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ISBN : 2081208067
Éditeur : Flammarion (2010)


Note moyenne : 4.29/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le jour où ma fille est devenue folle est l'implacable chronique de l'été durant lequel Sally, la fille de l'auteur, âgée de quinze ans, a connu sa première crise maniaco-dépressive, un événement qui a bouleversé sa vie et celle de toute sa famille. Dans un style simple... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (3)

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 20 octobre 2011

    colimasson
    Dans ce livre présenté sous la forme d'un témoignage, Michael Greenberg raconte au lecteur l'été durant lequel sa fille Sally, alors âgée de 15 ans, a connu sa première crise maniaco-dépressive.
    Devant un mal qui reste encore mystérieux, malgré les tentatives de médiatisation de plus en plus nombreuses ces dernières années, Michael Greenberg refuse tout d'abord d'accepter la maladie mentale de sa fille, préférant croire qu'elle a absorbé des drogues et que son état incontrôlable disparaîtra une fois que les substances auront cessé de faire leur effet.
    Mais au fil des jours, il faut bien se faire une raison : Sally est malade, et pire encore, elle souffre d'une maladie que même les meilleurs médecins n'arrivent pas précisément à définir, et pour laquelle aucun traitement radical n'existe vraiment. Commence alors pour Michael Greenberg un cheminement qui se fera parallèlement au traitement de Sally. Ses mots dénotent l'évolution de son état d'esprit. Bien que la maladie puisse faire des ravages dans la vie d'une jeune fille, Greenberg arrive peu à peu à prendre du recul et à dédiaboliser ce que l'on appelle encore parfois la schizophrénie. Remontant dans l'enfance de Sally, il essaie de trouver les raisons qui l'ont conduite à développer ce trouble mental, se demandant même parfois s'il est possible de lui donner une explication rationnelle, et s'il n'est pas meilleur, parfois, d'admettre son ignorance.
    « Je me pose inlassablement la question évidente, la question inutile. Comment tout cela est-il arrivé ? Et pourquoi ? On a le cancer ou le sida, mais on est schizophrène, on est maniaco-dépressif, comme si c'étaient des attributs intimes de l'être, des éléments constitutifs de l'humain, pas plus susceptibles d'être guéris qu'un tempérament ou une couleur d'yeux. Comment une caractéristique aussi inhérente à une personne pourrait-elle être une maladie susceptible d'être traitée ? Et comment vaincre une maladie pareille sans se vaincre soi-même ? »
    Les relations de Michael Greenberg avec les autres membres de sa famille évoluent également. Il considère son frère, qui souffre lui aussi de troubles maniaco-dépressifs, sous un autre angle, et il se rapproche de leur mère lorsque celle-ci se confie à lui pour lui expliquer les propres raisons qu'elle s'est données pour expliquer le mal de son fils. Pourquoi, au sein d'une même fratrie, certains enfants réagissent-ils mieux que d'autres à une éducation a priori semblable ? Quelles sont les conditions, innées ou acquises, au développement de troubles mentaux ? Michael Greenberg cherche à comprendre à tout prix, allant même jusqu'à absorber les médicaments que les médecins donnent à sa fille pour ressentir les mêmes sensations qu'elle, et pour comprendre pourquoi sa « guérison » l'oblige forcément à développer une maladresse et une lenteur qu'elle n'avait pas avant.
    « Incapable d'attendre plus longtemps que Sally échappe à cette boule de feu impitoyable, j'essaie de voir le monde comme elle le perçoit et j'avale une dose complète de ses médicaments.
    Il est dix heures du matin environ et je suis assis en compagnie de Sally dans la salle de séjour quand l'effet commence à se faire sentir –par vagues. J'ai le vertige et je me sens très loin, comme si j'allais tomber de très haut, mais que mes pieds étaient cloués au bord du précipice, de telle sorte que la chute est indéfiniment différée. L'atmosphère semble humide et épaisse, jusqu'au moment où je suis enfoncé jusqu'au cou dans un marécage que je ne peux traverser qu'au prix des plus grands efforts et en n'avançant que de quelques centimètres à la fois.
    Je prends le New York Times que j'ai acheté un peu plus tôt dans la matinée :
    Des scientifiques qui étudiaient une météorite tombée de la planète Mars ont identifié des composants organiques et certains minéraux dont ils ont pu conclure qu'ils étaient la preuve d'une vie primitive présente dans les premiers temps de la planète.
    Je lis la phrase plusieurs fois de suite, tellement dérouté par ce que peuvent bien avoir à faire ensemble les mots « primitive », « météorite » et « Mars » que je recommence au début, bien décidé à y trouver du sens. Peine perdue, je me débats dans ma propre tête, incapable de créer le moindre mouvement de pensée ou de sens. […] Ca dure pendant ce qui paraît être une heure, mais lorsque je regarde la pendule –et il me faut encore trente secondes pour pouvoir la lire- je m'aperçois que deux minutes seulement se sont écoulées. »
    Evidement, on suit également l'évolution de la maladie de Sally. Elle passera quelques semaines en hôpital psychiatrique, et Michael assistera en témoin à la vie de ces lieux, partagé entre l'admiration qu'il voue à un personnel disponible mais ferme, et le scepticisme qu'il ne peut s'empêcher de développer devant des méthodes de prise en charge qui sont loin d'avoir démontré leur efficacité.
    Le retour à la maison de Sally est également une étape cruciale. Comment se comporter à présent ? Faut-il se montrer dur, ou faire preuve de tolérance et de plus de laxisme qu'auparavant ? Et d'ailleurs, ne faut-il pas changer radicalement les anciennes habitudes de vie, de peur que les anciennes ne déclenchent une nouvelle crise ?
    « Vous vous souvenez de la fille dont les parents disaient : « Quand tu reviendras à la maison, tu pourras faire ceci et cela », et ils avaient énuméré toute une sérié d'activités qu'ils avaient prévues pour elle, et elle avait répondu : « Ouais, tous les trucs qui m'ont conduite ici, hein ? » C'était exemplaire. »
    Heureusement, Sally, malgré ses 15 ans, fait preuve d'une maturité et d'une précocité remarquables. Tout à fait lucide devant les troubles dont elle souffre, elle s'aide d'une médecin et d'une famille compréhensives pour mieux cerner ses difficultés et pour leur faire face à chaque fois que cela se montre nécessaire. A travers ses yeux, la maladie apparaît sous un nouvel angle :
    « « C'était une tache sur mon œil et elle est restée là une fraction de seconde, cette petite part de moi-même que je n'avais pas encore brûlée, qui me regardait en train de devenir folle. Je te vois. Je sais ce que tu fais. Je sais qui tu es. Et puis elle a disparu. » Elle claque les doigts. « Elle n'a pas faibli, elle s'est éclipsée, comme la mèche d'une de ces lampes à kérosène que nous avions pour aller camper. C'était comme si je m'étais arrêtée pour jeter un dernier regard sur moi, comme si je me disais adieu. »
    Cette histoire se déroule sur seulement deux mois, mais elle est dense et créé une fissure nette entre deux modes de vie différents. Il y a désormais un avant et un après la crise de Sally.
    Michael Greenberg ne s'apitoie jamais sur son propre sort ni sur celui de sa fille, et se contente de livrer à ses lecteurs un témoignage qui lui tient à cœur mais qu'il cherche également à étendre d'une manière plus générale en livrant ses réflexions personnelles sur les causes des maladies mentales, sur leur mode de traitement, leur prise en charge, et les répercussions qu'elles ont sur la famille du malade.
    Ce livre, révélé par Joyce Carol Oates dans The Times Literary Supplement à la fin de l'année 2008, a été rapproché des textes d'Emily Dickinson ou de Sylvia Plath. On trouvera également des références aux histoires de James Joyce et de sa fille, ou de Robert Lowell.
    De grands noms donc, qui s'inscrivent dans la continuité d'une histoire à la fois universelle et personnelle de la maladie mentale.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-le-jour-ou-ma-fille-est-deve..
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    • Livres 5.00/5
    Par Culturopoing, le 19 novembre 2011

    Culturopoing
    Dans ce livre présenté sous la forme d'un témoignage, Michael Greenberg raconte au lecteur l'été durant lequel sa fille Sally, alors âgée de 15 ans, a connu sa première crise maniaco-dépressive.
    Devant un mal qui reste encore mystérieux, malgré les tentatives de médiatisation de plus en plus nombreuses ces dernières années, Michael Greenberg refuse tout d'abord d'accepter la maladie mentale de sa fille, préférant croire qu'elle a absorbé des drogues et que son état incontrôlable disparaîtra une fois que les substances auront cessé de faire leur effet.

    Retrouvez la critique intégrale sur Culturopoing !,
    ainsi que sur le profil Babelio de notre partenaire Colimasson !!

    Lien : http://www.culturopoing.com/Livres/Michael+Greenberg+Le+jour+ou+ma+f..
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    • Livres 5.00/5
    Par sabou50, le 13 avril 2013

    sabou50
    Eblouissant, vertigineux!

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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 20 octobre 2011

    « S’éloigner de la raison avec la ferme conviction qu’on la suit », voilà une définition de la folie qu’on peut lire dans une encyclopédie du XVIIIe siècle. Et, en effet, une conviction immodérée est le principal symptôme de nos illusions. Que le patient mijote à petit feu, qu’il soit à moitié endormi, ne remarque rien, c’est le but recherché par la médecine –établir autour du patient une sorte de cordon sanitaire émotionnel. La psychose est l’opposé de l’indifférence. Par conséquent, il semblerait que l’indifférence soit la cure logique de la psychose.
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  • Par colimasson, le 20 octobre 2011

    Je me pose inlassablement la question évidente, la question inutile. Comment tout cela est-il arrivé ? Et pourquoi ? On a le cancer ou le sida, mais on est schizophrène, on est maniaco-dépressif, comme si c’étaient des attributs intimes de l’être, des éléments constitutifs de l’humain, pas plus susceptibles d’être guéris qu’un tempérament ou une couleur d’yeux. Comment une caractéristique aussi inhérente à une personne pourrait-elle être une maladie susceptible d’être traitée ? Et comment vaincre une maladie pareille sans se vaincre soi-même ?
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  • Par colimasson, le 20 octobre 2011

    « C’était une tache sur mon œil et elle est restée là une fraction de seconde, cette petite part de moi-même que je n’avais pas encore brûlée, qui me regardait en train de devenir folle. Je te vois. Je sais ce que tu fais. Je sais qui tu es. Et puis elle a disparu. » Elle claque les doigts. « Elle n’a pas faibli, elle s’est éclipsée, comme la mèche d’une de ces lampes à kérosène que nous avions pour aller camper. C’était comme si je m’étais arrêtée pour jeter un dernier regard sur moi, comme si je me disais adieu.
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  • Par colimasson, le 20 octobre 2011

    La fille de James Joyce lui a dit un jour que la raison pour laquelle elle était malade mentalement tenait à ce qu’il ne lui avait jamais donné aucun sens moral. « Comment pourrais-je te donner quelque chose que je n’ai pas moi-même ? » avait été la triste réponse de Joyce. Si Lucia avait été, à diverses reprises, diagnostiquée schizophrène ou maniaque cyclique, mais Joyce insistait sur le fait que ses distorsions mentales n’étaient rien d’autre que les douleurs de croissance d’une fille douée.
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  • Par colimasson, le 20 octobre 2011

    Spinoza parle de la vitalité comme de la vertu la plus pure, la seule vertu. Le besoin de perdurer, de s’épanouir, dit-il, est la qualité absolue, partagée par tous les êtres vivants. Que se passe-t-il, toutefois, quand la vitalité devient si puissante que la vertu de Spinoza s’inverse et que, au lieu de s’épanouir, on est conduit à se dévorer ?

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