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Hélène Bokanowski (Traducteur)Sylvère Lotringer (Préfacier, etc.)
EAN : 9782020638951
288 pages
Éditeur : Seuil (17/03/2004)
3.71/5   35 notes
Résumé :
Dix-huit des trente nouvelles que comprend ce volume figuraient dans La Maison hantée, recueil aujourd'hui totalement épuisé.
Le présent ouvrage offre dans une séquence ordonnée - que justifie dans sa préface Sylvère Lotringer - des textes jusque-là dispersés dans trois ouvrages posthumes et d'autres encore, parus dans des revues ou des journaux.
L'Art du roman constituait une approche théorique de la recherche de Virginia Woolf. Ce recueil, qui lui fa... >Voir plus
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
emdicannaemdicanna   27 septembre 2020
Mais voici (...) les bouquinistes. Ici, dans les courants contraires de l'être, nous pouvons jeter notre ancre ; ici nous retrouvons notre équilibre après les splendeurs et misères de la rue. Rien que de voir la femme du libraire assise au coin d'un bon feu de charbon, les pieds sur le pare-feu, nous calme et nous charme. (...) Les livres envahissent tout, et toujours nous dévore le même sentiment d'aventure. Les livres d'occasion sont des sauvages, des vagabonds ; ce sont des troupeaux de tout poil rassemblés au hasard, leur charme fait défaut aux livres apprivoisés des libraires. D'ailleurs, dans cette horde de compagnons de fortune, nous pouvons tomber sur un inconnu qui, si la chance le veut, deviendra notre meilleur ami. Il y a toujours un espoir, attrapant sur le rayon supérieur un livre d'un blanc grisâtre dont nous attire l'aspect pauvre et abandonné, de faire la connaissance d'un homme qui enfourcha son cheval voilà plus de cent ans, afin de s'initier au marché de la laine dans les Middlands et le Pays de Galles ; un voyageur inconnu qui s'arrêtait dans les auberges, buvait sa pinte, appréciait les jolies filles, voyait les vieilles coutumes et consignait tout cela prosaïquement, laborieusement pour le simple plaisir (le livre était publié à ses frais) ; un livre follement ennuyeux, terre à terre, l'oeuvre d'un homme industrieux et qui pourtant, sans le savoir, sait nous faire respirer l'odeur des roses trémières et des foins tout en traçant un portrait de lui-même qui lui désigne à tout jamais sa place au chaud foyer de la mémoire. Il est à vendre pour trois shillings six pence, mais l'épouse du bouquiniste, considérant l'état de la couverture et le temps écoulé depuis la vente de la bibliothèque de quelque gentilhomme du Sufolk, nous fera un prix.
C'est ainsi qu'en fouillant dans la librairie nous nous lions d'amitié soudaine et capricieuse avec ces inconnus, ces disparus...
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dreulmadreulma   19 juin 2012
Préface de Sylvère Lotringer, (suite)
V.W. oscille ainsi entre deux écueils : l'abandon à l'imaginaire où se traduit le débordement d'une subjectivité trop longtemps contenue ( il y a du défi dans cette dérive), et la reprise de ses distances dans l'extériorisation provocante de la chambre de Jacob.
... Nous assistons à un affrontement direct de l'écrivain à la vie ... le point de contact de l'imaginaire et du réel n'est qu'une condensation contingente de matière dans laquelle l'esprit du narrateur s'engage et s'englue. Ici se manifeste l'unanisme foncier de V.W. , le sentiment que l'univers est parcouru par une force vitale dont la distribution capricieuse assigne à chacun sa part de lumière - au sens propre: le carré de vitre où se débat la phalène, le rectangle ensoleillé ouvert devant Mme Grey exaspèrent, en regard de cet espace qui se devine et se dérobe, leur confinement. Du plus petit au plus grand, de la phalène à l'inconnue pathétique, circule la même souffrance, le même tressaillement convulsif d'une matière vive dont la vie cruellement se joue. ...
...L'univers woolfien procède d'une explosion. Avant, chaque chose obéissait à une règle, chaque tâche était marquée du sceau de la vérité , chaque intention sondée par la raison, épurée par les moeurs. Avant, le sérieux même semblait une garantie de pérénnité. Et voici que en 1910, la constellation victorienne s'effondre, que la dignité se démasque rôle, la pudeur hypocrisie, la froideur frigidité. Alors la jeune sensibilité découvre que l'ordre victorien, ce code fait de sécheresse pointilleuse et d'intérêt bien compris, n'a pas existé de tout temps, qu'il était lui aussi conquête sur le chaos avant de se figer dans la pompe et la pause; sa moralité sourcilleuse ne trahit plus , maintenant, que la réaction apeurée d'une élite qui a vu s'effriter avec Darwin les fondements divins de l'harmonie sociale. De ce soleil impérieux ne subsiste plus qu'un astre mort, si proche et si lointain déjà (9), dont on peut faire le tour avec une surprise incrédule... Élargissement de l'horizon dont nait aussi le vertige. Tout témoigne de ce tourbillon premier des valeurs et de l'acharnement qu'elle met à le vaincre; tout souligne sa volonté de substituer aux tabous intouchables des règles ratifiées par le sentiment intérieur.
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emdicannaemdicanna   09 décembre 2020
"Voici quinze ans, je suis venu ici avec Lily, pensait-il. Nous étions assis quelque part là-bas, au bord du lac, et tout le long de cette chaude après-midi, je la suppliais de m'épouser. Inlassablement, une libellule tournait autour de nous, je revois clairement cette libellule et la boucle d'argent carrée de son soulier. Tout le temps que je lui parlais, je voyais son soulier et lorsqu'il y avait un mouvement d'impatience, je savais, sans lever les yeux, ce qu'elle allait me dire : elle semblait tout entière contenue dans son soulier. Et mon amour, mon désir étaient contenus dans la libellule ; si elle se pose là, sur cette feuille scandée au centre d'une fleur rouge, pensais-je pour une quelconque raison, si la libellule se pose sur la feuille, elle dira oui tout de suite. Mais la libellule tournoyait sans cesse : elle ne se posait jamais - naturellement, et c'est heureux, car autrement je ne serais pas en train de me promener ici avec Eléonore et les enfants."
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HermantMHermantM   14 novembre 2012
Mais de quoi l'instant présent était-il fait ? Quand on est jeune, le futur, tel au morceau de verre, se superpose au présent qui tremble et qui frisonne. Quand on est vieux, le passé, tel un verre épais, se superpose au présent qui vacille et se déforme. Tout le monde est persuadé, néanmoins, que le présent existe et cherche à déterminer les éléments de cet état afin d'en définir la vérité, la totalité. Avant tout, il est en grande partie constitué par des impression visuelles et sensorielles.
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emdicannaemdicanna   10 décembre 2020
La partie de chasse.
(Le retour des chasseurs au moment du repas.)

"Ils s'approchent, les voilà !" ricana Miss Rashleigh et sa grimace révéla les trois dents jaunes qui lui restaient.
L'immense porte s'ouvrit brusquement. Trois molosses s'étaient précipités dans la pièce, haletants. Le châtelain les suivait. Il traînait la jambe et portait des guêtres usagées. Les chiens se pressaient autour de lui, secouant leur tête et reniflant ses poches. Puis ils bondirent en avant. Ils sentaient la viande. Le plancher de la galerie frémissait comme une forêt battue par les vents, sous les queues et les reins des molosses quêteurs. Il flairaient la table. Avec leurs pattes, ils tiraillaient la nappe. Dans une sorte de hennissement fou, ils se jetèrent sur le petit épagneul jaune qui rongeait la carcasse sous la table.
"Au diable, maudits", hurla le châtelain. mais sa voix était blanche comme s'il criait dans le vent. "Au diable, au diable", criait-il, s'adressant à ses soeurs cette fois-ci.
Miss Antonia et Miss Rashleigh se levèrent. Les molosses avaient saisi l'épagneul. Ils le tourmentaient, ils le malmenaient entre leurs grandes dents jaunes. Le châtelain fit voler en tous sens un fouet en lanières de cuir nouées, maudissant ses chiens et ses soeurs de cette voix si forte et si blanche à la fois. Son fouet s'enroula autour du vase de chrysanthèmes qui tomba. Un autre coup atteignit la vieille Miss Rasdhleigh à la joue. La vieille femme trébucha en arrière. Elle tomba contre la cheminée. Sa canne vola, frappant d'un coup violent l'armure au-dessus de l'âtre. Elle tomba sur les cendres avec un bruit mat. L'écusson des Rashleigh s'écrasa au sol. Elle gisait ensevelie sous la naïade et sous les lances.
Le vent fouettait les vitres, les coups partaient dans le parc où un arbre avait chu. Alors, le roi Edouard, dans son cadre d'argent, glissa, se retourna et tomba lui aussi.
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Videos de Virginia Woolf (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Virginia Woolf
Agnès Desarthe lit « Nevermore » de Cécile Wajsbrot.
Lecture suivie d'un dialogue sur la re-traduction avec Élise Lépine.
Elle-même traductrice et auteur de trois re-traductions – La chambre de Jacob de Virginia Woolf, Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, d'Alice Munro et Des souris et des hommes, de John Steinbeck (à paraître), Agnès Desarthe donnera une lecture de Nevermore, le roman de Cécile Wajsbrot qui met en scène une traductrice aux prises avec une nouvelle version de To the Lighthouse. Dans ce texte, la narratrice/personnage/traductrice remet sans cesse sur le métier le roman de Virginia Woolf qu'elle connaît par coeur et qui génère, outre un éventail de phrases et d'interprétations qui se déploient à partir de l'original dans une quête éperdue de l'exactitude, une réflexion vivante et multiforme autour de la disparition.

À l'occasion de la 6e édition du Printemps de la traduction – Les traducteurs parlent aux lecteurs.
À lire – Agnès Desarthe, Ce coeur changeant, éd. Points, réédition 2021 – 2015.
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Virginia Woolf

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