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EAN : 9782825138984
936 pages
L'Age d'Homme (05/03/2009)
4.2/5   10 notes
Résumé :
Dans des convulsions sourdes disparaissait, à l'orée du XXe siècle, la plus ancienne des civilisations : la civilisation paysanne de l'Europe. Une civilisation qui émergeait de la nuit de l'Histoire. La base des nations, la garante des traditions orales, la gardienne des mythologies et des religions populaires. Une civilisation du temps où l'Histoire n'existait pas encore et le déroulement de la vie n'était que celui des saisons. Les romanciers du XIXe siècle ont te... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
5Arabella
  29 mai 2020
Immense cycle romanesque de près de 1000 pages, écrit entre 1901 et 1909, couronné par un prix Nobel de littérature en 1924, Les paysans restent une oeuvre peu connue en dehors des frontières de la Pologne. Publiée par l'Age d'homme, éditeur genevois spécialisé dans la littérature des pays de l'est de l'Europe, dans une excellente traduction, elle mériterait plus de lecteurs, même si l'aventure, compte tenu du nombre de pages, est sans doute un vrai challenge.
Il s'agit d'une tétralogie, les titres de chaque volume correspondant aux saisons de l'année. Nous commençons notre voyage à l'automne, puis viennent l'hiver et le printemps, et nous terminons notre périple en été. Toute l'action est situé dans le village de Lipce, un village prototypique de nombreux villages de cette région du monde au tournant du XIXe et XXe siècle, et au-delà, des communautés villageoises telles qu'elles ont pu exister pendant des millénaires. Nous sommes avant l'arrivée de l'électricité, avant l'utilisation de machines, autres que simples et fabriquées par les villageois, il faut chercher l'eau au puis et se chauffer et nourrir avec du bois. Une sorte d'époque avant l'histoire, avant le moment où le progrès technique au rythme accéléré impose des changements permanents et de plus en plus rapides aux hommes. Dans l'univers de Lipce, c'est la terre et la nature qui dictent leur loi et imposent leur temporalité aux hommes, comme aux animaux.
La richesse de l'ouvre vient des nombreux registres et thématiques qu'il déploie. C'est à la fois un texte très réaliste, qui décrit avec précision voire par moment minutie, les façons de vivre, le quotidien, les coutumes, les vêtements, la façon de se nourrir, les cérémonies, religieuses ou pas etc. Nous avons une vision presque ethnographique d'une région à un moment donné, que l'auteur a très bien connue, et dont il semble avoir enregistré dans sa mémoire les moindres détails. Mais le livre dépasse cet aspect réaliste pour une vision métaphorique, mythique, transcendante du vécu de la communauté villageoise. Semer, faire éclore, sont des activités quasi magiques, par lesquelles l'homme, en symbiose avec la nature, devient un héros prométhéen, arrachant aux entrailles de la terre de quoi permettre aux générations suivantes de se perpétuer. Il participe de cette manière à l'activité divine de la création du monde. le réalisme se double de poésie, qui magnifie les gestes du paysan nourricier, qui transforme le quotidien en épopée, et en activité magique.
Le récit est centré sur une famille du village, celle de Maciej Boryna, le plus riche propriétaire de l'endroit. Il y a son fils Antek, qui ronge son frein sous la lourde main paternelle, sa femme Hanna et leurs enfants, Józka, la jeune soeur, et puis vient très vite, Jagna, la jeune femme la plus belle du village, que Boryna va épouser en secondes noces, au grand dam de sa famille. A tour de rôle, chacun des membres de la famille va venir au premier plan. Plus que des personnalités, ce sont des types, ce qui arrive à chacun d'entre eux pourrait arriver à n'importe qui dans leur position. Au-delà des petits événements de la vie, c'est le cycle éternel des événements essentiels, sentiments humains primordiaux qui est en jeu, sans que l'aspect romanesque ne soit absent, et sans que le livre ne paraisse à aucun moment didactique. Les naissances, les morts, les catastrophes qui s'abattent, les moments de triomphe sur le sort, le désir, la jalousie, l'envie, l'amour, tout en étant très concrets et précis, nous allons à chaque fois au-delà du simple fait, dans la signification et place profonde de chaque chose.
Mais le personnage principal du roman est en réalité la communauté villageoise dans son ensemble, en tant qu'entité qui transcende la somme de ses membres. C'est un corps vivant, dans lequel chacun a sa place, sa fonction, et qui malgré les différents, les querelles, voire les affrontements violents, fonctionne comme un tout indivisible. Cela peut faire un peu penser à une fourmilière ou à une ruche, un seul individu n'est pas à même de survivre, à faire sa part sur la terre, il lui faut l'appui des autres, leur complémentarité. D'où une forme de tolérance vis-à-vis des défauts ou manques de chacun, tout au moins tant que le collectif, ses normes, ses lois non écrites, restent respectées. Dans le cas contraire, la sanction peut être terrible, comme pour Jagna, qui est l'élément perturbateur, destructeur, du collectif.
L'oeuvre met en évidence le lien homme-nature, l'homme n'étant qu'une partie de celle-ci, sa survie dépend de la qualité de ce lien, au moment où il l'oublie, où il pense qu'il peut échapper aux lois de la nature, cette dernière lui rappelle amèrement sa force, sa capacité à l'anéantir. Elle replace aussi l'être humain dans un groupe, et aussi dans l'entrelacement des générations : la mort est nécessaire, elle fait partie de la vie, et l'homme survit dans sa descendance et aussi dans le groupe dont il a été une partie pendant sa vie. Cela même s'il y a des tensions entre les générations, les jeunes qui veulent leur place que les vieux ne veulent pas lâcher, les très vieux qui sont à la merci de leurs enfants ou parents, devenus une charge inutile, avec la mort comme seul perspective.
Ce cycle est tellement riche qu'il serait vain de vouloir évoquer tous les thèmes, toutes les questions abordées, mon commentaire simplifie beaucoup les choses (il y a tout un aspect historique à la fin du roman sur lequel je fais l'impasse par exemple). Je tiens toutefois à insister à la fin de mon laïus sur le style de l'auteur, qui contribue grandement à en faire une oeuvre d'exception. Les styles, devrais-je d'ailleurs dire, tant sur cet aspect aussi, l'auteur joue sur plusieurs registres. L'expression des paysans est dans une langue spécifique, qui même si elle reprend certaines expressions réelles, est plus une création, qui permet d'appréhender la spécificité du parler campagnard, tout en restant compréhensible et poétique. Les magnifiques descriptions de la nature, ou les exposés des situations économiques ou politiques, sont dans des styles et vocabulaires différents, adaptés à chaque fois au sujet abordé, sans que cela paraisse, artificiel ou fabriqué.
Véritable gageure par son ambition, par la vision complexe et nuancée qu'elle communique, par tous les aspects et registres abordés, cette tétralogie est une oeuvre puissante et unique. Et un grand plaisir de lecture, ce qui a été pour moi, qui appréhendais cette lecture au long cours, une merveilleuse surprise.
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bobbysands
  11 avril 2018
120 ans de joug Russe, Prussien et Autrichien n'auront pas suffi à écraser la culture polonaise, au contraire. Peuple courageux et indestructible, les polonais sont aussi des artistes, des écrivains, des compositeurs... Rare sont les pays qui résisteraient à plus d'un siècle de pillage culturel et intellectuel et de Kulturkampf tyrannique. Alors allez-leur en donner des leçons à nos amis du grand-duché ! Et de fait, je pense peser mes mots en affirmant que Tolstoï a son alter ego littéraire polonais en la personne de Wladyslaw Stanislas Reymont.
La lecture des paysans est plus qu'un projet, c'est un défi voir une épreuve. Mais quelle richesse ! Quelle récompense à l'arrivée ! Conçu comme une réponse aux écrits humanistes et naturalistes de Zola, l'oeuvre s'articule en Tétralogie dont chaque saison constitue un livre et dont l'automne est le premier tome. Ce découpage simple mais habile permet de donner à l'ensemble de l'oeuvre le coté cyclique de l'éternel retour, une cohérence narrative mais surtout de faire de la « terre » le personnage central du roman. Et là, précisément, se situe toute l'universalité et toute la beauté du livre de Reymont : l'homme n'est pas au centre de tout, n'en déplaise à nos humanistes invétérés. Les saisons se succèdent, les âmes remontent au ciel et seuls la terre dure, donne, reprend et rend à Dieu. Les descriptions sont sublimes, mélancoliques parfois angoissantes voire effrayantes (Le chapitre glaçant de Hanka dans la tempête de neige). La terre, découpée en « arpents », définit aussi le statut social de son propriétaire, elle attise les luttes de classe avec la petite noblesse mais aussi les rivalités entre les familles plus ou moins cossues.
Bien. le décor est posé : un village au nom de Lipce, des arpents, des vergers et des champs de betteraves, de choux et aux milieux, jetés à la volée dans l'absurdité et la pénibilité infinie du labeur, tels de minuscules Sisyphe condamnés à trimer : les paysans. Avec leurs caractères trempés dans l'acier et le borszcz, (soupe à la betterave, légume vénéré par une nation entière) leur mains calleuses et leur admirable courage. Chaque jour, pour eux, est un combat, chaque pomme de terre a sa valeur, chaque semailles est une prière à Dieu, une espérance d'un jour fertile. Et à travers ces personnages forts, le livre de Reymont s'impose comme un retour à l'essentiel. Tout est cher aux yeux de « ces pauvres petites âmes las » : la fête traditionnelle du village au cabaret, l'élection à la mairie, le mariage, la lutte contre les propriétaires allemands, la messe du dimanche et les sermons parfois courroucés du curé, la coupe du bois pour l'hiver, l'enterrement en grande pompe de la mendiante... Tout a de la valeur : on ne jette pas ce qui est cassé, on le répare. Et enfin, quand on profite, on partage et on fait des réserves pour l'hiver.
La vie des paysans n'est pas idyllique, entendons-nous bien. Les hommes boivent lourdement après le travail, les femmes se déchirent parfois assez lamentablement et enfin les jalousies, les convoitises et les infidélités viennent ternir l'existence misérable de chacun. Bref, l'existence est épuisante et injuste. Les moments de répits, pourtant jubilatoires et salvateurs, sont trop rares. L'hiver dure, et chacun, tel la fourmis, se recroqueville dans sa petite chaumière et consomme avec précautions ses modestes réserves près de la cheminée en comptant les buches et les bouchées de pain.
Et pourtant, comme dans un tableau des frères le Nain, on prend plaisir à faire partie, le temps d'un livre, de ce monde rural fascinant et cruel à la fois. Oui, facile à dire en tant que lecteur, certes ! Mais honnêtement, cette vaste cheminée qui réchauffe la pièce principale, ces réunions au cabaret arrosées à l'eau-de-vie, ces soirées épluchage de betteraves, ces fêtes, ces vergers de poiriers et de cerisiers et ces champs de patate, il n'y a pas une page ou l'on ne voudrait pas y être, ne serait-ce qu'un instant. La description est tellement soignée et vivante que la contemplation de ce microcosme est un plaisir infini. On partage les bonheurs des paysans comme leurs malheurs. On exulte de joie à l'arrivée des moissons, on regarde l'hiver par la fenêtre d'un oeil inquiet, et on renaît avec eux au printemps, quand tout est à refaire.
Reymont n'est pas seulement un auteur naturaliste qui décrit méticuleusement un village paysan. Il peint le portrait universel du Paysan et raconte par-là les origines lointaines de nos sociétés. Il rappelle bien mieux que n'importe quel traité d'écologie moralisant le rôle de la terre et la soumission de l'homme à ses cycles. A chacune des milles pages, il nous murmure humblement que sur cette terre éternelle, chefs d'oeuvre du très-haut, nous sommes simplement de passage : nos vies sont des saisons.
Reymont nous donne envie d'aller à Lipce, de errer dans les ruelles à regarder l'église du village et de voir les fantômes en sortirent pour saluer le curé après son office. On ne regarde plus les vieilles bâtisses paysannes sans le sentiment de nostalgie de ses soirées près du feu, sans imaginer la famille Boryna et valets autour du vieux patriarche mourant et j'irai même plus loin, on ne passe plus à côté d'un champ de patates sans un infini respect pour nos ancêtres paysans, humbles héros qui luttaient chaque jours de leur vie ingrate contre le temps et la dureté des saisons !
Une mention tout spéciale aux dernières pages du printemps - narrant la mort d'un personnage - et qui résument à la fois le style plein d'élégance et de force de Reymont et en même temps la Foi paysanne dont est emprunte la narration. Sa fresque est une oeuvre vaste et cruelle mais sans aucun doute miraculeuse. Assurément la plus grande histoire d'amour entre Dieu, l'homme, et la terre. Prix Nobel 1924.
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Maphil
  20 janvier 2013
Cette édition du roman "Les Paysans" reprend les quatre tomes (Automne, Hiver, Printemps, Eté) de sa première édition en langue française en 1925. Les Paysans est une grande fresque du monde paysan polonais au début du XX° siècle alors que la ruine le guette. le personnage principal est le village de Lipce, où les habitants vivent en masse compacte tout en respectant certaines "castes" : le curé, instruit et riche; les fonctionnaires; les paysans propriétaires (et dont l'importance croît en fonction du nombre d'arpents); les paysans-locataires; les valets et les journaliers et les mendiants (toujours bien accueillis). Et puis, il y a les Juifs qui ont de l'argent (ce sont généralement des commerçants) mais envers lesquels on sent poindre l'antisémisisme qui aboutira aux pogroms quelques dizaines d'années plus tard. Tout ce monde pratique le mode de culture très ancien. Ce peuple paysan au labeur incessant est soudé par sa foi relgieuse et par les caprices de la nature à laquelle il est ancré sans ligne de démarcation entre elle et lui. Mais il est aussi déchiré par des haines d'intérêts ou de ressentiments personnels. A la fois réaliste (proche du roman naturaliste) et lyrique dans sa description de la nature.
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