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EAN : 9782823618952
160 pages
Editions de l'Olivier (21/01/2022)
3.71/5   94 notes
Résumé :
Un premier roman remarquable, découverte de la rentrée littéraire en Amérique. En plusieurs séquences très courtes, Justin Torres raconte une enfance marquée par la violence. Les animaux du titre original (We the Animals), ce sont trois garçons qui tentent de grandir au milieu du chaos, entre crises conjugales et manque d'argent. Enfants d'un couple mixte (père portoricain, mère blanche), ils sont entièrement soumis aux accès de colère ou de tendresse de leurs paren... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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JIEMDE
  07 février 2022
C'est un petit livre, fait de courts chapitres. de ceux qui en quelques lignes t'attrapent dès le début, ne te lâchent plus et te retournent encore à la fin quand tu ne t'y attends pas. Un nouveau rappel pour qui en doutait encore, qu'une centaine de pages puissantes au rythme allant crescendo suffisent parfois à faire un bon livre.
Vie animale de Justin Torres – traduit par Laetitia Devaux – est le récit de l'enfance du narrateur et de ses deux frères aînés, dans une famille où les parents, Paps et Ma, ont abandonné leur rôle. D'une certaine manière ils s'aiment, certes, autant qu'ils se haïssent, marquant physiquement et régulièrement ces sentiments contrastés. Parents trop tôt, ils sont inaptes à l'éducation et à la vie normale. Jusqu'à l'innommable parfois.
Dans ce foyer hors norme, éternel cirque où les clowns tristes sont plus souvent en piste que les augustes, les enfants ont vite appris l'autonomie et la démerde. À l'extérieur, ça n'est pas mieux, leur ascendance portoricaine et leur vie misérable les mettant au ban de leurs contemporains.
« En général, on gardait nos distances, on était trois métis dans leur propre univers, et les sales blancs restaient dans le leur. On se méfiait autant d'eux qu'ils se méfiaient de nous, et on n'avait pas besoin d'eux. On se suffisait à nous même pour jouer, chasser, se battre. On était soudés. »
Grandissant dans cette jungle souvent hostile, les trois frères - « poignée de graines que Dieu a jetées dans la boue et le crottin de cheval » - ont développé leurs propres repères et pris leur destin en main. Des repères qui n'empêchent aucunement les sentiments de germer. Différemment des autres, ce qui finira par exacerber les animalités familiales déjà surdéveloppées.
Vie animale est un témoignage poignant de construction dans l'adversité, dont le cri d'espoir final sonne comme une bienvenue lueur d'espoir dans ces existences si sombres : « “Bombe le torse, bombe le torse“, je dis, je murmure, je me jure ».
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brigittelascombe
  13 janvier 2013
"Oui tu as des droits ce que tu n'as pas c'est le pouvoir" aboie Paps, le chien fou de cette horde de sauvages. Chien, ce Portoricain? Même pas, les chiens sont moins bestiaux que ce dur de dur, né dans "le ghetto", qui casse les dents de "Ma" pour un rien, corrige ses gosses à la ceinture, les met en danger. Les chiens sont moins pervers que cet exhibitionniste qui "baise" sa femme sous l'oeil des gamins rigolards,qui les lave trop longuement, surtout le petit qui a droit à des rituels obscènes à un âge avancé.
Âmes sensibles, s'abstenir!
J'ai failli laisser tomber Vie animale dont le sujet tabou est ignoble, surtout lorsqu'un ado dit le "cinglé" leur montre sur une cassette porno amateur un père sodomisant son fils.
Justin Torres, dont c'est le premier roman, tape fort et jette le lecteur, sans sommation dans une fosse aux lions, celle de miséreux élevés comme des animaux sans amour, ni respect,ni exemple,ni repères sûrs. On en ressort sali par les images que l'auteur grave dans notre inconscient.Et la mère? Ne peut-elle protéger ces "trois petits rois unis", ces métis livrés à eux-mêmes, qui hurlent,cassent,piétinent,saccagent,imbibés de la violence ambiante.La mère "déracinée de Brooklin", souvent ivre ou la gueule en piètre état, se rend complice par son silence qui en dit long sur son irresponsabilité.
Justin Torres, avec des mots durs qui castagnent, sait émouvoir,dire l'indicible,faire réagir le lecteur révolté. Il sait rendre la tension et l'horreur palpable,explique les raisons du pourquoi sans excuser et surtout démontre l'avenir de folie et de corruption réservé à une enfance saccagée, celle des deux ainés (Manny celui qui contourne les lois et Joël celui qui se protège) et surtout celle du narrateur "Mijo" ( trop beau danseur pour "Paps", "brillant" et autodestructeur pour "Ma'" et "le blanc,l'elfe,l'avorton","la tapette" pour ses frères). A moins que l'intelligence ou l'écriture ne laissent une porte de sortie? Boris Cyrulnik parlerait alors de résilience. "Mijo", lui, de son zoo, se promet: "bombe le torse"! Un torse bardé de cicatrices alors!
L'auteur effectue ici une fine analyse psychologique des abus de pouvoir d'un père sur sa famille,des effets nocifs de la perversion et des relations fraternelles (où la jalousie prévaut lorsque l'un est trop différent). On est bien loin ici de le fils de l'homme invisible, le roman autobiographique de François Berléand, pourtant bien choquant.
Vie animale est un livre fort, qui remue car il sonne vrai mais un livre déstabilisant que j'ai fermé avec soulagement!
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isabiblio
  21 juin 2012
Ils sont trois frères tels des loups assoiffés de vie, nés de parents bien trop jeune, une meute qui tente de survivre entassée dans un clapier en plein coeur de Brooklyn. C'est le plus jeune qui raconte leur enfance, « Ma » sa mère petit bout de femme qui bosse la nuit dans une brasserie et « Paps » son père le portoricain qui n'arrive pas à garder un boulot, qui s'emporte pour un rien levant la main à tout va et qui achète un pick-up alors qu'ils sont cinq et qu'ils n'ont rien à manger. Les enfants eux s'accommodent, ils aiment leur vie, ils sont heureux comme ça à faire les quatre cents coups unis dans les déboires, dans les bêtises, dans les rires. Puis vient le temps de l'adolescence, l'unité fratricide s'éloigne, le narrateur sent qu'il change, ses désirs vont vers la gent masculine et la meute aura bien du mal à tolérer ce détachement. En un foisonnement de tranches de vies l'auteur raconte le quotidien d'une famille fusionnelle de l'Amérique banlieusarde, un premier roman un rien autobiographique, c'est rythmé, insolent, mouvementé, bref sauvage tel la vie animale que laisse entendre le titre au demeurant fort bien approprié !
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hieronimus177
  20 juin 2012
Critique :Vie animale -Justin Torres (édition de l'olivier,2012)
Le ton est ici singulier : il parle de l'homme comme d'un petit animal qui se résout à ses instincts pour mieux s'éloigner de ses rêves puis y revenir. La conscience minérale du temps qui jaillit de l ‘état enfantin du monde nous est ici parfaitement restitué avec des mots qui demeurent en nous telles des évocations où des impressions de ce que nous avons perdu et que nous recherchons sans cesse :une réalité candide et barbare qui s'apparente à l'état naturel , à ce qui survit particulièrement de cette relation harmonieuse avec la terre, les arbres et les animaux.
Qu'est qui fait que nous perdons peu à peu cette osmose avec le réel ? C'est bien ce à quoi tente de répondre d'un manière assez radicale Justin Torres et ses trois petits effrontés, Mani, Joël et le narrateur (jamais nommé), sujets de son roman.
Constitué de phrases courtes, incisives, l'univers du roman s'incarne dans un humour ravageur et sentimental :
« on était assis tous les trois à la table de la cuisine avec nos imperméables. Joël écrasait des tomates à l'aide d'un petit maillet en caoutchouc. On avait vu faire ça à la télé :un homme avec une grosse moustache et un maillet qui massacrait des légumes et des gens en poncho de plastique transparent qui se recevaient tout et s'amusaient comme des fous. On avait envie d'avoir le même sourire qu'eux»page14.
Ce « on » envoûtant secrète un monde opaque constitué de variations quasi photographiques sur des moments accordés par la grâce de l'existence :la leçon de natation avec Paps (le père),les embardées sauvages dans un pick up ,les gloutonneries sur le tapis du salon alors que Ma se repose. Parfois on s'endort la nuit à même le sol d'un cagibi d'hôtel parce que le père est veilleur de nuit et que la mère travaille ; ce sont les lois des affligés de la terre perdus au milieu des hommes et au-delà de leurs lois.
Il faut parfois éviter les coups du père, ses errements de violence sans concession, et jouer avec la nourriture ou jeter des pierres sur n'importe quoi-des carreaux, des bêtes ou des murs, sur n'importe qui, parfois un quidam qui s'enfuit dans le vent. Peut à peu ce « on » devient trois mais comme une entité unique confrontée au quotidien avec déjà comme le début d'une nostalgie du lien tissé :
« Quand on était frères, on était des mousquetaires…Alors on était le nombre sacré de Dieu »page 36
Le vent fait tourner les pages du temps originel et l'auteur progresse dans sa narration entre jeux brutaux et instants de tendresse puis peu à peu comme les horloges molles ou disloquées de Dali nous donne à voir le moment de la séparation sans que rien ne soit vraiment pressenti ;à moins que les images « des suicidés » des chutes du Niagara, ou le film que « le cinglé »laisse entrevoir n'imprègnent l'esprit déjà préparé du petit dernier, plus fragile, plus sensible, plus doué. le temps est venu de la singularité et du détachement mais dans l'hostilité évidemment des siens. Ce qui devait rester secret par l'écriture est dévoilé. Alors dans la grande apocalypse d'un homme piégé par ses mots le rêve d'une unité première s'effondre.
Vie animale Justin Torres Roman (broché). Paru en 01/2012
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MarianneL
  25 mai 2014
Publié en 2011 («We the animals», traduit en 2012 en français aux Éditions de l'Olivier par Laetitia Devaux), le premier roman de l'américain Justin Torres, en grande partie autobiographique, est un choc intense et poignant.
«On en voulait encore. On frappait sur la table avec le manche de nos fourchettes, on cognait nos cuillères vides contre nos bols vides ; on avait faim. On voulait plus de bruit, plus de révoltes. On montait le son de la télé jusqu'à avoir mal aux oreilles à cause du cri des hommes en colère. On voulait plus de musique à la radio ; on voulait du rythme ; on voulait du rock. On voulait des muscles sur nos bras maigres. On avait des os d'oiseaux creux et légers, on voulait plus d'épaisseur, plus de poids. On était six mains qui happaient et six pieds qui trépignaient ; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore.»
En chapitres courts – tels les vignettes d'une chronique familiale -, le narrateur, le plus jeune des trois frères, né d'un père d'origine portoricaine et d'une mère blanche comme l'auteur, rend compte de la pauvreté, de la souffrance, de la sauvagerie mais aussi de la tendresse qui règnent dans cette famille très pauvre, et de l'énergie féroce et collective des trois frères pour se défendre et grandir, malgré la faim, la violence et la confusion d'une mère et d'un père trop pauvres et devenus parents si tôt. Dans ce chaos affectif et matériel, les trois frères collés les uns aux autres comme de petits animaux guidés uniquement par leur instinct, sont toujours prêts à tout recevoir, l'obscurité, la folie ou l'amour, et de temps en temps de quoi subsister.
«Ma s'est penchée pour murmurer à mon oreille, elle m'a répété qu'elle avait besoin que je reste à six ans. Elle m'a chuchoté ce besoin si immense, l'absence totale de douceur avec Paps et les garçons qui devenaient des Paps. Ce n'étaient pas simplement des mots chuchotés, mais la profondeur de sa voix mêlée de souffrance, la proximité chaude de ses bleus, qui m'ont électrisé.
En me tournant vers elle, j'ai vu les bosses sur ses joues et la peau violette bordée de jaune. Ces bleus avaient l'air si sensibles, si doux, si pleins de douleur, qu'une excitation, un courant a jailli de mon ventre, s'est répandu dans ma poitrine, un sale chatouillis, a gagné mes bras puis mes mains. Je l'ai attrapée par les deux joues et je l'ai attirée à moi pour un baiser.
La douleur est montée à ses yeux et a transformé ses pupilles en deux grands ronds noirs. Elle a écarté son visage du mien et m'a jeté à terre. Elle m'a maudit, elle a maudit Jésus, ses larmes ont coulé, et j'ai eu sept ans.»
Enfant différent, plus sensible et efféminé, et amoureux des livres, le narrateur réussit à raconter de façon très singulière, éblouissante et poétique, son parcours vers l'âge adulte et son détachement violent de son milieu d'origine et de cette fratrie fusionnelle.
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critiques presse (6)
Lexpress   01 mars 2012
Si l'Amérique des marginaux et des laissés-pour-compte est souvent une jungle, Torres y a entraîné cette famille qui, elle, ressemble à une meute.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LesEchos   24 janvier 2012
Justin Torres a mis tout l'or de son coeur d'enfant dans son encre ultranoire.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LeFigaro   20 janvier 2012
Les phrases battent la mesure avec le pied. Il flotte sur les pages de ce premier roman un naturel à la John Fante.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Liberation   17 janvier 2012
Du New York Times à Esquire, la naissance de cette voix dont la singularité frappe dès le premier paragraphe a été saluée. Elle nous parvient dans la belle traduction de Laetitia Devaux. Peu importe les quelques tics, puisque la langue, le rythme, sont là
Lire la critique sur le site : Liberation
LeMonde   13 janvier 2012
En faisant le choix d'un livre fragmentaire, composé de chapitres qui pourraient être des nouvelles superbes si un fil souterrain ne les reliait, Justin Torres nous épargne le récit linéaire de premières années dans une famille que l'on qualifierait de "dysfonctionnelle", pour en tirer, à la place, ce roman syncopé et bouleversant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   11 janvier 2012
Justin Torres [...] raconte dans son excellent et poétique roman «Vie animale» l'horreur familiale dans ses plus sombres excès.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
JIEMDEJIEMDE   05 février 2022
Mais maintenant, je sais que Dieu a semé du propre dans le sale. Toi, Joel et moi, on est juste une poignée de graines que Dieu a jetées dans la boue et le crottin de cheval. On est tous seuls.
Commenter  J’apprécie          100
brigittelascombebrigittelascombe   13 janvier 2013
Tout le monde a des droits.Un homme attaché sur un lit a des droits.Un homme enfermé dans un donjon a des droits.Un petit bébé qui pleure a des droits.Oui,tu as des droits.Ce que tu n'as pas c'est le pouvoir.
Commenter  J’apprécie          60
JIEMDEJIEMDE   03 février 2022
On était six mains qui happaient et six pieds qui trépignaient ; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore.
Commenter  J’apprécie          80
brigittelascombebrigittelascombe   13 janvier 2013
"Voici votre héritage!" il s'est exclamé,à croire que grâce à cette danse,on pouvait connaître son enfance,la saveur et le grés des immeubles de Spanish Harlem et des lotissements de Red Hook,des salles de bal,des parcs en ville,et de son père,comment il le battait,comment il lui avait appris à danser,à croire qu'on pouvait entendre parler espagnol dans ses mouvements,à croire que Porto Rico était un type en robe de chambre qui descendait bière sur bière en les levant très haut avant de les boire,la tête en arrière,sans cesser de danser,de danser et de claquer des doigts toujours en rythme.
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josteinjostein   03 février 2012
Toi, Joël et moi, on est juste une poignée de graines que Dieu a jetées dans la boue et le crottin de cheval. On est tout seuls. (page 99)
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We The Animals (2018) | Official US Trailer HD
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