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ISBN : 2369141158
Éditeur : Libretto (06/11/2014)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 50 notes)
Résumé :
Après le grand succès des "Pérégrins", Olga Tokarczuk nous offre un roman superbe et engagé, où le règne animal laisse libre cours à sa colère. Voici l'histoire de Janina Doucheyko, une ingénieure en retraite qui enseigne l'anglais dans une petite école et s'occupe, hors saison, des résidences secondaires de son hameau. Elle se passionne pour l'astrologie et pour l’œuvre de William Blake, dont elle essaie d'appliquer les idées à la réalité contemporaine. Aussi, lors... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  29 juillet 2016
Se pourrait-il que les animaux se vengent des hommes qui les chassent ?
C'est en tout cas ce qu'il se passe alentour de ce petit village polonais des Sudètes, en bordure de la Tchéquie, où les morts se succèdent avec exubérance.
C'est là que vit Madame Doucheyko, la narratrice végétarienne, ingénieure des ponts retraitée, puis professeure d'anglais et de travaux manuels à l'école du village.
Madame Doucheyko déteste son prénom, comme ceux des autres qu'elle affuble de sobriquets (Grand Pied, Bonne Nouvelle, Glaviot, Froufrou, Manteau noir). Elle est férue d'astrologie et fait de savants calculs pour prédire la date et les circonstances de la mort. Il lui arrive aussi de voir sa mère et sa grand-mère, défuntes depuis des lustres, errer dans la cave. On pourrait croire qu'il s'agit de délires et de théories (nombreuses) d'une vieille dame qui communique (déjà) avec l'au-delà.
PAS DU TOUT. Elle a les pieds bien ancrés et d'ailleurs, les pieds, c'est très important. Il convient qu'ils soient toujours propres au cas où elle serait emmenée d'urgence à l'hôpital.
Passionnée par le poète inspiré, William Blake, elle tente de traduire son oeuvre avec un de ses anciens élèves. Et puis, au plus dur des mois d'hiver, elle fait l'inspection quotidienne des maisons que les habitants du village délaissent jusqu'au printemps, et elle déambule inlassablement dans la nature environnante.
Rien de bien alarmant dans cette vie rude. Jusqu'à la mort de ses chiens qui demeurent introuvables. Son chagrin est à la hauteur de son amour pour les animaux, énorme. Lorsqu'un de ses voisins, braconnier aussi bourru qu'elle, meurt étouffé par un os de biche, elle émet l'hypothèse qu'il pourrait s'agir d'une vengeance des animaux. Elle évoque les nombreux procès animaliers qui se sont succédé à travers les siècles (drôlissimes et authentiques) dont le plus célèbre (1521) concerne des rats faisant des ravages dans la population, qui obtinrent un non-lieu grâce à un avocat commis d'office. Seule la moquerie répond aux évocations rigoureuses et aux déductions de la brave dame.
Quelques mois plus tard, c'est au tour du commandant de police de se retrouver cul par-dessus tête dans un vieux puits, avec pour seules traces celles de sabots de biches. Peu après, c'est le tour d'un éleveur de renards blancs, retrouvé pourri, puis celle du curé, membre actif du Cercle de chasseurs local, ainsi que celle de son président aux affaires louches. Pour chacun, des traces d'animaux et les explications logiques mais improbables de Madame Doucheyko, qui n'arrivent pas à convaincre les policiers.
Excellent roman, que dis-je, polar, mené tambour battant d'une écriture enlevée, précise et pleine d'humour. le polar ne fait pourtant pas partie de ma bibliothèque mais la critique récente et intrigante d'Orzech m'a décidée à lire ce livre. Bien m'en a pris et je remercie cette Babéliote qui m'a fait découvrir un genre quasi inconnu pour moi. J'ai passé d'excellents moments.
C'est aussi la découverte d'Olga Tokarczuk que je vais m'empresser de poursuivre. Erudite, inattendue, observatrice du moindre détail, cette auteure contemporaine possède certainement l'art du récit. Car, il n'est pas seulement question de morts bizarres et non élucidées mais aussi de la vie dans un petit village, avec ses cueilleurs de champignons, ses ouvriers forestiers « tous moustachus », sa nature foisonnante et merveilleuse, les directives étranges de la Commission européenne sur la protection et la conservation des espèces locales, le bal annuel, les petits trafics entre amis, et aussi les écueils nombreux rencontrés dans les essais de traduction des poésies de William Blake. Ce livre est source multiple d'intérêts et de questionnements.
A recommander chaleureusement.
Le nom de l'auteure est difficile à retenir mais gagne à être connu et diffusé le plus possible.

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berni_29
  11 juin 2019
"Je suis à présent à un âge et dans un état de santé tel que je devrais penser à me laver soigneusement les pieds avant d'aller me coucher, au cas où une ambulance viendrait me chercher en pleine nuit." C'est par cette confidence pleine de bon sens que s'ouvre ce roman insolite, Sur les ossements des morts, écrit par Olga Tokarczuk, auteure polonaise, dont c'est le premier ouvrage que je lis d'elle.
Janina Doucheyko, la narratrice, est végétarienne. Jadis, ingénieure elle construisait des ponts à travers le monde entier.
Désormais elle est en retraite, son corps se fatigue, elle s'est retirée dans ce hameau perdu au bord d'une forêt immense qui est son havre de paix. En hiver, elle rend quelques services auprès de certains voisins absents jusqu'au printemps, elle surveille leurs maisons en leur absence.
Ici nous sommes au fin fond de la Pologne, dans cette région perdue des Sudètes, près de la frontière avec la République tchèque. Le téléphone portable passe difficilement et à quelques mètres près, le réseau peut basculer sur l'opérateur tchèque, ce qui crée parfois de désagréables surprises dans les factures.
Dans cette région froide et rude de l'hiver, totalement isolée, c'est l'amour de la nature, des chênes et des tourbières qui anime le cœur de Janina Doucheyko, celui des animaux aussi qui peuplent cette forêt primaire toute proche.
La narratrice donne aussi quelques cours d'anglais et de travaux manuels dans une école du village toute proche.
Janina Doucheyko a deux passions : l'astrologie et la poésie de William Blake qu'elle cherche à traduire avec l'aide d'un ancien élève. Des vers du poète britannique d'ailleurs ouvrent chacun des chapitres du roman.
C'est une vie sereine, loin du bruit du monde. Tout semble paisible jusqu'au jour où ses deux chiennes disparaissent.
Puis un de ses voisins est découvert mort chez lui, mystérieusement étouffé par un os de biche. Dès lors les morts vont s'enchaîner.
Il y a des traces d'animaux sur les scènes de crime. Non seulement des traces d'animaux, mais Janina Doucheyko est convaincue par certains indices que des animaux étaient présents non loin des lieux, à chaque fois. Un groupe de biches, un chevreuil, des lièvres, des renards... Un grand nombre de sabots sur la neige, tout près de là...
Et si les animaux avaient un rapport avec ces morts suspectes et brutales ?
La police locale piétine. D'ailleurs, ces victimes ont-elles été assassinées ? La police n'y croit guère par moments.
Janina Doucheyko tente alors de mettre sa passion d'astrologue au service de l'enquête. Elle croit ici à la conjonction des planètes. Dressant le thème astral des victimes, elle voit bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Ainsi, ce roman apparaît à première vue ressembler de très près à un polar. Mais cette histoire est bien autre chose et il serait trop simple de la qualifier ainsi. Et peut-être décevant en définitive, car tous les codes classiques du roman policier ne sont pas forcément ici au rendez-vous...
Il y a en effet quelque chose de tout autre dans ce récit, quelque chose de poétique.
Il y a quelque chose de malicieux aussi. Janina Doucheyko, la narratrice a la réputation d'être un peu originale, excentrique même. Elle pose son regard ironique et lucide sur le monde et ses contemporains. Elle est délicieusement espiègle et désobéissante, mais c'est pour mieux se jouer des mesquineries et de la vacuité de l'ordre établi.
Le roman est prétexte à nous faire goutter l'atmosphère insolite, au travers des yeux de la narratrice, ses états d'âme lorsqu'elle pense au désir, à la mort... Nous côtoyons aussi des personnages pittoresques ou grotesques que la narratrice affuble de sobriquets. Ici viennent se mêler à ce récit étrange quelques touches d'humour. Ainsi j'ai adoré le père Froufrou et ses grandes prêches cynégétiques ! Il y a aussi l'évocation de ces comptes-rendus judiciaires sortis tout droit de l'histoire, lorsque la justice des hommes, ne craignant pas le ridicule, poursuivait parfois avec cruauté des animaux. On apprend ainsi qu'au Moyen-âge un essaim d'abeilles fut condamné à l'ex-communion pour avoir perturbé la quiétude d'un notable. Ici elles s'en sortirent plutôt bien... Ou qu'une poule en 1471 à Bâle fut accusée d'avoir pondu des œufs aux couleurs anormalement vives ! Celle-là fut brûlée vive...
Est-ce un signe, une vengeance des animaux à cause de ce foutu dérèglement climatique ?
Des chasseurs se prennent les pieds dans les propres pièges qu'ils posent.
La police commet des erreurs, tâtonne dans la neige, efface peut-être des traces. Au fond on dirait que l'enquête policière passe presque au second plan.
La forêt est bien présente au coeur du roman, sombre et mystérieuse comme si elle recélait la clef de l'énigme à elle seule. Par moments, au bord de ses ramures indécises, on frôle le fantastique.
Le rythme est prenant, le dénouement est inattendu.
Et si les animaux détenaient ici le rôle principal ?
Le récit tient aussi de l'engagement écologique, sorte de plaidoyer poétique et romanesque pour la cause animale.
C'est pour moi une bien belle découverte.
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Krout
  16 septembre 2016
Aaatchoum ! J'ai pris en grippe ce bouquin très rapidement. Trop de répétitions, répétitions qui reviennent comme de lancinants refrains. Aaatchoum, atchoum, atchi : non, c'est une allergie. Allons bon ! A coup sûr cela doit venir des petits papotages, des descriptions ménagères, des digressions sans queue ni tête, de quelque niaiserie, de vérités toutes faites ou de lieux communs. Allez retrouver le coupable dans tout cela. En parlant des communs, j'ai justement un besoin pressant. Si, siii, viiite !!!!
(Ah ! Cela fait drôlement du bien. Maintenant que Maslow est satisfait cela va déjà mieux. Maslow : la pyramide des besoins ? Toujours satisfaire en priorité les besoins physiologiques. Tellement vrai que je lisais dans un autre livre très sérieux, ou le journal (?) qu'un homme était décédé parce qu'il n'avait pas osé quitter une réunion pour faire un petit pipi et sa vessie avait éclaté. Comme quoi Maslow, hein ! Et puis c'était dans un livre très sérieux, le journal c'est pour lire aux toilettes, d'où la confusion. Bon après m'être ébahi, une fois encore !, sur l'harmonie créée par ... le papier WC dont les gracieux dessins d'éléphants roses s'accordent parfaitement avec la couleur des murs de la salle de bains, je peux mettre entre parenthèses cette digression. Et revenir au bouquin. Quoique ceci était juste un exemple de ce à quoi je suis allergique.) Donc ...
Ce matin un lapin. Mélange de Chantal Goya pour le thème et de Katerine Pancol pour le style petits potins voilà deux associations qui se sont imposées à moi. Et par osmose avec l'irritante manie de la narratrice d'affubler les gens de surnoms qu'elle trouve géniaux et dont elle nous explique en détail l'importance du pourquoi et du comment de renommer Grand Pied son voisin parce qu'il (allez je vous laisse deviner), la narratrice est soudain devenue dans mon esprit Mme Bonne Conscience et l'auteure Mme Papote. N'importe des hommes tombent comme des mouches, leurs morts sont étranges, suspectes, y a t il un rapport avec une vengeance des animaux comme le prétend Mme Bonne Conscience ? Si elle n'a rien d'autre à se mettre sous la dent, la police a bien du pain sur la planche. Dans ce coin perdu de Pologne à la frontière tchèque on s'attendrait à voir apparaître un loup garou dans un tempête de neige, mais non ce sont des biches sans fusils qui, ici, remplacent le lapin de la chanson.
Soulignons un bel éclair de lucidité :
"- Si l'envie me venait de consigner mes souvenirs, qu'est-ce que je devrais faire ?
- Il faut s'assoir à une table et s'obliger à écrire. Cela ne vient pas tout seul. Evitez à tout prix de vous censurer. Ecrivez tout ce qui vous passe par la tête.
Drôle de conseil. Je n'avais aucune envie d'écrire tout et n'importe quoi. Je n'aimerais écrire que ce qui est bon et utile." p.171
Pourtant il y a dans tout cela du bon comme la défense d'une vie en symbiose avec la nature (écologie & astrologie) et même du très très bon comme le développement autour du Constructivisme ! Oui c'est très fort cette reconstruction du réel par le récit que nous fait Mme Bonne Conscience. J'ai bien compris la logique des redites et répétitions tout au long de l'histoire, cela fait totalement sens avec la reconstruction d'une nouvelle réalité mentale. Mais Mme Papote ignore que pour un lecteur lent et allergique aux descriptions de détails anodins, c'est très pénible. D'ailleurs ça me reprend : Aaaaatchoum !
Pour vous surprendre j'ai bien aimé cette fin qui tombe un peu comme un cheveu dans la soupe de moutarde avec il fallait s'y attendre la recette complète. Bourratif mais bien quand même, et puis... Maslow! ^^

En résumé, ce n'est pas parce que j'ai malheureusement le rhume des foins que je vais commencer à décourager les personnes que j'aime d'aller faire de belles balades au printemps à travers champs et forêts. Et ce n'est pas parce que je lis lentement, suis sujet à l'aphantasia et peu réceptif aux descriptions photographiques que je vais décourager quiconque d'aucune manière de lire ce roman au demeurant bien écrit et bien construit. Mais vous comprendrez que ce sera mon dernier Olga Tokarczuk comme certains écureils que j'ai trouvés très casses-noisettes et qui m'ont par moments ennuyés les lundi ou les autres jours furent mon premier et dernier Pancol.
En lecture du moins, car il est bien possible qu'en film mon ressenti soit tout différent. C'est si bizarre les allergies et elles nous privent de bien des plaisirs dont d'autres se délecteront avec raison.
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SZRAMOWO
  20 avril 2016
Tôt ce matin, ou était-ce très tard dans la nuit hier soir, lorsque j'ai lu le chiffre 298 sur la page de gauche que je finissais de lire, et que d'un coup d'oeil acéré, j'ai vu seulement une dizaine de lignes sur la page de droite, j'ai compris qu'il me fallait devoir abandonner Janina Doucheyko à son triste sort dans la forêt primaire de Byałowieża, en compagnie des bisons, des chênes séculaires, et des tourbières.
Une grande tristesse m'a alors envahi, chassant définitivement le sommeil, je ne voulais qu'une seule chose : continuer à déambuler entre les maisons de Luftzug en compagnie de Madame Janina, de ses Petites Filles, des fantômes de sa mère et de sa grand-mère, de Matoga, de Dyzio, de Bonne Nouvelle, de l'écrivaine, mais cette chose était désormais impossible, et je n'aime pas rebrousser chemin. J'étais arrivé au mot FIN.
Vous l'aurez compris, je me suis carrément vautré dans ce roman.
Thriller, élucidations de meurtres, humour polonais, suspens, poésie de Blake, hiver glacial, été continental, nature et découverte, chasse et meurtres, oui certes, il y a tout cela dans l'histoire, mais tellement plus.
Madame Janina, comme elle déteste qu'on l'appelle, est un personnage plus qu'attachant, elle vous colle à la peau. Cette ancienne ingénieur a construit des ponts en Syrie puis, s'est retirée dans cette région de Kłodzko en basse Silésie, près de la frontière tchèque, où elle a acheté une maison.
Luftzug compte seulement trois habitants en hiver : Janina, Grand-Pied et Matoga. Les autres rejoignent la ville pendant la saison froide.
Janina recherche la solitude, ou plutôt non, elle a horreur de cette solitude de la société contemporaine, celle où l'on se retrouve seul parmi la multitude, parce qu'on ne peut pas réellement échanger avec les autres. Et solitude pour solitude, elle préfère la vraie solitude. Sa seule compagne est alors la nature et ses compagnons les animaux. Pas d'orgueil chez elle, ou de certitudes qui rendent les êtres invivables, encore moins de mépris pour ses contemporains.
Elle les observe, les comprend et, c'est vrai, les classifie en leur donnant des surnoms affectueux, Grand-Pied par exemple, ou Bonne Nouvelle pour la gérante du magasin de fripes qu'elle fréquente.
Seuls deux habitants échappent à ses patronymes chaleureux :
« Ils s'appellent Dupuits. Je me suis longtemps demandé s'il fallait leur inventer un surnom, mais finalement j'ai renoncé, car c'était l'un des deux cas que je connaissais où le nom de famille collait parfaitement à la personne qui le portait. (...) Il s'appelle Glaviot - et c'est précisément le deuxième cas où le nom convient parfaitement à celui qui le porte.»
En dehors de ces travers, Janina est un personnage reconnu de la communauté :
Elle assure la surveillance des maisons des habitants partis à la ville pendant l'hiver :
« J'essaye de faire le tour des propriétés deux fois par jour. Il faut bine que je surveille Luftzug, puisque je m'y suis engagée. J'inspecte une à une chaque maison qui m'a été confiée, et pour finir je grimpe sur la colline embrasser d'un seul regard l'ensemble du plateau.»
Donne des cours d'anglais aux élèves de l'école du village :
« A peine m'étais-je garée devant l'école que déjà mes élèves accouraient vers ma voiture - tous étaient en admiration devant la tête de loup collée sur la portière avant du Samouraï. ils m'emmenaient ensuite dans la classe en babillant gaiement, en parlant tous en même temps, en me tirant par les manches de mon pull. »
S'adonne à l'astrologie, observe Vénus :
«Le soir, je regarde Venus en observant avec attention les métamorphoses de cette belle Demoiselle. Je la préfère en astre vespéral, quand elle semble surgir de nulle part, comme par magie, avant de suivre le soleil dans trajectoire déclinante. L'étincelle de la lumière éternelle. C'est à la tombée du jour que se produisent les choses les plus intéressantes, car alors les différences s'estompent. Je pourrais très bine vivre dans un crépuscule sans fin. »
Dresse des cartes du ciel si vous lui donnez votre date, votre lieu et votre heure de naissance :
«Durant toutes ces années, j'ai récolté mille quarante-deux dates de naissance et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf dates de décès, et je continue à mener mes petites investigations. C'est un projet qui ne bénéficie d'aucune subvention de l'union européenne. Conçu dans ma cuisine.»
«Maintenant, je peux le dire ; je ne suis pas une bonne astrologue, hélas ! Mon caractère possède une particularité qui brouille l'image de la répartition des planètes. Je les observe à travers mon angoisse et malgré une apparente sérénité d'esprit, que les gens m'attribuent dans leur grande naïveté, je vois tout en noir, comme à travers une vitre fumée.»
Chaque week-end, elle reçoit chez elle Dyzio, un de ses anciens élèves qui s'est pris de passion pour le poète William Blake et s'est mis en tête d'en faire la traduction en Polonais.
«C'est le plus célèbre poème de Blake. Impossible de le traduire sans en perdre la rime, la mélodie, le laconisme enfantin. Dyzio avait plusieurs fois essayé, et c'était comme résoudre une charade. »
Et par-dessus tout, elle adore la Tchéquie :
«Dans mon demi-sommeil, je repensais aussi à la Tchéquie, je revoyais la frontière et, derrière elle, ce beau et doux pays. Là-bas, tout était baigné de soleil, doré de lumière. Les champs respiraient paisiblement au pied des montagnes de la Table, qui n'avaient sans doute été créées que pour embellir le paysage.»
Mais si Janina est un personnage reconnu dans la communauté, on lui demande surtout de rester à sa place, de se cantonner au rôle d'originale un peu dérangée qu'on lui accorde, non sans générosité.
Lorsqu'elle se met en tête de vouloir régler certains problèmes de voisinage, dont la disparition de ses chiennes, en s'adressant à la police, elle ne reçoit en échange qu'un silence irrévérencieux et gêné, ou alors quelques sarcasmes dissimulés sous l'habit d'une politesse excessive.
«De nouveau, ils ont échangé des regards entendus, puis l'homme a pris lentement un formulaire.»
Mais Janina reste fidèle à sa ligne de conduite dans la vie :
«D'un autre côté celui qui ressent de la colère, mais qui n'agit pas, engendre la pestilence. C'est ce que dit notre Blake.»
Malgré les conseils de son ami Dyzio :
Pourquoi tu parles à tout le monde de ces animaux ? Personne ne te croit de toute façon, les gens te prennent pour...pour...a-t-il bégayé.
Pour une toquée, c'est ça ?
Oui, exactement. Qu'est-ce qui te prend de raconter ça ?
Janina persiste....
C'est dans ce contexte que des morts à répétitions surviennent : Grand-Pied disparait suite à un banal accident, mais il y a suspicion de meurtre pour le Commandant - chef de la police, et le Président - un ancien député, «habitué à diriger», et d'autres...
L'enquête piétine et Janina persiste à harceler la police pour proposer sa théorie à base d'astrologie et de vengeance des animaux, s'appuyant sur des exemples de procès d'animaux en France au Moyen-Age...
Elle est entendue par la police :
- C'est qui, le Samouraï ? me demanda le policier.
- Un ami, répondis-je, conformément à la vérité.
- Son nom, s'il vous plait.
- Samouraï Suzuki.
Il sembla décontenancé, alors que son collègue esquissa un sourire en coin.
Au fond, «Sur les ossements des morts», n'est pas un roman policier, il raconte l'incertitude de la relation sociale, la loterie du voisinage, la difficulté à communiquer avec l'autre, les risques contenus dans l'affirmation de sa vérité ou de la vérité, l'impossible remise en cause de la bien-pensance, le poids de la religion, la glorification de la chasse, les argumentations jésuitiques, la recherche du compromis, l'indifférence, le manque d'empathie des êtres vivants entre eux, la fuite devant la compassion.
En écrivant cela, il me vient cette idée : Janina évoque, en creux, l'héroïne de J.M Coetzee, Elizabeth Costello.
Dans sa conférence sur la vie des animaux, elle exprime ses doutes sur une civilisation qui, dans le même temps qu'elle proclame haut et fort les valeurs universelles de son humanisme et de ses « lumières », fait souffrir les animaux, pratique sur eux des expérimentations médicales, les élève à seule fin de s'en nourrir.
Mais Janina Doucheyko n'est pas Elizabeth Costello. le discours de la romancière reconnue et bardée de prix prestigieux est accepté, reçoit même des louanges ; on sait qu'il ne sortira pas des salons éclairés, des amphithéâtres des universités et des studios de télévision.
Janina elle, est dans l'action au quotidien, elle veut que ce discours devienne réalité, et c'est là que les ennuis commencent.
«En contemplant le paysage noir et blanc du plateau, j'ai réalisé combien la tristesse était un mot important dans la définition du monde. Elle se trouve à la base de tout, elle est le cinquième élément, la quintessence.»
«Pourquoi certaines personnes sont-elles mauvaises et viles ?» lance son ami Boros alors qu'en compagnie de Dyzio, ils écoutent Riders on the storm des Doors...
Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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5Arabella
  23 août 2018
Nous sommes dans les Sudètes, région frontalière entre la Pologne et la République tchèque, dans un hameau, quasiment désertique en hiver, la plupart des maisons étant des résidences secondaires. le personnage principal, Janina Doucheyko, est une femme à la retraite, ancienne ingénieur et enseignante. Elle a choisi de vivre dans cet endroit isolé sans aucun doute par amour de la nature et des animaux. Elle rend service et se fait un peu d'argent en surveillant les maisons vides et en donnant quelques heures de cours d'anglais à l'école. Lorsque ses deux chiennes disparaissent mystérieusement, son engagement pour la cause animale devient irrépressible, elle en veut particulièrement aux chasseurs. Mais une mystérieuse série de morts se produit aux alentours : après le voisin de Janina, braconnier notoire, c'est le tour du commandant de police, l'un des chefs de file des chasseurs. Janina est persuadée que les animaux sont en train de prendre leur revanche, et elle envoie lettre sur lettre aux autorités pour faire part de ses hypothèses. Sans aucun écho bien entendu, d'autant plus qu'elle appuie ses assertions sur l'astrologie dont elle est férue. Les morts mystérieuses continuent, ce qui se met à provoquer des chamboulements dans le voisinage.
Le roman a un petit côté roman policier, mais assez discret, puisque nous suivons les morts de loin, uniquement par les yeux de Janina, qui n'a que peu accès aux données des enquêtes de police. Il s'agit plutôt d'installer un climat. de même, le côté fantastique, évoqué parfois, est tout de même au deuxième plan, c'est uniquement Janina qui donne des interprétations qui pourraient être de cette nature, mais personne ne partage ses analyses, comme personne ne s'intéresse aux études astrologiques auxquelles elle se livre. Tout cela constituant pour les autres personnages des bizarreries, sympathiques aux yeux des gens qui l'apprécient, signe de dérangement mental pour les autres.
L'essentiel est plutôt le personnage principal, le récit est à la première personne et nous suivons le déroulement des événements par ses yeux. Et c'est par ses yeux que nous découvrons l'environnement dans lequel elle vit, l'état d'une société en toile de fond. le style du livre s'adapte au personnage, qui parle d'une façon imagée, par métaphores, en baptisant les gens de divers sobriquets qui lui paraissent correspondre à leurs personnalités, en répétant certaines choses comme des leitmotivs, en étant très allusive parfois, un peu comme une vieille femme qui se parlerait à elle-même pourrait le faire.
L'aspect qui m'a le frappé est au final une sorte de constat d'impuissance d'une personne (et d'autres personnages du livre en arrière fond) qui quelque part se trouve rejetée sur les marges de la société dans laquelle elle vit, sans pouvoir se sentir utile, et pouvoir avoir la sensation d'agir avec un minimum d'efficacité sur le monde dans lequel elle vit. Les lettres qu'elle envoie massivement aux administrations et tout particulièrement à la police, sans jamais avoir la moindre réponse, en sont l'illustration. L'impuissance qu'elle ressent, qu'elle ressasse, et qu'elle conjure en quelque sorte par l'astrologie, est peut être l'aspect central du personnage. Cela dresse le constat d'une société, qui accule des individus à éprouver cette impuissance, les frustrations qu'elle engendre, et cela d'une façon massive. Alors qu'ils ont des capacités, une énergie, dont ils pourraient enrichir le groupe auquel ils appartiennent, et qu'ils ne demanderaient que cela. Un immense gâchis humain, et pas seulement humain.
J'ai encore fait une belle lecture avec ce livre d'Olga Tokarczuk, peut-être pas le plus fort et le plus marquant parmi ses oeuvres, mais qui mérite largement le détour.
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critiques presse (1)
Lexpress   21 septembre 2012
Peinture d'un "monde où un corps est transformé en chaussures", Sur les ossements des morts passe avec malice de l'intrigue criminelle et zoologique au pamphlet politique sans concession.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
ClaireGClaireG   29 juillet 2016
J'ai une théorie. C'est en fait une grave erreur que notre cervelet n'ait pas été correctement connecté à notre cerveau. Il s'agit là sans doute du plus grand bug survenu dans notre programmation. Quelqu'un nous a mal conçus. C'est pourquoi on aurait dû nous remplacer par un autre modèle. Si notre cervelet avait été connecté au cerveau, nous aurions joui de la pleine connaissance de notre anatomie, des processus survenant à l'intérieur de notre corps.

p. 98-99
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KroutKrout   08 septembre 2016
- J'ai lu une histoire sur des rats qui avaient été cités à comparaître parce qu'ils avaient causé trop de dégâts. L'affaire a traîné en longueur, car ils ne se présentaient pas aux audiences. Finalement on leur a attribué un avocat d'office.
- Bon sang ! Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Cela s'est passé en France, je crois, au XVIe siècle, ai-je poursuivi. J'ignore comment cette affaire s'est terminée et s'ils ont été condamnés.
+ Lire la suite
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ClaireGClaireG   30 juillet 2016
Je travaillais dans une école [...] Je m'étais toujours efforcée de capter toute l'attention des enfants afin qu'ils se souviennent des choses importantes, non par peur de récolter une mauvaise note, mais par passion et curiosité.

p. 133
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KroutKrout   10 septembre 2016
En fait, toute notre psychologie si compliquée a été élaborée dans un seul dessein : empêcher l'homme de comprendre ce qu'il voit réellement. Pour que la vérité, masquée par des paroles creuses, lui échappe à jamais. Le monde est une prison pleine de souffrances, organisée de telle façon que, pour survivre, il faut faire du mal aux autres.
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Alice_Alice_   15 avril 2019
Dernièrement, Dyzio me raconta avoir trouvé dans une petite librairie de Nàchod, en Tchéquie, une édition intéressante de Blake ; depuis, nous nous imaginions que ces gens agréables, qui vivaient de l'autre côté de la frontière et parlaient une langue douce, enfantine, allumaient un feu dans leur cheminée quand ils rentraient de leur travail et passaient leur soirée à lire Blake. Et Blake lui-même, s'il était toujours en vie, aurait peut-être déclaré en voyant tout cela qu'il existe des endroits dans l'univers qui n'ont pas connu le déclin, où le monde ne marche pas sur la tête et où c'est encore l'Eden. Dans un tel lieu, l'être humaine ne se laisse pas guide par les règles de la raison, stupides et figées, mais par son coeur et son intuition. Les gens ne parlent pas pour ne rien dire, n'étalent pas leur prétendu savoir, mais créent des choses extraordinaires, issues de leur imagination. L'Etat n'enferme pas les citoyens dans leurs obligations quotidiennes, ne les met pas aux fers, mais les aide à accomplir leurs rêves et à aller au bout de leur espoir. L'homme n'est plus une simple courroie dans la roue du système, un figurant, c'est un être libre. Voilà ce qui me passait par la tête, et je dois avouer que mon alitement en devenait presque agréable.
Parfois, je me dis qu'il n'y a pas plus sain qu'un malade.
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Quelle héroïne célèbre évoluait dans un Paris du début du 20 ème siècle peuplé de "monstres et d'êtres étranges" ?

Adèle blanc-sec
Bécassine
Laureline
Mélusine

10 questions
50 lecteurs ont répondu
Thèmes : ésotérisme , bande dessinée , paranormalCréer un quiz sur ce livre