La coïncidence est amusante: hier, je disais à quelqu'un que ce que je recherchais dans le cinéma, c'était, entre autre, une forme de poésie onirique. Tout compte fait, cela est aussi vrai en littérature. Pour être complète, je dois dire que j'aime soit être choquée, provoquée, perturbée (voir du côté de Dick et Ballard par exemple), soit être séduite par des images incongrues, emportée vers un autre monde, lyrique et poétique (voir du côté de
Gaiman et Barry, justement).
Wonderful de
David Calvo a clairement contenté la rêveuse en moi.
Parler de ce livre est difficile. C'est une sorte d'assemblage de moments étranges, rêveurs, absurdes même parfois, et pourtant le tout est d'une cohérence qui laisse songeur quand on essaie de comprendre la mécanique interne du récit. Prenez une fin du monde incongrue (la lune est en train de partir en morceaux, le ciel va littéralement nous tomber sur la tête)(rien que pour cette image, le livre vaut la peine je trouve). Rajoutez quelques personnages entre le réel (un docteur et sa femme, un réalisateur de documentaires, etc.) et l'imaginaire (deux détectives dinosaures, un elfe, la Reine Mab, etc.). Placez le tout à Londres (vous savez à quel point j'aime cette ville) et plantez ça et là quelques décors qui évoqueront de douces élucubrations méliésiennes. Vous obtiendrez cette étrange chose qui habitera vos délires les plus gondriens. Je ne résiste pas d'ailleurs au plaisir de vous livrer le passage qui a le plus parlé à mon imagination:
« Il voyait la voûte céleste comme un enfant l'aurait imaginée, avec des mots écrits en lettres d'or, de fausses coordonnées mathématiques et des fusées imaginaires qui traversaient les cieux en bourdonnant. le système solaire était plein de vie, gigantesque toile d'araignée faite de ponts de cristaux et de grandes tours de cuivre sinueuses. [...] le biplan flottait au centre d'une constellation suspendue à un mobile par de grands fils d'or. Des comètes passaient en tourbillonnant, enroulant leurs longues chevelures dans les cratères des étoiles désertiques. Nichées au creux de ce grand spectacle, les planètes du système solaire, concentrées, se parlaient en chansons incompréhensibles, sans se soucier des visiteurs. Un messager en livrée se fraya un chemin entre elles, un plateau d'argent à la main. Il se courbait et leur demandait ce qu'elles souhaitaient pour que leur bonheur soit parfait. C'était un humain avec une perruque de courtisan. » (p. 278)
En lisant ça, j'ai eu l'impression de me replonger dans un livre d'astronomie qui m'avait impressionnée quand j'étais plus jeune, Imago Mundi, ou dans mes rêveries de gosse face aux étoiles (ou encore dans un passage d'un film dont le titre m'échappe complètement)(d'ailleurs, s'il vous revient en tête, ça m'apaiserait, ça fait des heures que je suis à sa recherche).
Mais
Wonderful, ce n'est pas seulement une intrigue digne d'un conte pour adulte ou un imaginaire qui nous offre des décors délicieusement décalés. C'est aussi une ambiance musicale incroyable (si si). Au début, j'ai cru à un hasard. Mais comme je lisais avec mon ordinateur allumé à côté de moi, j'ai commencé à écouter sur Youtube les morceaux proposés par le DJ de Bleu FM ainsi que ceux évoqués par les divers personnages. Après quelques titres, je me suis rendu compte que l'auteur nous offrait en fait une véritable playlist pour accompagner le roman et ne me suis pas privée de l'écouter. Je l'ai trouvée tellement complémentaire à l'histoire et j'ai fait de si belles découvertes grâce à elle (je suis complètement tombée amoureuse de Godspeed, il faut que je me trouve un CD de ce groupe!) que j'ai décidé de noter chaque morceau rencontré et d'en faire une playlist que vous pouvez retrouver ici.
Wonderful est donc un roman étonnant et envoutant, et ce à plus d'un titre. On ressort de ce livre comme d'un rêve, encore plongé dans une ambiance étrange, hanté par certains morceaux qui ont plus ou moins de sens, le sourire aux lèvres et l'envie de se rendormir un peu pour en profiter encore. Qu'à cela ne tienne, il me semble avoir repéré un livre du monsieur dans ma bouquinerie. Vous pouvez être sûrs que je vais l'acheter! Je ne sais pas comment cela se peut que je n'aie pas croisé la route de l'auteur plus tôt, mais je peux vous dire que je vais sérieusement commencer à étudier sa bibliographie maintenant!
Au final,
Wonderful est un conte incongru et pourtant cohérent, une histoire qui vogue allègrement entre SF et fantasy sans réellement atterrir quelque part, et ce pour notre plus grand plaisir. De la poésie qui frôle l'absurde, avec une pointe de magie et quelques étoiles en prime.
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