AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques de Michel Pastoureau (277)
Classer par:   Titre   Date   Les plus appréciées


Le petit livre des couleurs
  15 novembre 2017
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Ô, LA BELLE BLEUE ! Ô, LA BELLE ROUGE !



Quoi de plus universel, quoi de plus anodin, quoi de plus neutre que les couleurs, penserez-vous peut-être ? Et bien, détrompez-vous, car c'est à peu près tout le contraire : rien de plus lié à son époque, à son ère géographique, aux us et coutumes, aux religions, aux modèles sociaux et, bien entendu, aux sciences, aux modes de fabrication et de reproduction que nos couleurs !



Sous la forme d'un amical entretien d'un peu plus de cent pages passionnantes, le grand historien, médiéviste de renom, spécialiste des... couleurs, mais aussi paléographe et héraldiste de renom Michel Pastoureau se livre, avec la passion, le sens de la formule et une clarté jamais mise en défaut, à un rapide mais enthousiasmant petit survol de l'histoire des principales couleurs qui ont marqué l'humanité à travers les âges, les cultures (les différences de perception, d'usage, d'interprétations symboliques sont encore notable entre l'Asie et l'Occident d'aujourd'hui, pour ne prendre que ce distinguo), les sphères sociales, les utilisations. Évitant toute froide érudition, Michel Pastoureau répond ainsi aux questions choisies avec intelligence et curiosité par le journaliste, écrivain, essayiste, journaliste et amateur d'art Dominique Simonnet dont les interventions relancent et rythment cet échange plein d'esprit et de subtilité.



Ainsi, on prendra conscience de cette espèce de guerre culturelle que se livrent le rouge et le bleu à travers notre histoire. Que si le jaune est une couleur plutôt mal perçue chez nous - cocu un jour, cocu toujours...- malgré la promotion réalisée par un certain maillot cycliste, il n'en est franchement pas de même en extrême Orient où cette couleur vit des jours plutôt heureux !

Se servant et de l'histoire et des sciences les plus récentes, Michel Pastoureaux en profite aussi pour faire la peau aux supposées "couleurs primaires" et autres "complémentaires" qui ne se justifient guère plus que par des conventions et des astuces inventées pour l'essentiel à partir du XVIIIème siècle et consolidées à partir du XIXème. Ainsi, avant le siècle des "lumières", nul ne se serait lancé à mélanger jaune et bleu pour obtenir du vert. Et pour cause : si l'on a mis fort longtemps à stabiliser les pigments verts obtenus naturellement (ce qui a d'ailleurs longtemps fait de cette couleur celle de l'extravagance, de l'instabilité, bien avant d'être celle de la... nature !), on savait cependant parfaitement le réaliser sans tour de passe-passe !



Ainsi, Michel Pastoureau n'hésite-t-il pas à redéfinir, ou plutôt à bousculer nombre de nos certitudes concernant ce que nous croyons acquis de tout temps (et qui ne l'est, en vérité, que depuis deux ou trois siècles). Voici d'ailleurs ce qu'il en dit, sans ambages :



«Elle [la théorie des couleurs primaires et secondaires] ne repose sur aucune réalité sociale, elle nie tous les systèmes de valeurs et de symboles qui se sont rattachés à la couleur depuis des siècles, elle refuse d'admettre que celle-ci est d'abord un phénomène culturel. Une telle classification témoigne d'une étonnante méconnaissance de l'Histoire.»



Systèmes de valeurs et de symboles, voilà les maîtres mots lorsqu'il s'agit d'évoquer ce que sont, en réalité, nos si courantes, si sympathiques, si faussement évidentes couleurs !



Et de remettre le blanc et le noir dans la courses - mais surtout pas dans cet espèce de néant chromatique où ces deux COULEURS ont été maintenues par ce classement aussi arbitraire qu'inconséquent -, ainsi que le jaune, donc, ainsi, bien sûr, le vert (couleur fétiche de notre médiéviste, il est important de le préciser).



A la suite de ces six couleurs principales, on trouvera ce que l'historien appelle les "demi-couleurs". Pourquoi un tel semblant de dénigrement ? Pour une raison fort simple, c'est que ces couleurs sont d'un cortège infini de nuances tandis que, nous explique-t-il, les six couleurs de base «se définissent de manière abstraite sans avoir besoin d'une référence dans la nature, au contraire de ce qu' [il] appelle les demi-couleurs : le violet, le rose, l'orangé, le marron ; le gris, quant à lui, est un peu particulier.» Et de s'en expliquer plus longuement dans la suite de sa démonstration.



Et de conclure, sur la portée et l'importance de cette (re)connaissance du rôle et de la symbolique des couleurs :



«Mais, malgré les découvertes technologiques, l'essentiel ne change pas. En Occident, nos six couleurs de base seront rigoureusement les mêmes dans les prochaines décennies. Des changements affecteront peut-être les nuances, mais pas notre système de symboles. Nos couleurs sont des catégories abstraites sur lesquelles la technique n'a pas de prise. Je crois qu'il est bon de connaitre leurs significations, car elles conditionnent nos comportements et notre manière de penser.»



Petit ouvrage s'il en est - par ses dimensions modestes - Le petit livre des couleurs est de ces ouvrages tout à la fois passionnant, sobrement didactique, enjoué, et parfaitement abordable par quiconque est un tant soit peu curieux du monde qui l'entoure. Les plus épris de cette Histoire Ô! combien fascinante pourront satisfaire leur appétit symbolique et coloriste en allant fouiner du côté des autres ouvrages - onéreux dans leurs versions "beau-livre" mais sublimissimes - de ce très grand bonhomme : Bleu : Histoire d'une couleur, Vert : Histoire d'une couleur, Noir, Histoire d'une couleur, Rouge, Histoire d'une Couleur (à noter que ni le blanc ni le jaune n'ont eu leur publication dans cette collection à ce jour) ou encore, regroupant l'ensemble des couleurs abordées dans la présente édition poche, ce très bel ouvrage : Les Couleurs expliquées en images ...



Autant d'idées de cadeaux intelligent et beaux à la fois pour cette fin d'année approchante ! Précisons que nous n'avons pas d'action ni un quelconque intérêt aux éditions du Seuil où sont tous édités ces riches volumes... Hélas !

Disons que, considérant ce grand esprit - peu médiatique malgré son immense jovialité et son sens inné de la vulgarisation - comme l'un de ceux parmi les plus élevés de notre temps, au moins dans le domaine historique, il faut parfois mettre un point d'honneur à leur faire une promotion aussi méritée qu'elle est injustement rare.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          527
Bleu : Histoire d'une couleur
  05 mars 2015
Bleu : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
J'avais commencé par regarder, il y a déjà quelques temps, les conférences en ligne de Michel Pastoureau sur les couleurs à l'auditorium du Louvre. Et c'est parce qu'elles m'ont captivées que j'ai entrepris de lire les ouvrages de celui-ci sur le même thème, à commencer par « Bleu ».



Je noterai tout d'abord deux choses. D'une part, le livre en question est lui-même très intéressant et accessible, mais cependant moins grand public que les conférences ; bien qu'assez court, il réclame une attention assez soutenue. D'autre part, il est beaucoup moins axé sur l'histoire de l'art. Ce qui est bien normal, étant donné qu'il s'agit avant tout d'un travail d'historien.



Michel Pastoureau nous livre donc un état de ses travaux sur l'histoire de la couleur bleue dans les sociétés occidentales. Il nous expose comment elle est perçue depuis l'Antiquité, comment elle a envahi le devant de la scène, comment on a plus ou moins maîtrisé son emploi en teinturerie ou en peinture, mais aussi comment son histoire est liée à la religion, à l'économie, à la politique. Mais au-delà du bleu proprement dit, c'est toute l'histoire du rapport de nos sociétés aux différentes couleurs qui est abordée, puisqu'on ne peut, comme le rappelle l'auteur, étudier l'une sans se pencher sur les autres (et même si les autres couleurs font ou feront l'objet d'études spécifiques).



C'est aussi en partie une histoire de la France en creux : l'histoire du drapeau national et donc de la Révolution française y sont largement abordées ; notamment l'hypothèse qui avance que, si le drapeau du Royaume-Uni n'avait pas été bleu, blanc, rouge, le nôtre ne le serait pas non plus (je vous laisse découvrir comment Michel Pastoureau en arrive à cette conclusion). Mais le livre traite de bien d'autres sujets. Il est question de religion et de chromophobie, d'héraldique, d'optique et d'économie. On y parle de blues et de blue jean... Et, d'ailleurs, une bonne part du livre est consacrée à la teinturerie et à l'histoire du vêtement, ce qui est d'autant plus intéressant que le sujet est encore peu étudié, et peu présenté au grand public.



Quelques bémols cependant. Il m'a semblé que les raisons pour lesquelles le bleu était devenu la couleur de la Vierge et du roi au Moyen-âge étaient un peu trop survolées, et, sur ces sujets, je reste sur ma faim. Je regrette ensuite les quelques répétitions, qui sont pratiquement des copier-coller d'un chapitre à l'autre (voire dans le même chapitre), notamment sur la guède et l'indigo. Je ne risque pas d'oublier que les Romains croyaient que l'indigo était d'origine minérale parce que celui-ci arrivait d'Orient sous forme de blocs compacts (c'est dit au moins quatre ou cinq fois) !



J'ajoute pour terminer qu'il existe deux éditions de cet ouvrage, l'un avec illustrations, l'autre en format poche et sans illustrations. La seconde version se lit très bien. Chacun pourra ensuite aller à la pêche aux images si le besoin d'aller plus loin se fait ressentir.


Lien : http://musardises-en-depit-d..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          504
Le petit livre des couleurs
  07 mars 2018
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Elles sont partout et pourtant les hommes ne cessent de les chercher, les inventer ou les recréer.

De nombreux ouvrages de Michel Pastoureau apportent un éclairage passionnant sur les couleurs d'un point de vue historique, anthropologique et culturel, ce qui est d'autant plus intéressant que l'histoire des couleurs offre un témoignage de l'évolution des moeurs et des pensées d'une époque.



« Le petit livre des couleurs » est écrit en sept chapitres sur le mode vivant de l'entretien avec Dominique Simonnet, journaliste et écrivain, autour de six couleurs : le bleu, le jaune, le rouge, le vert, le blanc et le noir. Les six premiers chapitres sont consacrés chacun à une couleur, le septième aux demi-couleurs. A l'instar d'Aristote, Michel Pastoureau compte en effet 6 couleurs de base qui sont incontournables. Viennent ensuite les demi-couleurs, celles dont les noms sont principalement issus de la nature tels l'orange, le rose, le mauve…



Ainsi apprend-t-on que c'est au XIIe siècle que l'on passe de trois couleurs de base - le blanc, le rouge, le noir - à un système à six couleurs avec le bleu, le vert et le jaune. Au fil du temps, le rouge va rentrer en concurrence avec le bleu. « A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d'autres qui ne le sont pas. La palette protestante s'articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu. » L'approche de Pastoureau consiste essentiellement à décrire comment est perçue la couleur à diverses époques.



Ce « petit livre des couleurs » se lit rapidement et nous présente l'essentiel des connaissances sur la symbolique des couleurs en tenant compte de leur poids culturel et historique. Celles-ci sont en effet chargées d'histoire, et consciemment ou non, nous sommes influencés par le passé dans le choix de nos couleurs (vestimentaires, décoratives…). Comme nous le rappelle l'auteur, chaque culture appréhende différemment les couleurs, le savoir occidental en la matière n'a pas force de loi. Avec des mots simples et justes, à travers des anecdotes liées à l'histoire, aux arts ou aux religions, Michel Pastoureau s'adresse à tout public et s'attache à faire connaître et comprendre les émotions liées aux couleurs aujourd'hui.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          470
Le loup : Une histoire culturelle
  24 janvier 2019
Le loup : Une histoire culturelle de Michel Pastoureau
L'HOMME QUI A VU LE LOUP !



"L'homme est un loup pour l'homme", "se tenir à la queue leu leu", "avoir une faim de loup", "crier au loup", "les loups ne se mangent pas entre eux", "se jeter dans la gueule du loup", "avoir vu le loup", "faire entrer le loup dans la bergerie", etc, etc, etc.



Nombre de nos expressions courantes, de maximes plus ou moins encore employées, d'adages définitifs ont pour point commun ce fameux loup. Ces dictons ont presque tous en commun de donner du «canis lupus», selon sa taxonomie latine, une image plus que négative : Méchant, constamment affamé, rusé, lâche, maléfique et lubrique (surtout s'agissant de la louve, bien évidemment...). En un mot : diabolique !



C'est tout l'art du grand historien médiéviste, spécialiste des couleurs, de l'histoire de la héraldique ainsi que des bestiaires du Moyen-Âge, Michel Pastoureau, de nous expliquer, de nous conter, d'illustrer avec sapience mais avec une certaine simplicité, l'histoire si particulière qui lie les hommes - précisons : dans le monde occidental. L'auteur explique la raison de ce resserrement en introduction - à cet animal parfois énigmatique, jadis compagnon des Dieux (chez les Grecs, les Romains, les anciens Nordiques et les Celtes, en particulier), devenu au fil du temps et en très grande part par la volonté de l'Église catholique, un animal effrayant et maudit.



C'est ainsi qu'en une douzaine de brefs chapitres, débutant comme il se doit par nos antiquités communes (bien que certaines méconnues du grand public), l'ancien chartiste, auteur et historien prolifique que l'on connait tout particulièrement pour, entre autres, Le petit livre des couleurs (qui n'est qu'un très rapide condensé d'ouvrages ultérieurs très riches et très documentés publiés aux éditions Seuil comme le présent ouvrage), son récent et captivant Le roi tué par un cochon : Une mort infâme aux origines des emblèmes de la France ?", consacré à un autre mal aimé de nos bestiaires ou encore le roboratif et passionnant L'Ours : histoire d'un roi déchu, c'est ainsi, donc, qu'il fait le tour de l'histoire culturelle, légendaire, fabuliste, sociale, religieuse et même fantastique de ce canidé mal aimé.



L'ouvrage se lit, indubitablement, avec grand plaisir. Et même si la couverture est assez décevante comparativement à la richesse des illustrations disponibles, l'iconographie retenue dans le corps de l'ouvrage est très judicieuse, relativement originale - elle entremêle des dessins, peintures, extraits de bestiaires diversement connus, voire parfois totalement inconnus - et éclairante quant à la vision des hommes d'avant-hier, d'hier et d'aujourd'hui sur le loup.

On pourra toutefois reprocher aux légendes de n'être, la plupart du temps, que des synthèses de ce que l'on retrouve de manière à peine plus développé dans le corps du texte, sans rien lui apporter de particulier. (Une erreur impardonnable pour un ouvrage de ce type est d'ailleurs liée à l'iconographie : la nationalité américaine y est attribuée au célèbre auteur, britannique, du Livre de la Jungle, Rudyard Kipling.)



Mais la principale faiblesse de cet ouvrage réside sans doute dans sa brièveté : 12 chapitres d'une dizaine de pages chaque, avec une iconographie très riche, cela laisse somme toute assez peu de place au texte, d'autant qu'il couvre pas moins de 2 500 ans d'histoire et de mythologies. Et si l'on y découvre beaucoup de choses, l'ensemble, à force de vulgarisation, reste un peu trop en surface de notre point de vue. Les lecteurs des précédents ouvrages de Michel Pastoureau risquent de rester, de ce point de vue, sur leur faim... de loup ! On regrettera sans doute la rapidité du chapitre consacré au loup dans les contes tandis que celui consacré à la fameuse "bête du Gévaudan" fait fort bien le tour de la question. Idem quant à l'animal dans la conscience et la culture depuis, pour aller vite, le début du XXème siècle à nos jours : Michel Pastoureau n'est décidément pas un spécialiste de l'histoire immédiate et cette ultime partie pourra sembler un peu légère à d'aucun, tandis que les chapitres consacrés aux rapports entre Saints et loup ou encore aux loups dans les bestiaires profanes sont absolument passionnants.



Mais ne boudons pas notre plaisir : l'ouvrage est très agréable, plein d'enseignement et s'avère être un bel hommage à ce mal-aimé de nos bestiaires européens, bien que cette situation n'a de cesse de s'améliorer depuis le début du XXème siècle.



On notera aussi que Michel Pastoureau y règle quelques comptes avec, d'une part, les zoologues et autres éthologues auxquels il ne conteste évidemment pas les observations liées aux loups CONTEMPORAINS (et qui vivent dans un monde qui n'a strictement rien à voir avec celui du Moyen-Âge ni de l'Ancien-Régime ou même des débuts de l'ère industrielle) mais il se porte définitivement en faux quant à l'assertion définitive et universelle selon laquelle les loups n'auraient jamais attaqué ni tué d'êtres humains : toutes les recherches historiques ( recoupement d'archives, témoignages, faits historiques avérés, etc) démontrent qu'en certaines époques (famines, mini périodes glaciaires, chute démographique, etc) ces superbes canidés se sont bel et bien attaqué à l'homme pour s'en nourrir (On en retrouve même des traces dans certains récits méconnus de Jack London, lequel a pourtant tant fait pour rendre à cet animal la place d'honneur qu'il mérite), sans être pour autant contaminés par la rage, ce terrible fléau.



L'autre petit règlement de compte est lié aux contes populaires et à leur interprétation par les psychiatres, Bruno Bettelheim en tête. Michel Pastoureau lui reproche en particulier des raccourcis, de rapprochements liés essentiellement à la sexualité qui ne peuvent fonctionner que pour notre époque contemporaine, car presque tout dans ce que ces contes tâchent de dire n'a de ses que selon des critères sociaux et culturels assez récents et sont relèveraient donc de l'anachronisme parfait quant aux époques de leur création et de leur propagation, Petit chaperon rouge en tête. Chacun se fera bien entendu sa propre opinion. Quant à votre humble chroniqueur, il pense que toute vérité se situe souvent dans les entre-deux, les intelligentes synthèses, que nul n'en est l'entier et définitif défenseur... tout comme il est vrai que les apports des historiens de ces quelques dernières décennies sont bien souvent oubliés, pour ne pas dire méprisés par nombre d'autres sciences sociales ayant plus l'attention des médias et des modes. Mais c'est là un autre débat que Michel Pastoureau ne fait qu'effleurer, juste le temps de remettre certaines choses à leur place.



Ne crions donc pas au loup : "Le loup, une histoire culturelle" est un livre fort agréable à feuilleter et à lire et il ravira, sans aucun doute, la majorité de ses lecteurs, même sans être aucunement historien ni spécialiste de Canis Lupus, mais tout simplement un lecteur attentif et curieux.



Loup, y es-tu...?

Définitivement, ici : OUI !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          450
Le petit livre des couleurs
  20 juillet 2012
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Saviez-vous que jusqu’au 19ème siècle, la couleur de la robe de la mariée était le rouge ?

Rouge qui signifiait alors prospérité.

Saviez-vous que le bleu était une couleur fort dépréciée du temps des Romains, à tel point que les femmes qui avaient les yeux bleus étaient mal vues, car supposées mener une vie de débauche ?

Saviez-vous que le noir a été la couleur du deuil réservée aux nobles et aux membres des classes supérieures jusqu’au 19ème siècle ? ceci en raison du coût élevé pour obtenir des vêtements de cette couleur.



Michel Pastoureau, célèbre historien anthropologue, interrogé ici par Dominique Simonnet, auteur de romans et d’essais, nous relate l’histoire des couleurs, ou plus exactement l’histoire de la perception des couleurs au travers des âges.

C’est un essai que j’ai trouvé réellement passionnant.



Bien sûr il y a des constantes au cours de cette Histoire : ainsi même si certaines couleurs comme le blanc, le rouge gardent globalement le même symbolisme au travers des âges, le blanc étant apparenté à l’innocence, la pureté et le rouge au pouvoir, et à la guerre, certaines couleurs ont eu un statut qui a fortement « bougé » au travers des siècles.

Le meilleur exemple est la couleur bleue, qui va être « méprisée » tout au long de l’Antiquité, symbolisant alors la débauche, tout simplement parce qu’à cette époque elle était une couleur difficile à obtenir et chimiquement instable.

Ce n’est qu’au Moyen-Age que le bleu va acquérir un statut de couleur « noble », en étant associée au divin et aux cieux.

Depuis le 18ème siècle, cette couleur devient la couleur préférée des Occidentaux, à l’inverse des Japonais qui lui préfèrent le noir.

Une histoire passionnante.



Michel Pastoureau nous montre tout l’enjeu et l’importance de cette perception des couleurs.

Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés conscients ou inconscients.

Elles possèdent aussi des sens cachés et ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.

L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements et même nos sous-vêtements, tout est régi par ce code non écrit.

Michel Pastoureau nous montre magnifiquement que cette perception évolue certes au fil du temps mais aussi en fonction des variables géographiques et sociales : ainsi l’Europe occidentale est moins colorée que l’ Asie, l’Afrique ou l’Amérique du Sud.

De même, il nous montre fort bien que l’on ne vit pas la couleur de la même manière selon les milieux sociaux. Et encore de nos jours, dans les quartiers défavorisés, vous verrez beaucoup plus de couleurs que dans les quartiers «huppés ».

J’ai adoré ce livre, court et passionnant ;

La couleur qui m’a passionnée le plus est la couleur blanche, la plus ambivalente finalement.

Une couleur aussi bien associée à l’enfance qu’à la vieillesse, à la naissance et à la mort…

Quel exploit…

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          450
Le loup : Une histoire culturelle
  13 janvier 2019
Le loup : Une histoire culturelle de Michel Pastoureau
Histoire de la symbolique du loup en Europe, de la préhistoire à nos jours : mythologies gréco-romaine, gauloise et celtique ; fables (d'Esope à La Fontaine) ; catholicisme et figure diabolique de la bête ; loup-garou ; contes et légendes populaires ; littérature jeunesse et cinéma contemporains ; marketing ; peur persistante face à la réintroduction de l'animal dans certaines zones...

Parce que « comme au Moyen Age et sous l'Ancien régime, le loup est un animal qui déclenche les passions. »



D'ailleurs, je peux le dire, - I - L♥VE - L♥UP - : j'adore les histoires de loup(s), de celles pour enfants aux coups de gueule de José Bové, en passant par la mystérieuse Bête du Gévaudan, peut-être la première histoire de meurtres pervers en série médiatisée.

Et j'aime beaucoup les ouvrages de Michel Pastoureau, sur les couleurs et sur les animaux : ils présentent un excellent mélange accessible à tous d'Histoire de l'art et des civilisations - oeuvres à l'appui.



Ce 'beau livre' compte 150 pages, mais il y a beaucoup moins à lire :

- d'abord parce qu'il est abondamment et très joliment illustré

- ensuite parce qu'il est à la fois synthétique et répétitif (les légendes des images reprennent souvent mot pour mot le texte développé sur la même page)

- et puis parce que j'ai reçu un exemplaire 'loupé', qui m'a fait rater quelques pages du chapitre 'Le loup des bestiaires' (grande pensée aussi compatissante que rigolarde pour un ami breton 😉😘... mea culpa, homo homini lupus, les hyènes se marrent mais le car à Vannes passe sans louvoyer, etc.).



Quoi qu'il en soit, je me suis régalée, même si l'auteur m'a un poil contrariée en réfutant les thèses psy sur l'interprétation du célèbre 'Petit Chaperon rouge' (Bruno Bettelheim, Anne-Marie Garat...). Sans rancune ! Et de toute façon, ça n'a guère ébranlé mes convictions sur la dimension sexuelle de ce conte.



• Merci à Babelio, merci aux éditions du Seuil ! 🐺
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          447
Vert : Histoire d'une couleur
  23 décembre 2019
Vert : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Passionnante et érudite histoire du vert , dévoilée pour nous par Michel Pastoureau, l'historien spécialiste ( entre autres) des couleurs!



C'est maintenant la deuxième couleur préférée des Européens ( la mienne aussi...) , assez loin derrière le bleu. Mais il n'en a pas toujours été ainsi ! Le vert , comme il nous l'explique brillamment, a connu un destin très contrasté, depuis la préhistoire. On ne le trouve pas sur les peintures rupestres des cavernes, cette couleur était difficile à fixer. Les Grecs semblaient ne pas la connaître, aucun terme pour la désigner...



Elle devient emblématique de l'art et de la littérature courtois au début du Moyen-Age, pour régresser ensuite à la fin de cette période. Les représentations du Diable, et de son cortège d'animaux comme le dragon utilisent le vert... Ensuite, elle semble être une couleur plutôt secondaire , jusqu'à la fin du 19 ème siècle.



En fait, il y a toujours eu une ambivalence attachée au vert: couleur de l'espérance, de la nature, du renouveau, elle est aussi associée au mensonge, à l'instabilité, à la sorcellerie.



Comme le laissait deviner Apollinaire dans " Nuit rhénane", le vert est à la fois source de magie et de peur:



" La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été "...



Évidemment, de nos jours, le vert est intimement mêlé à l'écologie, il est le symbole d'une volonté de protéger la nature. La publicité, les enseignes s'en emparent pour attirer les gens ...



En tout cas, j'ai beaucoup appris à travers cette lecture foisonnante et très documentée. Si vous désirez savoir pourquoi, par exemple, le vert est banni superstitieusement des théâtres, alors lisez ce livre! Vous découvrirez bien d'autres choses encore...



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4112
Le loup : Une histoire culturelle
  24 décembre 2018
Le loup : Une histoire culturelle de Michel Pastoureau
Le grand historien des couleurs qu'est Michel Pastroureau nous livre un ouvrage savant et savoureux qui nous explique pourquoi l'homme est parfois un loup pour l'homme et aussi un loup pour le loup.



Les rapports particulièrement ambigus que nous pouvons entretenir avec cet animal, entre terreur et fascination sans ici livrés dans le détail, et le loup occupe une place centrale dans les mythes de l'enfance, en hantant les cauchemars d'enfants depuis des générations à générations.



"On ne peut pas être "pour" ou "contre" le loup, c'est aussi absurde que d'être "pour" ou "contre" les orages et la foudre. Le loup est là, c'est tout. Nous devons faire avec."

Un travail très documenté, très érudit, superbement illustré ou la Louve de Romus et Romulus cotoie le loup de Tex Avery et la bête du Guévédan..



Et forcément, maintenant on attend les autres manuels de Pastoureaux sur le coq ou le cheval prochainement annoncés..après les couleurs, l'immense Michel Pastoureau montre qu'il a tout pour devenir le spécialiste des animaux.




Lien : http://www.baz-art.org/archi..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          400
Rouge : Histoire d'une couleur
  09 août 2019
Rouge : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Encore une couleur qui vient illuminer et enrichir la palette-écritoire de Michel Pastoureau.

Comme les précédentes monographies dédiées aux couleurs (bleu, noir, vert…), l'historien, spécialiste de la couleur , raconte avec un indéniable talent, l'histoire du rouge à la fois luxuriant et luxurieux, fastueux, séditieux , couleur dominante de l'amour, du désir mais aussi de la violence et des flammes de l'enfer, de la guerre , des honneurs, symbole du pouvoir et de l'orgueil …

Lecture enrichissante et passionnante !
Commenter  J’apprécie          391
Bleu : Histoire d'une couleur
  28 janvier 2015
Bleu : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Après avoir lu ce livre, vous ne verrez plus la couleur "bleu" de la même façon. L'histoire du "bleu" nous est contée, depuis sa mauvaise renommée pendant l'Antiquité et le haut Moyen-âge en occident, jusqu'à sa promotion au rang de la couleur préférée du monde occidental de nos jours.



Promotion théologique avec la vierge Marie, héraldique avec l'art des blasons, royale et aristocratique.

Le bleu va aussi évoluer avec les progrès des teintures, de la culture de la guède à celle de l'indigo asiatique ou d'Amérique.

De couleur sombre et barbare, le bleu passe à une couleur neutre, pacifique, calme, qui ne fait pas de vagues.

Il évoque le rêve, le romantisme, la poésie, la sagesse. Il sécurise, il rassemble.



Ce livre est étonnant, car on ne croirait pas qu'une couleur pourrait nous dire tant de choses sur notre histoire, sur l'évolution de notre perception au fil du temps, notre imagination, nos sentiments.



" Froid comme nos sociétés occidentales contemporaines dont le bleu est à la fois l’emblème, le symbole et la couleur préférée."

Le bleu à une belle histoire à vous raconter...Laissez-vous glisser sur la vague du bleu...

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370
Le petit livre des couleurs
  04 janvier 2013
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Dominque Simmonet interroge Michel Pastoureau, historien, anthropologue, spécialiste de l’histoire des couleurs. Il nous raconte l’histoire du bleu, du rouge, du blanc, du vert, du jaune, du noir et enfin des demi-couleurs en s’appuyant sur des textes anciens, des tableaux et à la fin de cet ouvrage, on ne dira plus jamais « les goûts et les couleurs, c’est personnel » tant nous sommes inconsciemment conditionnés dès notre plus jeune âge.

Ses réponses fourmillent d’anecdotes passionnantes, il nous permet d’apprendre un tas de choses sans jamais être ennuyeux.

C’est un petit livre qui se lit d’une traite et dont on a envie de mettre à chaque page, une citation sur Babelio tant le propos est intéressant !

Commenter  J’apprécie          350
Le Cochon : Histoire d'un cousin mal aimé
  28 juin 2017
Le Cochon : Histoire d'un cousin mal aimé de Michel Pastoureau
Excellente collection d'ouvrages de vulgarisation très documentés accompagnés en annexe de témoignages et documents, d'une bibliographie, d'une table des illustrations et d'un index alphabétique...

Le tout condensé dans un petit format spécial poche Idéal......
Commenter  J’apprécie          322
Bleu : Histoire d'une couleur
  20 mars 2015
Bleu : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Un essai intéressant de Michel Pastoureau qui propose de raconter l’histoire d’une couleur, ici le bleu. Il est passionnant de voir son vécu, les modes qui l’ont propulsé en avant et qui en ont fait une couleur vestimentaire répandue, une couleur très appréciée chez les gens mais aussi les symboles et représentations qui s’y attachent. Puisque le bleu fait sérieux, neutre, au contraire de couleurs ou mélange de couleurs rayées plus voyantes qui à une autre époque « sont jugés indignes d’un bon chrétien ».



Le bleu fait une entrée tapageuse là où le code des couleurs était clairement établi entre noir blanc et rouge, il devient « de plus en plus fréquemment associé par les textes littéraires à l’idée de joie, d’amour, de loyauté, de paix et de réconfort, le bleu devient à la fin du Moyen Âge, pour certains auteurs, la plus belle et la plus noble des couleurs ».



L’auteur nous explique même la fabrication de cette couleur à partir de la guède où les régions la produisant font fortune (Toulouse ou Erfurt) grâce à elle jusqu’à l’autorisation de l’utilisation du bleu indigo.



Revisiter l’histoire d’une couleur permet d’en apprendre sur l’histoire de régions, de pays ou villes plus en détails et de s’attarder sur certaines anecdotes, des routines ou coutumes d’époque. J’ai beaucoup apprécié cette lecture.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          312
Vert : Histoire d'une couleur
  29 juin 2019
Vert : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Découvrir l’histoire des couleurs (noir, bleu, rouge…) racontée par Michel Pastoureau, c’est toujours un moment ludique, intéressant, enrichissant, une évasion tout à la fois chromatique et poétique.

Cette fois-ci, il colore son récit de vert, ne retenant que la palette des verts européens. La couleur de l’amour naissant, de la jeunesse, de la nature, mais aussi celle du diable, des sorcières, des interdits !



Commenter  J’apprécie          300
Le petit livre des couleurs
  17 septembre 2018
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Les couleurs, elles ont envahi notre quotidien depuis des siècles… Et pourtant, on en sait finalement très peu sur elles… On connait quelques significations comme le rouge, symbole de l’amour, ou le blanc, celui de la pureté, mais saviez-vous qu’il n’en a pas toujours été ainsi ? La symbolique de certaines couleurs change réellement au fil du temps et résulte souvent d’une mutation sociale, religieuse ou idéologique… C’est justement ce que va nous apprendre cet essai. J’ai passé un moment agréable et intelligent avec cet ouvrage faisant un point sur les teintes suivantes : le bleu, le rouge, le blanc, le vert, le jaune, le noir ainsi que les demi-couleurs. C’était très intéressant !



Grâce à un système d’entretien avec des questions/réponses, les auteurs permettent au lecteur de découvrir l’histoire de chaque couleur de façon ludique : sa place à tel ou tel siècle, son emploi dans le langage courant (blanc comme un linge, rouge de honte, main verte, cordon bleu, etc.), sa représentation au quotidien, sa symbolique ainsi que sa place dans la société. Par exemple, j’ai appris que les robes de mariées étaient autrefois rouges et non blanches. J’ai également été intéressée par l’évolution du vert, aujourd’hui représentatif de la nature et de la santé. La place du bleu, autrefois mal vu puis apprécié dès le XVIII ème siècle m’a également captivée.



Cet essai se lit vite (entre trente minutes et une heure) qui aurait presque pu être un peu plus développé. Même si les anecdotes sont sympathiques, on va quand même souvent à l’essentiel. On est plus sur une introduction à la sémantique des couleurs. De ce fait, on en redemanderait !… En tout cas, le contenu est instructif et léger. On tourne les pages facilement. Si, comme moi, vous souhaitez faire une petite pause entre deux romans, « Le petit livre des couleurs » m’a semblé l’idéal. D’ailleurs, j’ai été conquise par la version collector avec les rayons de couleur que l’on peut tourner à sa guise. On a là un beau livre objet ! Merci à ma mère pour cette découverte aussi divertissante qu’enrichissante.
Lien : https://lespagesquitournent...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          300
Vert : Histoire d'une couleur
  29 juillet 2018
Vert : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
« Bonjour les Babélionautes ! Aujourd'hui, on va parler d'histoire.



-Oh non... Les faits, ça me gonfle, la guerre, ça me déprime, les intrigues, ça me fatigue…



-Rassure-toi, rien de tout cela dans le livre du jour ! Tu verras au pire un teinturier frauder, rien de foufou.



Je soupçonne M. Pastoureau de n'être pas un passionné des champs de bataille ni des alliances politiques : sa bibliographie est consacrée non à l'étude des faits, mais à l'histoire de la culture et des symboles ou à la vie quotidienne. En bref, il s'intéresse à ce que contient la tête des gens à travers les âges, aux usages, aux coutumes, aux croyances… après quoi, il en fait des livres.



-Et ils sont accessibles, au moins ?



-Je n'ai pas éprouvé de difficulté sur Vert. Histoire d'une couleur. Il utilise une syntaxe claire, il explique chacun des termes, se montre précis dans les chronologies : oui, nous sommes face à un ouvrage de vulgarisation.



-Mais c'est pas un peu absurde de pondre des réflexions sur le vert ? Ou sur n'importe quelle couleur, d'ailleurs ? le vert, c'est le vert, tout le monde le reconnaît, pas besoin d'en faire des pages !



-Hé bien si, figure-toi ! La perception des couleurs et leur définition changent avec les siècles et les civilisations. Tiens, les Dothrakis*, ils n'ont pas de mot pour « orange », par exemple.



La partie sur l'Antiquité ne m'a pas passionnée, sans grande surprise, parce que je me doutais que nous n'avions que trop peu de données fiables pour commenter la connotation du vert. le Moyen Age devient très vite plus intéressant, avec moult anecdotes méconnues ou faits amusants.

Le vert est une couleur ambiguë, considérée comme peu fiable tout en étant admirée comme l'une des couleurs les plus belles de la création au printemps.



Par un jeu d'association d'idées plus ou moins absurde, j'ai repensé à la Belle au bois dormant de Disney. Maléfique apparaît et disparaît dans une fumée verte, et les flammes du dragon sont vertes, un vert pâle fortement teinté de jaune, un peu fantomatique, bien que destructeur. Facile à interpréter : le mal, la sorcellerie… cependant, l'une des trois fées bienveillantes est vêtue de vert, mais un vert moins pâle.



-Tu veux dire que Disney a lu Pastoureau ?



-Mais non, bête. Je suppose simplement que les dessinateurs avaient conscience du double aspect du vert et qu'ils en ont exploité différentes nuances pour nous faire comprendre quel vert jouait un rôle néfaste, quel autre bénéfique.



Il est très probable que je me trompe, que les animateurs se sont contentés de suivre les directives d'un chef ou de principes simples de l'ordre du « c'est la couleur qui tranchera le mieux avec le fond ».



Que je me trompe ou non, les textes de M. Pastoureau possèdent la qualité suivante : ils peuvent te conduire à examiner les oeuvres littéraires ou audiovisuelles avec un regard différent. Cela m'était arrivé avec le texte sur l'ours, et l'expérience s'est reproduite avec le vert.



Je regrette un peu quelques répétitions, un chouïa trop de « chimiquement instable », j'aurais voulu d'ailleurs plus de détails sur ladite chimie, n'y connaissant rien. Je comprends facilement pourquoi certains verts sont toxiques ou corrosifs, mais pourquoi exactement est-il si difficile de fixer la couleur ? Que se passe-t-il dans les jus de fougères ?



Quoi qu'il en soit, j'ai passé un plaisant moment à m'instruire, jusqu'à cette conclusion porteuse d'espoir. »



*Peuple fictif jouant un rôle important dans la saga Game of Thrones.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
Le petit livre des couleurs
  24 mars 2018
Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau
Ce petit entretien d'une centaine de pages est une introduction historique à la symbolique des couleurs.

Au fil des questions, l'historien Michel Pastoureau retrace les significations morales, géopolitiques, religieuses, populaires successives auxquelles les couleurs ont été associées ainsi que les contingences des sciences et techniques qui ont propulsé une couleur sur le devant de la scène ou au contraire précipité le déclin d'une autre.



Cet ouvrage révèle toute l'ambivalence des couleurs chargées d'affects et d'aspects versatiles, parfois contradictoires et de versants positifs et négatifs.



Ainsi le blanc fut symbole de deuil quand le noir fut celui de l'humilité.

Le vert doit tout au hasard et le jaune porte une sombre histoire.

Le bleu fait désormais consensus mais nos sens continuent de voir rouge.



Les autres couleurs sont brièvement abordées, le violet excentrique, l'orange électrique, le rose inverti et le gris synthétique.




Cet essai très accessible reste néanmoins un petit aperçu seulement de l'histoire des couleurs et pour les plus désireux d'approfondir le sujet, l'auteur a publié des ouvrages “monochromes” sur le bleu, le rouge, le vert ou le noir.



Qu'en pensez-vous ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          292
Bleu : Histoire d'une couleur
  26 novembre 2011
Bleu : Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Ce livre est bien plus qu'une étude sur une couleur, le bleu. Elle est également l'analyse des comportements humains et des symboles qu'ils accordent aux couleurs depuis l'Antiquité à nos jours.



Notre perception des couleurs et le sens que nous leur attribuons sont avant tout le reflet d'une époque et de notre perception du monde. Aussi, jusqu'au XIIe siècle, le bleu a largement été ignoré, laissant la place à trois couleurs principales qui se faisaient la représentation du monde selon les hommes de ce temps. Ces trois couleurs sont le rouge, le blanc et le noir. Ce n'est qu'au cours du haut Moyen-Age, et plus particulièrement à partir du XIIIe siècle que le bleu se fit une place dans la société. Si elle a souvent été considérée comme une couleur noble, elle est cependant passée par différentes étapes mais n'a jamais été reléguée à la dernière place et n'a non plus jamais été considérée comme une couleur vulgaire ou agressive, bien au contraire. D'abord représentative de la Vierge puis ensuite de la noblesse, elle a toujours été considérée comme une couleur humble ou, si tel n'était pas le cas, comme une couleur douce dont la prononciation même revêt un air chantant.



L'auteur nous fait part, dans cet ouvrage, de la réalisation de toutes les teintures et plus spécialement celle des vêtements de couleurs bleu qui, même si au départ, ils étaient réservés à une certaine élite, se sont largement, se sont ensuite vulgarisés dans les classes ouvrières, dans celles de l'armée et de toutes les classes en charge de l'administration propre au bon fonctionnement du pays (gendarmes , facteurs...) pour enfin devenir, en ce XXIe siècle, et, d'après les sondages réalisés, la couleur préférée des français ? Pourquoi est-ce que je précise des français ? Tout simplement parce que, comme l'explique clairement l'auteur, chaque couleur reflète une vision particulière du monde et celle-ci varie en fonction des cultures et des religions.



Ouvrage très intéressant puisque l'auteur s'attarde non seulement sur le symbolisme des couleurs mais aussi sur leur histoire et sur l'Histoire de la France en général.

Si j'ai cependant un reproche à faire à l'auteur (ce qui justifie que je n' ai pas octroyé la note maximum à cette étude), c'est que l'ai trouvé que, par moments, Michel Pastoureau se répétait et revenait un peu trop souvent en arrière. Même s'il respecte un certain ordre chronologique ici, il revient souvent ce qui a déjà été traité dans les chapitres précédents pour égayer ses nouvelles théories.



Une lecture agréable et très enrichissante en raison du sujet traité qui se révèle en réalité bien plus complexe que ce que l'on voudrait croire.



De plus, je me suis tout de même retrouvée dans les enquêtes sur lesquelles il s'appuie car même si, en ce qui me concerne, ma couleur préférée est le rose, je ne peux pas dure que je déteste le bleu...bien au contraire ! Un Jean 's bleu avec un pull rose, c'est sympa, non ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
Jaune - Histoire d'une couleur
  05 mars 2020
Jaune - Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau
Après avoir consacré des ouvrages au bleu, rouge et vert, Michel Pastoureau, le grand spécialiste du symbolisme des couleurs, a publié en fin d'année dernière, un ouvrage particulièrement conséquent sur la couleur jaune.

Ce beau livre abondement illustré est une histoire sociale et culturelle de la couleur jaune dans les sociétés européennes de l'Antiquité à nos jours en passant par le Moyen âge et les temps modernes. Michel Pastoureau s'intéresse aussi bien à l'histoire de l'art, à l'histoire des sciences, qu'aux vêtements, au vocabulaire, aux croyances et symboles qui entourent cette couleur.

Cette couleur s'est dévalorisée au fil des temps : alors qu'elle occupait une grande place chez les Grecs et chez les Romains, le jaune a commencé à se dévaluer au Moyen-âge.

Le jaune est alors vu comme une couleur ambivalente : mauvais jaune, la couleur des hypocrites, de Judas et de la synagogue et bon jaune, celui de l'or, du miel et des blés mûrs.

Aujourd'hui le jaune a une place assez restreinte dans notre quotidien, même si un certain nombre d'éléments l'ont tout de même remis sur le devant de la scène : le maillot jaune du tour de France, certains peintres fauves, les taxis à NY, les boîtes aux lettres
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
Le loup : Une histoire culturelle
  14 juin 2019
Le loup : Une histoire culturelle de Michel Pastoureau
Loup y es-tu? M'entends-tu?



Ou bien "qui craint le Grand Méchant Loup"?



Des chansons enfantines pour se moquer du fauve qui a terrorisé les campagnes, un vieux truc pour conjurer les angoisses venues du fond des âges. Car le loup n'est pas seulement ce sauvage cousin de nos chiens domestiques. Il est chargé d'une symbolique ambiguë, nous menaçant à la fois de nous dévorer tout crus au coin d'un bois; mais capable aussi de nourrir de son lait des bébés abandonnés par des humains sans pitié.



Depuis les années 30, le loup avait fini par disparaître du paysage. Il fait un retour fracassant, bien que sa présence soit discrète et qu'on estime que seulement 400 individus vivent sur notre territoire, contre 1500 en Espagne ou en Italie.



Honni dans les régions d'élevage, béni par les partisans de sa protection, le loup fait bel et bien partie de notre patrimoine culturel, comme Notre-Dame ou les arènes de Nîmes. Il figure dans la littérature médiévale, dans les Fables, dans la peinture et dans la Légende des Saints.

Il habite toujours dans un coin de notre imaginaire, à côté des fées, des sorcières, des ogres et des Géants.



Qu'importe la perte de quelques moutons. Qu'importe que jamais vous ne vous trouviez nez à nez avec lui. Le loup transporte avec lui nos derniers vestiges de sauvagerie animale, il fait de crocs, de griffes et de poils rudes, de longs hurlements sous les étoiles, de tanières où se blotissent les louvetaux querelleurs, il galope dans la neige et traverse la nuit nos villages déserts, il vient troubler le sommeil des bambins craintifs avec ses yeux brillants et ses longues pattes noires.



Les statistiques nous apprennent que des centaines de personnes sont mordues chaque année par des chiens, et qu'il y a eu 33 décès au cours des 20 dernières années. Logiquement, nous devrions avoir peur des morsures de chiens, qui sont présents par millions dans nos villes et villages.



Mais il est bien connu que le chien est le meilleur ami de l'homme et que c' est du loup qu'il faut se méfier. Martine l'a bien dit:" quand c'est flou,y'a un loup!"
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          285




Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

LNHI-49992

Où se déroula la journée des Barricades, le 12 mai 1588?

à Londres
à Paris

10 questions
15 lecteurs ont répondu
Thèmes : révolutionCréer un quiz sur cet auteur