Quatrième de couverture : Lorsque Stefan Zweig rédige au Brésil, peu avant son suicide, le testament spirituel du Monde d'hier, il ne dispose plus de ces journaux rédigés à différentes périodes de sa vie.
En contrepoint au superbe tableau autobiographique, ceux-c... > voir plus
Jeudi 22 octobre 1931 : Après des années d'interruption, je me suis soudain décidé à reprendre mon Journal. Les raisons : la prémonition que nous allons vers une époque critique, une sorte de belligérence qui exigera d'être consignée au même titre qu'autrefois les longs voyages ou la Grand Guerre. Je ne pense pas par là, ni me m'attends à un conflit armé, mais à des bouleversements internes, sociaux, chez nous peut-être un soulèvement fasciste, de la part de la de la Heimwehr. Quoi qu'il en soit, il est bon de s'exercer une fois de plus à la vigilance.
Faire la queue, cela réveille en nous le souvenir des temps qui de détresse, la famine, la conscription. Quand nous faisions la queue avant la guerre, c’était une joie, pour une jouissance artistique. On se mettait en file devant l’Opéra, devant un théâtre, rongeant notre frein, mais joyeux, brûlant d’impatience, l’attente même augmentait le plaisir, enthousiastes, nous nous rassemblions en une allègre cohue, jeunes gens, amis camarades, étrangers.
Nous n’y étions pas contraints, poussés par quelque nécessité.(...) Ce n’est que pendant la guerre, et après, que le monde à découvert cette humiliation, cette nouvelle forme d’attente dictée par la contrainte, la peur et la nécessité, comme on attend un interrogatoire, un jugement, et c’est pourquoi, chaque fois qu’on nous l’inflige, ne fût-ce que pour quelques minutes, s’éveillent au profond de moi-même la révolte et la colère.