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Raymond Queneau (Préfacier, etc.)Gilbert Pestureau (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253006629
Éditeur : Le Livre de Poche (1992)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.88/5 (sur 1335 notes)
Résumé :
Voilà un coin de campagne où l'on a de drôles de façons... La foire aux vieux, par exemple. Curieuse institution! On sait bien aussi que tous les enfants peuvent voler comme des oiseaux dès qu'ils étendent leurs bras - mais est-ce une raison suffisante pour les enfermer derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus clos ? Le psychiatre Jacquemort se le demande - puis ne se le demande plus, car il a trop à faire avec la honte des autres, qui s'écoule dans ... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
lecassin
lecassin25 février 2013
  • Livres 5.00/5
« L'arrache coeur », le dernier roman de Boris Vian dont le flop en librairie provoqua son abandon de la carrière d'écrivain n'en est pas moins mon préféré. Une auto analyse ? Peut-être…une tentative de vengeance vis-à-vis d'une mère castratrice ? Peut-être…
Reste un village bien étrange et un psychanalyste, Jacquemort, arrivé là comme par hasard. Il débarque opportunément chez Angel et Clémentine qu'il aidera à accoucher de trois garçons : Noël, Joël et Citroën. Lorsque l'enfant paraît… vous connaissez la suite ; alors trois, enfantés dans la douleur… Clémentine développera un syndrome de rejet à l'encontre d'Angel.
Un village bien étrange disais-je : il y a bien le curé, comme dans tous les villages, mais on met les enfants en cage pour ne pas qu'ils volent après consommation de limaces bleues, on leur met des fers aux pieds, on organise une foire aux vieux… et puis Jacquemard, arrivé « vide d'émotions » au village, entend bien se remplir de celles des autres…
Il y a également le ruisseau… rouge ; le ruisseau dans lequel la Gloïre repêche le fruit de la honte des villageois qui le payent pour ça…
« L'arrache-coeur », un grand roman dans la lignée de « L'écume des jours » ; mais tellement plus noir, tout en restant poétique, onirique… Bref, du grand Boris Vian.


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olivberne
olivberne25 août 2012
  • Livres 5.00/5
L'arrache-coeur est le dernier roman de Vian, le plus sombre, le plus noir, celui où il jette tout son dégoût et sa hargne. Il règle ses somptes avec sa mère qui l'a trop couvé et montre jusqu'où l'amour maternel peut mener. le monde qui environne ce petit havre de paix qui se révelera aussi celui de l'horreur, ce monde est triste, glauque, avec la foire aux vieux et les apprentis qui sont battus. C'est tout de même un univers fascinant et révélateur de ce que vivait Vian qui écrivait aussi pour lui et pour s'analyser. Ce n'est pas le roman le plus facile à lire, il ne faut pas être dépressif (ou parent!), mais c''est un de mes préféré car il est unique, il crée une véritable histoire et il est bien écrit. Vian avait un projet de roman vers sa mort, celui-ci fut pourtant le dernier, qui lui fera tourner le dos à sa carrière de romancier.
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Myriam3
Myriam330 mai 2014
  • Livres 5.00/5
J'avais beaucoup aimé l'Ecume des Jours, puis l'Automne à Pékin, mais j'ai adoré l'Arrache-Coeur, que j'ai lu et relu pendant des années.
Dans ce roman flotte une atmosphère cauchemardesque, avec ses pauvres créatures, sa logique absurde et son merveilleux:
Un psychanalyste "vide", un homme - La Gloïre - qui doit digérer les hontes du village entier, des enfants qui volent dans le ciel, des limaces bleues magiques. Mais, surtout, cette mère tout d'abord "indigne " qui vit mal sa grossesse, s'occupe à peine de ses bébés -des trumeaux - avant de devenir une mère étouffante, obsédée par la santé de ses enfants pour qui elle prémâche de la viande crue avariée pour se racheter. Cette image m'avait fortement marquée adolescente mais vu de mon regard de maman, elle me touche différemment, et je me dis une fois encore que Boris Vian avait le génie d'évoquer des sentiments ou bien des comportements - la dépression post-natale ici - dans une écriture symbolique, onirique extrêmement émouvante et vraie.
Bien sûr, je ne parle pas de l'inventivité folle de Vian du point de vue lexical, ce qui est, en fait, la toute première chose qui m'a fait partir quand j'ai commencé ce livre! A quand, un nouveau Boris Vian dans notre littérature actuelle?
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Ambages
Ambages25 décembre 2015
  • Livres 5.00/5
« Je conteste, dit Jacquemort, qu'une chose aussi inutile que la souffrance puisse donner des droits quels qu'ils soient, à qui que ce soit, sur quoi que ce soit. »
Un livre magistral. Une écriture qui ébouriffe. Impossible de l'oublier.
La poésie, l'absurdité, la violence des sentiments déversés dans le ruisseau rouge de ce charmant petit village où les habitants « ont leur conscience pour eux » en font un roman d'une force incroyable. Rouge comme le sang, comme le feu du maréchal-ferrant, rouge comme la honte.
Des constats qui font peur : « On ne reste pas parce qu'on aime certaines personnes ; on s'en va parce qu'on en déteste d'autres. Il n'y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches. ».
Une vision effrayante de l'amour maternel. Tout commence par le sexe, tel que décrit par Vian est loin de l'image romantique. Puis la naissance, violente. « La douleur la violait ». le lien entre la sexualité et l'enfant source de douleur, non désiré à cet instant précis par la mère me semble inscrit dans cette phrase. D'autant que Clémentine est enceinte de trumeaux, (« des trumeaux ? des jumeaux et un isolé. ») Doit-on se venger de ceux -l'homme, la femme elle-même et l'enfant- à l'origine de cette douleur ? Se donner bonne conscience en s'avilissant pour l'amour d'un être ? « Réparation ne se résout pas en pardon » écrira Vian. Apprendre à un enfant à s'envoler, ne pas le maintenir dans une cage sous le prétexte fallacieux de vouloir son bonheur. Lutter contre ses peurs, être honnête avec soi-même. Peut-être un début de réponse... Point d'amour sans liberté. Clémentine a besoin d'un médecin toutefois seul un psychiatre sera présent au moment de l'accouchement. Je ne suis pas certaine qu'elle soit entre les mains du plus compétent, Jacquemort.
Je me suis régalée de cet humour particulier de Vian « Jacquemort remonta, cogitant. Donc il était. Mais que lui » et de ses fantaisies quand il ose un ''voir ci-dessus'' décidant que le ''nous'' ne convient pas et qu'il faut un ''je'' dans un paragraphe : « je trouve... (voir ci-dessus). »
Boris Vian peut tout dire avec ses mots. Voilà un livre qui ne laisse pas indemne. Je me suis sentie bousculée en le lisant car il touche au fond de l'âme, à nos peurs. Vous avez raison les enfants, « Les questions des grandes personnes, c'est réellement insensé. » et il est utile de nous le rappeler pour que les réponses qu'on vous apporte le soient moins.
- T'as fait tes devoirs ?
- T'inquiète maman, je gère
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araucaria
araucaria18 mars 2013
  • Livres 3.00/5
Toujours la recherche de nouveaux mots et des situations étranges dans ce roman de Boris Vian. Pourtant cette fantaisie est teintée de tristesse, de désespérance. Ce livre m'a semblé sombre et je l'ai moins apprécié que d'autres titres du même auteur.
Lien : http://araucaria.20six.fr
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Citations & extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
Marti94Marti9431 janvier 2016
- Mes enfants et moi, c'est la même chose, dit Clémentine. Je les aime tant.
- Vous avez une drôle de conception du monde, dit il.
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Marti94Marti9431 janvier 2016
- Ne faites pas cette gueule-là, dit Angel. Vous me rendez malade. Dirait-on pas que vous perdez un ami !
- C’est le cas, dit Jacquemort. Je vous aime bien.
- Ben moi aussi, dit Angel. Mais vous voyez, je m’en vais quand même. On ne reste pas parce qu’on aime certaines personnes ; on s’en va parce qu’on en déteste d’autres. Il n’y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches.
- Je ne sais pas si c’est de la lâcheté, dit Jacquemort, mais ça me fait de la peine.
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annieannie21 août 2008
A quoi bon soulever des montagnes quand il est si simple de passer par dessus?

C'est drôle comme les gens qui se croient instruits éprouvent le besoin de faire chier le monde.

C'est les jeunes qui se souviennent. Les vieux, ils oublient tout.

Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le bonheur de tous les hommes c'est celui de chacun.

Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante.

Du temps que les femmes ne votaient pas, on faisait la guerre pour elles. Maintenant qu'elles votent, on la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès?

Il est évident que le poète écritSous le coup de l'inspiration
Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien.

Il vaut mieux être déçu que d'espérer dans le vague.

Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça?

Je ne veux pas gagner ma vie, je l'ai.

L'homme est une prison où l'âme reste libre.

Le génie est une longue patience, c'est une réflexion de génie pas doué.

Le malheur avec un type intelligent, c'est qu'il n'est jamais assez intelligent pour ne pas se dire qu'il est le plus intelligent.

Le propre du militaire est le sale du civil.

Le ridicule ne tue nulle part mais, aux U.S.A., il enrichit drôlement.

Le travail est l'opium du peuple... Je ne veux pas mourir drogué!

Les gens sans imagination ont besoin que les autres mènent une vie régulière.

Les oiseaux sont responsables de trois au moins des grandes malédictions qui pèsent sur l’homme. Ils lui ont donné le désir de grimper aux arbres, celui de voler, celui de chanter…

Les prophètes ont toujours tort d'avoir raison.

L’absurdité des batailles qui sont des batailles de mots mais qui tuent des hommes de chair.

N’importe quoi, sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas.

On commence à avoir des malheurs quand on a cessé de ne penser qu'à soi.

Supprimez le conditionnel et
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Marti94Marti9431 janvier 2016
Je veux me remplir. C’est pourquoi je psychanalyse les gens. Mais mon tonneau est un tonneau de Danaides. Je n’assimile pas.
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EffeLouEffeLou17 octobre 2014
"Je ne sais pas où sont Noël, Joël ni Citroën. En ce moment ils peuvent être tombés dans le puits, avoir mangé des fruits empoisonnés, avoir reçu une flèche dans l'oeil si un enfant joue sur le chemin avec une arbalète, attraper la tuberculose si un bacille de Koch se met en travers, perdre connaissance en respirant des fleurs trop parfumées, se faire piquer par un scorpion ramené par le grand-père d'un enfant du village, explorateur célèbre revenu récemment du pays des scorpions, tomber d'un arbre, courir trop vite et se casser une jambe, jouer avec l'eau et se noyer, descendre la falaise et trébucher et se rompre le cou, s'écorcher à un vieux fil de fer et contracter le tétanos ; ils vont aller au fond du jardin et retourner une pierre ; sous la pierre il y aura une petite larve jaune qui va éclore instantanément, qui va s'envoler vers le village, s'introduire dans l'étable d'un méchant taureau, le piquer près du nase ; le taureau sort de son étable, il démolit tout: le voilà qui part sur le chemin dans la direction de la maison, il est comme un fou et il laisse des touffes de poils noirs dans les virages en s'accrochant aux haies d'épine-vinette ; juste devant la maison, il se rue tête baissée contre une charette lourde tirée par un vieux cheval à moitié aveugle. Sous le choc la charrette se disloque et un fragment de métal est projeté en l'air à une hauteur prodigieuse : c'est peut-être une vis, un boulon, un écrou, un clou, une ferrure de brancard, un crocher de l'attelage, un rivet des roues, charronnées puis brisées, réparées au moyen d'éclisses de frêne taillées à la main et le morceau de fer monte en sifflant vers le ciel bleu. Il passe par -dessus la grille du jardin, mon Dieu, il retombe, il retombe et en tombant effleure l'aile d'une fourmi volante et l'arrache, et la fourmi mal dirigée, perdant sa stabilité, vague au-dessus des arbres comme une fourmi abîmée, s'abat soudain dans la direction de la pelouse, mon Dieu, il y a là Joël, Noël et Citroën, la fourmi tombe sur la joue de Citroën et, rencontrant peut-être des traces de confiture, le pique...
-Citroën ! Où es-tu ?
Clémentine s'est précipitée hors de sa chambre, et criait, hors d'elle tout en descendant l'escalier au grand galop. Dans le vestibule, elle se heurta à la bonne.
-Où sont-ils ? Où sont mes enfants ?
- Mais ils dorment, répondit l'autre, l'air étonné. C'est l'heure de leur sieste.
Eh bien oui, ce n'est pas arrivé cette fois : mais c'était parfaitement plausible."
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