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EAN : 9782757840016
240 pages
Points (13/02/2014)
4.21/5   212 notes
Résumé :
Bleu
L'histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d'un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil. Or aujourd'hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).
L'ouvrage de Michel Pastoureau raconte l'histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes e... >Voir plus
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Historien des symboles, de leur importance dans chaque civilisation, Michel Pastoureau , dans un livre ultra savant et documenté s'applique au bleu.

Cette couleur n'a pas toujours été la préférée de l'Occident, elle a même été occultée pour des raisons matérielles : la difficulté de trouver des pigments dans la nature, et la conception puritaine de Saint Bernard, haïssant les couleurs tout autant que le fera Calvin. La couleur, puisqu'elle est matière, détourne du vrai et du bien.

Les Grecs et les Romains aimaient le noir, le blanc et le rouge, couleurs faciles à trouver dans la nature. : dans le ciel, la mer ou les fleurs, le bleu existe, mais les pigments bleus manquent( seuls les Egyptiens en fabriquent avec du lapis-lazuli. )

Jusqu'à la fin du Moyen-Age, le bleu n'existe pratiquement pas en Occident.

Au douzième siècle, les choses changent :

Pour Saint augustin la lumière est «la visibilité de l'ineffable », comme telle, émanation de Dieu, et la couleur, dont le bleu, plus lumière que matière. La couleur pour Suger exalte la spiritualité, les vitraux faisant entrer la lumière divine dans la cathédrale de Chartres en sont l'exemple type.

De là, le culte voué à la Vierge Marie s'imprime dans la peinture de son manteau, souvent rouge et bleu. le bleu entre par la grande porte avec les peintures mariales.

Au XII et XIII siècles, le bleu devient enfin une couleur de premier plan.

L'exploitation de la guède, ou pastel, cet « or bleu » fera la richesse des marchands, financera la caution à donner à Charles Quint pour libérer François 1· , et avait facilité la construction de la Cathédrale d'Amiens( et la richesse de Toulouse et autres villes )

L'indigo, importé des Indes, via Venise, se trouve d'abord interdite puisque concurrence illégale envers les guédiers .

L'indigo gagne cependant du terrain au détriment de la guède : Colbert autorise l'indigo dans les manufactures drapières d'Abraham van Robais à Abbeville.

(Remarquons un fait essentiel : toujours la Picardie ).

Puis apparaît une couleur artificielle obtenue par méprise : le bleu de Prusse, profond et stable.

Enfin, avec l'influence de Goethe, non seulement l'habit bleu de Werther mais son traité des couleurs – pour lui, le bleu (du ciel)est une des couleurs avec le jaune( du soleil) les plus répandues dans la nature, qui combinées produisent le vert (des arbres).

Goethe répand le symbolisme du bleu comme couleur romantique, du rêve et de la mélancolie.

Le bleu a d'autres tours dans son sac, il fait partie à partir de 1830, pour évincer le drapeau blanc de la monarchie et le drapeau rouge insurrectionnel, du drapeau français.

Tranquille, le bleu.

Politique, le bleu.

Et gagnant, le bleu.

Car il se porte sur les jeans, il se danse avec le blues, il figure dans les drapeaux de l'ONU , de l'Unesco, et de l'Union européenne.

Un livre culte, rempli de dates et de considérations sociales, économiques, littéraires, artistiques, politiques, symboliques concernant la couleur maintenant préférée des français.

LC thématique août : Lire en couleur

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J'avais commencé par regarder, il y a déjà quelques temps, les conférences en ligne de Michel Pastoureau sur les couleurs à l'auditorium du Louvre. Et c'est parce qu'elles m'ont captivées que j'ai entrepris de lire les ouvrages de celui-ci sur le même thème, à commencer par « Bleu ».

Je noterai tout d'abord deux choses. D'une part, le livre en question est lui-même très intéressant et accessible, mais cependant moins grand public que les conférences ; bien qu'assez court, il réclame une attention assez soutenue. D'autre part, il est beaucoup moins axé sur l'histoire de l'art. Ce qui est bien normal, étant donné qu'il s'agit avant tout d'un travail d'historien.

Michel Pastoureau nous livre donc un état de ses travaux sur l'histoire de la couleur bleue dans les sociétés occidentales. Il nous expose comment elle est perçue depuis l'Antiquité, comment elle a envahi le devant de la scène, comment on a plus ou moins maîtrisé son emploi en teinturerie ou en peinture, mais aussi comment son histoire est liée à la religion, à l'économie, à la politique. Mais au-delà du bleu proprement dit, c'est toute l'histoire du rapport de nos sociétés aux différentes couleurs qui est abordée, puisqu'on ne peut, comme le rappelle l'auteur, étudier l'une sans se pencher sur les autres (et même si les autres couleurs font ou feront l'objet d'études spécifiques).

C'est aussi en partie une histoire de la France en creux : l'histoire du drapeau national et donc de la Révolution française y sont largement abordées ; notamment l'hypothèse qui avance que, si le drapeau du Royaume-Uni n'avait pas été bleu, blanc, rouge, le nôtre ne le serait pas non plus (je vous laisse découvrir comment Michel Pastoureau en arrive à cette conclusion). Mais le livre traite de bien d'autres sujets. Il est question de religion et de chromophobie, d'héraldique, d'optique et d'économie. On y parle de blues et de blue jean... Et, d'ailleurs, une bonne part du livre est consacrée à la teinturerie et à l'histoire du vêtement, ce qui est d'autant plus intéressant que le sujet est encore peu étudié, et peu présenté au grand public.

Quelques bémols cependant. Il m'a semblé que les raisons pour lesquelles le bleu était devenu la couleur de la Vierge et du roi au Moyen-âge étaient un peu trop survolées, et, sur ces sujets, je reste sur ma faim. Je regrette ensuite les quelques répétitions, qui sont pratiquement des copier-coller d'un chapitre à l'autre (voire dans le même chapitre), notamment sur la guède et l'indigo. Je ne risque pas d'oublier que les Romains croyaient que l'indigo était d'origine minérale parce que celui-ci arrivait d'Orient sous forme de blocs compacts (c'est dit au moins quatre ou cinq fois) !

J'ajoute pour terminer qu'il existe deux éditions de cet ouvrage, l'un avec illustrations, l'autre en format poche et sans illustrations. La seconde version se lit très bien. Chacun pourra ensuite aller à la pêche aux images si le besoin d'aller plus loin se fait ressentir.


Lien : http://musardises-en-depit-d..
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Ma première découverte de Michel Pastoureau et de ses études historiques sur la couleur remonte à l'époque où j'étais encore étudiante. Je n'avais fait alors qu'esquisser ses ouvrages en lisant quelques extraits. Ce mois-ci, c'est à l'occasion de ma sélection pour La route de l'or bleu de Daniel Bernard, lors d'une Masse critique de Babélio, que je suis revenue sur Bleu, Histoire d'une couleur afin de faire quelques comparaisons entre les deux ouvrages.

J'avais déjà déblayé le terrain avec l'essai de vulgarisation du même auteur : le petit livre des couleurs, très intéressant et facile d'accès dont le premier chapitre était consacré à cette même couleur.

Quant à Bleu, histoire d'une couleur, il s'agit d'une véritable étude historique. Les non-initiés auront peut-être un petit temps d'adaptation mais l'ouvrage se lit très bien, est complet, précis au niveau des connaissances et d'une grande rigueur scientifique. Certes, il existe quelques redites (j'ai vu que ce point avait été à de nombreuses reprises, souligné) : mais, rappelons qu'il s'agit avant tout d'une étude historique qui a pour vocation de délivrer des connaissances sur quelques points précis et non d'être lu de A à Z comme un roman de fiction.

Michel Pastoureau employe un plan chronologique pour aborder le sujet, ce qui est somme toute logique. Néanmoins, lorsque cela est nécessaire, il s'accorde le droit de retours en arrière pour clarifier quelques points (je citerai par exemple, l'histoire de l'indigo dans la troisième partie en repartant de son exploitation depuis l'Antiquité) et ne se cantonne pas uniquement à la couleur bleue mais fait quelques digressions vers d'autres, notamment le rouge, le blanc ou le noir.

- Une couleur discrète des origines au XIIème siècle. le bleu est une couleur peu présente dans la Préhistoire au contraire du rouge, du marron ou de l'ocre. Il en est de même dans l'Antiquité car non seulement elle est difficile à produire (utilisation de végétaux comme la guède ou le pastel) mais également à se procurer ce qui la rend chère (l'indigo ou la pierre semi-précieuse du lapis lazuli). Ainsi, les Romains restent fidèles à trois couleurs dominantes que sont le rouge, le noir et le blanc. Pour eux, le bleu est l'apanage des Germains dont ils s'enduisaient le corps afin d'effrayer leurs ennemis. Jusqu'au Moyen Âge, cette couleur restera relativement ignorée et cela transparaît dans le vocabulaire puisque les mots "bleu" vient du "blau" germanique et "l'azur" de "l'azraq" arabe.

- Une couleur nouvelle (XIème-XIVème siècle). À partir du Moyen Âge, le bleu prend son essor grâce à l'Eglise qui en fait le symbole de la lumière divine et surtout celui de la Vierge. le style gothique lui fera d'ailleurs la part belle dans l'architecture, grâce aux vitraux et l'emploi du fameux "Bleu de Saint Denis" ou le "bleu de Chartres". Parallèlement à la religion, les Rois de France de la fin du XIIème siècle, notamment Philippe Auguste, se réclamant de la Vierge, Protectrice de leur Royaume, décident d'adopter un écu à fond bleu parsemé de fleurs de lys. À partir de ce moment, les cultures de guède et de pastel vont exploser partout en Europe, faisant la richesse de certaines régions (Picardie, Normandie, Languedoc pour la France, comtés de Glastonbury et Lincoln en Angleterre, Sud de l'Espagne, la Thuringe en Allemagne). le bleu devient alors la couleur concurrente du rouge.

- Une couleur morale (XVème-XVIIème siècle). Avec le développement de nouveaux courants réformateurs et rigoristes religieux en Europe, notamment le Protestantisme, le bleu avec le noir prennent une nouvelle dimension symbolique. Ils deviennent les couleurs de l'autorité, de la modestie, de la simplicité et de l'ordre moral. Tandis que le rouge, pour les Réformateurs, devient la couleur du péché, de la luxure et de la Papauté.

- La couleur préférée (XVIIIème-XXème siècle). le bleu s'impose complètement pendant cette période jusqu'à devenir la couleur préférée des Européens. En teinture, le développement de l'indigo dans les nouvelles terres d'Amérique et son exportation en Europe, supplante désormais la guède et le pastel grâce à son faible coût d'acquisition et à ses vertus colorantes (l'indigo tient mieux à la teinture et sa couleur est plus vive). Les ports de Nantes, Bordeaux et Marseille prospèrent tandis que Toulouse péréclite. Et en peinture, c'est désormais le bleu de Prusse qui triomphe du lapis lazuli et de l'azurite, bien moins cher à fabriquer. Cette couleur devient aussi le symbole de la Révolution américaine puis française. Aujourd'hui, le bleu se retrouve dans les grandes institutions européennes, à l'ONU (les fameux casques bleus), l'UNESCO, car il se veut la couleur du consensus et de la neutralité. Et que dire de l'explosion du "blue jeans" depuis sa commercialisation en masse dans les années 20, aux Etats-Unis, qui fait que le bleu est la couleur désormais la plus portée, en Occident?

En conclusion, l'ouvrage de Michel Pastoureau sur la couleur bleue est passionnant et instructif à plus d'un titre. Relativement abordable, il pourra être autant utilisé par le néophyte pour enrichir sa culture que l'étudiant ou le spécialiste pour compléter ses connaissances historiques.

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Après avoir lu ce livre, vous ne verrez plus la couleur "bleu" de la même façon. L'histoire du "bleu" nous est contée, depuis sa mauvaise renommée pendant l'Antiquité et le haut Moyen-âge en occident, jusqu'à sa promotion au rang de la couleur préférée du monde occidental de nos jours.

Promotion théologique avec la vierge Marie, héraldique avec l'art des blasons, royale et aristocratique.

Le bleu va aussi évoluer avec les progrès des teintures, de la culture de la guède à celle de l'indigo asiatique ou d'Amérique.

De couleur sombre et barbare, le bleu passe à une couleur neutre, pacifique, calme, qui ne fait pas de vagues.

Il évoque le rêve, le romantisme, la poésie, la sagesse. Il sécurise, il rassemble.

Ce livre est étonnant, car on ne croirait pas qu'une couleur pourrait nous dire tant de choses sur notre histoire, sur l'évolution de notre perception au fil du temps, notre imagination, nos sentiments.

" Froid comme nos sociétés occidentales contemporaines dont le bleu est à la fois l'emblème, le symbole et la couleur préférée."

Le bleu à une belle histoire à vous raconter...Laissez-vous glisser sur la vague du bleu...

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Ce livre est bien plus qu'une étude sur une couleur, le bleu. Elle est également l'analyse des comportements humains et des symboles qu'ils accordent aux couleurs depuis l'Antiquité à nos jours.

Notre perception des couleurs et le sens que nous leur attribuons sont avant tout le reflet d'une époque et de notre perception du monde. Aussi, jusqu'au XIIe siècle, le bleu a largement été ignoré, laissant la place à trois couleurs principales qui se faisaient la représentation du monde selon les hommes de ce temps. Ces trois couleurs sont le rouge, le blanc et le noir. Ce n'est qu'au cours du haut Moyen-Age, et plus particulièrement à partir du XIIIe siècle que le bleu se fit une place dans la société. Si elle a souvent été considérée comme une couleur noble, elle est cependant passée par différentes étapes mais n'a jamais été reléguée à la dernière place et n'a non plus jamais été considérée comme une couleur vulgaire ou agressive, bien au contraire. D'abord représentative de la Vierge puis ensuite de la noblesse, elle a toujours été considérée comme une couleur humble ou, si tel n'était pas le cas, comme une couleur douce dont la prononciation même revêt un air chantant.

L'auteur nous fait part, dans cet ouvrage, de la réalisation de toutes les teintures et plus spécialement celle des vêtements de couleurs bleu qui, même si au départ, ils étaient réservés à une certaine élite, se sont largement, se sont ensuite vulgarisés dans les classes ouvrières, dans celles de l'armée et de toutes les classes en charge de l'administration propre au bon fonctionnement du pays (gendarmes , facteurs...) pour enfin devenir, en ce XXIe siècle, et, d'après les sondages réalisés, la couleur préférée des français ? Pourquoi est-ce que je précise des français ? Tout simplement parce que, comme l'explique clairement l'auteur, chaque couleur reflète une vision particulière du monde et celle-ci varie en fonction des cultures et des religions.

Ouvrage très intéressant puisque l'auteur s'attarde non seulement sur le symbolisme des couleurs mais aussi sur leur histoire et sur l'Histoire de la France en général.

Si j'ai cependant un reproche à faire à l'auteur (ce qui justifie que je n' ai pas octroyé la note maximum à cette étude), c'est que l'ai trouvé que, par moments, Michel Pastoureau se répétait et revenait un peu trop souvent en arrière. Même s'il respecte un certain ordre chronologique ici, il revient souvent ce qui a déjà été traité dans les chapitres précédents pour égayer ses nouvelles théories.

Une lecture agréable et très enrichissante en raison du sujet traité qui se révèle en réalité bien plus complexe que ce que l'on voudrait croire.

De plus, je me suis tout de même retrouvée dans les enquêtes sur lesquelles il s'appuie car même si, en ce qui me concerne, ma couleur préférée est le rose, je ne peux pas dure que je déteste le bleu...bien au contraire ! Un Jean 's bleu avec un pull rose, c'est sympa, non ?

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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation

La notion de couleur préférée est en elle-même extrêmement floue. Peut-on dire dans l’absolu, hors de tout contexte, quelle est la couleur que l'on préfère ? Et quelle portée cela doit-il réellement avoir sur le travail du chercheur en sciences sociales, notamment de l’historien ? Lorsque l'on cite le bleu, par exemple, cela signifie-t-il que l'on préfère réellement le bleu à toutes les autres couleurs et que cette préférence - mais qu’est-ce qu'une "préférence" - concerne toutes les pratiques et toutes les valeurs, aussi bien le vêtement que l'habitat, la symbolique politique que les objets de la vie quotidienne, les rêves que les émotions artistiques ? Ou bien cela signifie-t-il qu'en réponse à une telle question ("quelle est votre couleur préférée"), par certains côtés très pernicieuse, on souhaite être, idéologiquement et culturellement, rangé et compté dans le groupe de personnes qui répondront "bleu" ? Ce point est important. Il chatouille d'autant plus la curiosité de l'historien que celui-ci, lorsqu'il tente - un peu anachroniquement - de projeter dans le passé sa réflexion sur l'évolution des couleurs "préférées", ne peut jamais cerner de résultats intéressants sur la psychologie ou la culture individuelle, mais seulement des faits de sensibilité collectifs, ne concernant qu'un domaine des activités d'une société (le lexique, le vêtement, les emblèmes et les armoiries, les commerce des pigments et des colorants, la création poétique ou picturale, les discours scientifiques). Au reste, en va-t-il différemment à notre époque ? La préférence individuelle, le goût personnel existent-ils vraiment ? Tout ce que nous croyons, pensons, admirons, aimons ou rejetons passe toujours par le regard des autres. L'homme ne vit pas seul, il vit en société.

Chapitre 4, "La couleur préférée"

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Enfin, et surtout, il faut rapprocher du bleu des romantiques allemands le "blues", forme musicale d'origine afro-américaine, probablement née dans les milieux populaires à l'horizon des années 1870 et caractérisée par un rythme lent à quatre temps, traduisant des états d'âme mélancoliques. Ce mot, anglo-américain, "blues", que de nombreuses langues ont adopté tel quel, provient de la contraction du syntagme "blues devils"; ce dernier désigne la mélancolie, la nostalgie , le cafard, tout ce que le français qualifie d'une autre couleur : "idées noires". Il fait écho à l'expression anglaise "to be blue" ou "in the blue", qui a pour équivalents allemand "alles swartz sehen", italien "vedere tutto nero", et français "broyer du noir".

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Il existe en effet dans les romans arthuriens français des XIIè et XIIIè siècles un code des couleurs fortement récurrent. Un chevalier rouge est ainsi le plus souvent un chevalier animé de mauvaises intentions (ce peut-être aussi un personnage qui vient de l'Autre-Monde). Un chevalier noir est un héros de premier plan qui cherche à cacher son identité ; il peut être bon ou mauvais, le noir n'étant pas toujours négatif dans ce type de littérature. Un chevalier blanc est généralement pris en bonne part ; c'est souvent un personnage âgé, ami ou protecteur du héros. Enfin un chevalier vert est fréquemment un jeune dont le comportement audacieux ou insolent va être cause de désordre ; lui aussi peut être bon ou mauvais.

Ce qui frappe dans ce code chromatique littéraire, c'est l'absence totale, jusqu'au milieu du XIIIè siècle, de chevalier bleu. Le bleu ici ne signifie rien.

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Au fil des siècles, la Vierge est ainsi passée par toutes les couleurs, ou presque, comme le montre une étonnante statue taillée dans un beau bois de tilleul peu après l'an mil et aujourd’hui conservée au musée de Liège. Cette Vierge romane avait d'abord été peinte de noir, comme c'était fréquemment le cas à l'époque. Au XIIIème siècle, elle fut repeinte en bleu, selon les canons de l'iconographie et de la théologie gothiques. Mais à la fin du XVIIème siècle, cette même Vierge fut, comme tant d'autres, "baroquisée" et quitta le bleu pour le doré, couleur qu'elle conserva pendant deux siècles environ, avant d'être visitée par le dogme de l'Immaculée Conception et, ce faisant, entièrement badigeonnée de peinture blanche (vers 1880). Cette superposition de quatre couleurs successives en un millénaire d'histoire fait de cette sculpture un objet vivant ainsi qu'un exceptionnel document d'histoire picturale et symbolique.

Chapitre 2, "Une couleur nouvelle"

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Tout est donc réglementé selon la naissance, la fortune, les classes d’âge, les activités, les catégories socioprofessionnelles : la nature et la taille de la garde-robe que l'on peut posséder, les pièces de vêtement qui la composent, les étoffes dans laquelle celles-ci sont taillées, les couleurs dont elles sont teintes , les fourrures, les parures, les bijoux et tous les accessoires qui les accompagnent. Certes, ces lois somptuaires concernent aussi d'autres domaines de la fortune ou de la vie matérielle : vaisselle, argenterie, nourriture, mobilier, immeubles, équipages, domesticité, animaux ; mais le vêtement en est le principal enjeu car il est le premier support de signes dans une société alors en pleine transformation et où le paraître joue un rôle de plus en plus grand.

Chapitre 3, "Une couleur morale" - XVe-XVIIe siècles

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Videos de Michel Pastoureau (46) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michel Pastoureau
Le blanc matérialise et incarne de nombreux univers dont les symboliques varient au fil des siècles et selon les espaces.
L'historien des couleurs Michel Pastoureau revient avec un nouveau livre Blanc. Histoire d'une couleur, publié au Seuil. Dedans, il montre que le blanc est bel et bien considéré comme une couleur dans l'histoire, loin d'être "incolore". Pourtant, il reste extrêmement difficile de circonscrire précisément ce qu'est le blanc et la couleur en général : "si l'on ouvre un dictionnaire, les auteurs ont énormément de difficultés à définir ce qu'est la couleur", nous dit Michel Pastoureau.
François Garde, ancien haut fonctionnaire devenu écrivain voyageur, raconte le blanc avec A perte de vue la mer gelée (Paulsen, 2021), histoire d'une exploration de l'Atlantique Nord où la mer glacée blanchit tout l'espace environnant. Il publiera le 12 janvier 2022 L'empire du froid, un livre indispensable pour la saison : dedans, il y abordera l'adversité du froid, mais aussi toutes les joies hivernales qu'il nous apporte.
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