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> Gilbert Pestureau (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253140872
Éditeur : Le Livre de Poche (2002)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.94/5 (sur 4165 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un "nénuphar" qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme "le plus poignant des romans d'amour contemporains".»
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Ptitgateau, le 05 juin 2013

    Ptitgateau
    Vian à été et reste l'un de mes auteurs préférés : je me suis toujours délectée de ses fantaisies littéraires, et je m'aperçois en le lisant, quelques trente ans après la première lecture de cette œuvre grandiose que mon attitude face à ce texte, n'a pas changé, je reste à l’affût du moindre jeu de mot, de la moindre situation cocasse, de la plus petite invention de ce génie du surréalisme, de ce "Picasso littéraire" qui, à l'instar du grand peintre dont la peinture doit être décryptée, interprétée, analysée, ne se prive pas de bousculer les habitudes du lecteur, peut se permettre des extravagances qui ne sont pas données à n'importe quel écrivain qui ne se serait pas réclamé du surréalisme et qui ne serait pas parvenu à cette maîtrise de la langue permettant ces prouesses (...)
    Pourquoi j'aime Vian ? je répondrai à cette question par une question : pourquoi j'apprécie tout autant Queneau, Caroll, Italo Calvino : parce que j'aime en les lisant, partir dans un monde ou l'imagination permet tout, les histoires n’ont que faire de la réalité, ou les objets, les animaux ne sont pas différents de nous, ou les mots prennent la valeur qu'on veut bien leur donner.
    Que voir dans l’écume des jours ? des représentations Vianesque de la vie, de l’amour, de la mort : le travail est envisagé comme une exploitation des individus et le côté inhumain en est dénoncé, la religion est l’affaire d’hommes cupides qui déploient leur énergie dans le cas du mariage de Chloé et Colin qui dispose de richesses suffisantes pour satisfaire les hommes d’Eglise.
    L’amour est envisagé sous des aspects divers : amour incestueux entre Nicolas et Isis, amour platonique voir impossible entre Chick et Alise, Amour avec un grand A entre Colin et Chloé, On peut d’ailleurs y voir un certain pessimisme de Boris Vian puisque cet amour vrai sera détruit par la mort.
    La mort : elle est invincible, destructrice, inéluctable, elle vient détruire ce qui est beau, l’atmosphère du roman change lorsqu’elle devient omniprésente et étend son action sur l’environnement : les carreau se ternissent, l’escalier devient de plus en plus étroit, le plafond descend, un personnage se met à vieillir. Elle est aussi envisagée en fonction de la relation que les personnages ont créée entre eux : La mort du quidam de la patinoire,du chef d’orchestre, des libraires ou même de Jean Sol Partre considéré du point de vue d’Alise devient banale et sans intérêt.
    Je comprends les personnes qui peuvent avoir des difficultés pour rentrer dans ce genre de roman, le surréalisme, ça passe ou ça casse, il faut chercher au-delà des faits, des descriptions, des fantaisies, je dirais même pour venir à bout d’une telle œuvre, il faudrait la lire et la relire afin de maîtriser tous ses aspects.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ode, le 31 mars 2013

    Ode
    Que dirait Boris Vian en apprenant que "L'écume des jours" figure désormais parmi les classiques de la littérature française que l'on étudie en classe ? Quelle ironie du sort pour celui qui tenait tant à s'en démarquer !
    Replaçons-nous dans le contexte de l'époque. En 1947, "L'écume des jours" tombe comme un ORNI* dans le paysage littéraire : une histoire farfelue mettant en scène des duos amoureux étonnamment modernes pour l'après-guerre, des néologismes à foison et une caricature outrée des structures sociales et des courants de pensée de l'époque. Les personnages évoluent dans une ambiance tour à tour lumineuse ou glauque, mais toujours étrange, selon une chorégraphie aussi imprévisible qu'un solo de jazz.
    Certes, ce n'est pas le roman le plus contestataire ni le plus choquant de Boris Vian ; "l'Arrache-Cœur", ou "J'irai cracher sur vos tombes", par exemple, sont en ce sens plus marquants. Ici, l'auteur cultive l'absurde pour lancer diverses piques sur l'organisation du travail, la religion, le pouvoir de l'argent et la société de consommation. Citons pour cela le personnage de Chick, l'ami de Colin : tellement obsédé par son adoration compulsive pour Jean-Sol Partre (l'avatar romanesque de Sartre), il en oublie tout le reste, au grand désespoir de sa fiancée Alise qui n'hésitera pas à se venger dans les grandes largeurs.
    Or avec le temps, l'étrangeté des situations a pris une dimension onirique et le vernis de rébellion s'est écaillé au profit d'une poignante histoire d'amour et d'amitié. Ce thème universel a créé la légende du roman, suscitant par la suite l'engouement croissant des lecteurs. Car ce dont on se souvient toujours, même des années après la lecture, c'est bien que Colin aime Chloé, et réciproquement !
    On ne peut qu'être touché par ce premier amour, pur, débordant et malheureux, car ravagé par la maladie et la présence oppressante de la mort. le nénuphar qui dévore les poumons de Chloé étouffe en même temps leur bonheur. Colin se ruine pour acheter les fleurs censées la soigner, tandis que le chagrin rétrécit et assombrit inexorablement leur logement. Les adolescents se reconnaîtront dans ce parcours initiatique qui mène à l'âge adulte, à ses responsabilités et à ses drames face à la cruauté de l'existence.
    Comme un fauve qui se laisse apprivoiser, ce roman fantasque est ainsi devenu un classique malgré lui. Joliment rééditée en poche pour quelques "doublezons", cette Love Story extravangardiste** n'a pas fini de remuer ses lecteurs.
    ------
    (*) Objet Romanesque Non Identifié
    (**) Extravagante et avant-gardiste
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    • Livres 4.00/5
    Par claudia_tros_cool, le 16 septembre 2012

    claudia_tros_cool
    L'Écume des Jours cet ovni littéraire qui a conquis et bouleversé tant de personnes...je l'ai enfin lu. Après une préparation mentale conséquente j'ai réussis à me décider. Sachant que ce roman était plus que simplement surréaliste je me suis dit que je prendrai au troisièmes degré les choses bizarres qui arrivent. Quand on arrive à comprendre et à voir plus loin que ce monde burlesque ou tout est différent et surréaliste on peut se plonger dans une belle et tragique histoire. 
    On a Colin un jeune homme riche qui n'a jamais travaillé et possède beaucoup de bien qui tombe amoureux du jour au lendemain de Chloé. 
    Il y a Chloé la femme douce et  rêvé de Colin qui revête le visage de l'amour. 
    Il y aussi Chick amoureux de Jean-Sol Partre qui dépense tous ses biens pour ses œuvres. 
    Et Alise adoratrice de Partre aussi mais raisonnée qui décide d'aimer Chick malgré son obsession. 
    On a aussi Isis et Nicolas un personnage assez étrange, un fidèle cuisinier un peu trop respectueux des civilités. 
    Tout aurait été bien dans le meilleure des mondes et dans chacune des vie si Chloé n'était pas tombé malade pendant sa lune de miel. À partir de la le titre de l'œuvre prends toute son importance. 
    La mort, le cancer, prend la forme d'un nénuphar juché dans les poumons de Chloé. Colin le mari parfait qui aime Chloé comme peu d'homme aimerait leur femmes fait tout pour qu'elle guérisse il perds son argent dans l'achat des fleurs, doit travailler, vendre ses biens. 
    À partir du moment ou Chloé tombe malade tout chavire pour tout le monde, l'écroulement des lieux qui ne cessent de changer en est le symbole. 
    Dans un monde étrange surréaliste ou les poulpes sortent du lavabo, les piano font des cocktails, les gens meurt sur la glace, les airs de Jazz prennent vies, les crimes sont impunis et naturelles, les animaux parlent , les aliments sont tout à fait étrange, les technologies et la médecines sont d'un tout nouveau genre, les maladies sont des nénuphars, les pièces se transforment...
    Dans ce monde la seul l'amour absolu persiste malgré toutes les horreurs. Voilà ce que l'on retiendra de ce livre. 
    Je ne sais pas si l'auteur y avait pensé - autant dire qu'avec un livre aussi spéciale chacun peut en avoir son interprétation - il a décrit aussi le caractère obsessionnelle de la passion qui ne peut que mal tourner. Pour Chick- Partre- Alise cela me semble évident. Chick est si obssedé par la collection de tous les Jean Sol Partre qu'il en oublié d'aimer Alise et de payer ses impôts. Alise devient folle et commet des actes fou et irréfléchis. 
    Quant à Colin c'est son amour fort et obsédé pour Chloé qui va le ruiner, le faire vieillir et puis à la fin le rendre malheureux. 
    La critique des instituions religieuse à la fin est cinglantes pire que dans tout ce que j'avais pu lire auparavant sur les prix des enterrements. 
    La fin est d'ailleurs bouleversantes pour tous les éléments cités mais surtout le dernier, c'en est tragiquement écœurant. 
     En somme Boris  Vian à écrit une histoire d'amour tragique et inoubliable que j'ai apprécié et lu très vite. J'aurais sûrement préféré et classé ça dans mes chef d'œuvre si l'aspect surréaliste-fantastique-Étrange n'avait pas été si présent. À vrai dire je ne suis pas très à l'aise avec ça, je trouve aussi que ça enlève du sérieux à l'histoire pourtant si touchante. En tous cas pour un premier Boris Vian je crevais de peur de ne pas aimé, j'ai e tord. Je compte bien en lire d'autres comme L'Arrache-Cœurs et J'irai cracher sur vos tombes. 
    Ps : une adaptation est prévu pour avril 2013 avec Audrey Tautou, Romain Duris, Omar Sy, Gad Elmaleh...je ne sais ce que ça donnera sur l'écran, à découvrir.
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    • Livres 4.00/5
    Par mellah, le 02 juillet 2013

    mellah
    Du vrai réalisme dans un univers surréaliste, rythmé par le jazzman Duke Ellington et nourri par Nicolas, le cuisinier de colin qui est le cousin d'alise, l'amant d'Isis et l'adepte de Jules Gouffé. .La vie n'est pas toujours en rose et les histoires d'amours qui finissent bien se font rares à cause des difficultés du quotidien.
    Boris Vian nous entraîne dans un univers surnaturel, voire fantaisiste, pour nous peindre la vie quotidienne avec beaucoup d'humour et des personnages simples et banales loin des héros rêvés du romantisme.
    L'auteur y traite l'amour avec plusieurs dimensions et définitions :
    L'amour passionnel entre Chloé et Colin, l'amour platonique entre Chick et Alise et l'amour impossible entre Nicolas et Isis.
    Un malheur ne vient jamais seul, les économies de Colin se rétrécissent après une vie aisée a outrance , Chloé est atteinte d'une pneumonie meurtrière, un nénuphar dans les poumon . Un Cancer ? Que Dieu vous en garde. Il doit travailler a son insu pour lui en acheter des médicaments (des plantes) ce qui a révéler en lui le coté héroïque contrairement au début. L'auteur y réaffirme ses positions contre exploitation de l'être humain par l'être humain, la guerre et l'industrie de guerre, La Finance, le fisc, la religion, la police ...Était t-il anarchiste ou réformiste ?
    L'essence précède l'existence. Cette phrase constitue la philosophie de jean Paul Sartre anagrammé à Jean-Sol Parte sur L'existentialisme athée qui s'oppose au déterminisme. Pour Sartre L'homme n'a pas été préconçu suivant un model fixe qui détermine sa destinée. Donc il est libre dans ces actions et c'est à travers celles-ci que son essence prenne corps. Ni les rêves ni les pensées ne le déterminent, seules les actions
    Sartre ignore le coté spirituel et génétique de l'homme et ne reconnaît pas son coté passionnel. On constate que L'existentialisme sartrien équivaut l'homme à la machine
    Chick , le meilleur ami de colin abandonne tout son argent, son amour pour alise, voire son avenir pour Sartre qu'il collectionne sans qu'il le comprenne ce qui a poussé alise à tuer le philosophe avec un arrache-cœur pour venger son amour volé ! Es ce une allusion a l'absurdité de L'existentialisme sartrien ou une mise en garde contre le fondamentalisme idéologique ? Même si Vian, Sartre et Simone de Beauvoir (la duchesse de Bovouard) étaient en bons termes.
    Je crois que le sort désastreux de Chick confirme les deux cas.
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    • Livres 5.00/5
    Par Luniver, le 11 juin 2013

    Luniver
    L'écume des jours m'attendait depuis un bon moment dans ma pile à lire, et j'ai l'impression qu'il aurait pu attendre encore longtemps sans la sortie du film de Gondry (que j'ai trouvé très bon par ailleurs, contrairement au reste du monde si j'en crois les critiques).
    L'histoire est assez simple : Colin et Chick sont deux amis. Colin est riche, Chick se ruine en œuvres de Jean-Sol Partre, le célèbre philosophe. Dans un meeting, Chick rencontre Alise. Jaloux de leur amour, Colin essaie lui aussi de tomber amoureux... et rencontre Chloé. Si le mariage se passe au mieux, Chloé tombe malade pendant la lune de miel. S'engage un combat perdu d'avance dans lequel le couple jettera toutes ses forces.
    Si j'ai parfois une fâcheuse tendance à lire en diagonale (je plaide coupable et je me soigne), impossible ici, ça serait du gâchis ! Sous chaque phrase se cache une pépite : on passe du poétique à l'humour absurde, du rêve aux vérités cruellement assénées. La fin est particulièrement terrible à lire. L'écume des jours est un roman qui ne s'oubliera pas facilement !
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Citations et extraits

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  • Par 2605, le 20 septembre 2012

    _ Vraiment, dit le chat, ça ne m’intéresse pas énormément.
    _ Tu as tort, dit la souris. Je suis encore jeune et jusqu’au dernier moment, j’étais bien nourrie.
    _ Mais je suis bien nourri aussi, dit le chat, et je n’ai pas du tout envie de me suicider, alors tu vois pourquoi je trouve ça anormal.
    _ C’est que tu ne l’as pas vu, dit la souris.
    _ Qu’est- ce qu’il fait ? demanda le chat.
    Il n’avait pas très envie de le savoir. Il faisait chaud et ses poils étaient tout bien élastique.
    _ Il est au bord de l’eau, dit la souris, il attend et quand c’est l’heure, il va sur la planche et il s’arrête au milieu. Il voit quelque chose.
    _ Il ne peut pas voir grand-chose, dit le chat. Un nénuphar, peut-être.
    _ Oui dit la souris, il attend qu’il remonte pour le tuer.
    _ Quand l’heure est passée, continua la souris, il revient sur le bord et il regarde la photo.
    _ Il ne mange jamais ? demanda le chat.
    _ Non, dit la souris, et il devient très faible, et je ne peux pas supporter ça. Un de ces jours, il va faire un faux pas en allant sur cette grande planche.
    _ Qu’est-ce que ça peut te faire ? demanda le chat. Il est malheureux alors ?...
    _ Il n’est pas malheureux, dit la souris, il a de la peine. C’est ça que je ne peux pas supporter. Et puis il va tomber dans l’eau, il se penche trop.
    _ Alors, dit le chat, si c’est comme ça je veux bien te rendre ce service, mais je ne sais pas pourquoi je dis « si c’est comme ça », parce que je ne comprends pas du tout.
    _ Tu es bien bon, dit la souris.
    _ Mets ta tête dans ma gueule, dit le chat, et attends.
    _ ça peut durer longtemps ? demanda la souris.
    _ Le temps que quelqu’un me marche sur la queue, dit le chat ; il me faut un réflexe rapide. Mais je la laisserai dépasser, n’ai pas peur.
    La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
    _ Dis-donc, dit-elle tu as mangé du requin ce matin ?
    _ Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t’en aller. Moi, ce truc-là, ça m’assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
    Il paraissait fâché.
    _ Ne te vexe pas, dit la souris.
    Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérés sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris de mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
    Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l’orphelinat de Jules L’Apostolique.


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  • Par kathy, le 14 janvier 2012

    Devant l'église, on s'arrêta, et la boîte noire resta là pendant qu'ils entraient pour la cérémonie. Le Religieux, l'air renfrogné, leur tournait le dos et commençait à s'agiter sans conviction. Colin restait debout devant l'autel.
    Il leva les yeux : devant lui, accroché à la paroi, il y avait Jésus sur sa croix. Il avait l'air de s'ennuyer et Colin lui demanda :
    - Pourquoi est-ce que Chloé est morte?
    - Je n'ai aucune responsabilité là-dedans, dit Jésus. Si nous parlions d'autre chose...
    - Qui est-ce que cela regarde? demanda Colin.
    Ils s'entretenaient à voix très basse et les autres n'entendaient pas leur conversation.
    - Ce n'est pas nous, en tout cas, dit Jésus.
    - Je vous avais invité à mon mariage, dit Colin.
    - C'était réussi, dit Jésus, je me suis bien amusé. Pourquoi n'avez-vous pas donné plus d'argent, cette fois-ci?
    - Je n'en ai plus, dit Colin, et puis, ce n'est plus mon mariage, cette fois-ci.
    - Oui, dit Jésus.
    Il paraissait gêné.
    - C'est très différent, dit Colin. Cette fois, Chloé est morte... Je n'aime pas l'idée de cette boîte noire.
    - Mmmmmmm... dit Jésus.
    Il regardait ailleurs et semblait s'ennuyer. Le Religieux tournait une crécelle en hurlant des vers latins.
    - Pourquoi l'avez-vous fait mourir? demanda Colin.
    - Oh!... dit Jésus; N'insistez pas.
    Il chercha une position plus commode sur ses clous.
    - Elle était si douce, dit Colin. Jamais elle n'a fait le mal, ni en pensée, ni en action.
    - Ca n'a aucun rapport avec la religion, marmonna Jésus en bâillant.
    Il secoua un peu la tête pour changer l'inclination de sa couronne d'épines.
    - Je ne vois pas ce que nous avons fait, dit Colin. Nous ne méritions pas cela.
    Il baissa les yeux. Jésus ne répondit pas. Colin releva la tête. La poitrine de Jésus se soulevait doucement et régulièrement. Ses traits respiraient le calme. Ses yeux s'étaient fermés et Colin entendit sortir de ses narines un léger ronronnement de satisfaction, comme un chat repu.
    A ce moment, le Religieux sautait d'un pied sur l'autre et soufflait dans un tube, et la cérémonie était finie.
    Le Religieux quitta le premier l'église et retourna dans la sacristoche mettre de gros souliers à clous.
    Colin, Isis et Nicolas sortirent et attendirent derrière le camion.
    Alors, la Chuiche et le Bedon apparurent, richement vêtus de couleurs claires. Ils se mirent à huer Colin et dansèrent comme des sauvages autour du camion. Colin se boucha les oreilles mais il ne pouvait rien dire, il avait signé pour l'enterrement des pauvres, et il ne bougea même pas en recavant les poignées de cailloux.
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  • Par Reka, le 21 février 2009

    Je lui ai demandé si elle aimait Jean-Pol Partre, elle m'a dit qu'elle faisait collection de ses oeuvres... Alors je lui ai dit "Moi aussi..." et chaque fois que je lui disais quelque chose, elle répondait "Moi aussi...", et vice-versa... Alors, à la fin, juste pour faire une expérience existentialiste, je lui ai dit : - "Je vous aime beaucoup" et elle a dit "Oh !"

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  • Par coco4649, le 08 septembre 2014

    XVII

    Les frères Desmaret s’habillaient pour la noce. Ils étaient très souvent invités comme pédérastes d’honneur, car ils présentaient bien. Ils étaient jumeaux. L’aîné s’appelait Coriolan. Il avait les cheveux noirs et frisés, la peau blanche et douce, un air de virginité, le nez droit et les yeux bleus derrière de grands cils jaunes.
    Le cadet, nommé Pégase, avait un aspect semblable, à cela près que ses cils étaient verts, ce qui suffisait, d’ordinaire, à les distinguer l’un de l’autre. Ils avaient embrassé la carrière de pédéraste par nécessité et par goût, mais, comme on les payait bien pour être pédérastes d’honneur, ils ne travaillaient presque plus, et malheureusement, cette oisiveté funeste les poussait au vice de temps à autre. C’est ainsi que, la veille, Coriolan s’était mal conduit avec une fille. Pégase le tançait d’importance, tout en se massant la peau des reins avec de la pâte d’amandes mâles, devant la grande glace à trois faces.
    – Et à quelle heure es-tu rentré, hein ? disait Pégase.
    – Je ne sais plus, dit Coriolan. Laisse-moi. Occupe-toi de tes reins.
    Coriolan s’épilait les sourcils au moyen d’une pince à forcipressure.
    – Tu es obscène ! dit Pégase. Une fille !… Si ta tante te voyait !…
    – Oh !… Tu ne l’as jamais fait, toi ? hein ? dit Coriolan menaçant.
    – Quand ça ? dit Pégase un peu inquiet.
    Il interrompit son massage et fit quelques mouvements d’assouplissement devant la glace.
    – Ça va, dit Coriolan, je n’insiste pas. Je ne veux pas te faire rentrer sous terre. Boutonne-moi plutôt ma culotte.
    Ils avaient des culottes spéciales, à braguettes en arrière, difficiles à fermer tout seul.
    – Ah ! ricana Pégase, tu vois ! Tu ne peux rien dire !…
    – Ça va, je te dis ! répéta Coriolan. Qui est-ce qui se marie, aujourd’hui ?
    – C’est Colin qui épouse Chloé, dit son frère avec dégoût.
    – Pourquoi prends-tu ce ton ? demanda Coriolan. Il est bien, ce type-là.
    – Oui, il est bien, dit Pégase, avec envie. Mais, elle, elle a une poitrine tellement ronde, qu’on ne peut vraiment pas se figurer que c’est un garçon !…
    Coriolan rougit.
    – Je la trouve jolie… murmura-t-il. On a envie de lui toucher la poitrine… Ça ne te fait pas cet effet-là ?...
    Son frère le regarda avec stupeur.
    – Quel salaud tu fais ! conclut-il avec énergie. Tu es plus vicieux que n’importe qui… Un de ces jours, tu vas te marier avec une femme !…

    p.49-50
    Extraits Boris Vian, L'écume des jours, Union générale d'édition, J.-J. Pauvert, 1963, le monde en 10/18, 115
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  • Par June-S, le 19 juin 2010


    -Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent.

    - Il me faudra des mois, des mois, pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou...

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