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ISBN : 9782714310460
Éditeur : José Corti (01/01/2011)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Catherine, Rodolphe, Francis, et d’autres encore travaillent pour une entreprise internationale spécialisée dans la mise en place de procédures pour d’autres sociétés. Ces employés, non reconnus parce qu’ils cherchent à travailler bien, sont inscrits par Frédéric à un séminaire de remotivation. Poussés à tout rationaliser, ils vont peu à peu cesser de penser et de sentir…
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  23 janvier 2019
“Clou qui dépasse souvent rencontre marteau”.
Human tools est une compagnie internationale très cotée en bourse et qui vend du vent très cher, une parmi d'autres qui abondent sur le marché international.
Catherine, Francis, Rodolphe, Sonia, Marc, Laura y ont été recrutés parmi de très nombreux candidats, à travers des tests sophistiqués, où tout est calculé au millimètre près pour choisir les robots esclaves idéals qui contribueront à l'optimisation des objectifs, par conséquent des profits....et dans tout ça l'individu ?
Pas grand chose et pas grand choix, ils doivent s'y soumettre, car il y a enfants à nourrir, parents à aider, loyer à payer.....et ils sont vite interchangeables. Mais voilà ces six personnages sont devenus pour “cet organisme sain et fort”, du sang noir, il faut les saigner pour obtenir du sang clair, rouge et vif comme le reste de Human Tools. C'est ce que dit Frédéric Hautfort, PDG fondateur de Human Tools, le grrrrand Mr. Ego (“Human Tools c'est moi, d'abord, moi qui l'ai créé de mes mains et de mes idées uniques.”).
Tatiana Arfel, avec une liste catégorique et descriptive des personnages travaillant chez HT en préambule, donne tout de go le ton tragi-ironique de la situation :
Les non-conformes, “les clous“ qui dépassent, cités ci-dessus, qui posent et se posent trop de questions sur tout ce qui n'est pas éthique,
Les conformes, ceux qui sont déjà des robots et manipulateurs “ hyper intelligents”, les marteaux,
et Ceux à côté, les hors jeu.
Par le biais de méthodes importés des amerlocs au langage infesté de leur jargon américanisant, appelées “séminaires de remotivation” , les conformes prétendent vouloir « aider » les non-conformes à entrer dans le moule, au plus vite. Mais le but est tout autre, un Coup de Pouce au départ volontaire , plus simplement dit, virer sans payer d'indemnités.......Ce n'est que le début, dont je vous laisse découvrir la suite passionnante.
Bien qu'en parti, révoltant, ce livre nous rappelle avec beaucoup d'ironie, où nous en sommes aujourd'hui avec les conditions de travail dans les grandes entreprises dans les pays dit développés, où l'individu n'a aucune importance face à la concurrence féroce accentuée par la mondialisation. La prose sèche au rythme trépidant s'adapte parfaitement à ce monde sans âme, dont l'oxygène est la Peur et l'unique dieu, l'Argent. Ça me rappelle en mini scénario, les procédés copie collé des dictatures. Arfel a réussit le tour de force d'un récit polyphonique suffocant où la vacherie, la traîtrise, torture et manipulations psychologiques sont au max, nous offrant quand même une issue de secours que j'ai trouvé très intéressante avec un sprint final éblouissant, et une fin tout en douceur.
Un livre aussi qui relate très subtilement l'ambivalence chez l'homme, nos doutes, nos peurs, où se noient nos vrais personnalités (ou de ce qu'il en reste ), dans un monde qui tourne de plus en plus vite et où les vrais valeurs, l'honnêteté, la pudeur, le respect de soi et de l'autre.......deviennent de plus en plus désuets.
Une écrivaine dont j'ai croisé le chemin grâce à un ami babeliote. Sans aucun doute un ovni dans le paysage littéraire français que j'aimerais mieux connaître.
“C'est impossible, bien sûr de dépenser tant d'énergie pour abîmer les gens....non, non, ça ne peut pas exister .”
“Comment être dans chacun de mes pas ? Nous y serons, bientôt, dans nos pas. Nos pas à nous.”
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blandine5674
  14 juin 2019
Une fois de plus, merci à Bookycooky à qui je dois d'avoir fait la rencontre avec ce roman singulier. Nous voici dans le milieu du travail, et dans ce qu'il y a de plus abject. Nous allons suivre surtout les six employés que le boss met en formation obligatoire. On apprend vite que le but est de les faire craquer pour éviter des licenciements qui coûteraient. Pourquoi ? La D.R.H. qui n'a pas pu faire des licenciements secs, la réceptionniste qui ne supporte pas les talons hauts, le cuisinier qui a mis du persil sur des plats, etc. Comment le formateur, au CV trafiqué, va-t-il s'en sortir ? Cela semble pousser à l'extrême, mais pourtant… Original et grinçant. Je me répète, mais où se cache la mine d'or de Bookycooky pour nous sortir des pépites pareilles ?
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Apoapo
  06 février 2016
La critique du travail et des modifications déshumanisantes que le néoliberalisme y apporte à une vitesse croissante, principalement mais pas uniquement en entreprise, est un sujet qui m'intéresse beaucoup ; s'ajoutait à mon intérêt la grande admiration que je voue à la jeune Tatiana Arfel, depuis son premier roman, L'Attente du soir. Je la tiens pour l'une des plumes les plus prometteuses, pertinentes, éveillées, nourricières en réflexion et en poésie de la littérature française actuelle. Ce roman a été pleinement à la hauteur de mes attentes pourtant très élevées.
Il s'agit de l'histoire d'une monstrueuse supercherie au sein d'une entreprise spécialisée en "procédures de rationalisation", qui, sous couvert de séminaire de "remotivation" d'employés "non-conformes", vise à leur écroulement psychique afin d'en faciliter le licenciement, et même à un but plus immoral encore.
Au cours des huit mois du déroulement de l'action, treize personnages s'alternent dans leurs récits, avec la puissante caractérisation stylistique, linguistique et psychologique de chacun qui fait l'une des valeurs principales de l'écriture de l'auteure. Si, contrairement au précédent roman, ces différents traits stylistiques n'incluent pas principalement cette prose poétique si séduisante, la séduction s'opère ici aussi par la même vérité (plus que de la simple vraisemblance) des personnages. En effet, autant le premier roman mettait en scène des personnages marginaux et dont l'existence réelle était (au moins statistiquement) improbable, autant ces personnages-ci sont repérables, hélas, à tous les coins d'une entreprise "à la pointe" ; et cela vaut à mon sens aussi bien pour "Les conformes" que pour "Les non-conformes" ou "Ceux à côté".
Habileté dans le cheminement du récit, fort impact émotif permettant une lecture avide et vorace, alternance dynamisante de ces "voix" complémentaires : ce sont là les principaux mérites de cette prose. La raison d'être du fond, authentiquement militante et engagée, se révèle d'elle-même dès le début ; et une lecture proche de celle d'un essai, pour apprendre et pour essayer de comprendre le monde qui nous entoure, en est également satisfaite.
Afin d'éviter que cette note ne soit que dithyrambique, j'ajoute une toute petite critique qui m'a paru opportune notamment pendant les 70-80 premières pages : celle d'une caractérisation trop forte, d'un trait trop marqué dans les récits des "conformes" (surtout des "méchants" comme Hautfort, Sabine et Stéph), lequel, s'il facilite l'identification à cause du nombre plutôt élevé de personnages, affaiblit par contre la force du texte en rendant ceux-ci presque caricaturaux.
Enfin, le piège du "happy end" qui pourtant se profilait vers la fin du roman, est évité in extremis (encore que certains lecteurs puissent sans doute penser l'inverse).
A ceux qui peu ou prou partagent certains de mes goûts et intérêts, je recommande de ne pas laisser vous échapper cette lecture utile et précieuse.
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wendling.f
  17 juin 2011
Dans le roman cité, l'auteur n'a pas failli à la description du monde de l'entreprise. Elle y a même excellé. Les dérives, les dangers ont été parfaitement rapportés.
Elle s'inscrit dans ces descriptions aux naturalistes tels Zola.
Convaincante et crédible jusque dans l'absurde en choisissant des personnages portant les stigmates d'une société telle que la nôtre : un comptable avec des T.O.C., un fils à papa vulnérable étouffé par l'autorité paternelle, un étudiant aux préoccupations proches de celles de notre jeunesse actuelle, une DRH avec de vraies valeurs humaines. L'écriture est accessible, précise, elle fait mouche.
La construction du roman est originale. Ecrit en cinq parties, entrecoupées d'un interlude qui est une note de service, de chapitres bis, l'auteur maîtrise sa structure et parvient à fédérer autour du lieu commun du manque de confiance en soi.
L'auteure a le mérite de nous présenter le miroir de nos défauts conformistes : « la dictature du confort, de la sécurité, de chacun à sa place, conditionné et consentant », l'auto-flagellation communément répandue », « nous allons rationaliser notre rationalisation ».
Elle a aussi celui de rappeler à l'ordre...
Elle a enfin celui de rappeler que « l'entreprise, ça n'existe pas ! ça n'est pas une structure supérieure préexistante ! L'entreprise, c'est des hommes ensemble, les uns soumis aux autres, c'est tout ! ».
Et si la solution qu'elle propose au final de son livre ne me convient pas, je la rejoins sur la remarque suivante : « je crains que la sécurité, que la résignation ne soient plus fortes que tout ».
Dans un monde aux structures complexes, elle pose une sagesse :
« trouver sa place prend du temps, un temps que les actionnaires n'ont pas et dont ils se fichent ».

Faire un état des lieux, sonner les alarmes adéquates, ramener à la vérité de l'être, et l'humain au coeur des structures auxquelles il consent ou qu'il installe, ne sont-ce pas là les fonctions véritables d'un romancier ? La solution, au fond, c'est à nous tous ensemble de la trouver pour que le monde du travail cesse de se déshumaniser et qu'il ne nous enferme pas dans un système qui nous échappera.
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Lalivrophile
  28 juin 2012
Ce roman est d'abord une excellente critique sociale. Avec précision et méticculosité, Tatiana Arfel décortique les rouages d'une grande entreprise, dissèque comment des humains égoïstes et ambitieux, devenus machines, exigent que la vie soit, elle-même, une grande machine. Denis compare la manipulation exercée par Hautfort à ce qui est fait pendant les guerres et les dictatures. En effet, on annihile lentement la volonté et la pensée de l'autre. On le matraque de sous-entendus pour le dévaloriser. On l'assure que c'est en se conformant à ce qu'on lui demande qu'il sera le meilleur. Tout cela en douceur, et en certifiant qu'on prend sur soi pour aider la personne à s'en sortir.
Les tactiques et mécanismes de manipulation sont démontés, expliquées, mis au jour bien mieux que ne le fait n'importe quel documentaire sur le sujet. Attitudes, langage, actes, tout est analysé. C'est à la fois effrayant et rassurant. Une telle veulerie de l'homme contre son semblable est écoeurante, mais il est réconfortant, lorsque tout est expliqué, de voir qu'on peut y faire face... encore faut-il avoir compris qu'on est manipulé. Ici, la forme de harcèlement est peu commune, car elle n'est pas à découvert.
D'autre part, ce roman m'a fait prendre davantage conscience (je l'avais quelque peu remarqué), que beaucoup d'hommes tentent, à plus ou moins grande échelle, de manipuler son semblable. Quand on voit le lavage de cerveau fait par HT (dont le nom est très bien trouvé), on peut se demander si on n'est pas soi-même victime de manipulation où que ce soit, et si on a l'esprit critique en toutes circonstances...
En quatrième de couverture, l'auteur indique que son roman n'est pas un roman d'anticipation. Je ne suis pas très loin de partager son point de vue. Bien sûr, je pense qu'aucune entreprise n'est au niveau de HT, mais elles ne doivent pas en être très loin...
[...]
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Lien : http://www.lalivrophile.net/..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
blandine5674blandine5674   11 juin 2019
On ne propose pas grand-chose aux gens pour rêver aujourd’hui. Les enfants déjà ils ont l’école et dès qu’ils sont libres on les colle dans dix activités différentes, quand on a de l’argent, et devant la télé, quand on n’en a pas. On ne leur permet jamais de s’ennuyer, d’éprouver leur solitude et de la peupler peu à peu. Et tu vois, disait Stéphane, le conte c’est ça, peupler l’intérieur. D’abord, il y a l’abandon, les gens aiment revenir à quand les parents leur racontaient quelque chose pour les endormir – et plus encore si leurs parents ne l’ont jamais fait, en vrai. Ensuite, il y a le rythme : je raconte lentement, je laisse l’imaginaire faire le relais entre les mots. Je fais des pauses. Comme c’est important, une pause… Un silence en musique… L’espace blanc dans une aquarelle ou tout autour d’une calligraphie… C’est du souffle, tout ça ! Pendant ce temps les gens rêvent et imaginent la suite de l’histoire, qui vaut autant que la suite que je m’apprête, moi à conter.
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blandine5674blandine5674   10 juin 2019
Je n’arrive pas à comprendre. C’est bien, ça, essayez de comprendre, activation corticale maximale. Comprendre comment on peut aujourd’hui à la fois exalter l’individualisme, isoler chaque travailleur, tout en le rendant paradoxalement chaque jour plus anonyme, plus… Impersonnel… Interchangeable… Une collection de pantins aux têtes vides tournant en rond au pas dans des boîtes invisibles mais étanches, voilà ce qui se profile…
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wendling.fwendling.f   17 juin 2011
« Mes amis, à partir du moment où vous pointez, votre temps ne vous appartient plus. Considérez que ce temps vous le louez contre salaire. C'est bien le cas, n'est-ce pas ? C'est comme une maison : si vous la louez à des gens alors que vous partez en vacances, vous n'allez pas y repasser quand vous voulez, non ? Chez HT, c'est pareil. Ce temps n'est pas votre temps. Lorsque vous travaillez, vous ne pouvez pas en avoir jouissance. Gardez bien cela en tête, nous en reparlerons lors de la réunion de rationalisation des pensées. Une fois arrivés ici, c'est HT qui occupe votre maison, qui vous paye pour cela, ce n'est plus vous. C'est signé dans votre contrat de travail, lu et approuvé par vous-même. Le soir, après avoir pointé en bas, une fois dans la rue, vous pouvez réintégrer votre maison. HT n'est pas esclavagiste. »
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blandine5674blandine5674   13 juin 2019
Il a ajouté vous avez remarqué comme on marche plus lentement dans un quartier historique ? C’est qu’on respecte le temps des vieilles pierres, montées une à une, alors que dans un quartier de bureaux béton on accélère instinctivement, cavalant aussi vite que les murs ont été érigés, à la chaîne. On ne flânera jamais, à la Défense ou à Bercy.
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Video de Tatiana Arfel (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Tatiana Arfel
Courte vidéo sur la publication du 1er roman de T. Arfel
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