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ISBN : 2746737256
Éditeur : Autrement (02/04/2014)

Note moyenne : 3.39/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Le réel n'a pas eu lieu
Parce qu'il ose tenir le cap de l'idéal dans un monde où le vice invite au reniement, Don Quichotte incarne la figure même du héros.
Cette passion furieuse pour les idées au détriment de la réalité a pourtant un sens moins chevaleresque et plus philosophique : le personnage de Cervantès est l'homme pour qui « le réel n'a pas eu lieu ». Déclarant la guerre au banal, il veut le merveilleux, le romanesque : des géants plutôt que de... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Pirouette0001
11 mai 2014
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J'aime Onfray et son côté pamphlétaire et pourfendeur des illusions ou de pseudo-vérités qu'il n'est toujours pas aujourd'hui politiquement correct de remettre en question.
Il débute par cet ouvrage une contre-histoire de la littérature, ce qui rappelle sa contre-histoire de la philosophie. Et il commence la série de manière non chronologique avec Cervantes et son Don Quichotte, encore un maître de l'illusion.
Mais je ne me suis pas sentie emportée par le propos comme j'ai pu l'être pour la philosophie. J'avais plus l'impression de lire une critique littéraire somme toute assez banale sur l'oeuvre espagnole et n'en suis pas ressortie époustouflée.
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Hybris
25 janvier 2017
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Amis « Babéliotes » ceci est avertissement : pour votre santé mentale ne faites pas comme Don Quichotte.
Ne croyez pas tout ce qu'il y a dans les romans !
Ce livre est le premier tome d'une nouvelle série de six volumes de la contre-histoire de la littérature.
Ici, il est question de l'oeuvre de Miguel de Cervantès : « L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche».
Suivront : La Divine Comédie, Gargantua, Les 120 jours de Sodome, Faust et le Procès.
Le roman de Cervantès est paru en deux fois : en 1605 et 1615.
Ce livre était destiné à être lu à haute voix ce qui explique les nombreux dialogues.
Michel commence par évoquer l'astucieux dispositif narratif mis en place par Cervantès : c'est un narrateur qui évoque l'histoire par l'intermédiaire d'un traducteur et de Don Quichotte, si bien que l'on ne sait jamais qui réellement parle.
Cervantès se donne ainsi une liberté d'expression qui, en ses temps de bûcher, était rare.
Ainsi caché Miguel va pouvoir faire une critique assez audacieuse des valeurs chrétiennes incarnées par Don Quichotte et qui est régulièrement ridiculisé dans le livre (ce qui fait bicher Michel).
Les personnages de ce chef d'oeuvre (chef d'oeuvre = livre que tout le monde connait mais que peu ont lu) font maintenant parti du langage courant :
Dulcinée est devenue une femme inspirant une passion romanesque.
Maritorne : une femme laide, malpropre (avec des yeux en gland de chêne !)
Rossinante : un mauvais cheval.
Don Quichotte est lui devenu par un tour de passe-passe un redresseur de tort (alors que dans le livre il rate tout ce qu'il entreprend).
Même le « sanchopancisme » a fait son entrée dans Le Robert comme étant une personne naïve et docile.
Michel, pense lui plutôt, qu'il incarne le bon sens populaire comme la servante de Thalès qui lui indiqua le trou dans lequel il faillit tomber (tomba ?) alors qu'il est pris dans ses pensées philosophiques…
Don Quichotte souffre d'une pathologie du déni : il refuse de croire en la réalité, sa vie (même si ce n'est pas vrai) sera comme celle d'un roman de chevalerie.
M.O invente le concept de « Quichottisme » qui est le fait de nous cacher la réalité : car pour Michel, c'est réjouissant, notre civilisation est en train de couler (et nous nous écoutons l'orchestre).
Michel est parfois de mauvaise foi : Jésus n'existe pas, sauf quand ça l'arrange et qu'il prend l'exemple de Pierre qui l'a renié trois fois pour évoquer le déni.
Pour Michel la religion, le communisme, l'économie de marché et la psychanalyse sont des déraisons pures….
Il est fort le Michel : même avec un livre écrit au 17 eme, il arrive à filer des bourre-pif à Freud, c'est vraiment une obsession…et à parler (en bien) de Diogène (héros du premier tome de la contre-philosophie) …
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Ledraveur
16 juin 2015
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Michel Onfray, dans ce “petit” livre par sa dimension matérielle, nous parle d'un “grand-mal” ; un mal qui touche l'espèce humaine depuis “des lustres” ! Un mal identitaire dualiste : la pensée de ce que nous serions, véritable “croyance” en la projection de ce que nous incarnerions, et en face notre réalité au quotidien, humaine, avec nos difficultés et des qualités aussi, la simplicité de notre état manifesté éphémère, la Vie, notre vie, si humble soit-elle, qui a sa valeur intrinsèque, ou socialement “brillante”.
Et voilà, le “donquichottisme” sociétal s'en mêle, et nous parle de “La chevauchée fantastique dans le cosmos sur place”, le héros qui « ne voit pas ce qu'il a vu ; et à qui il n'est point arrivé ce qui lui est arrivé » !
L’œuvre de Cervantès nous est ici présentée, voire mise en lumière et paradoxalement sous un jour assez sombre, dépeignant avec un humour grinçant l'épopée du couple picaresque. Peinture pathétique de la “folie ordinaire” qui guette l'humain tout au long de sa vie, s'il ne prend pas garde à la réalité de sa condition vulnérable ayant juste la permission d'être ce qu'il est dans son essentialité, le temps que durera sa structure biologique...
Nous retrouvons en écho, là ou Onfray pointe du doigt cette pathologie humaine lancinante, des références de P. Bourdieu* ainsi que Jack Kornfield **, ou encore Boris Cvrulnik*** .
La dénégation vécue en groupe ou collectivement devient du négationnisme réprouvée dans nos contrées, c'est dire son danger potentiel, le philosophe ici est dans son rôle de rendre compte d'une œuvre de référence en nos cultures, mais tout aussi bien exportable et d'intérêt global.
Cela se lit cependant avec aisance, comme le flot naturel d'un cours d'eau... nous renvoyant à nous-même, en notre humanité...
----------------
*Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, Paris, 1994, p. 209
et Cécile Campergue :
http://www.babelio.com/auteur/Cecile-Campergue/326064/citations/721587
** « Après l’extase, la lessive. », p.189/90 : « Les idéaux ne sont pas des réalités »
http://www.babelio.com/livres/Kornfield-Apres-lextase-la-lessive/298816/citations?tri=dt
*** « Autobiographie d'un épouvantail », en particulier au chapitre, “Au bonheur des pervertis” :
http://www.babelio.com/livres/Cyrulnik-Autobiographie-dun-epouvantail/232488/citations?pageN=3&tri=dt
Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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fanfan50
04 mai 2016
★★★★★
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Ce livre fait partie d'une série de six volumes où Michel Onfray propose une lecture philosophique de quelques chefs-d'oeuvre de la littérature européenne. J'ai commencé par lire le numéro 3 : XIIe siècle : Cervantes et Don Quichotte.
A moi, de rechercher les autres dans ma bibliothèque car j'ai beaucoup aimé ce que l'auteur nous a dit de cette oeuvre majeure et aussi ce qui n'aurait pas encore été dit !
Il met dans son texte beaucoup de citations de l'oeuvre. Quant il dit (p. 27) que Cervantes raconte un autodafé. "Brûler les livres qu'on estime dangereux pour la fiction qu'on défend", cela m'a incitée à relire : "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury. Cela renverse l"assertion "Autres temps, autres moeurs" en "Autres temps, moeurs identiques !"
Un concept intéressant pour penser l'universel.
J'ai autrefois lu et apprécié l'oeuvre foisonnante de Cervantes et là, je la comprends d'autant mieux que Michel Onfray nous la décortique et en quelque sorte la rajeunit car il nous la rend actuelle dans ses délires, ses mises en abyme et ses jeux de miroir. Intéressant !
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deslivresetdesfilms
05 septembre 2014
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Après s'être attaqué à la contre histoire de la philosophie, Michel Onfray entreprend avec ce livre un nouveau cycle sur une contre histoire de la littérature. le titre est (semble-t-il) une facilité commerciale, car il ne s'agit pas réellement d'une contre histoire, mais plutôt d'une analyse détaillée de l'oeuvre maîtresse de Cervantès à savoir Don Quichotte. Un livre que personne n'a lu et dont tout le monde parle pour reprendre les propos de Michel Onfray. Toujours est-il que même ceux qui n'ont pas lu Don Quichotte peuvent lire cette analyse extrêmement intéressante. le style linguistique de l'auteur est très accessible, les phrases sont simples, détaillées, mais toujours riches de propos… Que dit exactement Michel Onfray ? Simplement, que le réel pour Don Quichotte n'a pas eu lieu. Ce dernier décide de prendre ses rêves pour la réalité, il est l'homme du déni, celui qui refuse naïvement de voir le monde tel qu'il est. À travers son analyse, Michel Onfray explique en quoi le livre de Cervantès est aussi une critique virulente de l'Église catholique. Lorsque l'on sait que Don Quichotte est le livre préféré de l'ancien pape Benoît XVI, on est dans le droit de se demander si lui aussi vit dans le déni…
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Les critiques presse (1)
Lexpress24 avril 2014
La lecture à laquelle nous invite Michel Onfray est stimulante. Elle consiste à ne plus prendre les chefs-d'oeuvre pour des blocs monolithiques, mais à en faire les grilles vivantes d'une interprétation iconoclaste du monde. Des amis, en somme. Et c'est là le plus grand service que l'on puisse rendre à la littérature. Passionnant!
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
KichigaiKichigai21 août 2016
Naïf le naïf qui stigmatise les naïf dont il est
[ ... ]

quichottisme le projet libéral qui suppose que la liberté du marché engendre automatiquement, par l'effet d'une main invisible, héritage déiste du siècle des philosophes, une homéostasie sociale produisant la propriété pour tous, la prospérité pour tous, alors que propriété, prospérité, liberté et bonheur restent des denrées rares réservées à une poignée pendant que le plus grand nombre connaît la pauvreté, la gêne, la servitude et le malheur à cause du marché libre ;

quichottisme le projet communiste qui part d'un postulat anthropologique faux (l'homme est naturellement bon, la société le corrompt, changeons la société, l'homme deviendra bon) pour viser un état illusoire bien que généreux (disparition de la propriété, de l'exploitation, de la misère, de l'esclavage, de la guerre, de la négativité) et qui n'obtient dans les faits qu'une aggravation de l'état de l'état de départ qu'on voulait abolir (société policière, militarisation de l'état, socialisme des barbelés et des miradors, aristocratie de la bureaucratie) ;

quichottisme le projet fasciste avec son homme nouveau (idéal partagé avec les marxistes-léninistes), son obsession de la pureté du sang, des vertus de l'ascèse, de la communauté Une et de la fin du divers subsumé sous l'ordre de la Race, du Peuple, de l'État, de la Nation ;

quichottisme le projet social-démocrate qui marie la carpe capitaliste et le lapin socialiste pour n'avoir que le pire du capitalisme (les pleins pouvoirs de l'argent) et le lire du socialisme (les pleins pouvoirs de la bureaucratie), le tout permettant au capital de faire la loi pendant que le peuple reste coi sous prétexte qu'avec le partenaire libéral d'en face ce serait pire ;

quichottisme le projet anarchiste d'une société où les hommes vivraient d'amour après une révolution simple, facile, logique, dans laquelle les loups deviendraient des agneaux, les seigneurs de la guerre des saint-bernard, les capitaines d'industrie des partisans de la veuve et de l'orphelin, les banquiers des acteurs de la solidarité et de la fraternité entre les peuples, les curés de tous bords des philosophes pleins de raison ;

quichottisme le projet souverainiste, de droite et de gauche, inspiré par de Maistre ou Robespierre, qui imagine le pays seul au monde, flottant dans l'éther de l'histoire et de la géographie, comme une idée pure, un concept inaccessible au temps, au réel, à la durée, au reste du monde, et qui vibre aux sirènes des discours qui rappellent que le passé sentait bon la madeleine proustienne et la naphtaline ontologique ;

quichottisme le projet s écologiste qui, fils naturel du projet souverainiste, imagine que les pays industriels gavés, repus, rassasiés, pourraient sauver la planète en optant pour la décroissance pendant qu'une multitude de pays sur la planète cent fois plus dévoreurs de nature n'aspirent qu'à connaître l'état de béatitude des repus, des gavés, des rassasiés que nous fûmes...
[ ...]

pp. 85-87

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LedraveurLedraveur16 juin 2015
L'histoire ne manque pas de partisans de la déraison pure et les récits déraisonnables abondent : un Dieu qui ouvre la mer en deux pour laisser passer son peuple et, poli, la referme derrière lui ; la naissance d'un enfant à Nazareth avec une colombe pour géniteur, malgré, bonne pâte, un père charpentier ; les miracles d'un beau parleur qui ressuscite les morts, rend la vue aux aveugles et la marche aux paralytiques ; l'apparition de la Vierge dans des grottes en pleine période industrielle ; la résurrection d'une chair incorporelle pour l'éternité ; l'espoir d'une vie paradisiaque associé à la vertu de la décapitation révolutionnaire ; les miracles des pays du socialisme réel où les vaches donnent dix fois plus de lait sous un drapeau rouge à faucille et marteau que partout ailleurs ; la prospérité libérale du paradis capitaliste où le ghetto et le bidonville prouvent l'excellence de la méthode ; la beauté de l'Europe des marchés qui paupérise à tour de bras, mais pour le bonheur du plus grand nombre ; les prodiges de la pensée magique freudienne qui soigne des pathologies psychiques avec des jeux de mots ; la raison lacanienne qui fait du calembour une méthode très rentable et nette d'impôts ; le paradis des vierges réservé aux meurtriers de Dieu qui se voient servir du vin et du porc dans leur empyrée — les occasions n'ont pas manqué en Occident de transformer des fictions en réalité, de transmuter des illusions en certitudes admirables, de rendre un culte aux vessies sous prétexte qu'il s'agissait de lanternes, puis d'en faire une religion avec des millions de disciples agenouillés. Don Quichotte est le prototype du croyant, en l'occurrence du croyant chrétien. Cervantès consacre mille pages à rosser "ce catholique exalté"...
p. 158 et 159
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LedraveurLedraveur16 juin 2015
J'ai donc lu Don Quichotte en cherchant à percer le mystère de la dénégation, une pratique si courante dans la vie et totalement absente des bibliothèques où pas un seul livre, du moins jusqu'à preuve du contraire, ne semble avoir été consacré à ce sujet. Tant de dénégateurs dans la vie et si peu d'études sur ce sujet ! Faut-il que la puissance de ce principe soit telle qu'il y ait dénégation de la dénégation et silence théorique sur une pratique aussi courante, aussi universellement répandue ? Et puis pourquoi, dans l'abondante bibliographie des études consacrées à Don Quichotte, pas un seul livre sur ce sujet alors qu'on a tant écrit sur ce chef-d’œuvre - on dit pourtant qu'après la Bible Don Quichotte est l'ouvrage le plus lu et le plus commenté ? On dénie donc au livre de la dénégation d'être un livre sur la dénégation...
J'ai donné une explication du mécanisme de la dénégation : un refoulement de la réalité de soi quand elle se trouve comparée à l'idée qu'on se fait de soi, refoulement transfiguré en retournement qui transforme la victime de la dénégation en bourreau acteur de la dénégation. Quand ce que l'on est apparaît trop nettement aux antipodes de ce que l'on croit de soi, le mécanisme se met en action : notre part reptilienne étouffe notre part consciente. Le venin du cerveau le plus ancien paralyse le jugement du cerveau le plus récent. La bête tue en nous la bête au nom de l'homme. De ce sacrifice naît une image de soi plus présentable. Sur le cadavre de ce qu'il est, le dénégateur construit une statue de lui tout à son avantage. Mais c'est une fiction...
p. 189 et 190
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LedraveurLedraveur16 juin 2015
Je portais ce texte depuis longtemps, car il y a, il y a eu et il y en aura aussi encore bien sûr des dénégateurs dans ma vie. J'ai toujours été sidéré par leur incroyable aplomb à nier que le réel ait été comme il a été. Je suis désarçonné de voir avec quelle morgue telle ou telle personne peut assurer, les yeux dans les yeux, qu'une vilenie (ou plusieurs...) objectivement de leur fait n'a jamais été commise par leurs soins. Quand on s'est trouvé personnellement, concrètement, la victime d'un choix, d'un mot, d'un jugement, d'une condamnation venus d'un tiers, on a du mal à entendre ce tiers affirmer avec effronterie qu'il n'est pas à l'origine de son choix, de ses mots, de ses jugements, de sa condamnation.
Pire : quand il m'arrivait de dire qu'il y avait ostensiblement dénégation chez eux, je m'entendais rétorquer sans coup férir par le dénégateur que j'inventais, que je fantasmais des fictions et que je manifestais ma vilenie à prêter à d'autres des vilenies qu'ils n'avaient évidemment jamais commises. La dialectique de la cour de récréation fait la loi plus qu'on ne l'imagine et au-delà de l'école primaire : « C'est celui qui le dit qui y est... » constitue une formule qui fournit l'impératif catégorique du dénégateur. « Quand je suis immonde, ce que je suis, je ne le suis pas ; mais vous, en revanche, vous l'êtes » - voilà la pauvre logique des malades affligés par cette pathologie. C'est à ce prix que l'immonde peut continuer à vivre dans le monde.
p. 188 et 189
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LedraveurLedraveur16 juin 2015
Dans “Par-delà le bien et le mal”, Nietzsche montre en quelques mots le fonctionnement de la dénégation : « "Voilà ce que j'ai fait", dit ma mémoire. "Je n'ai pu faire cela", — dit mon orgueil, qui reste inflexible. Et finalement c'est la mémoire qui cède » (IV.68).

Quoi qu'il en soit, Nietzsche a raison d'opposer le travail de la mémoire et celui de l'orgueil, autrement dit : les logiques de l'histoire (qui inquiètent) et les folies de la passion (qui rassurent). Ce conflit entre le sang froid de ce qui a eu lieu et le sang chaud de ce qui pourrait être, ce combat entre ce qui est et la virtualité, cette lutte entre la modestie du réel et l'arrogance des idées, entre l'immanence épicurienne et l'intelligible platonicien, entre « le sens de la terre » nietzschéen et le transcendantalisme kantien, cette dialectique, donc, produit en effet d'infinies contorsions dont le déni naît.
La dénégation pousse comme une fleur du Mal sur le fumier d'un orgueil immodéré : on se croit grand, fort, beau, on s'imagine puissant, important, on se rêve immense, on se figure célèbre, connu, on s'envisage vertueux ; or, on est le contraire, l'inverse : petit, faible, laid, impuissant, quelconque, ridicule, inconnu, ignoré, vicieux. On s'estime, donc on se dit, princesse, généreuse, magnanime, bienveillante, compatissante, partageuse, altruiste ; on est fée Carabosse, intéressée, égoïste, mesquine, petite, méchante, jalouse. La mémoire dit : « fée Carabosse » ; l'orgueil affirme : « Princesse »... La mémoire plie ; l'orgueil triomphe. Tout ce qui montre la laideur disparaît et n'a pas eu lieu ; tout ce qui dévoilerait la beauté, et qui n'a pas eu lieu, devient vérité de substitution : le monde du dénégateur est un monde de remplacement, un univers dans lequel ce qu'on n'est pas parvenu à être laisse toute la place à ce qu'on aurait voulu être, et qui devient le vrai...
p. 148 et 149
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