cops are good vicious Catholics. Can you imagine what those bastards would do to us if we got busted all drugged-up and drunk in stolen vestments? Jesus, they'd castrate us! ». Les hallucinations de nos deux héros ? En page 24 : « Terrible things were happening all around us. Right next to me a huge reptile was gnawing on a woman's neck, the carpet was a blood-soaked sponge, and lizards were moving around in this muck ». En page 85 : « Jesus, bad waves of paranoia, madness, fear and loathing-intolerable vibrations in this place ». En page 133 : « I couldn't move. Total paralysis now. Every muscle in my body was contracted. I couldn't even move my eyeballs, much less turn my head or talk. I needed artificial respiration, but I couldn't open my mouth to say so. I was going to die ». de la violence ? En page 146 : « What did they do to her? Jesus Christ man. They chopped her goddam head off right there in the parking lot! Then they cut all kinds of holes in her and sucked out the blood! ». Une certaine idée de la femme ? En page 118 : « First you kidnap the girl, then you rape her, and now you want to have her locked up! He shrugged. It just occurred to me that she has no witnesses. Anything she says about us is completely worthless ». de l'engagement politique ? En page 74 : « Muhammad Ali had been sentenced to five years in prison for refusing to kill « lopes ». « I ain't got nothin' against them Viet Congs, he said ».
Arrivé au terme de ma lecture, je suis groggy et un rien songeur. Sous une apparence amusante, déboutonnée, folle, obscène et corrosive, « Fear and Loathing in Las Vegas » est probablement un témoignage psychédélique, engagé et désespéré sur ce que fut l'expérience de gens qui croyaient au rêve Américain. Et Hunter S. Thompson était de ceux-là ! A lire, à moins que vous ne supportiez pas la vulgarité, l'alcool, les drogues et les excès de toutes sortes …
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JIEMDE
  15 février 2020
Relire Hunter S. Thompson des années après ma première incursion dans ce monde de barjots déjantés à l'acide, c'est replonger pour un trip de 300 pages dans le siècle précédent. Avec Las Vegas Parano traduit par Philippe Mikriammos, Thompson nous immerge dans un genre et une époque que les moins de vingt ans, patati, patata... Adeptes des belles histoires, rationnelles et cohérentes, châtiées et soutenues, passez votre chemin !
Les autres, embarquez avec l'auteur himself, ou plutôt son double, Raoul Duke, dans une Chevy Great Red Shark remplie à bloc d'alcools et de drogues (cachets, acides, éther, LSD, amyle, amphets, marijuana, adrénochrome… il ne manque rien) qui seront remplacés après rapide épuisement des substances illicites par 600 bâtons de savon Neutrogena. Et ne cherchez pas à comprendre, c'est juste histoire de planter le décor… Immanquablement flanqué de son avocat le Docteur Gonzo, Duke arrive à Vegas pour couvrir la course de motos Mint 400 puis dans un deuxième temps, la convention annuelle des Procureurs des États-Unis, consacrée, fort à propos, aux méfaits de la drogue.
La suite : un délire déambulatoire entre chambres d'hôtels, bars, salles de jeux, filles et excursions dans le désert du Nevada, au début de ces années 70 où l'Amérique commence à émerger de son fameux rêve qui a guidé tant des siens jusque-là. le désenchantement hippie, le Vietnam, les années Nixon, les armes ou les travers de la religion sont en toile de fond de ce roman bien plus profond que son style direct et décousu peut le laisser paraître, modèle iconique du genre Gonzo qui incarnera durablement ce journalisme de terrain, revendiqué comme hautement subjectif et sulfureux.
À travers cette satire outrancière joliment barrée, Thompson lance Duke et Gonzo sur les traces du Rêve Américain mais malgré cette défonce ininterrompue, la fête est bel et bien terminée. Et en repoussant toujours un peu plus les limites sacrées de la liberté individuelle si chère aux Américains, Duke et Gonzo en frôlent l'absurdité pour mieux la dénoncer.
Las Vegas Parano entre dans ces livres qu'on adore ou que l'on déteste. Moi je prends !
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Woland
  07 novembre 2010
Fear and Loathing in Las Vegas: A Savage Journey to the Heart of the American Dream
Traduction : Philippe Mikkriamos
Publié pour la première fois sous forme de "feuilleton" dans "Rolling Stone" et tout au long du mois de novembre 1971, "Las Vegas Parano" est le récit fou, fou, fou de la virée à Las Vegas de deux hommes, le journaliste Raoul Duke, nom d'emprunt de Hunter S. Thompson, et son avocat, Oscar Zeta Acosta, rebaptisé pour la circonstance "Docteur Gonzo." Si l'identité réelle de Thompson est citée dans le livre, jamais on n'évoque celle d'Acosta, lequel est appelé à demeurer à jamais le Dr Gonzo, en tous cas pour les adeptes du romancier américain.
A l'origine, ce voyage mouvementé vers Las Vegas et le séjour qu'y font nos anti-héros ont pour but de couvrir la Mint 400, fameuse course qui se déroule dans le désert et qui, jusqu'en 1977, était ouverte exclusivement aux véhicules à deux roues. (De nos jours, les quatre-roues de tous types, ou presque, sont admis.) En d'autres termes, tout est réglé, et confortablement réglé, par un journal dont on est en droit de supposer qu'il s'agit de "Rolling Stone". Par la suite, abandonnant la course de motos et ses bikers, Duke et Dr Gonzo sont assaillis par l'impérieux besoin de couvrir une Convention de procureurs venus débattre à Vegas des mille-et-un dangers représentés par la drogue et plus encore par ceux qui en consomment.
Quand vous saurez que Raoul Duke, comme le Dr Gonzo, est chargé à bloc d'alcools forts, d'amphétamines, de mescaline, de coke, de nitrite d'amyle (ou poppers, si vous préférez) et même d'éther et d'extraits d'hypophyse humaine (!!!) et qu'il remet ça dès qu'il sent sa forme faiblir, vous comprendrez toute l'ironie de pareille participation à une si honnête Convention ...
Ceux qui s'imagineraient trouver ici une glorification des drogues et de leur consommation seront déçus : les hallucinations hideuses, comportements violents et inadaptés ainsi que les phénomènes divers observés tant chez Duke que chez le Dr Gonzo - chez celui-ci surtout, d'ailleurs - et fidèlement rapportés par un Hunter S. Thompson qui, on ne sait trop comment, réussit à préserver tout au fond de son cerveau la part de lucidité qui lui permettra de mener à terme ses articles, incitent plutôt le lecteur à vider dans ses toilettes tout produit un tant soit peu addictif, de l'innocente tablette de chocolat jusqu'aux flacons de Valium, avant de rayer définitivement de son vocabulaire le mot "drogue" et tout terme s'y rapportant.*
Dans ce tourbillon d'explosions psychédéliques qui métamorphosent le monde réel en le distordant à l'extrême, quand elles n'ouvrent pas les fameuses portes de la perception dont parlait Huxley sur des Angoisses épouvantables, insupportables, terrifiantes, il y a, en définitive, très peu de joie pure. Duke et Dr Gonzo se défoncent la tête, c'est là en fait leur seule joie - et elle est de nature sado-masochiste. Thompson ne l'exprime pas ainsi mais leur quête dans le dépassement de leurs limites physiques et mentales les a avant tout rendus accros à ces jouissances glauques et auto-destructrices qu'on trouve dans la douleur qu'on s'inflige de son propre chef. Et si c'est tel est le prix de leur quête, alors, il doit en être ainsi pour tous ceux qui se sont égarés dans la même voie.
Analyse lucide - eh ! oui, lu-ci-de ! - d'une époque en pleine mutation et du mal de vivre de ses contemporains, "Las Vegas Parano" est un récit brillant, drôlatique et féroce. A ne conseiller cependant qu'aux inconditionnels de Hunter S. Thompson et aux amateurs de second degré. Les autres feraient mieux de passer au large car tout ce qu'il y a ici de technique ébouriffante, de jubilation acide et aussi, malgré tout, de compassion pour l'Etre humain, risque fort de leur échapper.
* : Bon, d'accord, il y aura toujours des fêlés pour tomber en admiration devant l'attirail de drogues pas possible exhibé par nos deux compères. Mais il est impossible que, tout fêlés qu'ils soient, ils ne se rendent pas compte que la douleur - et elle seule - une douleur que Thompson décrit comme flamboyante, intense, corrosive, est toujours au rendez-vous. Cela observé, chacun détruit son cerveau comme il l'entend ... ;o)
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HenryWar
  27 août 2021
J'ignore au juste quel homme était Hunter S. Thompson, ce journaliste qui, dit-on, fut l'initiateur d'un style très subjectif qualifié de « gonzo » et qui eut l'idée pour le moins virile de se suicider par arme à feu vers ses 68 ans (ce qui constitue à mon avis un âge très sain pour mourir !), mais il ne fait aucun doute qu'il appartint à la catégorie des énergumènes libérées et asociales, anarchistes et anticonventionnelles, de quoi réjouir l'amoraliste qui, sommeillant en moi et ne s'éveillant par à-coups que sous une forme assez intellectuelle et bourgeoise, se situe bien en-deçà des capacités d'audace et de nuisance d'un être pareil.
Fear and Loathing in Las Vegas (traduisez logiquement : Las Vegas Parano) raconte l'hallucinante équipée d'un journaliste, sosie de l'auteur, envoyé à Las Vegas pour couvrir un événement sportif sans intérêt, et qui profite de ce prétexte pour inviter son détraqué d'avocat dans une débauche de stupéfiants extrêmement variés, presque tous frais payés par sa rédaction. le roman entier n'est qu'un prétexte à exposer les délires de deux drogués excessifs que leur demi-folie entraîne dans des situations absurdes et intenables, le tout dans une tonalité de risque et d'urgence, d'outrance et d'hallucinations, angoissée et jubilatoire, et bardée d'observations et de critiques caustiques sur la société américaine des années 70.
En soi, l'argument du livre est minuscule et ne vaut pas grand-chose en matière d'intrigue : ce n'est guère élaboré, point construit avec un souci de direction, on a seulement l'impression juvénile et revigorante de se trouver acoquiné à deux amis irresponsables qui nous plongent dans des périls situés entre le délit potache et le crime révoltant. On se sent mené à la transgression, on se trouve grisé et flatté d'être emporté comme un gamin dans le courant de ces bêtises dangereuses parmi deux jouisseurs bêtement imaginatifs et attachants ; on franchit la frontière de maints tabous ordinaires sans sortir de sa chambre et avec juste un peu de lecture, plongeant dans le flot insoupçonné d'un style de vie au rythme dément et où chaque vague d'événements interprétés avec enthousiasme ou paranoïa incite à des surenchères de vitalité à la limite de l'overdose, au sens propre comme au figuré. On devient soi-même frénétique et trépidant, palpitant et anxieux, à la façon d'un coeur accéléré et ouvert avant l'opération chirurgicale, on redoute sans cesse avec intensité le bistouri quasi fatal de la dénonciation et de la police, on anticipe les maladresses énormes que peuvent commettre ces camés dans des états si lamentables et parmi tant de monde, on découvre in extremis leurs ruses balourdes pour se sortir des mauvais pas, on rit de soulagement et on exulte de liberté puérile, déraisonnable et hyperbolique.
C'est un certain côté de l'Amérique, je crois, qui nous est dévoilé dans ce livre, aux antipodes de la respectabilité d'apparat et des réussites honorables des pionniers dont on y fait les exemples ; l'opposé, en somme, du mondain chrétien qui constitua une grande part de l'imagerie associée au fameux rêve américain : le goût effréné, instinctif et brutal, de la sauvagerie et des plaisirs abandonnés, l'aspiration aux grands espaces affolants et les tentatives éhontées d'existence absolue, tout ce substrat de « ça », sexuel et violent, que ne s'assume pas un pays pourtant de démesure naturelle et urbaine – genre Kerouac et Kilodney. Et Las Vegas, justement, est en cela le lieu de tous les n'importe-quoi moraux plus ou moins institués en système ; Las Vegas est un appel aux comportements les plus anormaux mais cantonnés au sein d'un espace codifié ; Las Vegas est l'incarnation d'une folie permise, circonscrite, géométrique, réglée où se précipitent comme dans ce roman tous les anti-héros de l'arrière-société, cachés derrière la société, partisans indécelables de l'antisociété.
Ce livre contient des pages d'une drôlerie irrésistible ; il vaut le détour par l'originalité délirante qu'il propose et qui constitue une puissante réjouissance, comme une défonce où toute pudeur disparaît – on n'en sort pourtant pas transporté, c'est une anecdote littéraire, du pur divertissement pour l'éclate, une parenthèse d'acides et d'amphétamines survoltée pour ceux qui se rêvent, mais en imagination seulement, mauvais garçons ou mauvaises filles. Sans doute, passé l'effet de surprise et l'extrapolation symbolique (l'inconscient dépravé de l'Amérique au joli verni dont j'ai parlé), on n'en tirera que quelques astuces de situations et de répliques, le tout nettement inspiré d'une véritable expérience de l'insoumission et des drogues ; un lecteur en quête de substance profonde n'en gardera à la limite qu'un certain trouble s'il en extrait rien qu'une tentation à suivre cette voie en quelque sorte valorisante de l'insolence et de l'ardeur, de l'incendie et du séisme, mais ce trouble, pour un pareil lecteur, sera sans doute de courte durée : c'est que situationnellement aussi, ce road-trip est une parenthèse, comme le suggère le récit lui-même en rendant aux personnages le fard policé, le costume propret, de leur quotidien sitôt Las Vegas laissée derrière eux. L'excès, on l'éprouve en définitive, est moins un mode de vie qu'une purgation provisoire, et c'est presque avec déception que ce retour à la normale s'effectue en nous-mêmes : le dénouement, l'achèvement de Thompson est une douleur, car il traduit l'impossible extase dont nous sommes tenus éloignés par tout le poids de nos choix passés et des conventions sociales. L'absolu est inatteignable, cette « pulse » quasi-mystique de la Beat Generation, il n'y a que l'art à peu près pour en figurer la porte d'accès, mais c'est encore moins une porte qu'une fenêtre par laquelle on ne passe pas, à moins que tout s'achève pour nous en un immense et majestueux suicide de toutes valeurs et en accomplissant la jonction pleine et entière des pensées et des actes inconséquents. Ne craindre rien ni personne, se consumer en éclatante vitalité, s'opposer à tout en kamikaze du perpétuel dernier jour : qui osera un pareil sacrifice du moral unanime au profit de l'assomption égoïste de l'arbitraire intérieur et du plaisir insatiable ? Pas moi, oh ! non, pas moi non plus ! et pourtant bien peu comme moi ont perçu l'hypocrisie et la froideur contenues dans nos lois grégaires, mais, en une certaine façon, le grégaire est aussi un élément de vitalité, en ce que la conservation de soi fait partie du principe essentiel de la vie : détruire, oui, par goût du carnage certainement, mais se détruire soi-même ? jusqu'où peut-on aller dans pareille entreprise sans se dissoudre jusqu'à l'absurde ? Être cohérent, c'est au moins exister : il faut de ces retours à la réalité par lesquels, sans pour autant se perdre de vue, on recouvre sa force, on cesse d'être une illusion et un rêve. Il y a, dans l'immoralité que nous fait vivre Thompson, une moralité foncière et légitime, et c'est celle qui consiste en l'aperçu de sa propre persistance : vouloir tout brûler, peut-être, mais pas jusqu'à fanatiquement renoncer à soi-même. C'est peut-être un confort, qui sait ? une lâcheté ? Mais lisez Las Vegas Parano, et voyez s'il n'y a pas aussi quelque folie à tenter le saut vertigineux par lequel la raison même s'abîme dans le gouffre de l'éternelle crainte et de la totale inconscience. Vous sentirez finalement, et peut-être à défaut de le comprendre, pourquoi vous ne devez jamais, même par mégarde, vous faire passer pour qui vous n'êtes pas, pour qui vous vous vous efforceriez en vain de ressembler jusqu'à vous perdre vous-même par défi d'être ce que les autres réclament de vous.
Lien : http://henrywar.canalblog.com
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
moraviamoravia   15 mai 2014
Vous vous étalez sur une vieille chaise en bois, vous baissez le store pour ne pas voir la circulation, et vous faites finement sauter la capsule de cinq ou huit Budweisers...vous vous fumez un paquet de King Marlboros, vous mangez un sandwich au beurre de cacahuète, et finalement vers le soir, vous vous avalez une boulette de bonne mescaline...puis un peu plus tard, vous poussez jusqu'à la plage.
Et de brume en brisants, vous barbotez sur vos pieds engourdis de froid à une dizaine de mètres des flots...clopinant à travers les tribus d'oiseaux de mer...les picoreurs de sables, les cavaleurs, les coureurs de femelle, stupides petits oiseaux, crabes et suceurs de sel, avec ici ou là un grand pervers ou un rejeté total qui boitille à distance et se morfond tout seul derrière les dunes et le bois flottant...
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WolandWoland   07 novembre 2010
[...] ... [Le Docteur Gonzo] étouffa un rire : "En tant qu'avocat, je te conseille de ne pas t'en faire." Il montra la salle de bains de la tête : "Sers-toi un coup de ce qu'il y a dans le petit flacon marron qui est dans ma trousse de toilette.

- C'est quoi ?

- De l'adrénochrome," fit-il. "Il ne t'en faut pas beaucoup. Juste une pincée de rien du tout."

Je pris le flacon et y trempai la tête d'une allumette.

- "Il n'en faut pas plus," reprit-il. "La mescaline non coupée a l'air d'être du soda au gingembre à côté de ce truc-là. Tu deviens complètement dingue si t'en prends de trop."

Je passai le bout d'allumette sur ma langue.

- "Où as-tu trouvé ca ?" demandai-je. "On ne peut pas en acheter.

- Te tracasse pas ; c'est absolument pur."

Je hochai la tête tristement : "Seigneur, quel monstre de client as-tu dû dénicher ce coup-ci ? Ce truc ne peut provenir que d'une seule source ..."

Il opina de la tête.

- "La glande médullo-surrénale d'un corps humain vivant," dis-je."Ca ne vaut rien si ça vient d'un cadavre.

- Je sais bien," répliqua-t-il. "Mais le type n'avait pas d'argent en espèces. C'est un de ces mabouls branchés sur le culte de Satan. Il m'a offert du sang humain - m'a assuré que ça me défoncerait plus que je ne l'ai jamais été dans ma vie." Il riait. "J'ai cru qu'il blaguait, et je lui racontai que je préfèrerais autant avoir une petite trentaine de grammes d'adrénochrome pur - ou alors simplement une glande médullo-surrénale à mâcher !"

Je sentais déjà la camelote me travailler. La première vague me fit l'impression d'une combinaison de mescaline et de méthédrine. ... [...]

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moraviamoravia   12 mai 2014
Après avoir fait la queue dix minutes derrière ce petit trou du cul bruyant et ses amis, je sentis la bile monter. Comment cette espèce de FLIC -- et surtout un flic -- avait-il le culot de discuter avec quelqu'un au nom du Droit et de la Raison ? J'avais eu affaire à ces petites têtes pleines de merde qui font floc-floc --et l'employé de la réception aussi, à ce qui me sembla. Il avait l'air d'avoir été refait comme un cochon lui aussi, un jour ou un autre, par une assez jolie brochette de flics mesquins et fanatiques des règlements...
Alors à présent, il leur renvoyait leur argument : peu importe qui a raison ou tord, mec...ou qui a payé la note et qui n'a pas...ce qui compte en ce moment, c'est que pour la première fois de ma vie , je peux enfiler ça à un porc de policier : " Je vous la fous où je pense, SERGENT, parce que c'est moi qui suis responsable ici, et je vous dis qu'il n'y a pas de place pour vous."
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WolandWoland   07 novembre 2010
...] ... Les rédacteurs m'avaient également donné trois-cents dollars en liquide [dollars de 1971, bien entendu] que nous avions déjà presque entièrement dépensés pour acheter des drogues extrêmement dangereuses. Le coffre de la voiture ressemblait à un labo ambulant de la brigade des stupéfiants : nous avions deux sacoches d'herbe, soixante-quinze pastilles de mescaline, cinq feuilles d'acide-buvard carabiné, une demi-salière de cocaïne, et une galaxie complète et multicolore de remontants, tranquillisants, hurlants, désopilants ... sans oublier un litre de tequila, un litre de rhum, un carton de Budweiser, un demi-litre d'éther pur et deux douzaines d'ampoules de nitrite d'amyle.

On s'était levé ce gentil petit arsenal la veille au soir, en courant frénétiquement aux quatre coins du district de Los Angeles - de Topanga à Watts, on a raflé tout ce qui nous tombait sous la main. C'est pas qu'on avait besoin de tout ça pour notre petit voyage, mais une fois qu'on commence sérieusement une collection de drogues, on a tendance à vouloir la pousser jusqu'au bout.

La seule chose qui m'inquiétait vraiment, c'était l'éther. Il n'est rien au monde de plus désemparé et de plus irresponsable et de plus dépravé qu'un homme qui est dans l'éther jusqu'aux mirettes. Or, je me doutais bien qu'on ne tarderait pas à passer à cette saleté - dès la prochaine station-service, probablement. Nous avions goûté presque tout le reste et, ma foi ! l'heure était venue de se renifler un bon coup d'éther. Après, on ferait les cent-soixante bornes qui nous restaient dans un abominable état d'abrutissement entrecoupé de spasmes et de coulées de bave. La seule façon de rester éveillé à l'éther, c'est de s'envoyer un tas d'amyles - pas tout d'un seul coup, mais régulièrement, juste assez pour pas bouger du 140 en traversant Barstow. ... [...]
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ZebraZebra   14 juillet 2013
page 18
[...] The car suddenly veered off the road and we came to a sliding halt in the gravel. I was hurled against the dashboard. My attorney was slumped over the wheel. "What's wrong?" I yelled. "We can't stop here. This is bat country!"
"My heart," he groaned. "Where's the medicine?"
"Oh," I said. "The medicine, yes, it's right here." I reached into the kit-bag for the amyls. The kid seemed petrified. "Don't worry," I said. "This man has a bad heart-Angina Pectoris. But we have the cure for it. Yes, here they are." I picked four amyls out of the tin box and handed two of them to my attorney. He immediately cracked one under his nose, and I did likewise.
He took a long snort and fell back on the seat, staring straight up at the sun. "Turn up the fucking music!" he screamed. "My heart feels like an alligator!
"Volume! Clarity! Bass! We must have bass!" He flailed his naked arms at the sky. "What's wrong with us? Are we goddamn old ladies?"
I turned both the radio and the tape machine up full bore. "You scurvy shyster bastard," I said. "Watch you language! You're talking to a doctor of journalism!"
He was laughing out of control. "What the fuck are we doing here on this desert?" he shouted. "Somebody call the police! We need help!"
"Pay no attention to this swine," I said to the hitchhiker. "He can't handle the medicine. Actually, we're both doctors of journalism, and we're on our way to Las Vegas to cover the main story of our generation." And then I began laughing ...
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