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EAN : 9782262023867
384 pages
Perrin (07/01/2010)
3.67/5   84 notes
Résumé :
En 1679, à l'apogée du règne de Louis XIV, éclate l'une des plus vastes affaires criminelles de tous les temps : l'affaire des Poisons. D'un seul coup se révèle l'envers sinistre du décor : les crimes de la Voisin, les sortilèges, les conjurations démoniaques, les messes noires, les sacrifices rituels...
Affaire stupéfiante, ténébreuse, touffue, aux ramifications gigantesques, dans laquelle se trouvent mêlées des centaines de personnes, dont les plus grands ... >Voir plus
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Alors que je repose l'ouvrage sur mon bureau, je n'arrive pas à retenir le frisson qui caresse mes vertèbres. le froid qui sévit n'est en rien responsable de mes tremblements. J'ai bradé mon âme au diable pour quelques centaines de pages de papier brochées et une goutte de célébrité dans l'océan numérique. Maintenant que j'ai signé, il me faut assumer les conséquences et honorer ma part du contrat.
Encore une fois pris au piège de la toile, je me suis inscrit voilà quelques mois sur un site de partage de bibliothèques, une sorte de communauté en ligne de lecteurs. J'y trouvais l'avantage de pouvoir référencer facilement la plupart de mes livres, de partager mes goûts et mes dégoûts, de découvrir d'autres horizons littéraires. Bref, que du bon. Tant qu'a céder son âme au malin, j'en profite pour faire la publicité de ce sympathique endroit qu'est babelio.com. Ce site organise régulièrement une opération nommée Masse Critique, probablement parrainée par Lucifer. L'opération est simple, il s'agit de s'inscrire le jour de l'opération pour recevoir gratuitement un livre en échange d'une critique. de nombreux éditeurs y trouvent leur compte, à faire connaître leur production à moindre frais. Je me suis inscrit et j'ai bien reçu l'ouvrage, je dois donc soumettre revue de lecture. Voilà donc que je n'exerce plus ma plume gratuitement pour l'édification des curieux perdus sur mon blog, je le fais contre rétribution de cellulose. Me voilà soumis aux chaines de la publicité. J'aurais du sentir l'odeur de souffre, car lors de mon inscription j'avais sélectionné une demi-douzaine de livres de genres variés et le sort m'a octroyé L'affaire des Poisons : Crimes et sorcellerie au temps du Roi-Soleil, de Jean-Christian Petitfils.

Le facteur m'a donc apporté de bon matin un petit colis contenant le livre convoité. Premier contact, premiers indices. La première de couverture représente un petit dragon bicéphale symbolisant le poison, extrait d'un tableau représentant Saint Jean et la coupe empoisonnée. L'image est belle, mais la mise en page est révélatrice, le choix des polices d'écritures et les couleurs, jaune et blanc, la matière et la qualité du papier, tout converge. Je jette un coup d'oeil au catalogue de l'éditeur, plus de doutes. Je n'ai pas en main un roman destiné aux masses consuméristes, mais un ouvrage d'universitaire. Me voilà en possession non pas d'un roman historique mais d'un livre d'histoire. Mes connaissances dans le domaine sont profondément immergées dans ma mémoire, le temps à fait son oeuvre et érodé les souvenirs des monotones heures de cours d'une matière honnie. Humblement, j'attaque donc la lecture.

Qui dit livre d'histoire, dit histoire. Et la période qui sert de toile aux intrigues du livre est certainement l'une des plus riches de notre passé. La fin du XVIIe Siècle cristallise dans l'inconscient collectif la France classique. Malgré les ambitions bellicistes du grand monarque, le pays est alors un phare qui illumine l'Europe et préfigure le siècle des lumières. Un parfum de chauvinisme inhabituel me pousse à énumérer les auteurs dramatiques comme Corneille, La Fontaine, Molière ou Racine qui ont habité cette époque. C'est enfin et surtout le règne de Louis XIV, le plus souvent associé aux adjectifs de grand roi ou de roi soleil. Personnalité remarquable qui aura dompté la noblesse d'épée et les seigneurs de guerre dans une parade courtisane des apparences.

Mais derrière l'opulence de la cour, notre livre évoque la sorcellerie en reniant l'héritage de Descartes, de Pascal ou de Fermat. Car la fin du XVIIe Siècle est une période de paradoxe, ou la guerre côtoie la raison, la superstition fricote avec la science, l'intelligence politique s'exprime dans une monarchie absolue. Sous le luxe et le raffinement va éclater l'un des plus grands scandales de l'obscurantisme, la fameuse affaire des poisons. Jean-Christian Petitfils se plonge dans les archives pour nous faire le récit éclairé de cette affaire. Si les séries télévisées américaines excitent l'audimat en présentant des enquêteurs chargés de résoudre les fameuses affaires "classées", le travail de l'historien par comparaison est titanesque. Surtout lorsque le dossier est embrumé par les siècles et élagué par la censure d'un roi craignant les éclaboussures.
En effet, vu des hauteurs de la cour, lorsque les petites gens s'entretuent gaiement ou s'adonnent à des niaiseries comme l'astrologie ou recherche de la pierre philosophale cela reste quantité négligeable. Malheureusement derrière les voiles de l'alchimie se cache souvent une assez grande connaissance dans la chimie ou la biologie, voire d'autres procédés plus ou moins exotiques pour faire périr son prochain. le poison reste une formidable invention pour faire valoir les droits de successions. A cela s'ajoute qu'il ne faut pas grande force physique pour verser une poudre dans une coupe ni grand courage pour épicer un plat. Ces dames avaient donc enfin une arme à leur disposition pour revendiquer un féminisme ambiteux face à l'hégémonie masculine, brutale et carnassière. Lorsque l'on parle des dames, outre le bas peuple, il reste ces Dames que l'on désigne avec une majuscule et dont le patronyme s'affuble de particules précieuses et de titres. Celle-là même qui pavanent à la cour du monarque solaire, soupirant une attention royale.
Dès lors comment s'étonner que le roi connu pour son penchant pour la bagatelle n'aie eu quelque maitresse décue. L'empoisonement et son cortège de messes noire et de pactes avec le malin doivent alors être passées sous silence pour éviter de troubler une population prompte à la fronde. Il faut cacher la justice sous le sceau de la raison d'état pour permettre à la politique de dicter le bien de la cité.

Malgré une volonté du secret et la destruction des dossiers de l'affaire des poisons, l'historien a réussi à reconstituer le drame. Grâce notamment à) la découverte fortuite des "dossiers de la Bastille" au XIXe siècle et notamment des dossiers d'instruction du lieutenant général de la police qui avait mené l'affaire.
On découvre donc dans ce livre les complots des petites et des grandes gens relaté presque au jour le jour. Il n'est pas question de fiction, mais de fait. c'est tout juste si l'auteur interprète un peu les réactions chez les protagonistes. Seule la fin présente un argumentaire sur la culpabilité ou l'innocence des favorites du roi dans cette affaire.
Si les faits sont relatés chronologiquement et que l'écheveau de l'intrigue de dévoile petit à petit à mesure que la justice la découvre, l'histoire reste assez difficile à lire. Be aucoup trop de personnages sont impliqués pour tous les retenir, après quelques dizaines de pages la confusion guette. Certaines conclusions des enquêteurs manquent de clarté. Tout cela ne rend pas la lecture facile.
Alors même si ce livre m'a ouvert les yeux sur les pratiques de l'époque, le fonctionnement de la justice ou les jeux de pouvoir. Il reste que ce livre s'adresse plus à des amateurs éclairés ou des hommes de l'art qu'à un modeste oiseau curieux.
Lien : http://oiseauchanteur.blogsp..
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L'affaire des Poisons : chronique criminelle comme tant d'autres qui véhicula des fantasmes de complots ? Preuve d'un commerce non avouable et couru alors que le catholicisme français est encore dans une période de crise ? Véritable affaire d'État engageant des personnes hauts placées à la cour du Roi-Soleil ? C'est ce que Jean-Christian Petitfils tente de dénouer dans ce très intéressant essai rapportant une de ces affaires de l'Histoire de France qui défraie toujours la chronique. Il suffit de constater les productions culturelles qui en découlent, du Temps des Poisons de Juliette Benzoni à Angélique, Marquise des anges.

Pour prévenir les Babeliotes qui pensent trouver un texte romancé de cette Affaire, l'essai de Petitfils est bien historique : factuel, chronologique, exhaustif.

Pour ma part, j'ai été ravi de cette lecture, qui avait un peu de « Alain Decaux raconte ». On y suit pas à pas la procédure qui amena la cour de Louis XIV à se passionner mais aussi à craindre les éléments d'enquête. En effet, petits ou grands du pays sont des adeptes d'astrologie, de chiromancie, de recettes au but amoureux ou mortel, de pierre philosophale. Retour d'un paganisme dans une période où l'on pratique avec ferveur la religion et où on envisage le péché comme le pendant noir nécessaire à un équilibre. Alors, Dieu ou le diable, voire les deux, peu importe celui qui vous apportera fortune, réussite ou vengeance.

Quand Monsieur de la Reynie, responsable de la police à Paris, sur ordre de Louvois, commence à tirer la pelote de laine, la Justice découvre des ramifications qui vont bien au-delà des cours de miracle et des bas-fonds de la capitale. L'Affaire prend une telle ampleur que l'aristocratie tremble et le Roi s'inquiète d'autant que l'une de ses anciennes favorites est citée : la Montespan. En effet, la question ultime qui se pose est « a-t-on voulu attenter à la vie du monarque ? » Jean-Christian Petifils après une présentation compète de la procédure et une analyse des personnages impliqués vous présentera son hypothèse.

L'affaire des Poisons est une excellente chronique historico-judiciaire passionnante que vous ne lâcherez pas pour découvrir l'hypothèse de l'auteur, connu pour son excellente connaissance du Grand Siècle.
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Le règne du Roi-Soleil aura été marqué, en 1679, par une sordide affaire, restée dans les mémoires sous le nom d'Affaire des Poisons.

Jean-Christian Petitfils nous raconte les événements comme le ferait un inspecteur de police.

L'avant-propos pose le contexte rapidement, et présente les personnages en présence, les premières victimes - le Comte de Soissons, le contexte du procès de 1679, les substances utilisées - principalement l'arsenic, et l'investigateur : Gabriel Nicolas de la Reynie. Il explique aussi que le présent ouvrage tient ses sources d'importants documents cachés par La Reynie, et retrouvés complètement par hasard, sous des lames de plancher, Louis XIV ayant lui-même détruit de nombreuses pièces.

La première partie, "La Chasse aux Sorcières" est consacrée à raconter la vague d'empoisonnements et les premières affaires. Elle commence d'ailleurs avec la montée sur l'échafaud de la Brinvillers, à qui un chapitre entier est consacré : sa vie, ses crimes (elle a empoisonné son mari, son père et ses frères !!!), son arrestation et sa condamnation. On fait ensuite la connaissance de biens des personnes peu recommandables, et toutes plus ou moins en "relations" les unes avec les autres : La Grange, La Voisin et sa fille, Lesage et Guibert... On voit aussi comment Louvois, supérieur de la Reynie, essaie de profiter de l'affaire pour régler ses comptes avec le Maréchal de Luxembourg. Celui-ci, à la conduite admirable le temps que durera l'enquête, sera finalement lavé de tout soupçon, ainsi d'ailleurs que la Princesse de Tingry. Racine, accusé aussi, ne sera pas longtemps inquiété. Mais il se trouve que les empoisonneurs arrêtés avaient donné d'autres noms de nobles haut placés, dont Mme de Montespan et sa suivante, la Demoiselle à deux queues, la Des Oeillets, ainsi surnommée à cause de la façon dont elle attachait sa robe.

La seconde partie, le Secret d'Etat, s'intéresse aux affaires de la Cour, à la vie et à l'ascension de Mme de Montespan, aux rebondissements de l'enquête, et enfin la troisième partie, Un Mystère Historique, plus courte, est la conclusion, pour ainsi dire de Jean-Christian Petitfils.

Au-delà de cette vague de meurtres sans précédent, l'implication de Mme de Montespan a questionné beaucoup d'historiens. le comportement de Louis XIV, prompt à effacer les preuves, a rajouté du mystère au mystère. Les accusations étaient graves, messes noires avec sacrifices d'enfants tout de même ! Et lèse-majesté, car Mme de Montespan, en plus de tenter d'empoisonner ses rivales, lui aurait aussi fait lancer des sorts pour le maintenir amoureux et lui aurait administré divers aphrodisiaques...

Bref, si Jean-Christian Petitfils ne croit pas à la culpabilité de Mme de Montespan, sans pour autant l'angéliser, il met en lumière un autre personnage : la des Oeillets, qui elle aussi, a été honorée des faveurs du Roi, et avait beaucoup plus le profil que Mme de Montespan à se lancer dans ce genre de sombres aventures...

Un essai très intéressant, bien construit et bien documenté, pas toujours palpitant cependant : j'ai été gênée dans mon élan par plus d'une longueur... Mais bon, au final, un ressenti positif.
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L'affaire des poisons est un livre historique rédigé par Jean-Christian Petitfils édité par les éditions Perrin, historien. Cet auteur a déjà publié plusieurs livres sont un sur l'assassinat de Henri IV. J'ai reçu ce livre grâce a l'opération Masse Critique. L'affaire des poisons est un fait divers que j'affectionne beaucoup (j'ai toujours été passionnée par la sorcellerie, alors vous comprenez…) alors quand je l'ai vu dans la liste, je n'ai pas hésité une seule seconde. Ce livre porte donc sur l'affaire des poisons, normalement, c'est connu comme histoire, mais vu qu'un de mes camarades de classe, que je ne citerais pas, a cru que je lisais un roman, je vous fais un résumé (je ne peut pas appeler ca un synopsis).

1679, nous sommes en plein faste du règne du roi Louis XIV. Mais sous les belles parures et les beaux châteaux, éclate une affaire policière aux ramifications effarantes. On découvre un commerce de poisons (de poudres de successions) mais aussi d'ensorcellement, de messes noires (ces messes à l'envers pratiquées sur le corps nu d'une femme), d'avortements, de sacrifices humains, bref, la totale. Les accusés sont en premier lieu des personnes du peuple, mais bientot elles citent les noms qui fâchent. Notamment celui de Mme de Montespan la maitresse en titre du roi.

Le roman se partage en deux parties (enfin, trois si on compte les annexes). La première est une exposition de l'affaire, de manière plutôt chronologique, la deuxième partie fait la part belle aux analyses et aux thèses soutenues dans le milieu historique.

La première partie ne m'a pas appris énormément de choses, étant donné que je me suis intéressée depuis longtemps à cette affaire et que je la connaissais plutôt bien. Elle est en tout cas exposée de manière simple et compréhensive. Si vous ne connaissez pas, c'est la manière idéale d'aborder cette trouble période historique. Il faut dire que l'affaire dura trois bonnes années et créa un climat de suspicion dans le royaume.

Le récit est parsemé d'extrait de sources d'époques, et l'auteur expose les faits tout en émettant les réserves qu'il faut. On sent l'importance de l'affaire monter petit a petit, passant de simple affaire d'empoisonnement à affaire d'État. Les différents protagonistes de l'histoire sont présentés a leur tour, leurs origines. On notera notamment le rôle important de la Reynie le premier des inspecteurs de police si on peut dire. Obstiné et pas dupe, le monsieur a laissé de nombreuses sources permettant aux historiens aujourd'hui de reconstituer correctement le déroulement de l‘affaire des Poisons.

Cette affaire mets aussi en exergue les us et coutume de l'époque. Si vous ne connaissez pas bien l'époque, nul doute que vous apprendrez des éléments intéressants sur cette époque historique. le livre est accessible à tous, que vous soyez novice ou que vous ayez déjà une culture dans l'affaire, personne ne sera lésé. Il est évidemment passionnant de voir les trafics qui se déroulaient mais aussi les machinations et l'imagination des gens de l'époque, certes très chrétiens mais un christianisme somme toute très proche du paganisme.

L'auteur s'intéresse ensuite de manière objective à l'affaire. Il relève les erreurs qui ont rendu cette affaire si difficile à éclaircir, notamment la disparition prématurée d'une accusée d'importance, la Voisin. Entre cela, le fait que La Reynie soit passé à coté de certains éléments toute la lumière ne fut pas faite à l'époque, et la relecture par les historiens de notre siècle (ou de celui d'avant d'ailleurs) ont permis d'innocenter quelques personnes.

L'auteur reprend des thèses soutenues par des confrères, notamment certains défenseurs de la Montespan, il les analyse, et montre quels points sont faibles et quels points sont en effet fort troublants. Ceci dit, il ne statue pas, c'est à nous de faire notre opinion si on le veut. Il avance dans le tout dernier chapitre, après être revenu sur la mort de Mlle de Fontanges, une hypothèse plausible selon lui qui expliquerait plusieurs zones d'ombres. J'ai trouvé cette partie absolument passionnante. L'auteur fait preuve de recul et a fait un travail titanesque pour retrouver des notes parfois bien antérieures à l'affaire des poisons elle même.

On notera à la fin aussi une chronologie bien utile pour se repérer entre toutes ses dates, ainsi qu'une rapide biographie des personnages impliqués dans l'affaire, ainsi que de nombreuses notes et une bibliographie complète.

J'ai trouvé cette lecture tout a fait palpitante et la fin absolument passionnante. Petitfils rend palpitante cette enquête et ses parts d'ombres. Il a un style agréable et neutre comme il se doit dans ce genre de livres. Je vous le conseille que vous connaissiez ou non cette affaire. Je me procurerais peut être son ouvrage sur l'assassinat de Henri IV, qui ce coup ci est une affaire que je ne connais que partiellement.
Lien : http://ifisdead.net/livres/l..
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Je lis assez peu de livres historiques (à savoir un par an les années de pointe), mais j'ai le don de choisir des sujets pour le moins particuliers, comme "L'Affaire des Poisons, Crimes et Sorcellerie au temps du Roi-Soleil".

Jean-Christian Petitfils y rend tout d'abord compte de plusieurs faits divers, avec les procès retentissants de plusieurs empoisonneurs, précurseurs d'une enquête aux ramifications interminables.

Le 16 juillet 1676 est exécutée en place de Grève la Marquise de Brinvilliers (qui, par égard pour sa condition, aura simplement la tête coupée). Coupable d'avoir envoyé son père et ses frères au Paradis avant l'heure, la marquise est un personnage assez fascinant, dont les crimes ont été mis au point avec une rigueur et un calcul qui feront sans doute sourire les plus cyniques : ayant expérimenté un poison sur des animaux, "elle se fit alors infirmière bénévole, rendant visite aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, s'asseyant à leur chevet, sourire aux lèvres, et les réconfortant avec des tisanes aux vertus calmantes, des pâtés, un peu de vin ou des friandises, comme de la confiture de groseille" (p36). Lorsqu'elle peut enfin mettre en pratique ses talents d'empoisonneuse sur un sujet plus intéressant, la marquise se rend au chevet de son pauvre père et l'assiste avec une piété toute filiale alors qu'une maladie l'emporte brutalement, lui laissant tout de même le temps de "coucher sur son testament sa chère enfant". Plus tard, lorsqu'elle est arrêtée, elle tente de mettre fin à ses jours par divers moyens, dont un des plus curieux: "Elle s'était fichée un bâton, devinez-où, écrivait Emmanuel de Coulanges à Mme de Sévigné" (p44).

Ce cas constitue en quelque sorte une introduction avant que n'éclate le scandale de l'affaire des poisons. Suite à plusieurs arrestations et quelques séances de question extraordinaire, les langues se délient et les empoisonneurs dénoncent leurs complices, leurs rivaux et leurs clients, accusant plusieurs membres de la noblesse, y compris une suivante de Madame de Montespan, de s'être approvisionnés chez eux pour parvenir à leurs fins et, dans certains cas, pour s'approcher de la couche du Roi. Suivie par une commission d'enquête spéciale, l'affaire prend une importance inattendue.

Outre l'affaire en elle-même, qui ne manque pas d'intérêt, ce livre permet de découvrir l'époque de Louis XIV sous un autre angle, plus sociologique. On découvre ainsi une société extrêmement superstitieuse, qui se montre à l'Eglise le dimanche pour se rendre le lundi auprès d'une diseuse de bonne aventure quelconque, où l'alchimie est "pratiquée" au sein des différentes couches de la société. Les messes noires ne manquent pas et les complots familiaux sont eux aussi légion. Puisqu'il est facile de se procurer du poison, le réglement des conflits familiaux et l'élimination des rivaux ont une solutiont toute trouvée.

Au final, un livre qui se lit très facilement et qui offre un panorama assez complet sur le contexte dans lequel s'est déclenchée l'affaire des poisons, et sur les tenants et aboutissants de l'affaire en question. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à vous procurer ce texte !

http://www.myloubook.com/archive/2010/04/18/petitfils-affaire-poisons.html
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
Autre argument : Mme de Montespan était fort portée à la dévotion, au point de ne pouvoir s’adonner à de tels sacrilèges. C’est mal connaître la mentalité de ce siècle où mysticisme et démonolâtrie faisaient bon ménage. On croyait ardemment, sans trouble, avec une égale conviction, aussi bien en la Providence divine qu’en la puissance maléfique de Satan. Le sentiment religieux de la moyenne des contemporains se trouvait gâté par de naïves croyances héritées du paganisme et, en dégénérant, pouvait fort bien s’accommoder de répréhensibles pratiques superstitieuses. Le respect de la morale chrétienne n’était pas mieux établi. A la cour licencieuse du Roi-Soleil, on imaginait avec peine qu’être la maîtresse de son souverain fût un péché.
De même, en visitant les devineresses, les nécromants, les marchands de philtres ou les prêtres démoniaques, les dames de la Cour dans leur délire sensuel ne pensaient pas un instant commettre une faute grave. Une ignoble goule comme la Voisin trouvait sa conduite à peine contraire à la foi catholique. Elle avait « de la religion », cette paroissienne de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle ! Elle ne manquait jamais une messe, récitait consciencieusement des neuvaines pour ses futures victimes et ondoyait avec recueillement le malheureux petit enfant qu’elle allait abandonner à la lame de Guibourg !

Troisième partie. Un mystère historique
Chapitre XIV. L'énigme Montespan
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Elle ne manquait pas de courage, observait son confesseur, l’abbé Pirot, qui fut celui qui connut le mieux son âme ténébreuse, mais elle était inconstante, légère, « se rebutant quand on lui parlait souvent d’une même chose ». De plus, sensuelle, profondément perverse et vicieuse. Dans une confession manuscrite rédigée ultérieurement, elle avouera avoir été déflorée à l’âge de sept ans : terrible traumatisme physique et psychique, on l’imagine, qui explique sans doute en partie, comme le souligne sa dernière biographe, Jeanine Huas, son comportement déréglé. Elle s’accusa aussi d’avoir eu des relations incestueuses avec ses frères Antoine et François Dreux, ses futures victimes. De ses sept enfants, trois seulement étaient légitimes, les autres de deux ou trois de ses amants… Elle avait, il est vrai, l’excuse d’un mari volage et complaisant, grand coureur de tripots et de tavernes.

Première partie. La chasse aux sorcières
Chapitre I. Prologue du drame
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Guibourg se livrait à des pratiques où le sacrilège se mêlait à l’obscénité. Il était l’un des grands officiants des sorcières, détournant à des fins profanes les pouvoirs sacrés qu’il avait reçus de Dieu et se servant du surnaturel pour l’assouvissement de ses instincts. C’est ainsi que, pendant les offices, il glissait sous le calice des livres magiques, des poudres pour l’amour, des cartes, des dés, des cordes de pendu et même des poisons dans l’espoir d’activer leurs effets nocifs. Il disait des messes non pour obtenir la conversion des pécheurs, mais pour hâter leur fin.
Ce prêtre paillard, pervers, férocement sadique, récitait des « messes à rebours », ou messes noires, sur le corps dénudé de ses clientes. Pour plaire à Satan ou à Astaroth, ces sortes d’offices devaient être dits par séries de trois, espacés de quinze jours à trois semaines.

Deuxième partie
Chapitre IX
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Madeleine Guéniveau, veuve à vingt-neuf ans de Robert Minet, sieur de La Grange, receveur des aides et gabelles d’Anjou, était une belle femme brune de grande taille, dont l’énergie et la détermination se lisaient sur le visage. Son veuvage avait été pour elle une catastrophe. Son mari, en effet, avait été pendu pour recel de lampes volées à l’abbaye de Marolles en Hainaut, et tous ses biens confisqués. Elle se trouvait donc sans ressources. Mais elle ne manquait ni d’habileté ni de charme. Installée à Paris, elle eut tôt fait d’affoler un vieux et riche avocat au Grand Conseil, Me Jean Faurye, dont elle devint l’inséparable compagne. Leur aventure dura huit ans. Elle en profita largement, accumulant avec une avidité frénétique parures, bijoux et sacs d’écus. Ses mauvaises amies, les commères des bas-fonds de la capitale, qu’elle continuait à fréquenter malgré les remontrances indignées de son amant (les « gueuses » comme il les appelait), disaient qu’elle vivait « en reine ». Elle aurait voulu posséder un carrosse à six chevaux, comme une duchesse. Et pourquoi pas se faire recevoir à la Cour ? Mais Me Faurye commençait à se lasser de ses exigences. Il désirait se retirer dans son Périgord natal, et Madeleine Guéniveau était une maîtresse bien encombrante. Il n’eut malheureusement pas le temps de mettre son projet à exécution. En quelques jours, un mal mystérieux le faucha.

Première partie. La chasse aux sorcières
Chapitre II. Les premières arrestations
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Elle était en effet d’un commerce charmant, pimenté de délicieuses effronteries. Cela dura jusqu’au jour où Louis, à l’été de 1661, devint amoureux de sa belle-sœur, Henriette d’Angleterre, Madame, qui dansait divinement bien et rayonnait de grâce. La reine mère, Anne d’Autriche, s’inquiéta de cette idylle. Monsieur se montra jaloux. Le roi et Henriette convinrent alors de jouer la comédie du chandelier. Louis ferait mine de courtiser une demoiselle d’honneur de sa belle-sœur et pourrait ainsi se rendre à son cercle sans entretenir les médisances. Le choix tomba sur une petite Tourangelle de dix-sept ans, timide et effacée, légèrement boiteuse, Louise de La Vallière. Or, celle-ci nourrissait depuis longtemps une secrète passion pour le jeune monarque. Louis à son tour succomba aux charmes de cette blonde jeune fille aux yeux bleus et au doux sourire. Elle offrait un cœur pur et généreux, sincère et désintéressé. Bref, ils ne tardèrent pas à s’éprendre l’un de l’autre. Aimant le roi pour lui-même, elle ne demandait rien, ni terres, ni titres, ni bijoux, ni considération, comme l’eût fait la moindre dame de la Cour. Honteuse de sa position illégitime, la conscience troublée par le scandale qu’elle provoquait, mais ne pouvant s’éloigner de son amant, elle n’aspirait qu’à se dérober aux yeux de tous.

Première partie. La chasse aux sorcières
Chapitre IV. Révélations
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Vidéo de Jean-Christian Petitfils
https://www.laprocure.com/product/1412535/petitfils-jean-christian-jesus
Jésus Jean-Christian Petitfils, Vincent Ravalec (illustrateur) Éditions Fayard
« J'en ai profité pour actualiser le livre [Jésus, 2011] avec les derniers travaux, notamment dans tout ce qui a été fait à Nazareth par l'archéologue Ken Dark – on a retrouvé, on en est à peu près certains, la maison de Marie et Joseph, là où Jésus a vécu, donc à Nazareth – et puis, donc, de l'ouvrir à un public différent, peut-être plus vaste, par ces illustrations. Alors ces illustrations, en effet, elles sont nombreuses. Elles accompagnent le texte et elles ont pour but d'immerger le lecteur dans le texte, et ça a été conçu de cette façon-là par Vincent Ravalec [Illustrateur] et son équipe, qui travaille avec une équipe et qui a utilisé les mécanismes de l'intelligence artificielle. Mais je dirais que c'est une intelligence artificielle contrôlée, très contrôlée… »
©Jean-Christian Petitfils, pour la librairie La Procure Animation, Guillaume Vanier, libraire à La Procure
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