> Gilbert Pestureau (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253140872
Éditeur : LGF - Livre de Poche (2002)


Note moyenne : 4.06/5 (sur 994 notes) Ajouter à mes livres
Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un « nénuphar » qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme « le plus poignant des romans d'amour contemporains. »
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 26 juin 2010

    vincentf
    A la fois la plus débridée des fantaisies verbales et la plus implacable des tragédies, ce roman se savoure entre sourire et terreur, mélange d'amours adolescentes, presque mièvres, toutes simples, de satire anti-partrienne et de cynisme.
    Le monde de Boris Vian semble issu d'une imagination enfantine qui aurait vécu toutes les péripéties de la vie et ne parviendrait pas à y piger grand chose, sinon que tout ne se déroule pas comme on le voudrait. Des personnages plus qu'ordinaires se retrouvent dans un monde farfelu qui leur est familier mais qui leur échappe sans cesse parce que "les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent", l'appartement de Colin se rapetissant de lui-même à mesure que l'argent s'en va et que le nénuphar pousse dans les poumons de Chloé, tragédie loufoque qui montre, de manière somme toute assez banale, la force de l'amour.
    Faut-il voir là derrière des symboles ? Surtout pas. Ce serait réduire la création d'un monde verbal foisonnant à une sorte d'allégorie de la maladie, le nénuphar, image ô combien parlante de la souffrance, se retrouvant simple virus invisible, ou à une fable moralisante dénonçant le sort injuste des pauvres, mais L'Écume des jours, si ça a cette dimension, ça reste un bouquin qui chante sur des airs de jazz la vie dans ce qu'elle de plus déluré et de plus créatif. On a l'impression de marcher dans un dessin d'enfant, peuplé de machines bizarres, comme ce fameux pianocktail, qui compose les cocktail à partir des airs joués par le pianiste, et d'animaux saugrenus, comme ces anguilles qu'il faut attraper quand elles sortent du robinet; ça fait un bien fou même si le malheur vient s'introduire subrepticement et noircir un dessin qui reste, comme les personnages du roman, d'une naïveté et d'une innocence sans borne, incapable de survivre à la maladie qu'il porte en lui, parce que le langage ne perçoit pas qu'il porte à l'intérieur même de ses créations les plus vivifiantes le germe de la destruction d'un monde de papier par définition aussi fragile qu'une jeune fille portant sur son poumon un nénuphar.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 27 mai 2011

    brigittelascombe
    A vous de lire 2011
    Boris
    Voilà. Je suis fan de vous.
    -Moi? Vous? Qui es tu toi?
    -Ben voilà, y a bien longtemps, j'étais toute petite, petite, c'était le 11 juin 59, lors d'une fête, terrasse de la Cité Véron, je crois. Calée dans l'une des poches d'Henri Salvador je me nourrissais de rires, car, quand ce zouave délirait pour vous pondre quelques Chansons c'était du sacrément bon. Donc, j'étais là et je vous ai vu et excusez moi du peu,là, je suis tombée en pamoison!
    Vous aviez, si je ne m'abuse mangé du requin, pas celui du gros matou coincé qui peine à chasser l'écume de vos jours.Non, du votre, un peu marteau sur les bords, une chair des plus succulentes!
    Un flash a alors traversé mon cerveau de souris agonisante, une évidence s'est imposée. Comment ce bison ravi qui joue du cor à gidouille en l'honneur du Père Ubu peut il sciemment suicider la souricette grise à moustaches noires? Elle est pas belle la vie?
    Alors, j'ai décidé de grimper sur les têtes enturbannées des onze petites aveugles de l'orphelinat Jules l'Apostolique. le destin broyé de la future chair à paté s'écrirait sans doute différemment.
    J'aime les bonnes fins genre conte de fées. Vous l'adepte du merveilleux, le fantaisite, vous alliez me concocter ça, c'était sûr!
    Faut remonter le temps sur votre "avion-oiseau".
    D'abord, on déterre Chloé. Je suis pas trop directive au moins? Faut me le dire autrement!
    On distribue trompettes et batterie aux croque morts. Vous savez ceux qui chantent "A la salade", cercueil ancré sur leurs épaules?
    Je propose un boeuf à réveiller les trucidés. On forme un orchestre genre "Accord band bis". Pigé?
    Colin, du coup prend conscience de l'existence de Jésus, ôte les clous un par un, la couronne d'épines par la même occasion et ô miracle, la belle au bois dormant reprend gout à la vie.
    C'est pas trop niais mes propositions au moins? Faut me le dire franchement, je ne me vexerai pas.
    Donc, retour dans la chambre. Ca manque d'air, là dedans, on étouffe avec tous ces nénuphars. Là faut faire intervenir votre chienne Sukette, Henri m'a confié qu'elle machouille tout ce qui lui tombe sous la patte.
    Et puis ces nénuphars, stop! C'est trop cher! Combien de doublezons au juste? Enfin, ce Colin vous l'avez ruiné quasiment, à offrir des bouquets à tire larigot.
    A la rigueur une orchidée blanche sur peau diaphane, je vous l'accorde, mais juste une histoire de redonner du rouge aux joues de notre Blanche neige à la peau diaphane.
    Et là coup de théatre, on ranime Chick. Les pompers c'est fait pour. Ils enlèvent L'arrache coeur des mains d'Alise, c'est dangereux ce genre de bidouille, ça te crève un Jean Sol Partre en un tour de mains. Vous avez pas honte de zigouiller votre ami? C'est un engagé mais la culture française et les intellos à ses basques vous le feront payer cher. le surréalisme est il au gout de tous les philosophes? C'est à voir!
    Trêves de parlottes en l'air!
    Faut rhabiller Alise. Un strip tease sous les yeux d'un Colin dépressif, c'est immoral. Je vous assène mes vérités comme je les pense.
    Ah ??? C'était pour secouer Chloé? La sortir de sa léthargie? Bon, c'est compliqué, toutes vos histoires de couples, j'y comprends pas grand chose!
    Enfin, la malade respire mieux. Au grand dam du docteur Mange manche qui doutait de son pronostic vital. Echec au roi! Vous êtes un bon joueur d'échecs m'a confié Henri, alors votre corps médical faut le faire moins dubitatif autrement c'est foutu!
    Une dernière chose, j'ai beaucoup apprécié votre pianocktail et son blues of vagabond, je me suis sentie heureuse aux côtés de Colin, heureuse jusqu'au fond de l'âme.Les notes aériennes m'ont touchée. Ah la clarinette de Barry Bigard! L'extase!
    Voilà, j'ai vu de mes yeux vu dans ma boule, le bonheur s'installer à nouveau.
    Et si vous repreniez tout page 82 au moment du mariage où Colin et Chloé émerveillés regardent la parade du Religieux, du Bedon, du Chuiche et des deux sous Chuiches?
    Voilà! Vous en pensez quoi de mes propositions, vous le maitre du déroutant et de l'absurde? Vous aimez Walt Disney?J'aurai droit à un tour de Morgan?
    Amicalement.
    Signé une fan inconditionnelle.
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    • Livres 5.00/5
    Par EFar, le 29 juillet 2011

    EFar
    Ce drôle de livre je l'ai lu plusieurs fois, et il m'a balladé à chaque fois entre rire et angoisse. Il m'a aussi alourdi de quelques images d'une force rare, et qui ne me quittent plus.
    Il y a des livres avec lesquels je me crois au cinéma. Avec L'Écume des jours, c'est un peu particulier : ce serait une sorte de film d'animation couché sur le papier. Tout le meilleur de l'animation me semble là : les inventions foisonnantes, aux visuels marquants ; l'absurde qui rôde ; le louvoyage du comique au tragique, de la poésie au futile ; et bien sûr ces images qui s'ancrent au fond de la tête pour ne plus en sortir - comme le Nénuphar s'ancre dans le corps de Chloé. Je pense parfois encore à ces fusils nourris de chaleur humaine et qui s'ornent de roses quand Colin les alimente.
    Dans ce monde excessif et déboussolé Boris Vian installe un peu de stabilité. le premier, c'est peut être l'amour adolescent, naïf, entier de Colin pour Chloé. Un amour qui semble figé par le temps, qui ne prend pas une ride au cours du récit. L'autre c'est la lente croissance du Nénuphar, tranquille dévoreur de vie. Amour et mort dans un monde affolé et absurde, c'est peut-être l'après guerre vue par Boris Vian.
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    • Livres 3.00/5
    Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 25 mars 2010

    Juste-Lire-Avec-Plaisir
    Comme vous le savez sûrement, Boris Vian a toujours eu un style d'écriture bien particulier. Une écriture bien à lui. Une écriture qui parfois nous fait plonger dans un livre et d'autres fois nous tient à distance. L'Écume des jours m'a plutôt tenu à distance. Pourtant, il ne m'a pas déplu pour autant. Malgré avoir été dérangée parfois par le côté décalé du livre, l'histoire d'amour entre Chloé et Colin est très touchante. L'auteur décrit très bien les sentiments de Colin envers la femme qu'il aime, on ressent fortement qu'il serait prêt à tout pour elle.
    Cependant, ce côté décalé fait parfois toute la splendeur de ce livre, il lui donne de la légèreté ou de la gravité selon les moments. Il fait souvent ressentir les sentiments. Comme par exemple, les pièces qui rétrécissent au fur et à mesure que la douleur s'installe, j'ai trouvé que c'était une image très forte. Car lorsque l'être aimé ne va pas bien, plus rien ne semble avoir d'importance. Tout semble étroit, fade et l'on aimerait qu'une seule chose, que cette personne aille mieux.
    Je pense le relire un jour, dans d'autres circonstances pour pouvoir peut-être mieux l'apprécier.
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    • Livres 5.00/5
    Par kathy, le 15 janvier 2012

    kathy
    Un roman, un conte, de la musique, de la magie, du fantastique, de l'humour, de la poésie : L'écume des jours est tout cela à la fois.
    Lu adolescente… , j'avoue qu'il m'aura fallu du temps pour apprécier ce genre de littérature et vaincre mes résistances … Mais je crois que ça y est ! Je suis tombée dans la marmite…
    Recette pour y tomber ??!! :
    Il s'agit de lâcher prise, d'accepter de perdre ses repères et de s'immerger dans ce monde « absurde » où les murs bougent, les cravates refusent de se laisser nouer, les anguilles se pêchent dans les éviers et les souris trottent dans le couloir … Et puis, au milieu de ce monde surréaliste et « foutraque », une histoire d'amour, entre Chloé et Colin, que Boris Vian nous livre avec délicatesse et sensibilité, où l'insouciance de la jeunesse et l'insolence de l'amour laisseront, peu à peu, place à l'incohérence, l'absurdité et la cruauté de la vie, bref à une virulente critique sociale
    Ne passez pas à côté de ce tourbillon de sensations. Goûtez (sans modération) et enivrez-vous !
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Citations et extraits

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  • Par kathy, le 14 janvier 2012

    Devant l'église, on s'arrêta, et la boîte noire resta là pendant qu'ils entraient pour la cérémonie. Le Religieux, l'air renfrogné, leur tournait le dos et commençait à s'agiter sans conviction. Colin restait debout devant l'autel.
    Il leva les yeux : devant lui, accroché à la paroi, il y avait Jésus sur sa croix. Il avait l'air de s'ennuyer et Colin lui demanda :
    - Pourquoi est-ce que Chloé est morte?
    - Je n'ai aucune responsabilité là-dedans, dit Jésus. Si nous parlions d'autre chose...
    - Qui est-ce que cela regarde? demanda Colin.
    Ils s'entretenaient à voix très basse et les autres n'entendaient pas leur conversation.
    - Ce n'est pas nous, en tout cas, dit Jésus.
    - Je vous avais invité à mon mariage, dit Colin.
    - C'était réussi, dit Jésus, je me suis bien amusé. Pourquoi n'avez-vous pas donné plus d'argent, cette fois-ci?
    - Je n'en ai plus, dit Colin, et puis, ce n'est plus mon mariage, cette fois-ci.
    - Oui, dit Jésus.
    Il paraissait gêné.
    - C'est très différent, dit Colin. Cette fois, Chloé est morte... Je n'aime pas l'idée de cette boîte noire.
    - Mmmmmmm... dit Jésus.
    Il regardait ailleurs et semblait s'ennuyer. Le Religieux tournait une crécelle en hurlant des vers latins.
    - Pourquoi l'avez-vous fait mourir? demanda Colin.
    - Oh!... dit Jésus; N'insistez pas.
    Il chercha une position plus commode sur ses clous.
    - Elle était si douce, dit Colin. Jamais elle n'a fait le mal, ni en pensée, ni en action.
    - Ca n'a aucun rapport avec la religion, marmonna Jésus en bâillant.
    Il secoua un peu la tête pour changer l'inclination de sa couronne d'épines.
    - Je ne vois pas ce que nous avons fait, dit Colin. Nous ne méritions pas cela.
    Il baissa les yeux. Jésus ne répondit pas. Colin releva la tête. La poitrine de Jésus se soulevait doucement et régulièrement. Ses traits respiraient le calme. Ses yeux s'étaient fermés et Colin entendit sortir de ses narines un léger ronronnement de satisfaction, comme un chat repu.
    A ce moment, le Religieux sautait d'un pied sur l'autre et soufflait dans un tube, et la cérémonie était finie.
    Le Religieux quitta le premier l'église et retourna dans la sacristoche mettre de gros souliers à clous.
    Colin, Isis et Nicolas sortirent et attendirent derrière le camion.
    Alors, la Chuiche et le Bedon apparurent, richement vêtus de couleurs claires. Ils se mirent à huer Colin et dansèrent comme des sauvages autour du camion. Colin se boucha les oreilles mais il ne pouvait rien dire, il avait signé pour l'enterrement des pauvres, et il ne bougea même pas en recavant les poignées de cailloux.
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  • Par Reka, le 21 février 2009

    Je lui ai demandé si elle aimait Jean-Pol Partre, elle m'a dit qu'elle faisait collection de ses oeuvres... Alors je lui ai dit "Moi aussi..." et chaque fois que je lui disais quelque chose, elle répondait "Moi aussi...", et vice-versa... Alors, à la fin, juste pour faire une expérience existentialiste, je lui ai dit : - "Je vous aime beaucoup" et elle a dit "Oh !"
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  • Par June-S, le 19 juin 2010


    -Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent.

    - Il me faudra des mois, des mois, pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou...
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  • Par skyso, le 23 février 2010

    Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir, parce que la lumière me gêne.
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  • Par ChezLo, le 20 décembre 2010

    Colin, debout au coin de la place, attendait Chloé. La place était ronde et il y avait une église, des pigeons, un square, des bancs, et, devant, des autos et des autobus, sur du macadam. Le soleil aussi attendait Chloé, mais lui pouvait s’amuser à faire des ombres, à faire germer des graines de haricot sauvage dans les interstices adéquats, à pousser des volets et rendre honteux un réverbère allumé pour raison d’inconscience de la part d’un Cépédéiste.
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