ISBN : 2259212514
Éditeur : Plon (2010)


Note moyenne : 4.23/5 (sur 75 notes) Ajouter à mes livres
Au milieu des mots de condoléances qu'elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 23 mars 2011

    caro64
    Qu'ajouter de plus aux critiques dithyrambiques faites à ce livre ?
    Premier roman d' Hélène Grémillon, Le confident est un roman riche en mystères. Attention, une fois commencé on ne peut plus le lâcher !
    Camille, jeune éditrice, vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances qu'elle a reçues, elle en découvre une dont la forme et le contenu ne s'apparentent en rien à la missive de circonstances : pas de date, pas d'interpellation, pas de signature, pas de phrases compatissantes. A la place, un récit dans lequel un certain Louis évoque des bribes de son enfance sur fond de deuxième guerre mondiale. Une erreur de destinataire, songe d'abord la jeune femme. Mais, le mardi suivant, le même expéditeur lui fait parvenir une autre lettre dans laquelle il poursuit son histoire. Sans doute un auteur espérant une publication et utilisant ce stratagème pour attirer son attention, imagine alors Camille, intriguée. Par la suite, chaque semaine, Louis adresse un nouveau courrier. Camille se prend au jeu, attendant le suivant avec impatience, jusqu'au jour où elle comprend que ces messages lui sont bien destinés et qu'on cherche à lui livrer un lourd secret.
    Le sujet pourrait sembler assez traditionnel; ne vous y fiez pas ! Jouant du mystère avec talent, Hélène Grémillon jongle brillamment avec le style épistolaire et la narration à la première personne. On succombe à sa plume fluide et claire qui explore avec subtilité les zones d'ombre d'une histoire familiale complexe…
    J'ai lu ce livre d'une traite et il m'a tenue en haleine du début à la fin. Ce n'est que dans les dernières pages qu'on découvre le fin mot de l'histoire… du suspense, des personnages attachants et une belle écriture font de ce premier roman une belle réussite. Une auteure à suivre !
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Sando, le 14 mai 2012

    Sando
    Alors qu'elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte, Camille perd sa mère dans un tragique accident de voiture. Les lettres de condoléances se succèdent et se ressemblent, mais parmi elles s'est glissé un mystérieux courrier... L'expéditeur est anonyme et le manuscrit, épais, ressemble davantage à un témoignage personnel qu'à une correspondance. Déboussolée, Camille pense d'abord à une erreur venant du destinataire. Un homonyme peut-être, qui guette en vain sa boîte aux lettres. Mais chaque semaine une nouvelle enveloppe arrive, amenant avec elle la suite d'un récit de plus en plus intimiste. La confusion fait rapidement place à la curiosité et à l'impatience chez Camille, prise dans le tourbillon de ces confidences au ton si réaliste. En tant qu'éditrice, elle soupçonne un écrivain d'avoir eu recours à cette méthode, somme toute originale, pour se faire publier. Mais très vite, elle sent qu'elle a un rôle à jouer dans le récit dramatique qui lui est conté…
    Ce récit raconte l'histoire d'Annie et de Louis, deux amis d'enfance nés dans la France des années 20. Deux amoureux plein d'illusions et de promesses qui seront séparés par le destin, mais surtout par une rencontre funeste qui aura raison de leur innocence… Avec l'arrivée de Madame M. et de son mari dans leur petit village de campagne, la vie des deux adolescents va changer radicalement. Leurs relations vont se distendre, jusqu'à l'inévitable rupture qui conduira Annie à fuir vers Paris dans les années 40, emportant avec elle un trop lourd secret…
    Inutile d'en dire plus quant à l'intrigue, ce serait gâcher le plaisir de ce roman ô combien passionnant ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant captivée par une lecture. Tout comme Camille, j'attendais avec la plus grande impatience la suite de ce récit arrivant sous forme de lettres. le mystère qui entoure cette confidence maintient le lecteur en haleine jusqu'au bout avec une efficacité à toute épreuve ! L'intrigue se dévoile par petits bouts, au gré des narrateurs qui se succèdent. Louis, Annie et madame M. prennent tour à tour la parole pour nous faire le récit de la tragédie qui les lie les uns aux autres. Ils nous racontent ces vies gâchées par l'envie terrible, destructrice, de posséder à tout prix ce que l'on ne peut s'offrir. Ils révèlent leurs vies brisées par les mensonges et les secrets, chaque année plus lourds et plus douloureux à porter. Chacun confie avec une sincérité poignante son amour perdu, sa haine dévastatrice ou son impuissance face au sort. Hélène Grémillon parvient, avec un premier roman parfaitement maîtrisé, à nous subjuguer et à nous bouleverser. Elle fait preuve de talent, aussi bien dans la narration que dans la construction du récit, a priori morcelé, mais qui prend véritablement tout son sens à la fin du roman. Un texte fort donc, percutant et, vous l'aurez compris, un énorme coup de cœur en ce qui me concerne !
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 21 novembre 2011

    LiliGalipette
    1975, Paris. À la mort de sa mère, Camille Werner reçoit une étrange lettre parmi les messages de condoléances. Louis, un homme qu'elle ne connaît pas, s'adresse à elle et lui raconte une histoire qui ressemble étrangement à la sienne. Il est question d'Annie, une jeune provinciale, et de ses troubles relations avec le couple M. Lettre ou roman, Camille ne sait que penser, mais toute cette histoire lui fait l'effet d'un aveu. « J'ai toujours pensé que les secrets doivent mourir avec ceux qui les ont portés. Vous vous dites sûrement que je trahis mes propres convictions puisque je vous en parle, mais à vous, je dois tout dire. » (p. 62) À lire les mots de Louis, Camille a la certitude dérangeante que cet aveu la concerne, qu'il s'agit de sa mère, de son enfance et d'une part de son histoire familiale qu'elle ne soupçonnait pas. Et pour cause, pouvait-elle soupçonner que la manipulation et la trahison étaient à l'origine de sa vie ? Mais elle doit se rendre à l'évidence : « L'impensable, ça existe. J'en suis la preuve. » (p. 44) Alors, pour ne plus douter de sa mère et ne plus être une coquille vide dépossédée de ses origines, Camille cherche à découvrir l'identité de Louis et le fin mot de cette troublante histoire.
    Les lettres de Louis remontent le temps jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale, puis jusqu'au conflit lui-même. Alors que l'humanité se déchire pour des raisons politiques, les affrontements privés ne sont pas moins cruels. le récit de Louis montre une réalité sordide et des êtres aux âmes noires. Fou amoureux d'Annie, Louis raconte comment il l'a perdue à cause de Madame M., une femme désespérée. Les choses auraient pu s'arrêter là, sur le récit de Louis. Mais dans un souci de transparence, le vieil homme livre la confession d'Annie et celle de Madame M. Commence alors pour Camille un jeu de pistes brouillées où les indices les plus probants finissent en cul de sac et où toutes les certitudes s'effondrent. La confrontation de tous les récits comble les vides, renverse les situations et redistribue la culpabilité. Comme un tableau que seule achève la signature du peintre, la dernière phrase du roman ponctue et conclut une douloureuse quête familiale sur fond de conflit et de jalousie macabre.
    Ce roman est un chant d'amour et de haine pour la maternité. Situation honnie ou désespérément attendue, elle cristallise les émotions et les passions. le désir d'enfant prend le visage de la monstruosité, mais le monstre peut se cacher partout, même sous les airs les plus purs. N'est plus victime qui veut quand tombent les masques ! Hélène Grémillon interroge la maternité et ses origines. Une femme devient-elle mère parce qu'elle a porté un enfant ou parce qu'elle l'élève ? Parce qu'elle s'est battue pour l'avoir ou parce que la nature a fait son œuvre ? « Mais pour Camille, j'aurais tout fait. Combien de nuits je me suis réveillée, l'amour de cet enfant ancré dans la gorge, si vivant, si tenace, que je ne pouvais plus me rendormir ? » (p. 260) Ainsi s'exprime la mère de Camille. La mère de Camille ? Je vous laisse découvrir son identité…
    L'alternance entre les pensées de Camille et les différents récits est marquée par un changement de police, mais surtout par une différence de style. Hélène Grémillon réussit le tour de force de doter chacun de ses personnages d'une plume/voix particulière. Et le récit se déroule à toute allure, ou plutôt sa lecture. Foi de passionnée, il est impossible de ne pas vouloir poursuivre la lecture de ce roman et quand, rattrapée par les contingences de ce monde, j'ai dû poser l'ouvrage pour vaquer à de viles besognes, je ne pensais qu'à lui. Le confident vous fera froid dans le dos, comme tout bon thriller ou roman psychologique. Plus jamais vous n'oserez faire de proposition à la légère, croyez-moi…


    Lien : http://www.desgalipettesentreleslignes.fr/archives/2011/11/21/226967..
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par sylvaine, le 14 décembre 2011

    sylvaine
    un très grand coup de cœur!!Quelques mots de l'histoire (pas plus que la 4ème de couverture).A la mort de sa mère, Camille Wermer,éditrice de métier, reçoit au milieu des lettres de condoléances une missive particulière.Un dénommé Louis y raconte l'histoire d'une jeune enfant Annie.Camille aurait sans doute vite oublié cette lettre, perturbée par sa maternité , son deuil ,mais tous les mardis ,dans le courrier, il y a une lettre. A tel point qu'elle finit par les attendre ces courriers qui lui semblent narrer un passé où elle a peut-être sa place.
    Hélène Grémillon, dont c'est le premier roman nous attrape au tournant , il nous est de plus en plus difficile de poser le livre sur la table de nuit et.bigre mon métro n' a jamais roulé aussi vite....
    Ne vous attendez pas à lire une histoire à l'eau de rose , c'est un véritable thriller psychologique que vous tenez entre les mains et il vous faudra lire les dernières lignes pour pouvoir poser la dernière pièce du puzzle.
    Que dire d'autre que l'époque choisie (1939/1945) pour situer les évènements est excessivement bien renseignée et joue son rôle dans la partition .
    Bref une lecture qui m'a enthousiasmée; à quand le prochain livre de cette auteure au talent confirmé?
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par JoyceMiddleway, le 15 mai 2012

    JoyceMiddleway
    J'ai eu une grande période de lecture autour des fictions et des témoignages sur fond de Seconde Guerre mondiale. Cependant j'avoue que bien souvent c'est un raccourcis facile pour tomber dans un pathos sans fond pas forcément très intéressant. J'ai donc déjà un premier point positif : pour cette lecture ce n'était pas le cas!
    J'ai beaucoup apprécié également l'enchevêtrement des lettres et de la narration. Cela construit un suspense très intéressant puisque le lecteur est à la fois avide de connaître la suite de l'histoire contenue dans les lettres mais il désire également connaître au fil des courriers les réactions de Camille qui pas à pas se trouve de plus en plus impliquée dans l'histoire. Honnêtement j'ai été totalement emportée par ce balancement entre transcriptions de lettre et récit. Finalement, le lecteur devient alors un peu comme Camille lorsqu'elle ouvre ses enveloppes : fébrile et pressé de connaître la fin de l'histoire dans laquelle on l'a embarqué.
    Cette histoire est également à l'échelle humaine, celle d'une famille et de son entourage. le lecteur à travers les lettres et le récit a le temps de découvrir chacun des personnages, de s'y attacher, de leur attribuer une réelle personnalité. Tout cela contribue à ancrer ce roman dans une certaine réalité qui fait que chaque évènement nous prend au coeur comme si c'était un des sursauts de notre propre existence ou qu'il appartenait à notre histoire personnelle. La crédibilité des personnages et de l'intrigue nous permet paradoxalement de nous échapper dans une autre réalité, de nous emporter dans ces quotidiens brisés par les grands conflits mondiaux mais surtout la folie de quelques uns.
    Cette folie de l'individu qui entraîne derrière lui toute une famille et son univers social m'a aussi beaucoup touchée. Il y a certainement là une part de vérité à montrer ainsi que chez certains il y a des blessures qui ne guérissent jamais même si on condamne tous nos proches pour les soulager. J'ai été à la fois transportée et effrayée par cette mécanique du tragique qui broie littéralement les individualités sans jamais pouvoir s'arrêter. On trouve ainsi des personnages pourtant apparemment en marge de l'intrigue principale se trouver avalés par une mécanique qui les dépasse et laisse une trace à jamais dans le fil de leurs destins.
    Finalement, ce livre est typiquement une lecture qui reste sur le coeur comme un poids pesant. Une fois l'ouvrage refermé, on se surprend à penser parfois à cette histoire fictionnelle qui sonne tellement vrai pour n'avoir pas un jour existé. J'ai trouvé ce texte très réussi d'autant plus qu'un s'agit d'un premier roman. Je suis heureuse de savoir qu'il a reçu globalement un bon accueil du public et une reconnaissance à travers plusieurs prix littéraires. Mais je suis encore plus heureuse de savoir que ce succès est amplement mérité.
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Citations et extraits

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  • Par mila0707, le 13 avril 2012

    Maman n'avait pas beaucoup de robes, j'aurais pu voir celle qui manquait. Mais devant la bancale armoire ouverte, je me suis aperçue que je ne connaissais plus sa garde-robe. Que cela faisait des mois que je ne prêtais plus du tout attention à celle que je disais maintenant aimer de toute mon âme. On ne peut pas reprocher à la vie de vous reprendre ce que vous ne regardiez plus.
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  • Par caro64, le 23 mars 2011

    Un jour, j'ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C'était un évènement, car dans ma vie je n'ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m'annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l'ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j'attendais d'elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu'à dix puis de les rouvrir, qu'elles bouleversent ma vie. Et puis ma mère est morte. Alors là, j'ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d'une mère, on peut difficilement mieux faire.
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  • Par caro64, le 23 mars 2011

    Elle est mystérieuse, la naissance, qui retire une femme à la société pendant quelque temps et qui, un jour, la lui rend, comme ça, brutalement. Après des semaines d'hébétude, de béatitude, on entre de nouveau dans l'action et on redevient celle qu'on était avant, en plus concentrée, en plus dense, en pire, car désormais on ne se bat plus pour soi mais aussi pour son enfant.
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  • Par Zazette97, le 26 octobre 2010

    Elle est mystérieuse, la naissance, qui retire une femme à la société pendant quelque temps et qui, un jour, la lui rend, comme ça, brutalement.
    Après des semaines d'hébétude et de béatitude, on entre de nouveau dans l'action et on redevient celle qu'on était avant, en plus concentrée, en plus dense, en pire, car désormais on ne se bat plus pour soi mais aussi pour son enfant.
    Après ce coup de feu, la vie venait de reprendre ses droits sur l'ère protectrice de la maternité nouvelle. p.246
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  • Par Marsup, le 06 avril 2011

    Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un évènement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.
    Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.

    Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.

    - Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.
    - Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.
    - Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il se savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.
    - Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.

    Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.

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