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Diane de Margerie (Autre)Charles Mauron (Autre)
EAN : 9782253029830
350 pages
Le Livre de Poche (23/05/2002)
3.86/5   511 notes
Résumé :
En mars 1927, Virginia Woolf en train de corriger les épreuves de La Promenade au phare, dans l’épuisement où la laisse l’achèvement de chacun de ses grands romans, note dans son journal l’idée d’un nouveau livre : elle pense à un « temps télescopé comme une sorte de chenal lumineux à travers lequel mon héroïne devrait avoir la liberté de se mouvoir à volonté ». Elle ajoute que la veine satirique y sera dominante : ce sera un roman à la Daniel Defoe, où elle se moqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
3,86

sur 511 notes
Original, éclectique, foisonnant voire délirant. Ce roman de Virginia Woolf est la fois imprégné de la patte littéraire de l'auteur et totalement atypique. S'il est classé comme une fantaisie, un intermède après une écriture épuisante (Promenade au phare), il est cependant lourd des obsessions que l'on connaît, et d'une incessante introspection que l'on ressent comme douloureuse. C'est dans la forme que réside la légèreté, pas dans le fond

Orlando est un personnage étonnant, homme puis femme, et qui parcourt quatre siècles de l'histoire de l'Angleterre sans prendre une ride. C'est l'occasion pour lui ou elle d'analyser le rôle social dévolu à chaque sexe et son évolution dans le temps, mais aussi l'impact des progrès technologiques sur la vie quotidienne.

C'est assez déroutant, puis quand on se laisse porter par le récit on effectue un magnifique voyage entre le rêve et la folie, dans le temps et l'espace, sans répit.

On retrouve bien entendu le style riche et sensuel, qui semble parfois émaner d'une écriture automatique, de divagations de la pensée comme ce qui peut se produire au cours de l'état de veille juste avant de s'endormir.
Ce n'est pas une lecture facile, mais cet exercice de style apporte une lumière intéressante sur l'ensemble de l'oeuvre et sur la personnalité de cette femme hors du commun.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Quel chance nous avons, nous lecteurs babeliotes, d'avoir, dans ce monde de brutes, la compagnie des livres, et la possibilité de partager nos découvertes et nos analyses.

C'est encore d'un formidable roman de Virginia Woolf dont il faut que je vous parle aujourd'hui. Cette autrice est devenue, au fil du temps, un.e. de ces écrivain.e.s qui figurent mon Panthéon littéraire, c'est à dire ces auteur.e.s dont je rassemble les livres dans une partie de ma bibliothèque (on a le Panthéon qu'on peut).

Les mots me manquent pour dire toute la beauté de ce livre.

Pourtant, aux premières pages, le lecteur de Mrs Dalloway-Les vagues- Les Années- La promenade au Phare que je suis, s'est trouvé déconcerté par cette narration si différente, exubérante et fantaisiste, voire parodique, choisie délibérément par Virginia Woolf, qui disait d'ailleurs, qu'après avoir écrit La Promenade au Phare, ce livre était pour elle une sorte de « récréation d'écrivain ».
Mais, très vite, on se laisse emporter par l'histoire d'Orlando, présentée avec humour comme une biographie, qui va se dérouler depuis le 16ème siècle, où le jeune Orlando devient le courtisan favori de la Reine Elizabeth 1er, puis ambassadeur à Constantinople, se réveille en femme après une semaine de sommeil, vit dans une communauté de Tziganes, se retrouve au 18ème siècle où elle fuit la vanité et la futilité des salons pour le commerce des écrivains et poètes. Puis la voilà au 19ème siècle à l'époque victorienne dont elle critique notamment les moeurs rigides, la nature défigurée par l'industrialisation, mais qui lui fait rencontrer un aventurier des mers, Lord Marmaduke Bonthrop Shelmetdine (sic), qu'elle prénomme affectueusement Shel, avec lequel elle se marie et a un enfant. Et enfin, nous la retrouvons en 1928, année de la rédaction d'Orlando.

Une fois n'est pas coutume, je m'aperçois que je viens de vous « spoiler » ce roman, mais ce n'est pas cette histoire improbable qui est le plus important, c'est ce qu'elle sous-tend.
Je vais essayer de vous livrer les points qui m'ont marqué:

Avant tout, Orlando est, pour moi, un livre d'une folle liberté, une apologie, une défense de la liberté : la liberté revendiquée de la narration romanesque, avec une narratrice prétendument « biographe », qui intervient pour commenter les actions et parfois l'absence d'action, de son personnage, souvent avec un humour, une ironie qui m'ont fait sourire et parfois bien rire (ce dont je ne la croyais pas capable, marqué que je suis par l'image d'une Virginia dépressive et suicidaire). Cette manière de commenter les actions de son personnage me rappelle Sterne, Diderot, ou plus près de nous, Kundera. Et puis, il y a, surtout, cette façon de revendiquer pour chacune et chacun la liberté de choisir sa vie. Poussé à l'extrême ici, on peut être homme ou femme, vivre à une époque ou à une autre, peu importe, ce qui compte c'est la qualité d'être humain qui compte. Certains parlent de ce roman comme un roman féministe. Oui c'est vrai, et d'ailleurs ce livre est dédié à l'autrice féministe Vita Sackville-West avec laquelle Virginia Woolf a eu une liaison passionnée. Mais, plus que cela je trouve que c'est un roman humaniste, et qui plus est, qui prône l'harmonie de l'être humain avec la Nature, et cela nous parle en ces moments où nous sommes confrontés aux dégâts terribles que l'exploitation insensée de notre planète, notre démographie galopante, ont fait à la Nature.


L'autre aspect remarquable, qui traverse tout le livre, c'est la littérature ou plutôt la création littéraire. Orlando est d'abord un grand lecteur (ou une grande lectrice, selon l'époque), puis va s'essayer à l'écriture de différents genres littéraires. Son ambition littéraire est d'abord moquée au 16ème siècle dans un pamphlet de l'auteur Nicolas Greene, qu'Orlando avait reçu chez lui (à ce moment il était un homme). Au 18ème siècle, elle essaie d'avoir les conseils des célèbres Swift et Pope, et du moins célèbre Addison, mais tous préfèrent parler d'autres sujets, et Orlando constate d'ailleurs que leur vie, leurs pôles d'intérêt ne permettent pas de deviner le génie dont ils témoignent dans leurs oeuvres. Et puis le 19ème siècle voit Orlando reprendre l'écriture, et reprendre notamment la rédaction de son grand poème le Chêne, débutée en 1592! Nous la retrouvons enfin, écrivaine reconnue et couronnée par un Prix prestigieux lorsque la rédaction du livre se termine, en 1928. Toutes proportions gardées, cette préoccupation d'écrire une oeuvre fait penser à son contemporain Marcel Proust. En effet, dans La recherche du temps perdu, le narrateur se pose cette question récurrente de l'écriture d'un livre, et ce sont les dernières pages du dernier tome qui en exposent le thème. Il y a aussi chez Proust cette idée forte, exprimée dans le Contre Sainte-Beuve, que la vie publique d'un auteur n'explique en rien le moi profond qui s'exprime dans son oeuvre, idée exprimée aussi au détour de la vie d'Orlando

Enfin, le voyage d'Orlando au fil des siècles nous dépeint les évolutions de la ville de Londres, du paysage urbain, et des campagnes de l'Angleterre, avec notamment la laideur liée à l'industrialisation au 19ème siècle. . Et surtout Virginia Woolf décrit de façon très critique, mais avec finesse, humour et ironie, les évolutions de moeurs depuis le 16ème siècle. Sans entrer dans les détails, je citerais la violence et l'insouciance de l'époque élisabéthaine, la vanité des salons littéraires du 18ème siècle, la pruderie et le rigorisme de l'époque victorienne. Là, c'est la féministe qui parle, et qui critique la condition faite à la femme en ce temps-là: le corps enfermé sous plusieurs couches de vêtements de façon à ne laisser rien paraître de ses formes, la fonction unique de la femme étant la reproduction avec un objectif de faire dix à quinze enfants, etc… Et qui se réjouit que la condition des femmes se soit un peu améliorée au début du 20ème siècle. Je n'ai pu pourtant m'empêcher de penser que 100 ans après, cette liberté soit bâillonnée dans tant de parties du monde, Afghanistan, Iran, Arabie saoudite, et tant de pays musulmans où la femme est contrainte de cacher son corps ses cheveux et même son visage. Et que penser de certaines communautés de notre propre pays.

Il y aurait sans nul doute bien d'autres choses à dire. Par exemple, le caractère toujours positif, optimiste et tolérant d'Orlando, sa curiosité de tout.

Voilà, j'espère vous avoir convaincus, chères lectrices et chers lecteurs de Babelio, de lire ce livre étonnant, flamboyant, grisant de fantaisie sans être futile, et où passe le souffle de la liberté.



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Oufff!!! Une lecture trop laborieuse, une écriture alambiquée, des situations tout autant complexes que le personne pour lequel Virginie Woolf s'annonce d'être la biographe, Orlando, un personnage pour qui le temps n'a aucune influence. Les choses passent, les temps changent, l'histoire prend d'autres tournures, la nature bien qu'étant la même, se modifie selon le regard que l'homme lui lance mais Orlando, une fois atteint l'âge de trente ans, ne changera plus, si ce n'est qu'il changera de sexe, allant de celui d'un homme à celui d'une femme, mais son âge tournera autour de la trentaine alors qu'il ou elle traversera six générations sans prendre une seule ride...
Dans Orlando, le style de l'auteure est encore beaucoup plus hyperbolique que parvenir à trouver sa musicalité, il faut bien plusieurs tentatives, ce qui a été mon cas, car il ne s'agit pas que de pénétrer l'histoire, plutôt l'auteure elle-même, gouter au plaisir qu'elle prend de couvrir son récit de minutieux détails, de ce goût qu'elle manifeste de s'incruster dans la peau à la fois d'un homme et d'une femme, de son gout pour l'esprit rêveur, la nature, la littérature et de cette force qu'elle a de nous partager ses rêves à travers cette légende ou conte d'Orlando...
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  L'esprit exécute de folles cabrioles et gambades quand il déborde ainsi de la soucoupe . « 

Oui et c'est un bonheur  !

Que passent les jours et les siècles, que passent les royaumes, les empires, que passent toutes les modes mêmes celles des guerres , et celles des sexes mais que vive la création !

Orlando, c'est un hymne à la vie, à la littérature, à la poésie.

le temps ne passe plus pour Orlando. Pas réellement. Mais il passe vraiment !
« Le temps passa » c'est comme écrire «  il n'arriva rien du tout ».
Alors elle écrit, il écrit, ...écrire !

Et peu importe l'heure à laquelle nous arriverons ! Prenons toutes les routes , seul nous contera la vérité de l'acte !

« Et comme le jour était bref et que le jour était tout... »

L'enfant maladroit et solitaire, heureux et poète, amoureux fou continue de vivre.

Oublie-t-il d'en mourir ? En vérité, il lui faut écrire alors il écrit .

Orlando c'est la nuit qui s'éclaire , c'est les flammes d'un esprit qui illumine un monde.

Orlando c'est la liberté. La joie, l'innocence du génie, la folie.
La beauté, l'intelligence aussi .

Cet extrême sentiment qui nous est donné de vivre.
«  car le philosophe a raison de dire qu'il ne faut rien de plus épais que la lame d'un couteau pour séparer le bonheur de la mélancolie. »
Tellement fort que tout « après » semble déjà vouer à une poussière misérable.
Tellement fort que le temps ne signifie plus, que la raison transperce le coeur et l'âme, tellement fort que l'espace et le temps illuminent tout le Royaume.


L'écriture de Virginia Woolf touche au génie. sa plume se fait tour à tour fleuret, scalpel , caresse, souffle ou vol d'oiseau.
Elle nous conte, elle nous confie, elle nous interroge. Elle nous secoue, nous transporte. Nous chahute.

Trois cent ans passent si vite en son extrême compagnie.

« Le doigt de la mort doit nous toucher pour rendre supportable le chaos de la vie…. »
Et si la mort ne nous atteint pas…. ? Et si nous vivons encore, toujours, si fort, tellement…
Vivre toutes les formes, extrêmement.

Doit on marcher sur les bords de la Serpentine pour garder le reflet d'un visage ?.. Comment oublier la nuit ? Comment rêver ? Comment ne jamais s'éveiller ?
Orlando est liberté. Fragile parfois, invulnérable, parce qu'elle est ce qu'il vit, et elle vit ce qu'il est. Il ne dort pas, elle vit.
« La société est est tout et elle n'est rien . C'est la concoction la plus puissante du monde et la société n'a pas la moindre réalité. Seuls les poètes et les romanciers peuvent traiter avec de tels monstres ».

Et c'est un bonheur que de lire le sort qu'a réservé Virginia Woolf à ces monstres.

Avec art, avec humour, avec lucidité, avec force, avec fantaisie, avec poésie, avec courage , avec génie.

« Pudeur, Pureté et chasteté » pourront toujours tenter de faire taire les trompettes de la vérité...
Elles peuvent toujours s'écrier :
«  Les temps ont changé : les hommes ne veulent plus de nous et les femmes nous détestent. Nous partons, nous partons. ! »
« Moi ( c'est pureté qui parle) pour le perchoir du poulailler, moi ( c'est chasteté) pour les hauteurs encore inviolées du Surey ; moi ( c'est Pudeur) pour n'importe quel recoin aimable, bien pourvu en lierre et en rideaux.
Car c'est là-bas et non pas ici (toutes parlent ensemble, en se prenant la main et en faisant des gestes d'adieu désespérés en direction du lit où gît Orlando endormi) que résident encore, aux fonds des nids et des boudoirs, les bureaux et les tribunaux, ceux qui nous aiment encore, ceux qui nous honorent : vierges et hommes d'affaires, hommes de loi et docteurs, ceux qui interdisent et qui réfutent ; ceux qui vénèrent sans savoir pourquoi et ceux qui approuvent sans comprendre ; la tribu encore nombreuse ( le ciel soit loué) des gens respectables. Qui préfèrent ne pas voir, qui désirent ne pas savoir, qui aiment l'obscurité et nous adorent encore, non sans raison : car c'est nous qui leur
avons donné Richesse, Prospérité, Confort.Vers eux nous allons, et nous vous laissons.Venez mes soeurs, venez ! Ce lieu n'est pas pour nous. »
 
« Elles se retirent en grande hâte, rabattant leurs draperies sur leur tête, comme pour se préserver de quelque chose qu'elles n'osent pas regarder, et elles referment la porte après elles.
Nous restons donc entièrement seuls dans la pièce avec Orlando endormi, et les trompettes.
Celles ci se rangent cote à cote en bon ordre, et d'un seul souffle décuplé, elles exigent :
« La Vérité ! »
Et là dessus Orlando s'éveille
Il s'étire, il se lève.Il apparaît totalement nu à nos yeux et tandis que les trompettes clament «  la Vérité ! » « La Vérité ! » force nous est de l'avouer : il est devenu femme. »

Oui les vieilles rombières Pudeur, pureté et Chasteté pourront toujours s'écrier...
Virginia elle nous écrira toujours.




Astrid Shriqui Garain
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Cela faisait longtemps que je tournais autour de Virginia Woolf. Je me rappelle avoir vu le film The Hours et m'être dit "Il faut que je lise un livre de Virginia Woolf"... le film est sorti en 2001... Oui j'ai mis le temps !

En relisant un passage de la Disparition de Perec, je vois citer Orlando de Virginia Woolf (oeuvre qui correspond parfaitement à la contrainte que Perec s'était imposée dans son livre). J'y vois un signe, me voilà lancé.

Cette concordance de signes m'a permis de découvrir un roman très intéressant. On découvre rapidement le côté pastiche, outré, moqueur, où l'auteur prend la voix d'un narrateur ironique qui se pose comme biographe d'un personnage unique et multiforme. Les adresses directes au lecteur, les brusques interruptions du récit, les moqueries sur l'écriture elle-même donnent toute sa modernité à ce texte de 1928, pourtant par ailleurs écrit dans une langue très choisie et même volontaire ampoulée.

Cela ne pourrait être que cet exercice de style en soi intéressant, mais Virginia Woolf en profite pour y distiller son jugement personnel sur son pays, son époque, le temps qui passe, la littérature, la place des femmes dans la société, les gens et leurs faux semblants. C'est intelligent et drôle et ça ne me fait que regretter d'avoir mis 16 ans à m'y mettre.
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Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
C'était un soir d'une beauté renversante. A mesure que sombrait le soleil, tous les dômes, tous les clochers, toutes les tourelles et tous les clochetons de Londres se détachaient, silhouettes noir d'encre sur le rouge du crépuscule embrasé. Ici se découpait la croix ajourée de Charing, là le dôme de Saint-Paul, plus loin la masse carrée des bâtiments de la Tour ; ailleurs, semblables à un bosquet d'arbres aux branches dénudées mais portant une loupe à leur extrémité, apparaissaient les têtes au bout des piques de la Barrière du Temple. Un instant, les fenêtres de l'Abbaye de Westminster se trouvaient éclairées et flambaient de mille feux, tel un bouclier céleste (dans l'esprit d'Orlando) ; l'instant d'après, tout le couchant semblait une fenêtre dorée laissant passer des légions d'anges (toujours dans l'esprit d'Orlando) qui montaient et descendaient éternellement l'escalier céleste. Et tout ce temps, ils semblaient patiner dans une atmosphère sans fond tant la glace était bleue ; si lisse et transparente qu'ils prirent de plus en plus de vitesse à mesure qu'ils se rapprochaient de la ville, environnés de mouettes qui faisaient des cercles autour d'eux et tranchaient l'air de leurs ailes avec des courbes pareilles à celles que leurs patins tranchaient dans la glace.
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Il est indéniablement vrai que les meilleurs praticiens de l'art de vivre, souvent des gens anonymes d'ailleurs, réussissent à synchroniser les soixante ou soixante-dix temps différents qui palpitent simultanément chez tout être humain normalement constitué, si bien que lorsque onze heures sonnent, tout le reste carillonne à l'unisson et, ainsi, le présent n'est pas une rupture brutale et n'est pas non plus totalement oublié au profit du passé. De ceux-là, nous pouvons dire sans mentir qu'ils vivent précisément les soixante-huit ou soixante-douze années qui leur sont allouées sur la pierre tombale. Des autres, nous savons que certains sont morts même s'ils déambulent parmi nous ; d'aucuns ne sont pas encore nés même s'ils respectent les apparences de la vie ; d'autres encore sont vieux de plusieurs siècles, même s'ils se donnent trente-six ans. La durée de vie réelle d'une personne, quoi qu'en dise le D.N.B., est toujours sujette à caution. Car c'est une tâche ardue d'être à l'heure ; rien ne dérègle le mécanisme comme de le mettre en contact avec un art quelconque ; et c'est peut-être son amour de la poésie qui est à blâmer quand on voit Orlando perdre sa liste et s'apprêter à rentrer chez elle sans sardines, ni sels de bain, ni botillons.
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Avec quelques-unes des guinées que lui avait laissées la vente de sa dixième perle, Orlando s’était acheté un trousseau complet de vêtements féminins à la mode du temps, et c’est dans les habits d’une jeune Anglaise de qualité qu’elle était maintenant assise sur le pont de l’Enamoured Lady. Par un fait étrange, mais vrai, elle n’avait jusqu’alors accordé à son sexe que très peu d’attention. Peut-être les pantalons turcs qu’elle portait furent-ils cause de cette indifférence ; d’ailleurs les bohémiennes, hormis un ou deux détails importants, diffèrent très peu des bohémiens.

With some of the guineas left from the sale of the tenth pearl on her string, Orlando bought herself a complete outfit of such clothes as women then wore, and it was in the dress of a young Englishwoman of rank that she now sat on the deck of the “Enamoured Lady”. It is a strange fact, but a true one, that up to this moment she had scarcely given her sex a thought. Perhaps the Turkish trousers which she had hitherto worn had done something to distract her thoughts; and the gipsy women, except in one or two important particulars, differ very little from the gipsy men.
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Avec un profond soupir, il se jeta - il y avait dans ses mouvements un emportement qui justifie ce terme - sur la terre au pied du chêne. Sous les frondaisons éphémères de l'été, Orlando adorait sentir sous lui l'épine dorsale de la terre : ainsi considérait-il la dure racine du chêne... ou, dans une succession d'images, le dos d'un grand cheval enfourché par lui, ou le pont d'un navire roulant dans les vagues - n'importe quoi, en vérité, pourvu que cela fût bien solide car il avait besoin de quelque chose à quoi amarrer son coeur à la dérive ; ce coeur à l'étroit dans sa poitrine, ce coeur où semblaient se déchainer des tourmentes épicées et langoureuses tous les soirs, à peu près à la même heure, quand il sortait. C'est donc au chêne qu'il l'attacha et tandis qu'il restait allongé là, les palpitations se calmèrent en lui et autour de lui.
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Une fois que la maladie de la lecture exerce son emprise sur l’organisme, elle l’affaiblit tant que l’individu devient une proie facile pour cet autre fléau qui gîte dans l’encrier et couve sous la plume. Le malheureux se met à écrire.
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RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE : Virginia Woolf, Une chambre à soi, traduit de l'anglais par Clara Malraux, Paris, Denoël, 1992, p. 7.
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