Il y a des auteurs où, dès les premières pages, on se demande pourquoi on ne les a pas lus plus tôt. Grøndahl pour moi en fait partie.
Adrian est mort à 39 ans d'une crise cardiaque pendant une partie de squash. Son meilleur ami (le narrateur dont on ne connaîtra jamais le nom) tente de faire son deuil en sondant ses souvenirs pour comprendre ce qui les a unis mais aussi séparés. Chacun d'eux a en effet, une personnalité très différente et pourtant, ils ne manquèrent pas dès leur plus âge de faire les 400 coups ensemble.
Adrian plutôt beau gosse, est issu d'une famille bourgeoise et a parfaitement réussi sa vie - ou presque - à New-York, tandis que notre narrateur, mal dans sa peau, issu d'une famille modeste qui côtoie la prostitution, peine à trouver sa place.
Avant de mourir, Adrian, qui avait pourtant tout pour lui, a déclaré à son ami: «J'aurais volontiers été toi, je le pense vraiment.» et de rajouter dans sa lettre « j'ai besoin de te parler d'une chose qui me tourmente depuis longtemps.». C'est cette dernière phrase qui ne cesse de tourmenter notre narrateur. Des secrets l'un pour l'autre, ils en ont eu. Et c'est peut-être finalement ces moments de troubles qui s'essaimèrent dans leur vie, qui ont fait de celle-ci et de leur amitié, ces contours si chaotiques.
Ce roman se conçoit comme un questionnement. Ce n'est pas de la nostalgie qui ressort de ce deuil mais plutôt un retour sur soi. Connaissons-nous vraiment ceux qui nous entourent ? et de soi-même finalement, que connaît-on ? Grøndahl pour cela, y mêle habilement passé et présent. L'écriture y est dense, subtile et intelligente pour sonder le plus profond des sentiments et de l'être.
Ce n'est sans doute pas étonnant si notre narrateur aime les estampes. J'y vois un parallèle intéressant sur la propre vie du narrateur, quand on sait que pour fabriquer ces images il faut d'abord inciser la matière. Entailler les souvenir pour comprendre l'existence… le rapprochement avec les estampes d'Hokusaï « le monde flottant » n'en est que plus troublant et donne une autre image des pensées qui hantent notre personnage.
C'est un roman auquel j'ai été très sensible et qui m'a beaucoup touchée.
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